La révolution numérique a besoin de révolutionnaires … commençons par les fabriquer!

Tout le monde en convient, nous sommes entrés dans l’ère de la révolution numérique. Mais qui dit révolution doit penser aux révolutionnaires, donc à ces gens qui transgressent lois et coutumes… alors qu’aujourd’hui tout tend vers la normalité de l’innovation incrémentale, notamment dans le domaine de la Santé.

Ainsi, l’innovation dans ce domaine est surtout une innovation “officielle” provenant des grands équipementiers du medtech, des grands acteurs de la pharma ou de la recherche et de la médecine universitaire. Cette dernière est plus souvent “épaulée” mais guère “challengée” par d’innombrables petites start-ups pilotées par des médecins et des chercheurs issus des sciences du vivant… tout ce monde est bien conforme et produit une innovation bien sage qui ne va certainement pas déboucher sur un produit de type “révolutionnaire”. La FDA et les procédures de validation veillent au grain et surtout détruisent la mauvaise graine. Ainsi, lorsque l’on parle de santé entre gens bien “pensants”, on parle d’un système de santé très organisé et institutionnalisé dans lequel l’innovation se porte très bien.

Mais ce système a ses limites: il est cher et de plus en plus cher.

Donc l’innovation dans le système ne semble pas être là où elle devrait être, à savoir s’intéresser à optimiser la performance tout en améliorant la santé des patients.  Aujourd’hui, on a plus l’impression que l’innovation favorise la préservation du système en protégeant les positions acquises plus qu’en le révolutionnant en profondeur. Or, aujourd’hui, c’est bien cette innovation de productivité qui est en berne.

Le digital ouvre à cet égard un tout nouveau chemin de rupture avec de nouveaux acteurs venus de l’informatique, des Big data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes et des “learning machines”. Bref, il y a une poussée extraordinaire en dehors du système, de ses régulations et de ses lois.

Dans l’univers de la santé, le “disruptif” viendra donc bien des données et des “protocoles algorithmiques” plus que des molécules “chimiques” ou “organiques”. Demain, c’est l’information qui va dicter sa loi.

Plus encore les protocoles seront des algorithmes auto-apprenantes et dicteront leurs lois. La médecine est affaire de protocoles et ceux-ci font finir pas avoir raison de presque tout. Comme le disait Lawrence Lessig déjà en 2000 dans le Havard Magazin: “Code is Law”. Il parlait de la force du “code” informatique. Autrement dit si on le transpose au domaine de la Santé, on peut imaginer que demain les protocoles seront issus du code informatique à savoir des algorithmes et des assistants personnels comme “Watson” et plus seulement résultant d’une autorisation de la FDA.

Il faut le rappeler: une révolution est conduite par des révolutionnaire et surtout pas par des législateurs. Donc, s’il y a bien une révolution, il ne faut pas regarder du côté de l’establishment pour comprendre mais dans les zones obscures des innovateurs “hors la loi”.

Ethereum, NetFlix, AirBnB, Oscar, les FinTech, etc. vont plus nous apprendre sur notre avenir économique et sociétal que n’importe quel projet du système actuel. En ce sens Didi est une réponse intelligente à Uber. Beaucoup plus que ce qui est proposé à Genève … par Monsieur Maudet!

La rupture doit être cherchée dans les failles du système et pas dans le système lui-même.

Ceci dit, il faudrait aussi donner quelques pistes pour sauver la métropole lémanique d’un avenir qui montre quelques signaux de faiblesses inquiétantes.

Voici donc pour une réflexion et une discussion plus large, voici quatre idées à parcourir (je sais bien que les EPF ont déjà commencés j’encourage ici tout le monde académique de suivre notamment les facultés de médecines) :

1.- créons des filières en formation lourde de “Data Scientists”, spécialistes en “IoT”, en “Machine Learning”, etc. dans les Unis mais aussi dans les HES et les fac de médecines (cf John Hopkins).

2.- créons des “tiers lieux” de l’innovation disruptive autorisant et surtout encourageant le débordement des modèles de pensée (think out the box et surtout out of the law)….

3.- encourager le “crowdfunding”, les “FFF”, les “angels”, le “local corporate funding”,  la crypto-monnaie pour le financement de projets de ruptures … et décourager le “capital venture” qui favorise des “exits” agressives détruisant ainsi la valeur notamment fabriquée localement et l’emploi du même coup!

4.- bypasser les systèmes de transferts de technologie, les parcs scientifiques et toutes autres formes qui pourraient être nuisibles aux processus de créativité disruptive.

 

Il y a sans aucun doute d’autres propositions à faire… mais ce qui compte pour l’instant, c’est vraiment d’abord de comprendre l’extraordinaire amplitude de la transformation en cours et ensuite de se donner les moyens d’y participer… cela donnerait de l’espoir aux jeunes au moins…

 

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Mathématicien et docteur en informatique, il est dans les années 70/80 le co-créateur de trois start-ups à Genève : les éditions Zoé, la radio locale Tonic et « Le Concept Moderne ». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank Avenir Suisse. Dès 2014 il se lance comme spécialiste de la transformation numérique. Il accompagne ainsi des entreprises ou des organismes publiques comme SwissTopo ou les SITG (Services de l’Information du Territoire Genevois). Il publie plusieurs articles et blogs ainsi que 4 livres dans le domaine de la transformation numérique. Il est reconnu comme un des 100 digital « shapers » suisses par le journal BILANZ en 2016/17.

Une réponse à “La révolution numérique a besoin de révolutionnaires … commençons par les fabriquer!

  1. >> think out the box and out of the law
    Si on parvient à montrer au législateur qu’on ne travaille pas “contre lui” mais “en avant de lui” ça pourra donner de très bon résultats.

    >> décourager le “capital venture” qui favorise des “exits”
    Oui, il y quelque chose de fondamentalement faux dans les chemin de financement classique des startups et qui les oblige à se dénaturer en route. From disruptive idea to financial commodity, ça ne colle pas, ça donne Uber.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *