L’économie numérique est organisée en “sur-traitance” plus en sous-traitance … grosse différence !

On avait l’habitude d’un système de production économique organisé le long de la chaîne de la valeur… avec notamment les intermédiaires commerçants et la sous-traitance qui jouaient tout deux des rôles importants … eh bien désormais deux acteurs nouveaux vont accaparer l’essentiel de la valeur… ce sont les consom’acteurs et la sur-traitance

Dans la nouvelle chaine de la valeur de la production à la consommation, le client fait une entrée remarquée. Il devient consom’acteur !

Par son activité, par sa participation, sa mise à disposition de ses avoirs (logement, voiture, etc.) sa co-créativité, son co-financement, etc. le consommateur change de statut. Il est désormais l’agent économique le plus important.

IKEA l’avait transposé dans la chaine de la valeur en lui donnant la tâche de déménageur et de monteur. En effet, en achetant un meuble IKEA, le client devait non seulement transporter le meuble du magasin au domicile qui est la partie la plus coûteuse de tout transport (le dernier kilomètre) mais également le montage du meuble en suivant les instructions d’assemblage. IKEA empochait au passage de substantielles marges mise au profit du marketing et du design. Tout le do-it-your-self fonctionne sur ce principe de mettre le client en action dans la chaine de la valeur. Des formes différenciées du do-it existent également, pensons ici au tuning pour les voitures par exemple ou aux activités nombreuses des makers, sortent de bricoleurs de génie de l’électronique qui ont tout de même récemment été les précurseurs des “drones” et autres imprimantes 3D. Justement demain l’impression 3D ira un pas plus loin que le simple do-it, en offrant la création de certains objets carrément à domicile. On peut très bien imaginer que la vaisselle soit demain produite pour un repas spécifique genre baguette chinoise ou tasse de thé, puis simplement jetée après usage.

Airbnb, BlaBlaCar représentent une seconde vague des actions participatives possibles. Il y a cependant ici à nouveau un changement majeur puisque l’on à faire à la valorisation de biens de particuliers. La maison, le chalet, l’appartement, la voiture, des outils spécifiques peuvent être désormais loués facilement sur des plateformes internet de particulier à particulier. C’est donc bien une nouvelle forme de capitalisme qui émerge puis que des biens jusqu’ici considérés à usage purement personnel, deviennent des avoirs qui rapportent des revenus! Le consom’acteur agit ainsi en investisseur.

De nouvelles activités rétribuées mais hors économie traditionnelle, apparaissent sur les plateformes Internet, c’est celle du travail complémentaire voir partagé. Faire la cuisine et recevoir à domicile contre paiement des personnes qui ont réservé leur place via Internet, jouer au concierge d’achat pour des clients pressés, faire du maquillage à domicile, donner des cours de conduite entre pairs, faire du co-voiturage payé, etc. de nouveaux “petits” métiers se révèlent par milliers ainsi à côté de ceux plus traditionnels de garde d’enfants, de leçons privées à domicile, de ménage, etc.

La sur-traitance.

Plus important encore, il y a de nouveaux acteurs majeurs qui arrivent avec force dans le champ économique : les sur-traitants. Par opposition à la sous-traitance, les sur-traitants coiffent la chaine de la valeur en s’attribuant le maximum de marges. Ce sont les exemples de Google dans la publicité, d’Apple Store pour les Apps, de Uber pour les taxis, de Facebook dans les réseaux sociaux, de Watson dans la santé qui montrent le chemin. La sur-traitance c’est le positionnement d’une entreprise au cœur même de l’écosystème qu’ils créent généralement eux-mêmes. Tous les autres acteurs de l’écosystème vont dépendre d’eux. Ils dictent le jeu et récoltent les marges. Cela a été rendu possible grâce à l’apparition des plateformes digitales. La sur-traitance réorganise ainsi des pans entiers de l’économie : la téléphonie, les médias, la marketing, le commerce mais aussi la santé (digital health), la maison (domotique), l’usine (industrie 4.0), etc.

La sur-traitance est la grande nouveauté économique de cette dernière décennie. C’est surtout Apple et son Apple Store (2007) qui ont donné de la visibilité à ce phénomène. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’entreprises travaillent pour créer des apps vendues sur les plateforme d’Apple ou de Google voir Samsung. Ces trois compagnies sont des “sur-traitants” de la téléphonie et des applications liées à ces dernières.

La sur-traitance crée de fait une forte dépendance pour les autres acteurs, à l’exception peut-être du consom’acteur (car il lui reste en général le choix de changer de plateforme), sont devenus largement dépendants du sur-traitant. Tout le monde est en quelque sorte devenu sous-traitant de l’écosystème à l’exception de rares entreprises qui vont dominer les autres. Cette situation est totalement nouvelle. Il n’y a pas d’équivalent dans l’histoire économique.

Si bien que certains acteurs n’y ont vu que du feu. Par exemple, Tag Heuer a offert un terminal à Google, propriétaire de la plateforme Android. A la fin c’est Google qui décide des marges de chacun, pas Tag Heuer. C’est cette dépendance nouvelle sur les marges qu’il faut saisir car avant dans l’ancien mode économique, il y avait au mieux une dépendance sur les volumes que les réseaux de distribution (y compris Amazon) ou les grands producteurs (par exemple l’automobile) pouvaient dans certain cas imposer aux entreprises de la sous-traitance productrice. Dorénavant, tout le monde va être captif de la sur-traitance.

La sur-traitance est une réalité nouvelle et la guerre économique pour obtenir se statut dominant ne fait que commencer. Les “Fintechs” vont affronter la banque traditionnelle (ils ne veulent plus être des sous-traitants mais jouer le rôle de sur-traitant). Dans l’industrie c’est la lutte pour le 4.0. Question médias, Google a déjà pris le large. Reste encore une interrogation sur la santé : Watson d’IBM semble bien placé… mais que vont faire les Roche, Novartis, Pfizer et Co. ?

La sur-traitance est donc vraiment l’enjeu clé de la décennie à venir… pour tous!

Comme on vient de le voir ces deux entités/acteurs (le consom’acteur et le sur-traitant) sont désormais ceux qui vont faire l’économie de demain. Le développement des machines-learning va ainsi amplifier le pouvoir du consommateur en le rendant acteur de sa propre vie. L’exemple des “bots intelligents” qui demain par centaines de milliers seront le bras armé de cette nouvelle réalité. La sur-traitance va améliorer sa position grâce à des plateformes de plus en plus puissantes, précises, analytiques et évolutives rendant tous les producteurs (industrie et service) dépendants de ces derniers.

Revenons un instant sur un élément clé de ce changement économique concernant le système financier et la valorisation des avoirs jusqu’à aujourd’hui détenus/répartis par le système financier (banque, poste, assurance) quasi incontournables pour le négoce, commerce, la capitalisation, les prêts à la consommation, etc. Dorénavant, les plateformes digitales (sur-traitance) vont occuper tous les champs possibles du système financier en rapprochant les consommateurs des producteurs. Ainsi le crowdfunding de Pebble sur la plateforme Kickstarter.com évitera de faire appel au venture capital ou aux banques. De nouvelles plateformes de prêts entre particuliers ou bien entre PME apparaissent tous les jours. Les Fintech ont la prétention d’être des sur-traitants. S’ils réussissent, les banques disparaitront. Airbnb, BlaBlaCar et d’autres ont montré un autre aspect de cette logique en permettant aux consommateurs de valoriser des actifs comme leur appartement, leur véhicule et même leur force de travail ou temps libre. Cet aspect de la valorisation capitalistique des avoirs individuels est une vraie révolution en soi.

L’accumulation de tous ces bouleversements nous entrainent irrémédiablement dans l’ère digitale notament du Digital Health.

Quant à l’avenir du système de santé c’est tout aussi violent… demain le second avis médical sera Dc. WATSON de IBM (un des prochains grands SUR-TRAITANT)… et qui sait ce second avis sera peut-être le choix systématique du consom’acteur !

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

2 réponses à “L’économie numérique est organisée en “sur-traitance” plus en sous-traitance … grosse différence !

  1. Excellent article ! La sur-traitance est, en effet, un des enjeux majeurs de l’internet 2.0. Ces plateformes accaparent toute la valeur créée par l’écosystème et rendent la concurrence impossible de par leurs méthodes d’ingénierie financière. Ainsi, Internet se ferme et, bien qu’il soit plus facile que jamais de lancer une startup, il devient de plus en plus difficile d’y créer une entreprise profitable.
    Seule la technologie Blockchain permettra de remédier à cette future précarisation générale de l’emploi, grâce à sa nature décentralisée. Les nouvelles plateformes 3.0 comme Orbi Network, créées sur cette technologie, permettront de redistribuer, à travers leurs Tokens, toute la valeur générée par la communauté, valeur qui aurait sinon fini dans les mains des investisseurs. C’est en tout cas notre vision.

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