Le numérique pousse à la fin des territoires … comme on les a toujours connus !

“La déterritorialisation est un concept de Gilles Deleuze et Félix Guattari (cf. L’Anti-Œdipe1972) qui décrit tout processus de décontextualisation d’un ensemble de relations qui permet leur actualisation dans d’autres contextes. 

Directement associé à la notion de désir dans la philosophie de Deleuze, ce concept a rapidement été utilisé dans d’autres branches des sciences humaines, par exemple en anthropologie ou en géographie humaine, puis a été transformé par cette réappropriation. D’une certaine manière, on pourrait dire que le concept lui-même a été « déterritorialisé ».

Devenu également concept de géographie culturelle et économique, il désigne le fait de rompre le lien de territorialité entre une société et un territoire…” (extrait de Wikipedia)

Nous allons ici utiliser ce terme dans son dernier sens …celui d’une géographie économique numérique complètement déterritorialisée…

En effet, le numérique en s’emparant de l’usine (Industrie 4.0) a aussi créé les conditions pour la fin de la chaîne de la valeur territoriale. Auparavant, tout devait se jouer dans un espace des savoirs spécifiques que l’on appelait: Cluster. Aujourd’hui, c’est terminé. Les territoires n’ont plus de frontières. L’excellence est partout et contribue à façonner les produits et services sans attache territoriale d’où l’expression “déterritorialisation”.

Prenons un exemple celui de l’industrie horlogère suisse… actuellement, la montre est complétement numérisée dès sa conception en une image virtuelle (CAO). Cette représentation détaillée qui va l’accompagner tout le long de la chaîne de la valeur sans tenir compte des territoires d’intervention. Cela ira aussi bien de sa création (CAO) à sa fabrication (FAO) et à sa commercialisation (marketing, logistique, services après vente, analyse des comportements par le Big Data, etc.). Ainsi la montre sera d’abord numérique et ensuite réelle.

Avec cette décomposition avancée de l’intervention industrielle … la fabrication et la commercialisation ne dépendront plus des territoires mais des compétences.

Il en sera de même dans d’autres industries notamment dans la santé.

Avec la fin de l’importance des savoir-faire régionaux et territorialement liés, on assiste à la fin des politiques de développements économiques régionaux traditionnels:

” il n’y a plus ni priorité à fixer, ni cluster à développer “

Ainsi la conception/fabrication/commercialisation d’une montre se fera sur le territoire monde en impliquant des labos en Europe, aux USA ou en Asie puis des fabrications éclatées pour finir dans une logistique planétaire … le numérique a créé les conditions finales de la dé-territorialisation…

Il serait donc vain de poursuivre ce que l’on a toujours dit et fait, à savoir des politiques économiques dépendant des territoires… ce qu’il faut par contre entreprendre désormais, c’est des politiques que l’on pourait appeler du “lien numérique et ces noeuds”.

En effet, si le territoire perd de son importance stratégique … le lien, la chaîne et ses croisements en prennent davantage.

” c’est exister en tant que noeud de réseaux qui compte désormais “

Donc créer des “noeuds” dans la chaîne de la valeur peut désormais prendre de l’importance. Ainsi autant que les liens du réseaux les noeuds sont donc vitaux… la déterritorialisa-tion entraîne donc une révision des concepts devenus du jour au lendemain “vieux” comme ceux de “cluster” ou  “swiss made”… réinventons les mots de demain…

surtout en politique publique et régionale ….

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse» comme Directeur Romand. En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique. Il est l'auteur du livre: Santé 4.0 paru récemment aux éditions Georg, Genève.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *