Médecine: Wearables et autres Smart Devices

En collaboration avec Daniel Walch

Les Wearables, les Hearables ou plus simplement les implants sont des dispositifs électroniques comprenant généralement des capteurs et des puces capables d’effectuer une tâche médicale simple comme une mesure, une amplification ou de diffuser un médicament, etc.

Aujourd’hui déjà, de nombreux dispositifs de ce type sont disponibles. Voyez seulement :

  • Des capsules intelligentes et connectées capables de diffuser dans le corps la bonne quantité de médicaments souhaitable et ce pendant plusieurs jours.
  • Les pacemakers, stimulateurs cardiaques, sont un dispositif implanté dans l’organisme fournissant des impulsions électriques destinées à stimuler les muscles cardiaques en permettant par exemple, d’accélérer la pulsation du cœur lorsqu’il est trop lent.
  • La pompe à insuline est portée par une personne diabétique insulino-dépendante, qui a un besoin permanent d’insuline car son pancréas n’en secrète plus du tout ou peu. C’est un dispositif artificiel de délivrance d’insuline à débit variable, car programmable. Il permet une perfusion sous-cutanée d’insuline à action rapide.
  • Des puces NFC ou RFID implantées dans le corps pourraient fournir des informations fiables sur le patient pendant le temps d’hospitalisation réduisant ainsi par exemple, les risques d’erreurs.
  • La télésurveillance comme le doudou “Tedi”, l’ourson connecté en peluche. Divers capteurs placés à l’intérieur du nounours : thermomètre, enregistrement de la voix, cardio fréquencemètre, haut-parleur pour émettre des bruits blancs ainsi qu’un capteur de poignée. Il fonctionne lorsque l’enfant le serre contre lui. Connecté à une application mobile dédiée qui va permettre de suivre l’enfant.
  • Les lunettes connectées de Google pour une télémédecine efficace notamment en intervention d’urgence. La lunette permettant de diffuser à distance des images du blessé et les médecins restés à l’hôpital pourront prodiguer des soins via les ambulanciers sur le terrain.
  • Les bracelets connectés de Fitbit, mesurent l’activité physique mais la montre connectée d’Apple va aller beaucoup plus loin et contenir demain carrément le dossier médical protégé par la technologie blockchain.
  • Les capteurs intégrés dans des accessoires vestimentaires comme des boucles d’oreilles connectées enregistrant les données biométriques des patients. La perruque connectée de Sony, la Smart Wig, pour surveiller le rythme cardiaque ou les ondes cérébrales. Le T-shirt signé OMSignal, qui surveille le pouls et la respiration mais aussi mesure l’humidité et température de la peau. La ceinture Lumoback dotée d’un capteur intelligent qui enregistre tous vos mouvements et vibre lorsqu’on adopte une mauvaise position.
  • Des capteurs se logeant sous la peau et destinés à mesurer en temps réel la présence de cinq protéines et acides organiques dans l’organisme. Ce projet mené par des chercheurs de l’EPFL devrait permettre un suivi et une analyse plus précis des réactions de l’organisme. Pour le faire fonctionner : cinq capteurs, un émetteur radio et un système de distribution d’électricité. La batterie est rechargée à travers la peau du patient grâce à un patch. L’appareil émet des ondes radio sur une fréquence ne présentant aucun risque, le même patch récupère alors les données qu’il transmet via bluetooth à un téléphone mobile qui les transmet à son tour au médecin via le réseau cellulaire. Les chercheurs espèrent commercialiser cet implant d’ici 4 ans.
  • La dent connectée est une autre source d’exploration qui pourrait faire d’autres analyses notamment avec la salive et fournir de précieuses données.
  • Les lentilles connectées développées par Google et Novartis en vue de mesurer la glycémie dans le liquide lacrymal. Les diabétiques pourraient bénéficier de cette technique au lieu de devoir se piquer plusieurs fois par jour. 
  • Une gélule connectée pour suivre en temps réel la température des patients est testée lors d’opération chirurgicale. C’est une donnée clé mais souvent encombrante à prendre en salle d’opération.
  • Le CSEM (Centre de Recherche à Neuchâtel) et le CHUV (Hôpitaux universitaires vaudois) viennent d’expérimenter un appareil de mesure intégrant plusieurs capteurs connectés aux appareils de visionnement dans un bloc opératoire. Cet appareil de type multifonctionnalité est capable de remplacer beaucoup d’autres limitant ainsi l’encombrement d’une salle d’opération.
  • Les smartphones sont à la base de l’Internet des Objets. Ils fournissent déjà aujourd’hui énormément de données à notre insu comme par exemple, celles liées à la géolocalisation. Ainsi Apple a une application santé pour smartphone qui aujourd’hui ne représente que l’embryon de ce que la compagnie de Cupertino prépare pour accentuer sa présence dans le monde médical.
  • La montre connectée est sans doute l’objet le plus emblématique du futur de l’Internet des Objets. Occupant une place privilégiée sur le poignet, lieu privilégié pour la mesure du pouls, la montre connectée peut faire davantage. Les recherches actuelles montrent que grâce à cette position, on va pouvoir effectuer toutes sortes de mesures clés pour certaines maladies allant des troubles cardio-vasculaires au diabète, etc.

