Demain tous docteurs !

Le digital est “le” changement radical de notre millénaire. 

L’information est/sera la brique de base de tous systèmes nouveaux de santé.

Au centre: le patient/impatient/client va être à la fois la principale source de création de données, celui qui va les véhiculer et bien sûr l’utilisateur privilégié de ces données santés!

Ainsi il va dans un proche futur se mesurer seul, s’auto diagnostiquer et se soigner largement tout seul !

Aux USA ce courant s’appelle: QUANTIFIED SELF

Il faut saisir l’importance historique du changement sociétal et technologique actuel notamment en termes du nombre de données créées et traitées, et, par conséquent, de la consommation de masse que cela représente, notamment pour la médecine traditionnelle:

– Internet, depuis sa mise en fonction publique en 1993, a connu une évolution foudroyante. On compte aujourd’hui 3 milliards d’utilisateurs (1), soit presque un habitant sur deux. De plus ils se sont tous mis à produire des données notamment médicale. Cela démontre à quel point cette technologie a pénétré le Monde et permet aujourd’hui de s’informer sur les meilleures pratiques médicales de la planète.

– Les smartphones (ou téléphones mobiles intelligents) ont connu une progression historique encore plus rapide, surtout depuis l’apparition de l’iPhone d’Apple en 2007. Il y aurait aujourd’hui 2 milliards d’utilisateurs (2) sur 5 milliards de téléphones mobiles (eh oui, encore seulement 40% sont intelligents!). Fait remarquable, puisque cela s’est produit en moins de 10 ans. Aujourd’hui des centaines de milliers d’applications (“Apps”) nous aident dans l’accomplissement de nos différentes tâches. Dans le domaine de la santé, c’est une véritable explosion. Tout se mesure, se diagnostique et se calcule, ou presque.

– Les montres connectées (SmartWatch) vont même mettre le médecin à portée de main, si l’on peut dire ainsi! Le smartphone était dans la main, mais la SmartWatch au poignet. Elle permet de mesurer et diagnostiquer en temps réel notre état de santé. Une consultation médicale permanente avec mon laboratoire d’analyses sur le poignet! Une révolution.

Mais sommes-nous capables d’entreprendre seuls une telle aventure de l’empowerment informationnel. Sûrement pas! Il va falloir être aidé! Et c’est à partir de nouvelles applications ou de sites internet que le changement va s’opérer. A l’image de TripAdvisor pour les voyages, vont apparaître des communautés du savoir-santé regroupées localement ou dans des réseaux sociaux plus vastes, avec, bien sûr, quelques professionnels de la santé de proximité, comme certains docteurs avertis ou pharmaciens de voisinage (si l’on regarde par exemple l’évolution des CVS Health aux USA).

 

DEVELOPMENT

Facebook, fondé en 2004, a aujourd’hui 1,49 milliards d’utilisateurs actifs mensuels (3) dont 1,31 sur smartphones. Cela situe le niveau des réseaux sociaux, en particulier sur les téléphones intelligents. Mais Facebook, c’est surtout un immense réseau conversationnel dans lequel les bonnes pratiques s’échangent instantanément, comme dans le domaine de la santé par exemple..

Apple Watch a vendu 2,5 millions de montres connectées en moins de 15 jours (4). Cet appareil personnel et intime (en permanence sur le poignet) va devenir le principal véhicule du changement du rapport à la santé et aux soins, en nous faisant entrer dans le monde de l’auto-diagnostic continu. Ses capteurs d’aujourd’hui, mais surtout de demain, seront capables de nous informer en temps réel de l’évolution des principaux paramètres de santé de notre corps. On saura anticiper une attaque cardiaque ou la limite dangereuse du taux de glycémie pour les diabétiques. Mesurer en permanence, depuis le poignet, l’intérieur de son corps, c’est possible. Cela n’est plus qu’une question de temps avant que cela ne se généralise…

Voilà comment de nouvelles technologies sont en train de bouleverser le système de “soins” au niveau mondial.

Il faut ensuite anticiper la quantité d’information phénoménale que ces nouveaux dispositifs de communications et d’informations vont produire et qu’il va bien falloir traiter. On sera sans aucun doute aidé par de nombreux d’algorithmes, qui prendront en charge des activités spécifiques, notamment de santé, pour nous assister. L’information et la connaissance véhiculées seront mises en scène par les algorithmes (“Apps”) et fourniront ainsi en masse des “savoir-faire” personnalisés et actifs en temps réel. Un véritable basculement vers des pratiques émergentes et encore largement inconnues.

Ces nouveaux systèmes d’informations collaboratifs (réseaux sociaux) et en crowdsourcing sont tout simplement massifs tant en termes de quantité que de qualité. Quantité, par le nombre d’informations et de connaissances produites, mais également par le nombre d’acteurs (en fait tous les utilisateurs potentiels de ces nouvelles technologies). Qualité, grâce aux algorithmes qui pourront calculer les procédures, les protocoles d’applications plus rapidement et plus sûrement qu’aucun médecin n’a jamais pu le faire.

Enfin, le changement majeur sera le rôle joué par le “patient”, qui deviendra très “impatient” puisqu’il aura accès à un système de santé en temps réel.

“Patient” c’était l’attitude adoptée dans les salles d’attente. Désormais les capteurs de sa montre l’alerteront en permanence sur son état et les modifications de son corps. Peut- être aura-t-il besoin d’aide pour gérer cela. Le “Patient” disposera de toutes les informations et connaissances utiles, mais reste à savoir ce qu’il en fera !

C’est là que réside le principal problème : “Car on le sait bien ce n’est ni une question de technologie, ni une question de temps… mais bien une question de comment on va s’approprier le changement!”

Sommes-nous prêts ? Certainement pas. Sommes-nous en marche vers ce nouveau système ? Peut-être bien. Nous allons certainement assister à la fin de la médecine traditionnelle!

Le principal mécanisme de relève de données

Le “Quantified Self”, c’est avant tout une pratique permettant de « se mesurer ». Ceci tant d’un point de vue de l’activité journalière (mouvement, marche, etc.), de la santé (pression sanguine, pulsations cardiaques, etc.) ou de la nourriture (matière grasse, sucre ingurgité, eau avalée, fruits, etc.). C’’est ensuite un mouvement qui regroupe localement des gens autour des principes, des outils et des méthodes permettant à chacun de mesurer ses données personnelles de santé-activité-nourriture, de les analyser et de les partager.

Les outils du “Quantified Self” peuvent être des objets connectés, des applications mobiles ou des applications web. Les méthodes sont celles du Big-Data offertes par les géants des technologies comme Google, Apple ou même Amazon. Enfin, les principes sont issus des précurseurs de San Francisco, mais ils évoluent vite selon les régions.

Pour bien comprendre les nombreux aspects de notre vie quotidienne concernés, regardons rapidement les champs de mesures possibles : récolte de données de santé et gestion du comportement (activité quotidienne), suivi de sa position dans l’espace (géolocalisation), auto-évaluation sportive, autodiagnostic santé, récolte de données de nutrition, récolte d’informations historiques ou encore génétiques personnelles, etc.

Pour en savoir plus, intéressons-nous d’abord à son démarrage.

Ainsi Wikipédia nous renseigne : le mouvement a débuté en Californie il y a quelques années :

“le mouvement a été lancé en 2007 en Californie par Gary Wolf et Kevin Kelly du magazine Wired, sous la forme de rencontres entre les utilisateurs et les fabricants des outils dédiés au suivi de ses données personnelles. Alors que les rencontres se poursuivent dans la baie de San Francisco, des antennes locales ont été créés dans plus de 100 villes dans le monde. En 2010, Gary Wolf présenta le “Quantified Self” lors d’une conférence TED. En mai 2011, la première conférence internationale du “Quantified Self” eut lieu à Mountain View en Californie”.

Ce qui montre à quel point tout cela est récent.
Il semble que quelques antennes existent en Suisse, c’est notamment le cas à Genève du

Meetup Quantified Self et les recherches du groupe Quality of Life de l’Institut de Sciences des Services (http://www.qol.unige.ch/). Pour l’heure, il est clair que les grands industriels des ICT tels qu’Apple, Google ou Samsung sont très intéressés par ce développement. Il y a du matériel à vendre mais surtout des données à récolter. Evidemment, le domaine de la santé attire du monde, tant les opportunités de se faire de l’argent sont grandes.

Cependant, on se trouve avec le “Quantified Self” à la frontière de plusieurs métiers, comme la médecine, la nutrition, l’informatique, les télécoms, le medtech, le big-data, etc… On a donc affaire à une sorte d’écosystème-santé d’un nouvel ordre, complètement différent du vieux concept de “Cluster”, qui regroupait principalement les acteurs d’un même domaine. Ici, le domaine et les alliances sont larges. A en juger par l’alliance Novartis et Google sur les lentilles, ou Novartis et Intel qui créent un “venture fond” dans le domaine de l’e-santé. On a dépassé les anciennes frontières. Les alliances se font entre géants. Les enjeux dépassent les nations. Tout est global.

L’individu est au centre de cette révolution! Il se mesure tout seul! Les outils à sa disposition sont nombreux aujourd’hui et deviendront plus importants demain. Le terrain est propice à cette évolution, car le désir a été exprimé par beaucoup un peu partout. Ainsi cette volonté de se prendre en charge devient mouvement. La rencontre de cette envie et des nouveaux moyens technologiques rend la chose possible. On va en direction d’un immense mouvement d’auto-mesure, d’autodiagnostic, d’autocontrôle et finalement d’auto-prescription.

Internet l’avait déjà démontré : donnez la possibilité aux gens de faire les choses par eux-mêmes et ils s’en emparent. Regardez Facebook, YouTube et les blogs qui ont permis aux utilisateurs de devenir des sources d’informations, des médias en quelque. Cela va être exactement la même chose avec le “Quantified Self”.

Il y aura toujours des sceptiques qui penseront que tout cela est dangereux, que toutes ces données vont servir, avant tout, aux grandes industries, que les données seront volées, etc. Il y aura certainement de nouveaux risques, mais il en a toujours été ainsi. Chaque nouvelle technologie fait face à de nouveaux dangers. Ce fut vrai avec la voiture ou Internet et cela le sera également avec le “Quantified Self”. Là n’est pas la question, car comme par le passé on trouvera des “parades” aux problèmes nouveaux.

La question à se poser est : pourquoi tout cela?

La réponse n’est pas simple. D’un côté, il y a des gens qui se sont déjà mobilisés en le faisant pour eux-mêmes et de l’autre, des entreprises qui proposent des solutions hardware et software répondant à ce besoin.

Mais que va-t-il advenir des personnes qui n’ont rien demandé. Allons-nous devoir nous y mettre? Serons-nous obligés par l’Etat, les assurances ou notre médecin à suivre ce mouvement?

Cela sera-t-il un mouvement marginal ou obligatoire?

Comme toujours avec les modes, la réponse n’est pas évidente. En effet, il faudra s’y mettre si le mouvement se généralise et non si cela reste cantonné à des groupes restreints.

 

——————-
(1) 
Selon l’Union internationale des télécommunications (ITU)

(2) Selon eMarketer

(3) Selon Wikipédia

(4) Selon Slice Intelligence

Xavier Comtesse

Xavier Comtesse

Dans les années 70/80, Xavier Comtesse est le co-créateur de trois start-ups à Genève: les éditions Zoé, la radio locale Tonic et «Le Concept Moderne». Il est ensuite haut fonctionnaire à Berne auprès du Secrétaire d'État à la Science avant de rejoindre l'Ambassade Suisse à Washington comme diplomate. En 2000, il crée la première Swissnex à Boston puis rejoint le Think Tank «Avenir Suisse». En 2015 il lance avec quelques experts «HEALTH@LARGE», un nouveau Think Tank sur la santé numérique. Il est mathématicien et docteur en informatique.

Une réponse à “Demain tous docteurs !

  1. Pourquoi? À la fin toujours la question un peu enfantine ou scientifique du pourquoi? Pour quelle raison ce pourquoi, vous voulez dire ? Chacun devient son propre petit médecin , qui se connaît, que se laisse observer et qui prends sa décision . En est- il responsable , de sa décision, si elle ne devait pas être appropriée ? J’ai parlé avec un ami hier . Il y a 30 ans, le médecin lui donnait 6 mois d’espérance de vie . Son traitement lui coûte 2000 Fr par mois, nous coûte, car c’est couvert par l’assurance. Pendant 6 ans il n’avait plus de traitement . Il a dû y revenir ,il n’y arrivait pas tout seul … ma seconde réaction à votre texte après le pourquoi , serait combien ? Laissons les politiciens s’occuper de ce domaine et les assurances de le financer. La question que je me pose est celle ci :” quand je serai hyper- connecté, qu’on m’aura donné toutes les informations sur mon corps, qui m’aidera à entreprendre le premier pas du changement, qui me dira la direction à prendre, qui m’aidera à me faire accepter l’inacceptable et qui me donnera le courage de l’accepter et de continuer? Ces questions ne sont elles pas plus pertinentes que le pourquoi? Me demander pourquoi je vis , ne m’empêche – t – il de vivre et de me poser la question du comment vivre mieux? Avec les autres sûrement , et pas tout seul devant mon écran !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *