Des Algorithmes auto-apprenantes vont nous aider à nous soigner !

Le séquençage du génome, les dossiers patients numériques, les capteurs du “digital health”, le “self quantified”, les données non structurées du Big Data, Watson, etc.,  sont tous des éléments incontestables d’une grande transformation de la médecine.

Depuis tout temps, les médecins ont essayé d’établir leurs diagnostics et leurs protocoles de traitement à partir des informations fournies par le malade et les examens médicaux.

Ces informations étaient alors limitées dans la quantité et dans le temps. Aujourd’hui, les informations deviennent pléthoriques… mais grâce aux nouveaux outils d’analyses informatiques et statistiques, issues des Big Data, tout va changer… on entre rapidement dans une ère dite de la “médecine prédictive”.

Tout a commencé avec l’apparition de la génomique

C’est à la fin du 20ème siècle et grâce aux progrès technologiques que le nombre et les sources d’informations se sont diversifiés et que l’information à disposition du médecin a été considérablement enrichie notamment grâce aux progrès de la biologie et de l’imagerie médicale, mais surtout de la génomique (ADN). C’est ainsi que le médecin a commencé à disposer de données toujours plus nombreuses et précises pour l’aider dans son diagnostic et le guider dans sa prescription.

Tout cela, c’était encore avant les Big Data, le self quantified et les capteurs. Aujourd’hui le praticien est noyé sous l’information … il va devoir faire appel à des moteurs d’analyse du genre Watson qu’IBM est en train de préparer!

Des données non-structurées et de plus en plus pertinentes

Ainsi la rencontre entre les sciences de la vie et la mathématique, celle des données massives et des algorithmes va changer profondément la médecine. Maintenant que l’on a à la fois la capacité de capter d’énormes quantités de données hétérogènes et complexes et d’en assurer le traitement pour en extraire une information pertinente les choses évoluent rapidement.

Maintenant que l’on est capable d’associer des données issues des moyens traditionnels avec celles produites par la jungle des objets connectés qui est en train d’envahir nos vies, sans oublier ces milliards de données aujourd’hui sans intérêt d’ordre médical, comme les services de géolocalisation, de blog ou de tweets, d’achat commercial en ligne et de paiements électroniques ou tout simplement de nos déplacements consignés sur nos montres connectées, la médecine prend un virage massif vers le “pouvoir des données plus que des molécules. En quelque sorte, on quitte le “driver” du vivant pour celui de l’information.

Toutes ces données, souvent insignifiantes, mais une fois traitées et analysées par des formules mathématiques appropriées et de puissants outils numériques, vont devenir souvent plus pertinentes que celles recherchées par les généticiens dans le tréfonds de nos cellules.

Plus seulement le résultat d’un seul examen

Demain, la donnée de santé ne sera plus seulement le résultat d’un examen ou d’un acte médical, voir d’un décodage du génome mais bien celui d’un processus long de type algorithmique destiné à mettre à jour une information médicale permanente.

Car l’irruption du Big Data n’est ni anodine, ni fortuite dans le monde des algorithmes. Il faut désormais voir les phénomènes et les bouleversements qui accompagnent le développement du numérique comme le signe d’une autre et profonde transformation, cette fois-ci sur notre vision du monde de la santé.

Médecine de précision (prédictive et personnalisée)

Il est intéressant de constater que cette révolution de l’algorithme converge aujourd’hui avec une nouvelle approche de la maladie et des moyens pour la combattre.

L’expression la plus marquante de cette nouvelle approche est sur le plan du médicament, l’arrivée de classes thérapeutiques comme les antirétroviraux ou l’immunothérapie ainsi que de nouveaux traitements comme les nano-médicaments, les anticorps monoclonaux ou les vaccins thérapeutiques qui marient la vocation à combattre la maladie avec celle d’aider le corps à s’en débarrasser.

Mais aussi, le développement de la «médecine personnalisée» permet d’ajuster le traitement du patient tout en dépassant le pur décodage du génome pour accéder aux informations non structurées. Ceci permettrait un traitement plus approprié dans la durée.

Watson veut prédire … avant de guérir peut être!

Le Big Data, c’est enfin la possibilité non plus seulement de prévenir mais surtout de prédire. Ce qui transformerait la maladie perçue depuis la nuit des temps comme une fatalité en un événement prévisible, traçable et – espérons –  le guérissable.

Les promesses du Big Data sont ainsi immenses et rappellent, à bien des égards, celles du début de la génomique.

IBM a annoncé tout récemment vouloir racheter Truven Health Analytics pour 2,6 de milliards de dollars, pour faire de sa division santé Watson Health un des plus grands lieux de stockage de données médicales au monde.

Les données proviennent des milliers d’hôpitaux, sociétés et administrations des états fédéraux américains. Watson Health sera alimenté par les médecins, épidémiologistes, statisticiens et experts créant des données de très haute précision et valeur.

Truven possède un portefeuille de 8000 clients, comprenant hôpitaux, médecins, entreprises privées et agences gouvernementales. Elle est la troisième entreprise de données à avoir été achetée par IBM et la quatrième acquisition depuis la naissance de Watson Health,  il y a 10 mois.

L’achat de Truven permet à IBM Watson de doubler de taille et passer à presque 5 000 employés. Avec différents achats dans le “Life Science” IBM aura investi plus de 5 milliards en quelques années et Watson Health deviendra le leader mondial des données médicales et analytiques.

Le consom’acteur et les plateformes de la “sur-traitance” vont dominer le monde économique de demain

On avait l’habitude d’un système de production économique organisé le long de la chaîne de la valeur… avec notamment les intermédiaires commerçants et la sous-traitance qui jouaient tout deux des rôles importants … eh bien désormais deux acteurs nouveaux vont accaparer l’essentiel de la valeur… ce sont les consom’acteurs et la sur-traitance.

Dans la nouvelle chaine de la valeur de la production à la consommation, le client fait une entrée remarquée. Il devient consom’acteur ! Par son activité, par sa participation, sa mise à disposition de ses avoirs (logement, voiture, etc.) sa co-créativité, son co-financement, etc. le consommateur change de statut. Il est désormais l’agent économique le plus important.

IKEA l’avait transposé dans la chaine de la valeur en lui donnant la tâche de déménageur et de monteur. En effet, en achetant un meuble IKEA, le client devait non seulement transporter le meuble du magasin au domicile qui est la partie la plus coûteuse de tout transport (le dernier kilomètre) mais également le montage du meuble en suivant les instructions d’assemblage. IKEA empochait au passage de substantielles marges mise au profit du marketing et du design. Tout le do-it-your-self fonctionne sur ce principe de mettre le client en action dans la chaine de la valeur. Des formes différenciées du do-it existent également, pensons ici au tuning pour les voitures par exemple ou aux activités nombreuses des makers, sortent de bricoleurs de génie de l’électronique qui ont tout de même récemment été les précurseurs des “drones” et autres imprimantes 3D. Justement demain l’impression 3D ira un pas plus loin que le simple do-it, en offrant la création de certains objets carrément à domicile. On peut très bien imaginer que la vaisselle soit demain produite pour un repas spécifique genre baguette chinoise ou tasse de thé, puis simplement jetée après usage.

Airbnb, BlaBlaCar représentent une seconde vague des actions participatives possibles. Il y a cependant ici à nouveau un changement majeur puisque l’on à faire à la valorisation de biens de particuliers. La maison, le chalet, l’appartement, la voiture, des outils spécifiques peuvent être désormais loués facilement sur des plateformes internet de particulier à particulier. C’est donc bien une nouvelle forme de capitalisme qui émerge puisque des biens jusqu’ici considérés à usage purement personnel, deviennent des avoirs qui rapportent des revenus! Le consom’acteur agit ainsi en investisseur.

De nouvelles activités rétribuées mais hors économie traditionnelle, apparaissent sur les plateformes Internet, c’est celles du travail complémentaire, voir partagé. Faire la cuisine et recevoir à domicile contre paiement des personnes qui ont réservé leur place via Internet, jouer au concierge d’achat pour des clients pressés, faire du maquillage à domicile, donner des cours de conduite entre pairs, faire du co-voiturage payé, etc. de nouveaux “petits” métiers se révèlent par milliers ainsi à côté de ceux plus traditionnels de garde d’enfants, de leçons privées à domicile, de ménage, etc.

La sur-traitance

Plus important encore, il y a de nouveaux acteurs majeurs qui arrivent avec force dans le champ économique : les sur-traitants. Par opposition à la sous-traitance, les sur-traitants coiffent la chaine de la valeur en s’attribuant le maximum de marges. Ce sont les exemples de Google dans la publicité, d’Apple Store pour les Apps, de Uber pour les taxis, de Facebook dans les réseaux sociaux, de Watson dans la santé qui montrent le chemin. La sur-traitance c’est le positionnement de ces entreprises au cœur même de l’écosystème qu’elles créent généralement elles-mêmes. Tous les autres acteurs de l’écosystème vont dépendre de ces groupes. Ils dictent le jeu et récoltent les marges. Cela a été rendu possible grâce à l’apparition des plateformes digitales. Celles-ci mettent à disposition leurs ressources dans une offre intégrée de tous les créateurs, designers et développeurs du marché. Sur le modèle Google, Apple store, Facebook ou encore Amazon (résumés en un aronyme GAFA), qui permet à des milliers de développeurs d’intégrer ces plateformes à leurs applications. On parle alors de « sur-traitance », car ces sociétés deviennent pour les GAFA des prestataires de services en amont de leur chaîne de valeur.

 

La sur-traitance réorganise ainsi des pans entiers de l’économie : la téléphonie, les médias, la marketing, le commerce mais aussi la santé (digital health), la maison (domotique), l’usine (industrie 4.0), etc.

La sur-traitance est la grande nouveauté économique de cette dernière décennie. C’est surtout Apple Store (2007) qui a donné de la visibilité à ce phénomène. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’entreprises travaillent pour créer des apps vendues sur les plateforme d’Apple, de Google ou de Samsung.

La sur-traitance crée de fait une forte dépendance pour les autres acteurs, à l’exception peut-être du consom’acteur (car il lui reste toujours le choix de changer de plateforme), ceux-ci sont devenus largement dépendants du sur-traitant. Tout le monde est en quelque sorte devenu sous-traitant de l’écosystème à l’exception de rares entreprises qui vont dominer les autres. Cette situation est totalement nouvelle. Il n’y a pas d’équivalent dans l’histoire économique. La sur-traitance est donc vraiment l’enjeu clé de la décennie à venir… pour tous!

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme l'un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

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