L’ensemble de ces dispositifs, sans fil et connectés, est en train d’être revisité par les entreprises fabricantes pour y additionner une couche d’IA. Cet apport software permet d’améliorer grandement les wearables de tout genre soit pour la maintenance préventive, et donc la prédiction de pannes, soit pour le traitement en temps réel des données et mesures produites soit encore pour améliorer l’interface devices/homme. L’IA est souvent la couche software qui manquait pour faire des wearables des incontournables de qualité et d’efficacité ensanté. En se gérant de manière plus autonome, ils vont pouvoir faire baisser considérablement les manipulations et les coûts.

Pris séparément, ces dispositifs fascinent et peuvent servir à des causes spécifiques mais dans leur ensemble, peuvent-ils se traduire par un progrès en matière de santé publique ?

La réponse est très probablement positive et entre autres liée au vieillissement de la population occidentale.

Un des défis principaux sinon le principal en matière de santé publique est de faire face au déjà célèbre tsunami « gris ».

Prenons pour exemple le district de Nyon (Vaud), à l’horizon 2030 sa population des 65 à 74 ans augmentera de + 49,1 % et celle des 75 ans et plus de + 101,8 % !!! Alors que la population totale elle devrait augmenter d’un peu plus de 20% (base année 2015).

Les coûts associés seront colossaux. Les infrastructures actuelles en hôpitaux, les centres de réadaptation (qui sont en fait déjà souvent utilisés comme centres de convalescence gériatriques ou d’attente de placement) et les EMS/maisons pour personnes âgées seront insuffisants pour accueillir les besoins.

Tout est donc mis en œuvre pour permettre aux seniors de rester le plus longtemps possible autonomes à domicile. Leur qualité de vie y est généralement supérieure et les coûts sont nettement moindres.

Les montres ou les cannes connectées qui permettent de prévenir un tiers lors d’une chute, de géo-localiser et de communiquer avec leur kit main libre prennent ici tout leur sens.

Les fauteuils roulants connectés qui se dirigent seuls, trouvent des endroits avec installations pour handicapés, analysent les paramètres vitaux de leur utilisateur et les communiquent en cas de besoin à un référent médical, permettent aux personnes invalides de conserver une certaine liberté et de communiquer.

En Suisse, deux tiers des personnes âgées ont plusieurs maladies chroniques. La moitié des aînés prend quotidiennement au moins cinq médicaments. Les piluliers intelligents qui stockent et distribuent les médicaments aux bons horaires évitent les oublis et les erreurs de prise ou de dosage. Connectés aux téléphones portables ou aux tablettes, certains prévoient d’entrer aisément en communication avec un professionnel de la santé.

L’on entrevoit ici clairement les potentiels. Au-delà de la fascination des uns pour ces nouvelles technologies ou de la perception par les autres de gadgets inutiles, ces dispositifs, plus ou moins implantés, plus ou moins portables, sans fil et connectés, vont aider les personnes âgées et/ou handicapées à conserver une certaine indépendance, une certaine mobilité et ainsi améliorer leur qualité de vie. Elles participeront au maintien à domicile et de facto à diminuer les coûts.

Stephen William Hawking, physicien et cosmologiste britannique, atteint d’une sclérose latérale amyotrophique, personnifie ces possibilités. Sa Connected Wheelchair pilotée par les datas (d’Intel) et l’interface homme-machine nommée ACAT (aussi d’Intel) lui permettent respectivement de se déplacer, de parler et d’accéder au web. Un capteur infrarouge intégré à ses lunettes détecte les faibles mouvements de sa joue et ACAT lui permet de saisir des informations en contractant sa joue lorsque le curseur de la tablette de sa chaise est sur le bon caractère. Dans un interview, Stephen Hawkins répondait : « La médecine ne peut pas me soigner, alors je m’en remets à la technologie. La technologie me permet d’interagir avec le monde, elle me permet de me déplacer et c’est grâce à elle que je peux vous parler en ce moment. Elle me permet tout simplement de vivre ».

Les Wearable et autres Smart Devices couplées à l’intelligence artificielle participeront à répondre aux défis du vieillissement et du handicap. Ils favoriseront l’autonomie et le maintien à domicile. Ils ne remplaceront pas le médecin ou le soignant dont les missions irremplaçables resteront d’accueillir, d’écouter, de soulager et de soigner avec humanité.

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *