One Belt One Road Initiative: que signifie ce slogan chinois?

Les chinois ont lancés il y a quelques années déjà une grande initiative nommée alors : One Belt One Road Initiative*. Elle est aussi connue en français  sous le terme des “nouvelles routes de la soies”. Construction de routes maritimes et achat de ports, mais aussi chemin de fer et routes terrestres pour relier l’Occident, l’Afrique et le reste du monde à la Chine. C’est le “One Road” du slogan.

Mais ce qui est moins connu c’est la signification de “One Belt”. Et bien, c’est le “Soft power” qui se cache derrière ce terme. Le “Hard” étant les routes commerciales, le “Soft” c’est les chemins de la persuasion verbale, de l’influence douce.

Le «soft power» est donc la capacité de persuader les autres de la justesse de votre point de vue. Au contraire du «hard power» qui impose une contrainte physique, le «soft power» est plus subtile. Il laisse entendre son pouvoir sans devoir l’exercer par la force. Comment procède-il?

Essentiellement en déroulant une histoire, un storytelling comme on le dit aujourd’hui, qui va convaincre. Ce jeu n’est pas toujours si simple à exécuter car les gens ont bien sûr leur propre capacité de jugement.

Depuis les débuts du cinéma, notamment avec l’arrivée du train en gare de la Ciotat des frères Lumière (1895), il y a toujours eu deux sens portés par les films. L’un directement lié à l’histoire elle-même et le second sur le message sous-jacent. Ainsi dans le cas des frères Lumière, il y avait l’idée seconde de montrer «le pouvoir du progrès». C’est simple et évident. On appelle cela le «soft power» au cinéma. Cela marque les gens et les influencent.

Un lieu sur terre porte à son paroxysme ce type de savoir-faire, c’est Hollywood.

Que vous prenez des films comme Citizen Kane d’Orson Welles (1941) qui raconte la vie d’un patron de presse mais dont le message, souligné par l’absence des journalistes dans le scénario, annonce déjà une industrie tournée vers les profits et sans rapport aucun avec les contenus. On croit y déceler la situation contemporaine montrant le comportement des magnats des médias entre désintérêt pour le contenu et intérêt pour le contenant. Tourné aux studios RKO à Hollywood, le film eu dès sa sortie un énorme succès tout en laissant les gens définitivement méfiants face aux médias. Top Gun avec Tom Cruise (1986) est un film d’action typique d’Hollywood associant rivalité russe et histoire d’amour. Cependant, le vrai message était celui d’un film faisant l’éloge des pilotes donc c’était clairement un film de recrutement pour la Navy qui avait contribuer à son financement. Le résultat fut très probant. Ainsi à la suite de la sortie en salle du film l’enrôlement des pilotes a augmenté de 500%!

On pourrait ainsi décortiquer des milliers de films et mettre en évidence à chaque fois le pouvoir du «soft power». Ce qui démontre évidemment la justesse du concept. Pas besoin de faire la guerre, la persuasion suffit. Evidemment les «Business Angels» d’Hollywood sont passés maîtres de la pratique et ont exporté vers la Silicon Valley la capacité de faire du scénario «soft». Regarder la dernière mise en scène de Tim Cook lors de la présentation de l’iPhone X: du véritable cinéma avec mythe et pouvoir. Les innovateurs californiens ont tous empruntés les marqueurs du «soft power».

Ils ne sont pas les seuls. En discutant avec l’acteur américain Henri Lubatti rencontré en septembre dernier à Los Angeles, il m’est apparu clairement que d’autres «playeurs» souhaitaient acquérir cette compétence d’influenceur, en particulier les Chinois.

D’après l’acteur, ils rachètent tout ce qu’ils peuvent à Hollywood. C’est, dit-il en riant, parce qu’ils ne supportent plus que le Chinois soit toujours montré comme le «bad guy» dans le cinéma américain. En fait, les chinois veulent maîtriser le «soft power». Wang Jianlin, l’homme le plus riche de Chine qui possède le plus grand réseau de salles de cinéma au monde, est à la manœuvre, accompagné par le patron d’Alibaba Jack Ma. Ils achètent les compétences et vont sans doute demain rivaliser avec les plus grand Studios Hollywoodiens pour nous suggérer que la Chine est notre «ami».

C’est un peu d’ailleurs ce qu’a fait aussi le Président chinois Xi Jinping à Davos (WEF), à Lausanne (CIO) et à Genève (ONU) l’hiver dernier en tenant des propos plus que rassurants sur les intentions de son gouvernement, très en contraste avec ceux de Donald Trump!

  • en juin 2016 le slogan changea pour juste: Belt and Road Initiative
Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève.

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