La Santé est un processus … bientôt numérique?

La Santé se décline dynamiquement … c’est un véritable processus … qui sera comme tous les processus facilement transformé en “algorithme”.

Dire que : “La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social (…)*” comme l’a fait l’OMS (en 1946) paraît aujourd’hui bien réductrice … elle ne rend pas du tout compte du caractère dynamique et continu des processus de santé.

De nouvelles questions surgissent dès lors que l’on veut bien regarder les choses autrement:

Ainsi:

  • N’y aurait-il pas de nouvelles pratiques, de nouvelles visions à même de mieux exprimer ce qu’est en train d’advenir?
  • Que penser des mouvements populaires pour l’alimentation saine, les médecines alternatives, le sport, le quantified self ou encore de l’empowerment informationnel porté par Internet?
  • Que penser de “l’algorithmisation” de la société en général et de son impact sur la médecine en particulier?
  • Que penser des “apps” de nos téléphones mobile et montres connectées?

Toutes ces approches permettent de redéfinir le concept de santé dans des pratiques et processus quotidiens, donc en continu.

On quitte aujourd’hui l’usage des pratiques ponctuelles où, une fois de temps en temps, il convenait de faire un check-up.

Il s’agit à présent de se mesurer, se diagnostiquer et s’informer en temps réel. Un nouvel usage : celui du monitoring permanent de soi …

Ainsi une sorte de “quête” pour une santé nouvelle émerge.

  • Meilleure?
  • Différente?

C’est en tout les cas un changement de paradigme, comparable au passage de l’image photographique au cinéma.

On passe d’une image du corps prise sporadiquement à un film à 24 images/seconde…

C’est une approche si différente, que nous ne sommes pas certains qu’il s’agisse de la même chose.

Le système de soin et de santé ne sera plus jamais comme avant.

Une révolution ou un éclairage nouveau sur nos vies en continu, à la manière des frères Lumières en quelque sorte.

 

DEVELOPMENT

Dans un monde en permanence transformé par le digital, il faut renouveler la définition du mot santé, non seulement d’un point de vue médical, mais aussi sociétal, distinguer la santé du soin, dissocier la santé au sens large, de la santé au sens étroit, permet de dépasser les limites du simple système de soin. Soigner est un acte amorcé avec la détection d’un changement d’état signalant la maladie – on reste ici dans la définition de l’OMS – tandis que la santé engage une posture proactive, un processus de recherche, la quête de la bonne forme physique et psychique ainsi que de sa conservation. Ce n’est pas la même chose : le soin se définit de manière réactive, la santé se définit de manière proactive. L’un est occasionnel, l’autre est permanent.

Dès lors, on peut dire que la santé n’est plus un état mais qu’elle est devenue un processus.

Reste à comprendre quelles transformations ce changement de paradigmes va engager sur les comportements des personnes, des familles et des institutions qui gèrent les systèmes de santé publique et quelles anticipations les acteurs professionnels de la santé sont en mesure d’apporter. Il est clair pour chacun de nous, qui avons finalement pris l’habitude de vivre dans ces seuls deux états (en forme ou malade), que les choses vont changer profondément. Nous allons connaître à présent un rapport nouveau à la santé : une situation évolutive en temps réel, avec l’impression persistante de n’être ni vraiment malade, ni vraiment en bonne santé et donc toujours à surveiller. Notre tableau de bord de santé (si l’on peut le dire ainsi) montrera une situation toujours en fluctuation, avec des hauts et des bas qui s’exprimeront sous forme de glissements de courbe à la hausse ou à la baisse !

C’est un tout nouveau contexte, qui donnera un flux d’images hétéroclites sur les composants multiples de notre santé, auquel il va falloir s’habituer ; mais, plus encore, il va falloir le comprendre. En effet, recevoir de très grandes quantités d’informations sur notre corps est une chose, mais pouvoir interpréter correctement ce qui s’y passe, en est une autre. C’est également un changement de mœurs : nous allons nous prendre en charge davantage, sans recourir forcément au système de santé. Certes, cela va évoluer lentement (sans doute des décennies avant une généralisation), mais il faut bien prendre acte de ce changement déjà en marche. Il convient aussi d’imaginer qu’une éducation massive devra nécessairement accompagner ce mouvement de prise en charge de la santé par chacun, pour chacun : Internet ne suffira pas, ni même les bracelets de santé. Un réel apprentissage, plus personnel, devra commencer dès l’enfance et être poursuivi tout au long de la scolarité. C’est un bouleversement radical, un peu comme ce fut le cas avec l’alphabétisation ou, plus prosaïquement, avec l’hygiène et la nutrition après- guerre.

Le système global de la santé tel que nous le connaissons — focalisé davantage sur les soins que sur la santé-au sens large — n’avait prévu qu’un statut passif ou subordonné au patient. Ce n’est pas pour rien qu’il est justement désigné par le terme de patient ! Celui attend, en quelque sorte. que l’on vienne le guérir, qui attend que l’on s’occupe de lui. Objet du soin et non pas héros de son aventure, il n’est pas proactif face à ce qui lui arrive, ni même censé comprendre.

Changement de perspectives ? Pas seulement !

Cela nécessite encore quelques explications.

Aujourd’hui la santé est avant tout un processus nécessitant un ensemble de comportements appropriés (activités physiques et psychiques adéquates, consommations en quantité raisonnable de nourritures saines et adaptées, hygiène de vie, conditions sociales suffisamment harmonieuse, sans oublier, chaque fois que cela est nécessaire, des soins professionnels).

Le nouvel écosystème ne met plus le patient au centre d’un diagnostic, mais l’inclut comme l’une des parties prenantes d’un processus d’appréciation. Le patient est dans le cercle, et non plus au centre de celui-ci. Ce changement de statut est important car il ouvre la perspective de partenariat, donne une place prépondérante à chacun et désenclave le patient d’une relation de subordonné. Ainsi, le système va basculer d’un système orienté “soin” vers un système orienté “santé”. En donnant un rôle nouveau au patient, ce dernier devient acteur de sa santé et non plus simple consommateur de soins Il remonte en quelque sorte dans la chaîne de production de la santé. Tout le système en sera chamboulé !

Le médecin, le pharmacien, l’infirmière, le laborantin, le chercheur, l’assureur, l’hygiéniste, le nutritionniste, le physiothérapeute, etc. tous devront modifier leur posture… plus de blouse blanche… cette révolution en profondeur touchera aussi bien les rapports au sein de la société que les rapports humains… La santé sera l’affaire de tous et non plus de quelques-uns !

L’évolution vers une telle “horizontalité” de l’organisation du système de santé passera nécessairement par la redéfinition des tâches de chacun. Plus un système est “plat” plus il doit être participatif, collaboratif, en co-création en quelque sorte.

Il va donc falloir s’atteler maintenant à un changement organisationnel profond.

On voit ici comment un simple changement de définition : du discontinu vers le continu, peut entraîner un changement organisationnel du système de santé – et non plus de soin – en profondeur.

Le virage vers le continu – et donc le temps réel – n’est pas simplement un changement dans l’approche santé, mais une complète inversion de celle-ci. Jusqu’à présent, le système était totalement orienté vers l’urgence, l’action dans la crise, du “hard landing” en quelque sorte… Il fallait soigner vite, opérer vite pour guérir vite… Voilà le paradigme que l’on quitte, pour celui d’une prise en charge en continu, dans laquelle la prévention et l’anticipation vont faire baisser la pression de l’état d’urgence propre à l’ancien système. Dorénavant il faudra s’habituer à la vision d’une santé mesurée en “temps réel”.

La santé doit désormais être envisagée comme un système pris au sens large, incluant la forme physique et mentale, la nutrition et l’hygiène, le stress et les activités de repos, et y compris toutes les formes d’attention à soi et ceci dans un fonctionnement organisé en permanence.

Fini le temps “haché” vive le temps continu

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* Cette définition se trouve dans le Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé, tel qu’adopté par la Conférence internationale sur la Santé, New York, 19-22 juin 1946 ; signé le 22 juillet 1946 par les représentants de 61 Etats. (Actes officiels de l’Organisation mondiale de la Santé, n°. 2, p. 100, 1946). En1986, la charte d’Ottawa va compléter cette approche de la santé en la définissant comme une « ressource indispensable de la vie quotidienne » qui permet : d’une part de satisfaire ces besoins et de réaliser ses ambitions et d’autre part, de comprendre le monde qui change, d’évoluer et de s’adapter à celui-ci. 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

Une réponse à “La Santé est un processus … bientôt numérique?

  1. Remarquablement pertinent et bien vu! Reste posée la question de la résistance d’un système d’économie de la maladie -extrêmement juteux- à l’évolution vers une politique de santé. Les données actuelles indiquent que celle-ci requerrait un démantèlement littéral des grandes orientations industrielles… Pour dire les choses simplement (mais les données sont implacables) la pétrochimie c’est à l’heure actuelle environ 500’000 morts par an en Europe et l’industrie agro-alimentaire de 20 à 50% des principales causes de maladie et de décès prématurés…

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