Comment l’IA peut réduire les coûts de la Santé? – 4 ème piste : les infections nosocomiales –

en collaboration avec Daniel Walch, directeur général du GHOL

Beaucoup de patients contractent une infection pendant un séjour hospitalier. En fait, entre 4% et 5% (soit 1 patient sur 20 ou 25 !).

On parle alors d’infection nosocomiale, c’est-à-dire une infection contractée dans un établissement de santé. Elle va se développer au moins 48 heures après l’admission. Ce délai permet de distinguer une infection d’acquisition communautaire d’une infection nosocomiale.

Dans le cas d’infections de site opératoire, l’infection est considérée comme nosocomiale si elle survient dans les 30 jours suivants l’opération, et ce délai se prolonge jusqu’à un an s’il y a mise en place d’une prothèse. Autrement dit, toute infection survenant sur une cicatrice chirurgicale dans l’année suivant l’opération, même si le patient est sorti de l’hôpital, peut être considérée comme nosocomiale.

Cela représente environ deux millions de patients par an aux Etats-Unis dont 90’000 en décèdent. Pour la Suisse, on parle de 70’000 patients touchés dont 2’000 décès par an.

Le coût humain et médico-économique des infections nosocomiales est colossal.

L’hygiène des mains des professionnels de la santé est un des enjeux principaux en la matière. Demain l’IA pourrait être d’un grand secours (nous y reviendrons).

La Fédération des hôpitaux parapublics vaudois (FHV) à travers son programme « Sécurité patient » piloté par Dr A. Staines, expert en sécurité patient, s’est fixée d’atteindre un taux d’observance des bonnes pratiques d’hygiène des mains de 85%. Le collectif ad hoc qui a œuvré de 2013 à 2015, a effectué un travail considérable en favorisant le respect des bonnes pratiques au quotidien. Un leadership fort, une communication intensive, des investissements dans les équipements, la formation des professionnels, des audits d’observation ont permis après 3 ans de projet, un taux d’observance de 88,3% pour l’ensemble des hôpitaux vaudois ayant participé au collectif. Le GHOL a même atteint fin 2015 son meilleur résultat de 91.4 % d’observance aux indications d’hygiène des mains. Durant les deux années qui ont suivi la fin du projet, les taux d’observance de la FHV se sont maintenus entre 87,7% et 90,7%.

L’action de la FHV est reconnue en Suisse comme exemplaire mais ce type de succès est très fragile. La tendance au laxisme et à l’apathie est un risque permanent ! Le respect des bonnes pratiques s’étiole… On estime aux USA ou en Suisse qu’environ la moitié du personnel seulement se conforme aux règles d’hygiène !

Comme les radars sur les routes doivent malheureusement compléter l’éducation routière, des outils de contrôles permanents peuvent être imaginés dans les hôpitaux. En 2017, 230 personnes ont perdu la vie sur les routes suisses. Les infections nosocomiales ont tué 8,7 fois plus !

La société IBM a mis au point une puce RFID (minuscule antenne associée à une puce électronique) spécifiquement prévue pour contrôler le comportement du personnel soignant. Un hôpital de l’Etat de l’Ohio a servi de test avec un réseau de capteurs sur différents équipements, sur les poignées de portes ou dans les couloirs. L’ensemble du personnel a été équipé d’une puce RFID qui permet la traçabilité et le suivi complet des déplacements. Si un soignant ou un médecin entre dans la chambre d’un patient sans se laver les mains, le système fait immédiatement remonter l’information à qui de droit.

Autre exemple, des équipes de l’EPFL et de l’Université de Stanford ont développé un programme pour aider à lutter contre les infections hospitalières (Hygiene-tracking system). Une IA dotée de caméras de surveillance et utilisant des algorithmes de vision est capable de déterminer si une personne s’est désinfecté les mains. L’IA réussit à identifier avec 75% de précision les personnes qui respectent, ou pas, les bonnes pratiques. La présence des caméras devrait promouvoir la discipline.

Ces deux systèmes « flashent » les médecins et les soignants qui ne respecteraient pas les bonnes pratiques. En quelque sorte ici, c’est l’IA qui contrôle le comportement des humains !

L’IA au secours !

Mais l’IA permet de contrôler plus que les professionnels. Elle piste les bactéries elles-mêmes.

Des chercheurs du Massachusetts General Hospital à Boston et de l’Université du Michigan ont développé un algorithme de type Machine Learning qui arrive à prédire le risque pour un patient de contracter le Clostridium difficile (C-diff).  Pour ce faire, plus de 374’000 séjours ont été analysés quotidiennement par l’IA : le dossier médical, les diagnostics, les résultats de laboratoire, les médicaments prescrits, la localisation dans les chambres, le profil des voisins de chambre, les changements de chambres/lits, etc.  Résultat, en moyenne, le système arrive à prédire l’infection 5 jours avant que le corps médical ne la détecte.

Quand on sait que selon le New England Journal of Medicine, chaque année aux USA, 453’000 patients contractent une infection au C-diff et 29’000 en décèdent, les 5 jours gagnés grâce à l’IA constituent un progrès notable.

Selon la Harvard Medical School, l’ensemble des infections nosocomiales aux USA engendre des coûts de 100 milliards de dollars par an. Ces nouvelles technologies devraient permettre à court terme de réduire cette dépensedans des proportions enthousiasmantes.

Un rapide calcul comparant les populations relatives des USA et de la Suisse permet d’estimer ces coûts à 2,5 milliards pour la Suisse.

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

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