La Suisse manque cruellement de Data Scientists!

La révolution actuelle du numérique se caractérise par l’importance des données et leur maîtrise par les Data Scientists et autres experts en Data Analytic ou Deep Learning. En Suisse, et notamment dans le domaine de la Santé, ils font massivement défaut! Le Conseiller fédéral Scheider Ammann a raison il faut immédiatement investir dans la formation … et 150 millions c’est juste un programme d’impulsion … il faudra beaucoup plus sur la durée car tout le monde économique est en mutation pas seulement celui de la Santé…

Donc essayons de bien comprendre l’enjeu…. voici une courte introduction à la problématique:

Quelles soient structurées ou non, les données deviennent une grosse composante de toutes entités économiques, non seulement parce qu’elles sont créées en très grand nombre mais surtout parce que l’on dispose aujourd’hui d’outils permettant d’effectuer des analyses signifiantes en termes de qualités prédictives. En quelque sorte, les données commencent à “parler” et de plus, elles sont récoltées en grand nombre et sont “signifiantes”.

Pour bien comprendre ce phénomène, il est nécessaire de s’attarder quelques peu sur deux éléments forts qui ont fait changer notre rapport aux données: Le “Big Data” et le “Data Driven”.

1.- Le Big-Data, c’est ce déluge d’informations (de données non-structurées) dont parlait “the Economist” il y a déjà quelques années (25 février 2010). En peu de temps, nous avons collecté et stocké plus de 90% de l’ensemble des données jamais produites dans l’histoire humaine. Inimaginable. C’est ce que l’on appelle les Big-Data! Les On-line Data, les blogs, les tweets, les news, les notifications, les données de géolocalisation, de tracking d’activités, de diagnostic santé ou quantified-self, de e-commerce , etc. Cela est sans fin …on collecte tout et n’importe quoi. On produit toujours plus de données et nous sommes qu’au début du processus, car l’Internet des Objets va engendrer encore plus de données notamment celles qui seront produites entre robots, entre bots et autres algorithmes. Bref, comment tirer profit de cet amoncellement de données de base (raw data) ? Pouvons-nous apprendre quelque chose de ces données? Y a-t-il des caractéristiques intrinsèques (pattern) propres aux données qui pourraient servir la science, la gouvernance, la médecine, l’économie, etc. C’est ce que le Data Scientist, le Data Analytic ou le Data Mining essaient de découvrir.

Plus encore que le stock de données, c’est peut être dans la lecture du flot de données que des renseignements précieux vont nous parvenir! Si nous pouvions apprendre quelque chose sur l’avenir en lisant et interprétant le flot de données alors nous parviendrions à un nouveau niveau dans le calcul des prévisions.

2.- Le Data-Driven est justement cette démarche empirique et pragmatique qui se base sur les flots de données pour la gestion des systèmes d’information, des organismes étatiques, non-étatiques ou des entreprises. Ainsi la société digitale est d’abord caractérisée par les données puis par les algorithmes de traitement de celles-ci. Contrairement à la phase précédente d’automatisation et de robotisation des tâches humaines qui revenait à demander aux machines de réaliser automatiquement certaines travaux que l’homme effectuait auparavant… ici on évoque quelque chose de plus abstrait: la donnée. Quelles soient structurées ou non, les données doivent être collectées et surtout être traitées si possible en continu aussi!

Dès lors et même si ces dernières sont finalement stockées dans de grandes bases de données (Big Data), les données, tout comme les informations non structurées, vont composer une sorte de flux continu qu’il devrait être possible de comprendre instantanément à condition de disposer des outils adéquats.

Aujourd’hui, ces outils modernes d’analyses existent et permettent d’interpréter quasiment en temps réel ce flux de données ou d’informations en améliorant ainsi considérablement les processus décisionnels des entreprises ou des organismes étatiques. L’aide ainsi apportée par ces nouveaux outils concernent aussi d’autres domaines de l’activité humaine comme les processus de recherche (Google, Amazon, etc.) mais aussi de production, de marketing et de logistique pour ne citer que quelques domaines. Tout devient ainsi à flux tendu (ou continu) donnant au passage de nouvelles capacités prédictives aux structures dirigeantes qu’elles soient politiques, entrepreneuriales ou autres.

Regardons un instant ce qui est réellement en train de change.

D’abord, on voit bien que ce monde connecté va produire une quantité inimaginable de données, de renseignements et de connaissances nouvelles qu’il va bien falloir stocker, intégrer et analyser si possible – en temps réel – sinon cela ne servira pas à grand chose.

Le problème est dès lors bien posé: il suffirait d’appliquer une procédure de maîtrise des données! Ceci passerait par la mise en place dans les entreprises et les organisations gouvernementales d’une méthodologie systématique qui aurait comme tâche de faire fonctionner correctement cette nouvelle approche que l’on peut résumer simplement en cinq étapes:

1.- Créer un système complet d’information capable de recevoir des quantités considérables notamment non structurées (stockage)

2.- Mettre en place un réseau de capteurs physiques ou virtuels qui soient en mesure d’absorber ce flux massif et continu de données (captation)

3.- Maîtriser les outils d’analyse et de visualisation de ce flot de données tout cela temps réel (analyse)

4.- Inventer les nouvelles procédures de décision qui découle logiquement de cette nouvelle approche (assistance en intelligence artificielle)

5.- Réinventer un arsenal des procédures de contrôle, d’autocorrection ou de feedback afin de garantir une bonne gouvernance (gouvernance)

Pour la plupart des entreprises suisses … il n’y a plus qu’à se lancer dans l’aventure du Big Data en engageant ou en formant des Data Scientist … car les entreprises de demain vivront de la récolte de donnée.

référence: Data Entrepreneurs publié aux éditions G d’Encre.

 

Le concept de “Health Valley” n’existe pas !

Le concept de Health Valley qui est “vendu” depuis quelques années par quelques scientifiques et politiciens romands est un leurre.

Explications:

Dans le domaine de la Santé: la Métropole lémanique n’a ni la masse critique (aucune des 10 compagnies les plus dynamiques au Monde n’est basée dans la région) et encore moins la température critique (pas assez de start-ups y sont créées chaque année). Bref, parler de Health Valley c’est pas correct … du tout!

Donc essayons d’éviter d’utiliser des termes comme : Bio Valley, Health Valley, etc., qui renvoient à des réalités toutes autres.

Alors pourquoi pas réfléchir et agir de manière “plus large” en cherchant à associer d’autres secteurs économiques proches de la Santé comme la nutrition, le sport, le MedTech, le Quantified Self (y compris la montre connectée), l’Internet des Objets, le “machine learning” et les Big Data du Digital Health, sans oublier le bien-être ou l’hygiène de vie, etc.

Les métropoles de demain vont évoluer vers ce concept d’innovation “étendue” et tout particulièrement la Métropole lémanique. Elle va ainsi pouvoir profiter de son avantage compétitif en étant au cœur de ce nouveau changement.

En effet, plusieurs des nouveaux acteurs du secteur tels que Nestlé, l’Internet Society, le CIO et les organisations internationales du sport, de l’environnement (WWF) ou encore des régulateurs puissants comme l’OMS, l’OMC ou l’ISO sont sur son territoire.

Ces acteurs vont être tout à fait déterminants dans la manière dont le secteur de la santé, au sens large, va se transformer. 

Mais il ne faut pas pour autant parler de Health Valley mais plutôt de Health @ Large. 

Ce qui compte aujourd’hui c’est de transformer notre économie pas de la maintenir … sur d’ancienne base …

Développons:

La force représentative des mots et des concepts est fondamentale à la chose politique.

L’innovation et le développement économique n’échappent pas à la règle. Lorsque des noms comme Silicon Valley ou Cluster sont prononcés dans l’arène politique, cela peut déboucher sur des changements législatifs (lois), administratifs (ordonnances d’application) ou financiers (réallocation budgétaire).

Nous entendons par là qu’il y a des conséquences pouvant être lourdes selon l’usage de telle ou telle appellation. Il est donc très important de trouver le bon vocabulaire, le bon phrasé ou si possible le bon storytelling au vue des importants changements ou transformations en cours. Ainsi les vieilles expressions auront tendance à maintenir en place de vieux schémas politiques inadéquats.

Aujourd’hui deux termes obsolètes continuent pourtant à dominer outrageusement les politiques d’innovation et de développement économique dans la plupart des pays : ce sont les termes de Silicon Valley et de Cluster. Ils faut en finir avec eux!

Dans les années 70, le journaliste californien Don Hoefler forgea le terme de Silicon Valley pour désigner à la fois la région du sud de San Francisco et marquer la présence de nombreuses entreprises du secteur de l’électronique et de l’informatique. Le terme est resté dans l’imaginaire politique comme une métaphore de l’innovation technologique qu’il fallait absolument copier. Cependant on oublie souvent de considérer que le moteur même de l’innovation “made in Silicon Valley” est porté par un système d’ingénierie financière très particulier, basé sur le Venture Capital, les options à terme, un marché des IPO, et surtout une conception de l’enrichissement de quelques-uns autour de la valorisation souvent extraordinaire de la start-up elle-même. Il faut donc en même temps un environnement légal, juridique et administratif ainsi qu’un environnement sociétal autorisant ces mécanismes d’enrichissement, que peu de pays n’ont mis en place. Les politiques se sont souvent trompées en interprétant presque exclusivement ce processus comme un rapprochement du monde universitaire et du monde économique qu’il suffirait d’organiser pour rafler la mise. C’est un peu court. Lorsqu’il y a de belles affaires à faire, le monde économique trouve toujours son chemin. La création de parcs technologiques fut une réponse trouvée par les politiques à la question de l’innovation. N’oublions pas que Mellon Park, souvent cité comme exemple, a été précisément conçu (en 1949) pour garder des entreprises naissantes dans l’environnement de l’université de Stanford alors terriblement isolée. C’était un concept très différent de ce qui est généralement imaginé: il ne s’agissait pas d’attirer les entreprises mais de les garder !

Au bout du compte, personne ou presque n’a pu copier le modèle de la Silicon Valley ou même s’en inspirer valablement. Ce modèle est-il toujours d’actualité alors qu’un nouveau émerge ? Nous y reviendrons plus loin.

En 1990, le Professeur Michael Porter de l’Université de Harvard proposa le concept de Cluster pour désigner des pôles de compétitivité régionale basés sur une forte concentration d’entreprises et centres de recherche, notamment universitaires, dans un secteur économique précis. Le concept reposait sur deux idées-clé: une forte concentration géographique et une forte concentration de compétences sectorielles. Une émulation globale du secteur ainsi rassemblé était espérée, mettant en avant le principe de la masse critique.

Les politiques nationales et régionales se sont alors rapidement emparées du concept, car à la fois simple à comprendre et à mettre en œuvre. Pour former un Cluster, il suffisait d’identifier un territoire doté d’un domaine de compétences propres et de l’accroître en attirant d’autres entreprises et d’autres compétences de recherche. C’était du ressort des gouvernements : une politique de type exogène articulant allégements fiscaux et adaptation des conditions législatives ou administratives.

Dans un premier temps, le succès de ces politiques a répondu aux différents besoins, notamment en termes de croissance de l’emploi. Mais très vite, elles se sont avérées coûteuses et surtout porteuses de déséquilibre fiscal d’un Etat à l’autre, d’une région à l’autre. La conséquence prévisible, à moyen terme, est la montée en puissance de politiques de régulation, qui minorent la compétition fiscale et restaurent des pondérations favorisant une plus grande solidarité. Dans le même temps, de petits regroupements insignifiants, au niveau global, ont fait irruption, soutenus par des politiciens locaux et aveuglés par la nécessité de l’action publique. A tel point que la multiplication excessive de Clusters et de pôles de compétitivité, sans réel potentiel d’agrégation économique, a constitué un important écueil en décrédibilisant l’approche.

Au-delà des premières réussites, le concept s’est révélé inopérant dans la mesure où sa généralisation a dissous les particularismes propres à quelques territoires bien choisis et a estompé leurs effets compétitifs spécifiques. Certaines régions, pour des raisons d’échelle et de position dominante, continueront naturellement à profiter de l’effet de masse. Pour les autres, en revanche, le jeu est terminé.

Il faut donc maintenant passer à autre chose.

Deux nouveaux concepts déterminants émergent donc aujourd’hui : écosystème et spillover.

Ces deux concepts demandent à être compris par le monde politique et l’exemple du domaine de la santé pourrait être une occasion rêvée d’y parvenir.

Les nouvelles perspectives qui s’ouvrent sur la question de la santé — prise au sens large — permettent en effet de bien saisir la portée stratégique des écosystèmes et du spillover. Si l’on considère la Métropole lémanique – même si elle ne présente pas véritablement une masse critique, ni ne constitue un authentique Cluster, ou n’offre encore moins les caractéristiques d’une Silicon Valley – il faut néanmoins lui reconnaître la présence sur son territoire d’un nombre essentiel d’acteurs pour le futur du domaine de la santé que sont la nutrition, le sport, l’environnement, internet et les softs laws. Personne ne doute de la qualité exceptionnelle de la région.

La diversité de son tissu économique en fait une force pour demain.L’interaction entre les secteurs économiques et les domaines de connaissances priment désormais. C’est la fin du mode de la séparation, si chère à la science et à l’industrie. Demain, il n’y aura plus de grande distinction entre “soft” et “hard” (comme dans l’informatique par exemple). Les concepts d’écosystème et de spillover peuvent, mieux que n’importe quels autres, rendre compréhensible la nouvelle réalité sociétale et économique. La mise en lumière de cette transformation est fondamentale, aussi bien pour les politiques publiques que pour les populations.

Les acteurs de l’internet, de l’environnement, de la nutrition, des sports et des soft regulations seront demain les moteurs de profonds changements dans le domaine de la santé – au sens large – comme l’ont été la pharma, la biotech ou le medtech ces dernières cinquante années.

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définitions:

1.- écosystème

En écologie, un écosystème est l’ensemble de la faune et de la flore réunies dans un espace naturel. Il est composé de producteurs (les plantes), de consommateurs (les animaux) et de bio-réducteurs (micro-organismes) qui sont aidés par l’énergie du soleil. Par analogie en économie, un écosystème est composé de l’ensemble des gens, des infrastructures, des lois et des acteurs économiques et institutionnels composant un territoire. (Source Wikipedia) 

2.- Spillover

En économie, l’effet de spillover désigne une action, un transfert provoqué par un ou plusieurs facteurs externes. Cela peut être l’arrivée d’une nouvelle technologie, qui va changer les manières de faire industrielles (par exemple l’arrivée des commandes numériques dans l’industrie de la machine-outil dans les années 60-70), ou encore l’implantation d’une nouvelle entreprise, qui va créer des activités économiques nouvelles (par exemple l’implantation massive des traders de commodities à Genève dans les années 90-2000) ou enfin un transfert sociétal, organisationnel ou culturel majeur (ONU à Genève, CERN à Genève, Ballet Béjart à Lausanne). Le spillover, bien que très mal compris par les politiciens, est un facteur de changement bien plus significatif que normalement décrit. 

 

La révolution numérique a besoin de révolutionnaires … fabriquons les!

Tout le monde en convient, nous sommes entrés dans l’ère de la révolution numérique. Mais qui dit révolution doit penser aux révolutionnaires, donc à ces gens qui transgressent lois et coutumes… alors qu’aujourd’hui tout tend vers la normalité de l’innovation incrémentale, notamment dans le domaine de la Santé.

Ainsi, l’innovation dans ce domaine est surtout une innovation “officielle” provenant des grands équipementiers du medtech, des grands acteurs de la pharma ou de la recherche et de la médecine universitaire. Cette dernière est plus souvent “épaulée” mais guère “challengée” par d’innombrables petites start-ups pilotées par des médecins et des chercheurs issus des sciences du vivant… tout ce monde est bien conforme et produit une innovation bien sage qui ne va certainement pas déboucher sur un produit de type “révolutionnaire”. La FDA et les procédures de validation veillent au grain et surtout détruisent la mauvaise graine. Ainsi, lorsque l’on parle de santé entre gens bien “pensants”, on parle d’un système de santé très organisé et institutionnalisé dans lequel l’innovation se porte très bien.

Mais ce système a ses limites: il est cher et de plus en plus cher.

Donc l’innovation dans le système ne semble pas être là où elle devrait être, à savoir s’intéresser à optimiser la performance tout en améliorant la santé des patients.  Aujourd’hui, on a plus l’impression que l’innovation favorise la préservation du système en protégeant les positions acquises plus qu’en le révolutionnant en profondeur. Or, aujourd’hui, c’est bien cette innovation de productivité qui est en berne.

Le digital ouvre à cet égard un tout nouveau chemin de rupture avec de nouveaux acteurs venus de l’informatique, des Big data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes et des “learning machines”. Bref, il y a une poussée extraordinaire en dehors du système, de ses régulations et de ses lois.

Dans l’univers de la santé, le “disruptif” viendra donc bien des données et des “protocoles algorithmiques” plus que des molécules “chimiques” ou “organiques”. Demain, c’est l’information qui va dicter sa loi.

Plus encore les protocoles seront des algorithmes auto-apprenantes et dicteront leurs lois. La médecine est affaire de protocoles et ceux-ci font finir pas avoir raison de presque tout. Comme le disait Lawrence Lessig déjà en 2000 dans le Havard Magazin: “Code is Law”. Il parlait de la force du “code” informatique. Autrement dit si on le transpose au domaine de la Santé, on peut imaginer que demain les protocoles seront issus du code informatique à savoir des algorithmes et des assistants personnels comme “Watson” et plus seulement résultant d’une autorisation de la FDA.

Il faut le rappeler: une révolution est conduite par des révolutionnaire et surtout pas par des législateurs. Donc, s’il y a bien une révolution, il ne faut pas regarder du côté de l’establishment pour comprendre mais dans les zones obscures des innovateurs “hors la loi”.

Ethereum, NetFlix, AirBnB, Oscar, les FinTech, etc. vont plus nous apprendre sur notre avenir économique et sociétal que n’importe quel projet du système actuel. En ce sens Didi est une réponse intelligente à Uber. Beaucoup plus que ce qui est proposé à Genève … par Monsieur Maudet!

La rupture doit être cherchée dans les failles du système et pas dans le système lui-même.

Ceci dit, il faudrait aussi donner quelques pistes pour sauver la métropole lémanique d’un avenir qui montre quelques signaux de faiblesses inquiétantes.

Voici donc pour une réflexion et une discussion plus large, voici quatre idées à parcourir:

 

1.- créer des filières en formation lourde de “Data Scientists”, spécialistes en “IoT”, en “Machine Learning”, etc. dans les EPF, les Unis mais aussi les HES.

2.- créer des “tiers lieux” de l’innovation disruptive autorisant et surtout encourageant le débordement des modèles de pensée (think out the box and out of the law)….

3.- encourager le “crowdfunding”, les “FFF”, les “angels”, le “local corporate funding”,  la crypto-monnaie pour le financement de projets de ruptures … et décourager le “capital venture” qui favorise des “exits” agressives détruisant ainsi la valeur notamment fabriquée localement.

4.- bypasser les systèmes de transferts de technologie, les parcs scientifiques et toutes autres formes qui pourraient être nuisibles aux processus de créativité disruptive.

 

Il y a sans aucun doute d’autres propositions à faire… mais ce qui compte pour l’instant, c’est vraiment d’abord de comprendre l’extraordinaire amplitude de la transformation en cours et ensuite de se donner les moyens d’y participer… cela donnerait de l’espoir aux jeunes au moins…

 

Et maintenant place à une médecine prédictive !

Le séquençage du génome, la digitalisation des dossiers patients, les capteurs du digital health, le self quantified, les données non structurées du Big Data, Watson, etc.,  sont tous des éléments incontestables d’une grande transformation de la médecine.

Depuis tout temps, les médecins ont essayé d’établir leurs diagnostics et leurs prescriptions à partir des informations fournies par le malade et les examens médicaux.

Ces informations étaient alors limitées dans la quantité et dans le temps.

Aujourd’hui et surtout demain, les informations seront plus qu’abondantes … elles seront pléthoriques… mais grâce à la “data analytic”, au “data mining”, à la “machine learning”, etc. tout va changer… on entre rapidement dans une ère dite de la “médecine prédictive”.

Tout a commencé avec l’apparition de la génomique

C’est à la fin du siècle dernier et grâce aux progrès technologiques que le nombre et les sources d’informations se sont diversifiés et que l’information à disposition du médecin a été considérablement enrichie notamment grâce aux progrès de la biologie et de l’imagerie médicale mais surtout de la génomique.

C’est ainsi que le médecin a commencé à disposer de données toujours plus nombreuses et précises pour l’aider dans son diagnostic et le guider dans sa prescription.

Tout cela, c’était encore avant les Big Data, le self quantified et les capteurs, … Aujourd’hui le praticien est noyé sous l’information … il va devoir faire appel à des moteurs d’analyse du genre Watson qu’IBM est en train de préparer!

Des données non-structurées … de plus en plus pertinentes

Ainsi la rencontre entre les sciences de la vie et la mathématique, celle des données massives et des algorithmes va changer profondément la médecine. Maintenant que l’on a à la fois la capacité de capter d’énormes quantités de données hétérogènes et complexes et d’en assurer le traitement pour en extraire une information pertinente les choses évolue rapidement.

Maintenant que l’on est capable d’associer des données issues des moyens traditionnels avec celles produites par la jungle des objets connectés qui est en train d’envahir nos vies, sans oublier ces milliards de données aujourd’hui sans intérêt d’ordre médical, comme les services de géolocalisation, de blog ou de tweets, d’achat commercial en ligne et de paiements électroniques ou tout simplement de nos déplacements consignés sur nos montres connectées, la médecine prend un virage massif vers le “pouvoir des données plus que des molécules.

En quelque sorte, on quitte le “driver” du vivant pour celui de l’information portant sur le vivant.

Toutes ces données, souvent insignifiantes mais qui une fois traitées et analysées par des formules mathématiques appropriées et de puissants outils numériques, vont devenir souvent plus pertinentes que celles recherchées par les généticiens dans le tréfonds de nos cellules.

Plus seulement le résultat d’un seul examen

Demain, la donnée de santé ne sera plus seulement le résultat d’un examen ou d’un acte médical, voir d’un décodage du génome mais bien celui d’un processus long de type algorithmique destiné à mettre à jour une information médicale permanente.

Car l’irruption du Big Data n’est ni anodine, ni fortuite dans le monde des algorithmes. Il faut désormais voir les phénomènes et les bouleversements qui accompagnent le développement du numérique comme le signe d’une autre et profonde transformation, cette fois-ci sur notre vision du monde de la santé.

Médecine prédictive et personnalisée

Il est intéressant de constater que cette révolution de l’algorithme converge aujourd’hui avec une nouvelle approche de la maladie et des moyens pour la combattre.

L’expression la plus marquante de cette nouvelle approche est sur le plan du médicament, l’arrivée de classes thérapeutiques comme les antirétroviraux ou l’immunothérapie ainsi que de nouveaux traitements comme les nano-médicaments, les anticorps monoclonaux ou les vaccins thérapeutiques qui marient la vocation à combattre la maladie avec celle d’aider le corps à s’en débarrasser.

Mais aussi, le développement de la «médecine personnalisée» permet d’ajuster le traitement du patient tout en dépassant le pur décodage du génome pour accéder aux informations non structurées. Ceci permettrait un traitement plus approprié dans la durée.

Watson veut prédire … avant de guérir !

Le Big Data, c’est enfin la possibilité non plus seulement de prévenir mais surtout de prédire. Ce qui transformerait la maladie perçue depuis la nuit des temps comme une fatalité en un événement prévisible, traçable et espérons-le guérissable-

Les promesses du Big Data sont ainsi immenses et rappellent à bien des égards, celles du début de la génomique.

IBM a annoncé tout récemment vouloir racheter Truven Health Analytics pour 2,6 de milliards de dollars, pour faire de sa division santé Watson Health un des plus grands lieux de stockage de données médicales au monde.

Les données proviennent des milliers d’hôpitaux, sociétés et administrations des états fédéraux américains. Watson Health sera alimenté par les médecins, épidémiologistes, statisticiens et experts créant des données de très haute précision et valeur.

Truven possède un portefeuille de 8000 clients, comprenant hôpitaux, médecins, entreprises privées et agences gouvernementales. Elle est la troisième entreprise de données à avoit été acheté par IBM et la quatrième acquisition depuis la naissance de Watson Health,  il y a 10 mois.

L’achat de Truven permet à IBM Watson de doubler de taille et passer à presque 5 000 employés. Quand l’achat sera finalisé, IBM aura investi plus de 4 milliards et Watson Health deviendra le leader mondial des données médicales et analytiques.

L’entreprise sera la seule à pouvoir efficacement exploiter les capacités cognitives uniques de la plateforme Watson.

 

(Références: ce blog a été largement “détourné” d’anciens blogs de Noujoude.wordpress.com et de Oxana G. sur Objetconnecte.com)

 

Les plateformes de la “sur-traitance” vont désormais dominer l’économie et la société!

On avait l’habitude d’un système de production économique organisé le long de la chaîne de la valeur… avec notamment les intermédiaires commerçants et la sous-traitance qui jouaient tout deux des rôles importants … eh bien désormais deux acteurs nouveaux vont accaparer l’essentiel de la valeur… ce sont les consom’acteurs et la sur-traitance

Dans la nouvelle chaine de la valeur de la production à la consommation, le client fait une entrée remarquée. Il devient consom’acteur !

Par son activité, par sa participation, sa mise à disposition de ses avoirs (logement, voiture, etc.) sa co-créativité, son co-financement, etc. le consommateur change de statut. Il est désormais l’agent économique le plus important.

IKEA l’avait transposé dans la chaine de la valeur en lui donnant la tâche de déménageur et de monteur. En effet, en achetant un meuble IKEA, le client devait non seulement transporter le meuble du magasin au domicile qui est la partie la plus coûteuse de tout transport (le dernier kilomètre) mais également le montage du meuble en suivant les instructions d’assemblage. IKEA empochait au passage de substantielles marges mise au profit du marketing et du design. Tout le do-it-your-self fonctionne sur ce principe de mettre le client en action dans la chaine de la valeur. Des formes différenciées du do-it existent également, pensons ici au tuning pour les voitures par exemple ou aux activités nombreuses des makers, sortent de bricoleurs de génie de l’électronique qui ont tout de même récemment été les précurseurs des “drones” et autres imprimantes 3D. Justement demain l’impression 3D ira un pas plus loin que le simple do-it, en offrant la création de certains objets carrément à domicile. On peut très bien imaginer que la vaisselle soit demain produite pour un repas spécifique genre baguette chinoise ou tasse de thé, puis simplement jetée après usage.

Airbnb, BlaBlaCar représentent une seconde vague des actions participatives possibles. Il y a cependant ici à nouveau un changement majeur puisque l’on à faire à la valorisation de biens de particuliers. La maison, le chalet, l’appartement, la voiture, des outils spécifiques peuvent être désormais loués facilement sur des plateformes internet de particulier à particulier. C’est donc bien une nouvelle forme de capitalisme qui émerge puis que des biens jusqu’ici considérés à usage purement personnel, deviennent des avoirs qui rapportent des revenus! Le consom’acteur agit ainsi en investisseur.

De nouvelles activités rétribuées mais hors économie traditionnelle, apparaissent sur les plateformes Internet, c’est celle du travail complémentaire voir partagé. Faire la cuisine et recevoir à domicile contre paiement des personnes qui ont réservé leur place via Internet, jouer au concierge d’achat pour des clients pressés, faire du maquillage à domicile, donner des cours de conduite entre pairs, faire du co-voiturage payé, etc. de nouveaux “petits” métiers se révèlent par milliers ainsi à côté de ceux plus traditionnels de garde d’enfants, de leçons privées à domicile, de ménage, etc.

La sur-traitance.

Plus important encore, il y a de nouveaux acteurs majeurs qui arrivent avec force dans le champ économique : les sur-traitants. Par opposition à la sous-traitance, les sur-traitants coiffent la chaine de la valeur en s’attribuant le maximum de marges. Ce sont les exemples de Google dans la publicité, d’Apple Store pour les Apps, de Uber pour les taxis, de Facebook dans les réseaux sociaux, de Watson dans la santé qui montrent le chemin. La sur-traitance c’est le positionnement d’une entreprise au cœur même de l’écosystème qu’ils créent généralement eux-mêmes. Tous les autres acteurs de l’écosystème vont dépendre d’eux. Ils dictent le jeu et récoltent les marges. Cela a été rendu possible grâce à l’apparition des plateformes digitales. La sur-traitance réorganise ainsi des pans entiers de l’économie : la téléphonie, les médias, la marketing, le commerce mais aussi la santé (digital health), la maison (domotique), l’usine (industrie 4.0), etc.

La sur-traitance est la grande nouveauté économique de cette dernière décennie. C’est surtout Apple et son Apple Store (2007) qui ont donné de la visibilité à ce phénomène. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’entreprises travaillent pour créer des apps vendues sur les plateforme d’Apple ou de Google voir Samsung. Ces trois compagnies sont des “sur-traitants” de la téléphonie et des applications liées à ces dernières.

La sur-traitance crée de fait une forte dépendance pour les autres acteurs, à l’exception peut-être du consom’acteur (car il lui reste en général le choix de changer de plateforme), sont devenus largement dépendants du sur-traitant. Tout le monde est en quelque sorte devenu sous-traitant de l’écosystème à l’exception de rares entreprises qui vont dominer les autres. Cette situation est totalement nouvelle. Il n’y a pas d’équivalent dans l’histoire économique.

Si bien que certains acteurs n’y ont vu que du feu. Par exemple, Tag Heuer a offert un terminal à Google, propriétaire de la plateforme Android. A la fin c’est Google qui décide des marges de chacun, pas Tag Heuer. C’est cette dépendance nouvelle sur les marges qu’il faut saisir car avant dans l’ancien mode économique, il y avait au mieux une dépendance sur les volumes que les réseaux de distribution (y compris Amazon) ou les grands producteurs (par exemple l’automobile) pouvaient dans certain cas imposer aux entreprises de la sous-traitance productrice. Dorénavant, tout le monde va être captif de la sur-traitance.

La sur-traitance est une réalité nouvelle et la guerre économique pour obtenir se statut dominant ne fait que commencer. Les “Fintechs” vont affronter la banque traditionnelle (ils ne veulent plus être des sous-traitants mais jouer le rôle de sur-traitant). Dans l’industrie c’est la lutte pour le 4.0. Question médias, Google a déjà pris le large. Reste encore une interrogation sur la santé : Watson d’IBM semble bien placé… mais que vont faire les Roche, Novartis, Pfizer et Co. ?

La sur-traitance est donc vraiment l’enjeu clé de la décennie à venir… pour tous!

Comme on vient de le voir ces deux entités/acteurs (le consom’acteur et le sur-traitant) sont désormais ceux qui vont faire l’économie de demain. Le développement des machines-learning va ainsi amplifier le pouvoir du consommateur en le rendant acteur de sa propre vie. L’exemple des “bots intelligents” qui demain par centaines de milliers seront le bras armé de cette nouvelle réalité. La sur-traitance va améliorer sa position grâce à des plateformes de plus en plus puissantes, précises, analytiques et évolutives rendant tous les producteurs (industrie et service) dépendants de ces derniers.

Revenons un instant sur un élément clé de ce changement économique concernant le système financier et la valorisation des avoirs jusqu’à aujourd’hui détenus/répartis par le système financier (banque, poste, assurance) quasi incontournables pour le négoce, commerce, la capitalisation, les prêts à la consommation, etc. Dorénavant, les plateformes digitales (sur-traitance) vont occuper tous les champs possibles du système financier en rapprochant les consommateurs des producteurs. Ainsi le crowdfunding de Pebble sur la plateforme Kickstarter.com évitera de faire appel au venture capital ou aux banques. De nouvelles plateformes de prêts entre particuliers ou bien entre PME apparaissent tous les jours. Les Fintech ont la prétention d’être des sur-traitants. S’ils réussissent, les banques disparaitront. Airbnb, BlaBlaCar et d’autres ont montré un autre aspect de cette logique en permettant aux consommateurs de valoriser des actifs comme leur appartement, leur véhicule et même leur force de travail ou temps libre. Cet aspect de la valorisation capitalistique des avoirs individuels est une vraie révolution en soi.

L’accumulation de tous ces bouleversements nous entrainent irrémédiablement dans l’ère digitale notament du Digital Health.

Quant à l’avenir du système de santé c’est tout aussi violent… demain le second avis médical sera Dc. WATSON de IBM (un des prochains grands SUR-TRAITANT)… et qui sait ce second avis sera peut-être le choix systématique du consom’acteur !

Santé 4.0: Une innovation “disruptive”

L’innovation dans le domaine de la Santé (Life Science comme le disait Patrick Aebischer) est, en Suisse, d’abord une affaire très “conventionnelle”, conduite par des médecins, des chercheurs en médecine, des ingénieurs, des scientifiques des domaines de la pharmacie, de la chimie, de la biologie….et jamais par des révolutionnaires (il faut regarder vers les USA, Israel ou la Chine pour en voir de cette espèce là).

Aujourd’hui, ce système commence à être challengé … car non seulement les coûts de la santé deviennent prohibitifs … mais aussi parce que le numérique propose une alternative à travers une véritable innovation “disruptive”. Le modèle santé actuel va sans doute s’effondrer sous nos yeux. On commence à le percevoir avec l’émergence du Digital Health.

L’innovation “conventionnelle” dans la santé semble donc avoir atteint ses limites! Il faudrait maintenant s’intéresser davantage à l’innovation “disruptive” seule à même d’améliorer les fondements du système. Aujourd’hui, c’est bien plus l’innovation dans le système de la santé qui est en berne que l’innovation de santé. C’est donc à une “ubérisation” de la santé à laquelle il faut s’attendre!

Le constat est clair: les systèmes de santé sont partout en crise, confrontés à leurs lourdeurs, à des problèmes de financement, de déficit, d’explosion des coûts…

L’innovation “disruptive”, celle qui amène des transformations du système en lui-même, devrait maintenant prendre le relais avant que tout s’effondre en un système à plusieurs vitesses…avec plusieurs classes de traitement!

Vers une médecine prédictive de rupture

Il suffit d’observer les développements récents du domaine de la santé pour s’en convaincre: la médecine curative est en train de faire place à une médecine prédictive. Et à mesure qu’elle se déplace, elle devient de moins en moins collective et publique, et de plus en plus individualisée et privée. Les grands acteurs traditionnels se voient aussi être confrontés avec de nouveaux arrivants souvent beaucoup “plus gros” qu’eux-mêmes: les géants d’Internet. Un choc des titans s’annonce.

Les patients/malades et la société bien portante vont être au cœur de cette révolution car les données qu’ils produisent et véhiculent, seront le fondement même de la révolution en marche. La maîtrise des Big Data et des outils d’analyse de ceux-ci sont les prochains enjeux de l’innovation “disruptive” … les acteurs traditionnels ne sont pas les mieux placés pour en sortir vainqueurs.

Nous sommes à la veille d’un changement de pouvoir et tout le système santé sera revu de fond en comble. Fini le rôle du médecin en tant que pivot incontournable du système… on va voir les “protocoles” donc les algorithmes prendre le dessus… attention par n’importe quel protocole: ceux basé sur les Big Data et les programmes informatiques d’auto-apprentissage de l’intelligence artificielle et pas ceux anciens de la statistiques de grand papa… (à suivre)

 

Aujourd’hui, AlphaGo a battu, en trois manche à zéro, le meilleur joueur au monde de Go!

Vendredi AlphaGo avait déjà battu, en démonstration, une équipe de joueurs de Go formée par Chen Yaoye, Zho Ruiyang, Mi Yuting, Shi Yue et Tang Weixing. Mais aujourd’hui, une partie beaucoup plus importantes  a pris fin , en trois manche à zéro, contre le Chinois Ke Jie, considéré comme le meilleur joueur au monde. Les algorithmes auto-apprenantes de Google (DeepMind) sont imbattables. L’année dernière elles avaient déjà eu raison du coréen Lee Sedol,

Le jeu de Go est connu pour être le jeu de stratégie le plus compliqué au monde. Ainsi donc une nouvelle étape a été franchie dans la quête d’une Intelligence Artificielle Supérieure !

Maintenant on y est: l’homme passe la main … question intelligence de jeu … en sera-t-il de même pour le reste notamment en médecine?

Bref retour sur une lutte entre humains et machines:

En mai 1997, Deep Blue (IBM) a battu Kasparov au jeu d’échec. Pour la première fois de l’histoire, le champion du monde de l’époque a du s’incliner contre l’ordinateur sur le score de 2½ à 3½. A ce moment là, Deep Blue mesurait 1,80 m et pesait 1,4 tonne. Il fallait vingt personnes pour qu’il fonctionne et son logiciel fonctionnait sur la base des “systèmes experts” qui a l’époque, était ce que l’on faisait de mieux en Intelligence Artificielle. Grâce à son incroyable force de calcul, Deep Blue a joué lors de ce match quelques coups de la classe d’un grand maître dont l’un, abondamment commenté dans les revues spécialisées, a complètement déstabilisé Kasparov.

Mais aujourd’hui ce qu’a présenté Google dans l’affrontement au jeu de Go est d’un tout autre ordre… c’est une machine en réseau qui sait apprendre!

DeepMind: une machine de Turing auto-apprenante

Un des défis que tente de relever DeepMind est de réaliser une mémoire à court terme similaire à celle du cerveau humain. Le système développé est un type de réseau de neurones qui a été adapté pour fonctionner avec une mémoire externe. Le résultat est un ordinateur qui apprend en stockant des souvenirs et en les réutilisant pour effectuer des tâches logiques qu’il ne saurait faire autrement. Comme cette forme de calcul diffère de manière importante d’un réseau neuronal classique, DeepMind lui a donné un nouveau nom : une machine de Turing neurale. La machine de Turing neurale apprend comme un réseau neuronal classique en utilisant les entrées qu’il reçoit du monde extérieur mais qui apprend aussi à stocker ces informations et à les récupérer.

Deep reinforcement learning

DeepMind combine la technique d’apprentissage automatique de “machine learning” avec une technique d’apprentissage renforcée. La technique est nommée Deep reinforcement learning. Le logiciel apprend en effectuant des actions et en observant les effets et conséquences, de la même manière que les humains ou les animaux. Mais jusqu’au tournoi de Séoul, personne n’avait réussi à construire un système capable de réaliser des actions aussi complexes que jouer au Go. Une partie du processus d’apprentissage consiste à analyser les expériences passées à plusieurs reprises pour tenter d’extraire des informations plus précises pour agir plus efficacement à l’avenir. Ce mécanisme est très proche de ceux qui ont lieu dans le cerveau humain, notamment parce qu’il s’auto-alimente en savoir/expérience en jouant/réfléchissant tout seul. Un peu comme lorsque l’on dort/sommeille…l’esprit continue à travailler.

Leçon pour l’avenir de la Santé: Deep Health

Dorénavant nous avons deux approches qui s’affrontent pour prendre la position de “sur-traitance” dans l’économie de la Santé. D’un côté, Google Health qui mise avant tout sur des machines d’auto-apprentissage et de l’autre IBM/Watson Health qui a choisi, en premier lieu, le chemin des Big Data et du Data Analytic.

Ce qui s’affronte ici, c’est le savoir en mode apprentissage contre le savoir accumulé…

Devinez qui va gagner?

 

Le système “santé” est à la veille d’un grand bouleversement… voilà pourquoi?

(1) La Santé coûte cher, trop cher: la faute à l’emploi ?

Pour comprendre l’évolution du système de santé suisse, rien ne vaut un détour par les Etats-Unis où le système est le plus cher et le moins productif au monde. Une mise en perspective de deux systèmes proches mais ayant quand même des caractéristiques propres, permet de voir ce qui va mal, très mal chez eux mais chez nous aussi. Donc, si les suisses consacrent beaucoup d’argent à leur système de santé, environ 11,5% du PIB c’est encore très peu par rapport à ce que les américains subissent (17,1%). C’est inquiétant surtout pour l’avenir de notre système qui a tendance en général à suivre l’Amérique, avec un léger délai !

Pourquoi cela coûte si cher et pourquoi cela ne cesse-t-il d’augmenter?

Pour ce faire, il faudrait se demander d’abord si l’un des acteurs du système (hôpitaux, médecins, pharma, assurances, etc.) abuse du système.

La distribution des coûts est la même entre les deux pays !

Mettre ensemble les chiffres des coûts de la santé n’est pas chose facile…  les statistiques dépendent toujours de ce que vous voulez regarder… mais en gros, notre recherche donne les résultats suivants pour les USA (CH) :

  • Les hôpitaux américains représentent le 36% des dépenses totales (35% en Suisse)
  • Les médecins représentent 28% (26%)
  • Les médicaments représentent 14% (18%)
  • Les établissements médico-sociaux (EMS) et les soins à domicile représentent 6% (9%)
  • Les autres prestations ambulatoires (physiothérapie, frais de laboratoire, appareils médicaux, etc.), représentent 8% (7%)
  • Les frais administratifs 7% (5%)

En comparaison, les chiffres se ressemblent beaucoup et pourtant, ce sont bien deux systèmes différents dont la distinction fondamentale est à chercher dans l’intervention de l’Etat en tant que régulateur. Même ainsi la répartition des coûts – presque semblable – ne permet pas d’accuser l’un ou l’autre des partenaires du système de santé américain ou suisse d’exagérer. Il faut donc aller chercher ailleurs les raisons de la dérive du système.

La hausse des coûts vient avant tout d’une embauche exagérée!

Personne n’ose l’avouer mais c’est principalement la hausse des postes de travail dans le secteur de la santé qui a provoqué depuis deux décennies au moins, la hausse des coûts. Les changements de la démographie ou de la technologie souvent évoqués, ont créé dans le secteur de la santé une réponse accompagnée par l’engagement de personnel et non pas par un accroissement de la productivité. C’est là est tout le problème!

C’est vrai aux USA mais aussi en Suisse. Près de 15 millions de jobs santé aux USA et 450’000 en Suisse (soit près de 10% des emplois) ! C’est énorme surtout que le nombre de postes de travail dans la santé n’a cessé de croître depuis vingt ans et ceci même pendant la crise de 2009. C’est clair : il y a une corrélation parfaite entre création d’emplois et coûts de la santé!

Bref, on peut beaucoup expliquer avec ce simple postulat: « la santé coûte de plus en plus cher car l’augmentation des effectifs en est la première cause ». Messieurs les régulateurs, prenez donc l’initiative d’un gel de l’emploi dans la santé et vous verrez que tout ira mieux!

(2) Les « UBER » de la Santé existent déjà !

Le système de Santé que l’on connaît aujourd’hui dans la plupart des pays industrialisés est caduc, car essentiellement peu productif… il va donc être complétement revisité ces prochaines années en vue d’une réduction des coûts par une recherche pour plus d’efficacité, de rapidité, de coaching par assistance personnalisée, (Watson, Siri, etc.), pour moins d’administratif et en faveur d’un fonctionnement en temps réel (smartwatch) avec des interventions de proximité (Walk-in Clinic) ou à distance (télémédecine), etc., bref un chambardement encore aujourd’hui inimaginable…

Ainsi certainement tous les domaines de la Santé vont être touchés car les deux conditions initiales requises pour tout bouleversement sont présentes dans ce secteur économique précis: peu de productivité et des marges importantes.

Prenons plusieurs exemples existants pour montrer comment la machine de la transition médicale est en marche:

1.- OSCAR: la réinvention de l’assurance est un enjeu vital. L’administration Obama a lancé en 2014 un programme d’aide à la création de nouvelles compagnies dans le domaine de l’assurance (son nom le « CO-OP Health Program »). Ainsi des sociétés comme « Oscar Health » ou « ZoomPlus » vont probablement changer passablement la scène de l’assurance sur sol américain… la résistances des grandes compagnies s’organisent pourtant: elles essayent de racheter les start-ups prometteuses! Google a investi plusieurs dizaines de millions dans « OSCAR ».

2.- « PAGER »: c’est une plateforme internet et une « apps » qui permet d’appeler en urgence les secours quelque soit l’endroit où vous êtes en géolocalisation … c’est en fait comme UBER mais au lieu de voir un chauffeur de taxi débarqué, c’est un médecin qui vient vous chercher et vous secourir.

Des start-ups du « Healthcare Digital » se développent maintenant à grande vitesse encouragées par l’argent du Venture Capital (plus de 4 milliards de dollars y ont été consacrés l’année dernière). Ainsi des centaines de projets viennent de voir le jour à l’image de « PAGER ». On peut citer rapidement des entreprises comme: « Projet IO » pour des prothèses imprimées en 3D; « Medwand » qui offre une sorte de télé-médecine très simple; « CrowdMed » c’est un service pour apprendre avec les autres; « SkinVision » pour repérer les mélanomes sur votre peau à l’aide du smartphone ou encore « PillPac »k pour mieux prendre ces médicaments au quotidien, etc.

3.- les géants du Net comme Google et Apple y ont investi massivement notamment avec des projets dans le domaine du diagnostic en direct et permanent qui nécessite le traitement de beaucoup d’informations… par exemple, l’alliance entre Novartis et Google pour les lentilles intelligentes notamment pour la gestion en temps réel du diabète… ou encore la « Apple Watch » pour la détection avancée des attaques cardiaques ou de la maladie de Parkinson.

Aux USA: la révolution a débuté alors qu’en Suisse, on ne fait que parler … des hausses de prime. Il est grand temps de lancer des initiatives concrètes et arrêter de se palabrer.

(3) Dr Watson vous assistera personnellement, tout le temps !

Les algorithmes et donc l »intelligence artificielle au service du patient (ou des « biens portants ») pourraient révolutionner tout le système à eux seuls car ils auront les moyens de « bypasser » le médecin!

Aujourd’hui, le programme « Watson » du géant IBM offre déjà une aide considérable aux médecins en allant judicieusement consulter le « Big Data » médical mais il pourrait tout aussi bien être directement utilisé par les patients. Mais pour l’instant, il collecte et recherche des informations médicales en créant la plus grande base de données jamais constituée. IBM Watson Health (c’est le nom de cette unité) est installée à Boston entre le MIT, Havard et le « Massachussetts General Hospital » pour profiter au mieux de la plus grande concentration au monde du savoir-faire des sciences du vivant.

Mais demain que va faire Watson?

Ce programme informatique d’intelligence artificielle a comme but de répondre intelligemment à des questions formulées en langue naturelle. En d’autres termes, il va chercher des réponses en questionnant les Big Data de manière rapide, appropriée et en auto-apprentissage permanent. Chaque jour, le système est plus efficace, plus subtile et surtout plus précis à tel point qu’il a gagné des jeux télévisuels populaires (jeopardy) basés sur la mémoire.

A n’en pas douter, il sera notre « premier recours/secours » médical!

Comme SIRI (Apple), NOW (Google). CORTANA de Microsoft ou encore « M » de Facebook, WATSON sont capables de répondre très à propos aux questions de l’interlocuteur en analysant sa question et en allant chercher dans le « Big Data » des réponses intelligentes.Ces assistants vocaux vont offrir dans les prochaines années – et en particulier au grand public – un accompagnement intelligent pour toutes questions médicales.

Pour l’instant IBM a développé qu’une version propre au monde médical qui peut analyser/chercher toutes les données du dossier patient y compris les radios et images médicales, l’ADN et les historiques familiaux.

L’avenir du médecin et donc par ricochet du système de santé dans son ensemble risque alors de basculer dans un monde encore difficile à imaginer tant nos habitudes semblent être dans ce domaine immuables.

Pourtant, en quelques décennies comme l’ont fait les banques (ATM, bancomat), les agences de voyage (TripAdvisor), les cartes routières (GPS), les vidéos (streaming et fin des magasins), la vente des tickets et les enregistrements (aéroport), les taxis (UBER), la location d’appartements (AirBnb), etc.

C’est donc une toute nouvelle médecine qui va évoluer devant nos yeux.

Seul véritable problème pour la Suisse: malgré une très forte présence du domaine en Suisse notamment au niveau de la recherche (50% de nos moyens y sont consacrés) … l’innovation algorithmique se passe comme d’habitude ailleurs principalement à Boston et San Francisco.

4) Walk-In Clinic : les bobos de proximité

La santé et particulièrement les soins ont toujours été une question d’urgence, à régler en quelque sorte dans l’instant. Pourquoi souffrir et attendre. Le système de santé est pourtant lent avec ses salles d’attentes et ses multiples intervenants organisés en rendez-vous successifs. Aujourd’hui, le patient est impatient. Au temps de l’Internet, il veut une réponse immédiate! Les « Walk-in Clinic » répondent à ces nouveaux besoins de la société contemporaine.

Le concept est simple. Sans rendez-vous, vous pouvez vous faire diagnostiquer, soigner ou conseiller rapidement auprès d’une infirmière ou d’un docteur. Fixer un petit bobo ou passer un examen rapidement peut vous éviter la lourdeur des urgences de l’hôpital ou la pénible liste d’attente du médecin. Disponible partout, ouvert tout le temps et rapide, tels sont les trois éléments de la recette qui apporte aujourd’hui une grande satisfaction aux usagers américains.

C’est un véritable bouleversement des habitudes et des pratiques car les « Walk-in Clinic » sont pour la plupart gérées et situées dans les pharmacies. Les trois principaux groupes possédant des chaînes de pharmacie sur sol américain sont devenus très actifs dans ce domaine des cliniques rapides. Chez CVS, on a développé le concept de « Minute Clinic », chez Rite Aid, on a acheté « RediClinic » et chez Walgreens, on parle de « Healthcare » mais grosso modo c’est la même chose. C’est du « all in one « : soin et médicament dans le même lieu. Cela répond à un fort besoin de la clientèle américaine toujours plus pressée. Le nombre de ces cliniques n’a cessé de croître. On en dénombre aujourd’hui plus de 10’000 et le nombre de celles qui sont localisées dans les pharmacies ne cesse lui aussi d’augmenter. CVS a lui seul en détient aujourd’hui environ 900. Il pense en gérer 1’500 d’ici 2017. Walgreens et Rite Aid ne sont pas en reste avec un millier de ces cliniques ouvertes récemment. Mais Walgreens ne s’arrête pas là. Il développe une présence permanente avec une « apps » testée depuis 2014 qui permet via un smartphone d’être instantanément en contact avec un pharmacien ou un docteur pour de petits « bobos » qui arrivent malheureusement quotidiennement.

A l’avenir, ce type d’offre va être central pour le système de la Santé en général car il est bon marché, facile d’usage et répond à un nombre important de situations médicales. Par ailleurs, l’effet de proximité combiné aux réseaux communautaires, en forte extension, créera les conditions propices à leur développement à très grande échelle.

En Suisse aussi les choses bougent d’abord avec l’ouverture à Bâle en 2010 de la première « Walk-in Clinic » au nom évocateur de  » MediX Toujours »; mais c’est surtout le rachat par le groupe Migros de SantéMed qui a frappé les esprits. Désormais Migros gère directement avec Medbase et SantéMed une centaine de docteurs pour une médecine ambulatoire de proximité.

Les temps changent vraiment et les acteurs économiques aussi. On est bien à la veille d’un bouleversement sans précédent!

(5) « The Patient Will See You Now »

Un livre fait fureur aux USA depuis le début 2015, il parle de la révolution médicale. « The Patient Will See You Now » (le patient va vous recevoir maintenant) a été écrit par le Docteur Eric Topol, l’un des meilleurs futuristes mondiaux du domaine. Le livre examine ce qu’il appelle « le moment Gutenberg de la médecine ». Tout comme l’imprimerie a libéré la connaissance du contrôle d’une classe d’élite religieuse, la nouvelle technologie des algorithmes médicaux est prête à démocratiser la médecine. Dans cette nouvelle ère, les patients pourront contrôler leurs propres données et s’émanciper d’un régime médical paternaliste dans lequel  » le médecin connaît toujours le mieux les choses.  »

Les téléphones mobiles, les montres connectées, les « apps » et les « sensors » dédiés seront en notre possession. Si bien que littéralement, nous porterons sur nous (dans nos poches, nos poignets ou même dans notre corps) toutes les capacités d’un laboratoire de diagnostic et d’unité de soins rapides.

Les algorithmes des ordinateurs remplaceront les médecins pour de nombreuses tâches de diagnostic par le biais d’énormes ensembles de données (Big Data) qui vont nous donner de nouveaux moyens pour aussi prendre en charge des maladies chroniques (diabète, zona, hypertension artérielle, etc.)

En dépit de tous ces avantages, la voie à suivre s’avère très compliquée car certains dans le système de santé et les établissements médicaux vont faire de la résistance. Ces changements de la médecine digitale soulèvent de sérieuses questions entourant notamment la vie privée et la capacité des gens ordinaires à se prendre en charge.

Néanmoins, les résultats escomptés pour une telle émancipation généralisée semblent être illimités. En effet, lequel d’entre nous voudrait se passer d’un système plus efficace, moins cher, plus démocratique et plus humain avec des soins de santé accessibles à tous!

Dans un livre antérieur déjà fort remarqué: « The Creative Destruction of Medicine » de 2012, Eric Topol était alors davantage concerné par l’effet économique de la transformation technologique. Mais dans son dernier livre, il prend vraiment le point de vue du patient qu’il met au centre de la révolution actuelle.

Que s’est-il passé en moins de trois ans pour qu’il affine pareillement son approche?

C’est l’arrivée d’UBER qu’il cite souvent comme une avancée notable des écosystèmes d’algorithmes (software) qui l’a marqué. Il voit dans cette plateforme, une capacité software à résoudre des problèmes quotidiens que la technologie hardware – en quelque sorte- n’arrivait pas à maîtriser et surtout le pouvoir de changer les régulations locales (principal problème de la sclérose du système). C’est au cœur de sa pensée actuelle. Il faut saisir à quel point le monde à basculer dans un autre univers comme ce fut le cas avec l’imprimerie de Gutenberg. Désormais, la médecine ne sera plus jamais la même!

C’est définitivement cette vague profonde des algorithmes venue principalement de San Francisco qu’il faut désormais comprendre et intégrer dans notre vision du futur.

La Suisse doit ainsi penser à enseigner davantage les mathématiques que les langues car la langue de demain sera l’algorithmie…

(6) Organic Food: le premier des médicaments !

La mutation alimentaire des américains a commencé. Les supermarchés consacrent désormais des allées entières aux produits organiques, les marchés fermiers de producteurs locaux se multiplient à l’approche des villes et les restaurants affichent la liste des fournisseurs et producteurs qui composent leurs menus. Les gens sont surtout devenus soupçonneux du commerce des « Big Food », un terme fourre-tout qui sert à désigner la chaîne alimentaire classique – que ce soit vrai ou faux, tout doit être organique.

Mais de manière plus authentique, il y a un vrai désir chez les consommateurs américains de transparence. Les gens veulent savoir ce qu’ils mangent et quels effets cela peut produire sur leur bien-être ou sur leur santé.

Beaucoup de start-ups se sont lancées depuis peu dans le business. La médiatisation est forte. Et la cause du -tout organique- a permis à des personnalités comme Melissa Fox, une star du domaine aux USA, de créer leurs propres entreprises. Son entreprise « M-Jo » vit de produits de substitutions pour les repas traditionnels avec des aliments uniquement à base de plantes et des ingrédients non-OGM. Les petites entreprises alimentaires purement organique sont nombreuses à l’image de « Earth’s Best » avec des produits essentiellement pour bébé ou encore d’Amy’s Kitchen, « Organic Valley »et « Green&Black’s » qui font tous partie de ce que l’on peut désormais considérer comme des classiques de l’organique. Mais l’innovation ne s’arrête pas là et des produits nouveaux émergent comme Soylent qui se veut être une boisson nutritionnelle conçue pour couvrir à elle seule, l’intégralité des besoins alimentaires quotidiens. Enfin, le capital venture est aussi présent avec « AccelFood » à New York qui a déjà investi plusieurs dizaines de millions dans 16 start-ups. Cela bouge dans les métiers de bouche!

Les « Big Food » cherchent, eux aussi à se maintenir à flot avec ce courant d’idées nouvelles. Ainsi General Mills a promis de retirer tous les colorants et arômes artificiels de ses céréales pour 2017. McDonald vend moins de sodas avec ses « Happy Meals ». Et de nombreuses grandes entreprises de la distribution ou de la production alimentaire se convertissent rapidement pour avoir aussi une offre santé. Par exemple, General Mills a dépensé 820 millions de dollars pour l’achat d’ »Annie », une compagnie leader dans la production de produits purement organiques et Campbell a dépensé 1,56 milliard de dollars pour « Bolthouse Farms », l’autre compagnie exemplaire dans la production écologique de nourriture.

En Suisse Romande, nous avons un des plus grands acteurs de la branche qui lui aussi a décidé d’investir sérieusement le domaine. Avec « Nestlé Health Science » l’approche est quasiment thérapeutique. Le centre installé sur les hauteurs de Lausanne vise plutôt les alicaments… mais quelque part c’est la même idée: « que l’aliment soit ton premier médicament », Hippocrate l’avait dit il y a 2450 ans environ!

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Xavier Comtesse est aussi l’auteur de l’étude: « La Santé de l’Innovation Suisse », nov. 2013, Avenir Suisse

 

Les révolutionnaires du BLOCKCHAIN à l’assaut des assurances !

Les révolutionnaires du BLOCKCHAIN à l’instar de la pasionaria Primavera De Filippi … enflamment les salles … lors de leurs nombreuses conférences … un sujet encore peu connu du grand public c’est le rôle que pourrait jouer les blockchains pour les assurances…

Exclairage …  avec un extrait *détourné* d’un blog du site “Blockchain France” (cf. la source en bas de page).

“Si les grandes sociétés d’assurance se penchent aujourd’hui sur la blockchain, c’est parce que cette technologie permet de “bypasser” les phases de déclaration, et de construire de nouveaux systèmes d’assurance via internet et ceci sans intermédiaire. Les modèles d’assurances “peer-to-peer” existent déjà (par exemple Friendsurance ou inspeer.me), la blockchain y donne un nouvel élan grâce à des systèmes d’assurance automatisés à base de smart contracts.

Les “smart contracts” sont des programmes autonomes qui exécutent automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine une fois démarrés. De nouvelles entités spécialisées opérant avec les blockchains, les “oracles”, permettent de gérer les données des smart contracts et de déterminer, par exemple, si les conditions sont bien remplies pour déclencher le paiement.

Ces mécanismes promettent des changements majeurs pour les systèmes d’assurance actuels. En automatisant l’exécution des contrats, ils permettent aux assurés comme aux assureurs de s’émanciper des phases déclaratives : formulaires, réclamation, vérification, déclenchement de l’indemnisation…

Le blockchain, en faisant office de tiers de confiance automatisé, ouvre la voie à une diminution des coûts de structure tout en fiabilisant et en accélérant les processus de décision. A terme, cela générerait surtout une plus grande satisfaction des assurés via la mise en place de nouveaux services plus intuitifs et plus rapides.

L’exemple souvent cité pour illustrer les modèles d’assurance basés sur les “smart contracts” est celui de l’assurance dite indicielle ou paramétrique, autrement dit l’assurance liée à un indice tel que par exemple la température ou le niveau de pluie.

Mais d’autres applications sont envisageables : en septembre dernier, une équipe du Hackaton Blockchain de la Fintech Week à Londres a ainsi construit en un week-end un programme d’assurance de voyage sur la plateforme Ethereum. Constatant que 60% des passagers assurés contre le retard de leur vol ne revendiquaient jamais leur argent, ils ont créé un système d’assurance automatisé basé sur la blockchain, via le service Oraclize. Avec ce service, les passagers sont automatiquement indemnisés lorsque leur vol est en retard, sans avoir besoin de remplir un quelconque formulaire, et donc sans que l’entreprise ne doive traiter les demandes.

Il aurait certes été techniquement possible de créer ces processus sans blockchain. Le véritable apport de la technologie blockchain consiste ici à générer la confiance et la sécurité nécessaires pour automatiser les phases déclaratives sans avoir recours à un tiers. Si par le passé les assureurs n’ont pas mis en place ce type de produits, la blockchain apporte aujourd’hui une solution qui pourrait permettre à de nouveaux acteurs de pénétrer ce marché.

Au-delà des autonomisations des processus décrites ci-dessus, une nouvelle tendance, celle de l’assurance peer-to-peer (P2P), a émergé ces dernières années. En France avec Inspeer.me, en Allemagne avec Friendsurance, ou au Royaume-Uni avec Heyguevara, des plateformes proposent des assurances d’utilisateur à utilisateur, sans intermédiaire.

Coupler la technologie blockchain avec ce modèle d’assurance P2P ouvre la voie à des systèmes d’assurance quasi-autonomes et auto-régulés, où polices d’assurance et réclamations des assurés seraient automatiquement gérées. Une évolution supplémentaire pour les assurances, mais pas si futuriste.

Blockchain et smart contracts permettent en effet la mise en place d’organisations décentralisées autonomes.

Des start-ups ont déjà été créées pour proposer ce genre de service. C’est par exemple le cas de Dynamisapp, qui propose des assurances chômage complémentaires basées sur des smart contracts via le blockchain Ethereum.

La grande question soulevée par ces modèles est celle de la régulation : avec des contrats sans territorialité et une forme de pouvoir décisionnel donné à des lignes de code, les enjeux juridiques sont considérables. Déterminer qui est légalement responsable du code contenu dans les fichiers est une problématique qui, à l’heure actuelle, n’a pas véritablement été tranchée par les systèmes législatifs.

En attendant la résolution de ces problématiques juridiques, le blockchain reste un outil robuste et efficace pour mettre en place des systèmes plus sûrs, plus intuitifs et plus collaboratifs, qui permettront de créer une assurance recentrée sur ses utilisateurs.

Les entreprises qui profiteront de la création de valeur distribuée sont celles qui suivront les nouveaux usages des “consommacteurs” et qui sauront se renouveler. Pensons à la chute de Kodak, qui en est un exemple frappant. Pour cette raison, les assureurs ont tout intérêt aujourd’hui à expérimenter autour de la blockchain afin de définir les applications qui correspondront aux usages des années à venir. Tout comme les banques, les sociétés d’assurance doivent tester cette nouvelle technologie au sein même de leurs organisations, sous peine d’être probablement sanctionnées par le marché dans quelques années. Nouer des partenariats avec des accélérateurs et des startups blockchain, créer des communautés de développeurs et oser le pari de l’open source, qui constitue un formidable catalyseur d’innovation, peuvent également être une opportunité pour les assureurs à condition de s’emparer rapidement du sujet.”

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Pour rappel ce papier est inspiré, copié et détourné du site Blockchain France http://blockchainfrance.net/2016/02/17/assurance-et-blockchain/

Le numérique pousse à la fin des territoires … comme on les a toujours connus !

“La déterritorialisation est un concept de Gilles Deleuze et Félix Guattari (cf. L’Anti-Œdipe1972) qui décrit tout processus de décontextualisation d’un ensemble de relations qui permet leur actualisation dans d’autres contextes. 

Directement associé à la notion de désir dans la philosophie de Deleuze, ce concept a rapidement été utilisé dans d’autres branches des sciences humaines, par exemple en anthropologie ou en géographie humaine, puis a été transformé par cette réappropriation. D’une certaine manière, on pourrait dire que le concept lui-même a été « déterritorialisé ».

Devenu également concept de géographie culturelle et économique, il désigne le fait de rompre le lien de territorialité entre une société et un territoire…” (extrait de Wikipedia)

Nous allons ici utiliser ce terme dans son dernier sens …celui d’une géographie économique numérique complètement déterritorialisée…

En effet, le numérique en s’emparant de l’usine (Industrie 4.0) a aussi créé les conditions pour la fin de la chaîne de la valeur territoriale. Auparavant, tout devait se jouer dans un espace des savoirs spécifiques que l’on appelait: Cluster. Aujourd’hui, c’est terminé. Les territoires n’ont plus de frontières. L’excellence est partout et contribue à façonner les produits et services sans attache territoriale d’où l’expression “déterritorialisation”.

Prenons un exemple celui de l’industrie horlogère suisse… actuellement, la montre est complétement numérisée dès sa conception en une image virtuelle (CAO). Cette représentation détaillée qui va l’accompagner tout le long de la chaîne de la valeur sans tenir compte des territoires d’intervention. Cela ira aussi bien de sa création (CAO) à sa fabrication (FAO) et à sa commercialisation (marketing, logistique, services après vente, analyse des comportements par le Big Data, etc.). Ainsi la montre sera d’abord numérique et ensuite réelle.

Avec cette décomposition avancée de l’intervention industrielle … la fabrication et la commercialisation ne dépendront plus des territoires mais des compétences.

Il en sera de même dans d’autres industries notamment dans la santé.

Avec la fin de l’importance des savoir-faire régionaux et territorialement liés, on assiste à la fin des politiques de développements économiques régionaux traditionnels:

” il n’y a plus ni priorité à fixer, ni cluster à développer “

Ainsi la conception/fabrication/commercialisation d’une montre se fera sur le territoire monde en impliquant des labos en Europe, aux USA ou en Asie puis des fabrications éclatées pour finir dans une logistique planétaire … le numérique a créé les conditions finales de la dé-territorialisation…

Il serait donc vain de poursuivre ce que l’on a toujours dit et fait, à savoir des politiques économiques dépendant des territoires… ce qu’il faut par contre entreprendre désormais, c’est des politiques que l’on pourait appeler du “lien numérique et ces noeuds”.

En effet, si le territoire perd de son importance stratégique … le lien, la chaîne et ses croisements en prennent davantage.

” c’est exister en tant que noeud de réseaux qui compte désormais “

Donc créer des “noeuds” dans la chaîne de la valeur peut désormais prendre de l’importance. Ainsi autant que les liens du réseaux les noeuds sont donc vitaux… la déterritorialisa-tion entraîne donc une révision des concepts devenus du jour au lendemain “vieux” comme ceux de “cluster” ou  “swiss made”… réinventons les mots de demain…

surtout en politique publique et régionale ….

Warren Buffet prévient les patrons: le problème n’est pas la réduction des impôts mais l’envolée des coûts de la santé!

C’est vrai aux USA mais c’est aussi vrai en Suisse: le problème des entrepreneurs n’est pas tellement la réduction des impôts que les coûts de la santé non maîtrisés! Warren Buffet a raison les coûts de la santé son devenus un problème de compétitivité des Nations. Lire ici sa déclaration fracassante.

Explications d’un processus à la dérive et quelques propositions pour le fixer.

Le “Pricing”, c’est-à-dire la manière dont les prix sont fixés est essentiel à la bonne marche des affaires quelque soit le secteur économique considéré. En effet, la bonne santé financière des acteurs/entreprises dépend toujours des “marges” que les systèmes “autorisent”. Et donc, si les processus de “pricing” sont tendus, peu généreux, ou mis en cause dans leur stabilité ou encore dans leur fondement, alors les entreprises peuvent risquer gros, très gros. Prenons un exemple pour illustrer ceci: la non volonté ou l’incapacité de l’OPEC de maintenir des prix du baril dans une fourchette acceptable pour tous les acteurs, a eu actuellement un effet dévastateur sur les entreprises américaines extractrices de schiste bitumineux.

Dans le domaine de la Santé, les différents processus de fixation des prix (quelque soit le pays considéré) est très complexe et souvent remis en cause juste par la discussion politique. Cela tient essentiellement à plusieurs éléments qui peuvent être diversement combinés selon les pays, à savoir la régulation étatique, l’innovation notamment des modèles d’affaires, le vieillissement de la population ou le système du tiers payant, etc.

Evidemment ces facteurs conjoncturels, structurels ou systémiques représentent intrinsèquement des risques. Comme le débat sociétal est très présent dans ce secteur, la discussion peut être vive, polémique et accusatrice (et ceci dans la plupart des pays) et donc les risques, pour les entreprises, sont à chaque fois à la hausse quand le ton monte. L’exemple américain est à cet égard symptomatique de cette problématique avec un débat aujourd’hui agressif porté particulièrement par les patrons.

Demain, le véritable facteur de renouveau viendra de la révolution numérique porteur d’acteurs nouveaux ayant une volonté de tout bousculer, notamment les processus de financement et de “pricing”. Cette menace est sans doute potentiellement la plus forte ce qui va amener des acteurs importants à devoir évoluer rapidement (ou se réinventer) sinon ils vont disparaître!

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Développement:

A) le débat sur le “pricing”

A peine acquis les droits sur la molécule pyriméthamine que Martin Shkreli, CEO de la société Turing Pharmaceuticals a pris la décision d’augmenter le prix du traitement de 5.500%, passant de 13,5 dollars à 750! C’était en septembre 2015. Cela a déclenché une vive polémique aux USA qui dure jusqu’à aujourd’hui.

Le débat politique amplifié par la campagne présidentiel de cette année, porte sur plus de régulation étatique notamment sur le prix des médicaments car aux USA, il n’y a pas d’autorité centrale pour la fixation du prix des médicaments remboursés comme dans la plupart des pays européens…. chez eux, ce sont plutôt les assurances qui s’en chargent.

Ce débat n’est pas nouveau dans ce pays. Il a pris juste une ampleur inégalée. Mais si l’on regarde le débat public de ces cinq dernières décennies, on peut noter que tour à tour les différents acteurs ont été tenus responsables des augmentations des coûts du système de santé.

D’abord les assurances ont été la cible des critiques dès les années 70 pour leur rôle dans les coûts de la santé et la mise en place des HMO. Ces derniers ont perdu beaucoup de leur attrait par un manque notoire de résultats pendant les décennies suivantes. L’administration d’Obama a donc profité de son programme ObamaCare pour relancer cet outil. Il s’agit essentiellement de chercher à contrôler les dépenses et le côté résolument inflationniste de ces dernières dans le domaine de la Santé. L’idée était de nommer un médecin responsable personnellement du patient (gate keeper) garant des actes médicaux qu’il prescrirait. La prise en charge étant du ressort d’un réseau soignant. Mais cette voie d’amélioration vers l’efficience ne garantit malheureusement pas la productivité du réseau car en médecine le rendement n’est jamais égal à la productivité puisque la mesure ultime est de sauver des vies étonnement quel qu’en soit le prix. Mais cette collaboration entre médecin empêche une série de doublons par exemple en évitant aux patients de remplir plusieurs fois les mêmes formulaires. Cela paraît être malheureusement un gain marginal alors le système tente toujours d’atteindre deux buts contradictoires: à savoir une réduction des coûts et une médecine de qualité! C’est en tout cas ce que le vœu du public…

Les médecins ont été accusés d’être trop nombreux à exercer (dans les années 80 avec comme conséquence l’établissement de numérus clausus pour les études de médecine) puis ensuite les hôpitaux ont été montrés du doigt dans la décennie suivante (la solution proposée a été celle d’augmenter les interventions de type ambulatoire). Aujourd’hui de nouveau, les entreprises de la Pharma sont prises à partie notamment par les organisations de défense des consommateurs …  bien que ces dernières ont toujours subi plus ou moins les foudres des organisations de consommateurs actuellement le relais politique semble plus fort …

Bref 50 ans de débat aux USA et une seule constance : les coûts ont continué à évoluer à la hausse (aujourd’hui on en est à 17,1% du PIB américain). Dans les autres pays développés, les coûts ont évolué dans la même direction mais à un niveau beaucoup plus bas (11,5% en Suisse par exemple). Malgré des systèmes plus régulés, les coûts de la Santé restent aussi problématiques pour tous. Les débats politiques sont vifs et suivent dans les grandes lignes la discussion américaine (avec souvent un décalage de quelques années).

Les grands acteurs du domaine et la distribution des coûts

Pour le débat, il est important de savoir le poids économiques spécifiques de chaque acteur du secteur. Les statistiques dépendent toujours de ce que vous voulez montrer… mais en gros, notre recherche donne les résultats suivants pour les USA (entre parenthèse pour la Suisse) :

•  Les hôpitaux américains représentent le 36% des dépenses totales (35% en Suisse)

•  Les médecins représentent 28% (26%)

•  Les médicaments représentent 14% (18%)

•  Les établissements médico-sociaux (EMS) et les soins à domicile représentent 6% (9%)

•  Les autres prestations ambulatoires (physiothérapie, frais de laboratoire, appareils médicaux, etc.), représentent 8% (7%)

•  Les frais administratifs 7% (5%)

Cette comparaison montre que malgré une différence de système la répartition des coûts est assez semblable. Ceci devrait nous inciter à comprendre que ce n’est pas le poids spécifique des acteurs le cœur du problème, mais autre chose. En fait, personne ne coûte cher…mais tout le monde! Il est donc difficile d’accuser une partie prenante ou l’autre d’exagérer dans le système des coûts. Il faut donc aller chercher ailleurs les raisons de la dérive du système.

La hausse des coûts vient de l’emploi!

Personne n’ose l’avouer, mais c’est principalement la hausse des postes de travail dans le secteur de la santé qui a provoqué la hausse des coûts. Les progrès technologie ont créé une réponse accompagnée par l’engagement de personnel et non pas par un accroissement de la productivité. C’est là tout le problème! Par exemple, à chaque nouvelle machine IRM, de nouveaux techniciens ont été engagés.

Tout ceci s’est avéré statistiquement pour la Suisse. En gros, en janvier 2010, il y avait 529’000 emplois dans le domaine santé -au sens large- et aujourd’hui ils sont 669’000. Cela correspond à une croissance de 140’000 emplois en seulement 6 ans (de janvier 2010 à janvier 2016 selon OFS voir référence ci-dessous), soit une croissance d’environ 3,3% l’an Et cela correspond précisément à l’accroissement des coûts globaux de Santé soit environ 10 Mia sur les 5 dernières années (attention ces chiffres sont pour la période allant jusqu’à 2014 mais la progression est aussi légèrement plus de 3,3% l’an) … pour arriver en 2014 à 71,2 Mia soit 11,1% du PIB (malgré le léger décalage entre les statistiques par an de l’emploi et ceux des coûts …cela ne change rien à la démonstration… il y a un fort lien entre emploi et coût… c’est évident.

Ce qui frappe donc, c’est que l’emploi a augmenté tout à fait proportionnellement aux coûts de la santé.

C’est à vrai dire assez normal puisque dans le domaine de la santé, les coûts salariaux représentent près de 80% des coûts dans les hôpitaux , les EMS, comme dans les officines médicales, les assurances, la recherche et dans la gouvernance administrative du système. Bref, on peut beaucoup expliquer avec ce simple postulat: “la santé coûte de plus en plus cher car l’augmentation des effectifs en est la première cause”.

B) les nouveaux arrivants: des idées nouvelles de “pricing”!

Le système de Santé que l’on connaît aujourd’hui dans la plupart des pays industrialisés est peu productif : l’emploi y est pléthorique … il va donc être complétement revisité ces prochaines années en vue d’une réduction des coûts par une recherche de plus d’efficacité, de rapidité, d’aide et de coaching personnalisée notamment par assistance personnalisée, (Watson, Siri, etc.), par de nouvelles applications de surveillance (Self  Quantified) notamment pour les activités sportives, la nutrition et l’hygiène de vie… mais aussi de nouveau service pour s’attaquer au moins d’administratif et en faveur d’un fonctionnement en temps réel (smartwatch) avec des interventions de proximité (Walk-in Clinic) ou en temps réel (Doctor on Demand), etc., bref un chambardement encore aujourd’hui inimaginable… on parle même d’ubérisation de la Santé…

Le domaine de la Santé est prêt car les deux conditions initiales requises pour tout bouleversement sont actuellement très présents dans ce secteur économique: à savoir peu de productivité (emploi) et des marges importantes (engendrées par des coûts élevés non maîtrisés).

Prenons plusieurs exemples existants pour montrer comment la machine de la transition médicale est en marche:

1.- OSCAR: la réinvention de l’assurance est un enjeu vital. L’administration Obama a lancé en 2014 un programme d’aide à la création de nouvelles compagnies dans le domaine de l’assurance (son nom le “CO-OP Health Program”). Ainsi des sociétés comme “Oscar Health” ou “ZoomPlus” vont probablement changer passablement la scène de l’assurance sur sol américain… la résistances des grandes compagnies s’organisent pourtant: elles essaient de racheter les start-ups prometteuses! Google a investi plusieurs dizaines de millions dans “OSCAR”.

2.- “PAGER”: est une plateforme internet et une “apps” qui permet d’appeler en urgence les secours quelque soit l’endroit où vous êtes en géolocalisation … c’est en fait comme UBER mais au lieu de voir débarquer un chauffeur de taxi, c’est un médecin qui vient vous chercher et vous secourir.

Des start-ups du “Digital Health” se développent maintenant à grande vitesse encouragées par l’argent du Venture Capital (plus de 4 milliards de dollars y ont été consacrés l’année dernière 2016).  Ainsi des centaines de projets viennent de voir le jour à l’image de “Projet IO” pour des prothèses imprimées en 3D; “Medwand” qui offre une sorte de télé-médecine très simple; “CrowdMed” qui est un service pour apprendre avec les autres; “SkinVision” pour repérer les mélanomes sur votre peau à l’aide du smartphone ou encore “PillPack” pour mieux prendre ces médicaments au quotidien, etc.

3.- les géants du Net comme Google et Apple y investissent massivement notamment avec des projets dans le domaine du diagnostic en direct et permanent qui nécessite le traitement de beaucoup d’informations… par exemple, l’alliance entre Novartis et Google pour les lentilles intelligentes notamment pour la gestion en temps réel du diabète… ou encore l’ “Apple Watch” pour la détection avancée des attaques cardiaques ou de la maladie de Parkinson.

4.- Nestlé, Unilever, Procter & Gamble, etc. mais aussi les GE, Siemens ou autre Medtronic vont amplifier leur présence active dans le secteur santé en apportant des produits très nouveaux, sorte de mélange “concret-soft” un mixe hardware-software en somme. Avec de la nourriture bien sûr mais aussi des protocoles de santé-nutrition additionné de Big Data dans le même laps de temps. GE et les autres géants de l’industrie ont commencé leur révolution 4.0 et maîtrisent désormais le “software”. Ils vont offrir une importante palette de produits mixtes à l’avenir. Tous auront à cœur d’établir une relation client. La bataille va être rude!

5.- Les algorithmes auto-apprenantes avec l”intelligence artificielle au service du patient (ou des “biens portants”) pourraient révolutionner tout le système à eux-seuls car ils auront les moyens de “bypasser” le médecin!  Aujourd’hui, le programme “Watson” du géant IBM offre déjà une aide considérable aux médecins en allant judicieusement consulter le “Big Data” médical mais il pourrait tout aussi bien être directement utilisé par les patients. Mais pour l’instant, il collecte et recherche des informations médicales en créant la plus grande base de données jamais constituée. IBM Watson Health (c’est le nom de cette unité) est installée à Boston entre le MIT, Havard et le “Massachussetts General Hospital” pour profiter au mieux de la plus grande concentration au monde du savoir-faire des sciences du vivant.

Mais demain que va faire Watson?

Ce programme informatique d’intelligence artificielle a comme but de répondre intelligemment à des questions formulées en langue naturelle. En d’autres termes, il va chercher des réponses en questionnant les Big Data de manière rapide, appropriée et en auto-apprentissage permanent. Chaque jour, le système est plus efficace, plus subtile et surtout plus précis à tel point qu’il a gagné des jeux télévisuels populaires (jeopardy) basés sur la mémoire.

A n’en pas douter, il sera notre “premier” recours/secours du domaine médical.

Comme SIRI (Apple), NOW (Google), CORTANA de Microsoft ou encore “M” de Facebook, WATSON sont capables de répondre de manière ciblée et très à propos aux questions de l’interlocuteur en analysant sa question et en allant chercher dans le “Big Data” des réponses intelligentes. Ces assistants vocaux vont offrir dans les prochaines années – et en particulier au grand public – un accompagnement  intelligent pour toutes questions médicales.

Pour l’instant IBM a développé qu’une version propre au monde médical qui peut analyser/chercher toutes les données du dossier patient y compris les radios et images médicales, l’ADN et les historiques familiaux.

L’avenir du médecin et donc par ricochet du système de santé dans son ensemble risque alors de basculer dans un monde encore difficile à imaginer tant nos habitudes semblent être dans ce domaine immuables.

C) la “sur-traitance”: une force dominante du “pricing”?

On avait l’habitude d’un système de production économique organisé le long de la chaîne de la valeur… avec notamment les intermédiaires commerçants et la sous-traitance qui jouaient tout les deux des rôles importants … désormais les “sur-traitants” vont organiser la nouvelle chaîne de la valeur.

Par opposition à la sous-traitance, les sur-traitants coiffent la chaine de la valeur en s’attribuant la gestion de l’écosystème et bien sûr la distribution des marges. Ce sont les exemples de Google dans la publicité, d’Apple Store pour les Apps, d’Uber pour les taxis, de Facebook dans les réseaux sociaux, de Watson dans la santé qui montrent le chemin.

La “sur-traitance”, c’est le positionnement d’une entreprise au cœur même de l’écosystème qu’elle crée généralement elle-même. Tous les autres acteurs de l’écosystème vont dépendre de cette dernière qui dicte le jeu et récolte les marges. Cela a été rendu possible grâce à l’apparition des plateformes digitales. La sur-traitance réorganise ainsi des pans entiers de l’économie : la téléphonie, les médias, la marketing, le commerce mais aussi la santé (digital health), la maison (domotique), l’usine (industrie 4.0), etc.

La “sur-traitance” est la grande nouveauté économique de cette dernière décennie. C’est surtout Apple et son Apple Store (2007) qui ont donné de la visibilité à ce phénomène. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’entreprises travaillent pour créer des apps vendues sur les plateforme d’Apple ou de Google voir Samsung. Ces trois compagnies sont des “sur-traitants” de la téléphonie et des applications liées à ces dernières.

La “sur-traitance” crée de fait une forte dépendance pour les autres acteurs, à l’exception peut-être du consom’acteur (car il lui reste en général le choix de changer de plateforme) qui sont devenus largement dépendants du sur-traitant. Tout le monde est en quelque sorte devenu sous-traitant de son écosystème à l’exception de quelques rares entreprises qui vont pouvoir dominer les autres. Cette période de transformation est totalement nouvelle. Il n’y a pas vraiment d’équivalent dans l’histoire économique à part celle de la Révolution Industrielle.

La “sur-traitance” est une réalité nouvelle et la guerre économique pour obtenir se statut dominant ne fait que commencer.

Dans l’industrie, c’est la lutte pour le 4.0. Dans les médias, Google a déjà pris le large. Dans la santé le jeu est encore ouvert mais Watson d’IBM semble bien placé… Que vont faire les Roche, Novartis, Pfizer et Co. ?

La “sur-traitance” est donc vraiment l’enjeu clé de la décennie à venir… pour tous!

Le développement de nouvelles applications de machines-learning va amplifier le pouvoir des “sur-traitants”. L’exemple des “bots intelligents” qui demain par centaines de milliers seront le brasarmé de cette nouvelle réalité. La “sur-traitance” va ainsi définir sa position grâce à des plateformes de plus en plus puissantes, précises, analytiques et évolutives rendant tous les producteurs (industrie et service) dépendants de ces derniers.

L’accumulation de tous ces bouleversements nous entrainent irrémédiablement dans l’ère digitale notamment du Digital Health.

Quant à l’avenir du système de santé, c’est tout aussi violent… demain le second avis médical sera WATSON de IBM (un des prochains grands “sur-traitant”) … et qui sait, ce second avis sera à l’avenir peut-être le choix systématique (premier avis) du patient!

D) Vers un nouvel modèle de “pricing”

Le véritable facteur du changement est aujourd’hui la révolution numérique porteur d’acteurs nouveaux ayant une volonté de tout bousculer, notamment les processus de financement, de diagnostic, de protocole de traitement, de Big Data et de “pricing”.

Cette menace de bouleversement est sans doute potentiellement la plus forte, comparativement au progrès technologique de l’innovation classique car porteur de modèles économiques nouveaux, notamment de “pricing”.  Ce qui va entraîner tout le monde a évoluer rapidement et aussi à la disparition de certains acteurs historique du domaine.

Le cœur du modèle, c’est le couple “diagnostic/traitement”.

Jusqu’à maintenant, c’était le médecin qui était le nœud central de ce système. Mais le couple “diagnostic/traitement” se prête bien à la révolution numérique des algorithmes auto-apprenantes de type “deep learning” et aussi aux protocoles “intelligents” qui ne vont pas tarder à apparaître. Dès lors le médecin cèdera sa place de quasi-monopole au “Digital Heath”.

Ce changement de paradigme s’accompagnera d’un changement de “pricing” basé à l’avenir sur les nouveaux monopoles des “sur-traitants”. Comme dans le domaine de la téléphonie, du booking, de la finance ou du e-commerce, des acteurs économiques comme Alibaba, Apple, Amazon, Samsung, IBM, Google ou encore Nestlé, etc…. vont essayer de créer des plateformes de type “Digital Health” pour prendre le dessus sur les systèmes actuels de la tarification santé. Le combat risque d’être rude.

En tout les cas ces modèles d’affaires vont cibler en premier lieu “la réduction du personnel médical”. Comme nous l’avons vu précédemment c’est là qu’il y a des gains substantiel de productivité à réaliser. Et pour réussir leur percée économique, ils ont besoin de faire des gains. Ce faisant ils auront, dans un premier temps le client/patient de leur côté (cf. UBER). Réduire le personnel est chose relativement facile dans bien des aspects du domaine car pour rappel il y a aujourd’hui 16 personnes pour chaque médecin traitant… il reste donc beaucoup de marge pour améliorer la productivité. Il est bien clair que même-ci cela sera populaire auprès de la population, la résistance des acteurs historique va faire des étincelles et les pouvoirs publics vont être appelé à l’aide pour arbitrer. Chose difficile car conservateur.

Mais il n’y a pas de doute… c’est bien par là que les choses vont commencer:  “mieux servir pour moins cher”

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En résumé:

Le système complexe du “pricing” aux USA mais aussi dans les autre pays, va subir une transformation profonde qui se déroulera probablement en deux phases.

D’abord les entreprises prêtes à prendre une position de “sur-traitance” vont essayer de tisser un modèle de “pricing” parallèle en faisant payé directement les usagers mais basé sur une offre en apparence bon marché, efficace, personnalisable, rapide et  dans un esprit de la société du partage …

Puis les deux  systèmes vont s’affronter violement. Les exemples d’UBER avec la corporation des taxis dans le monde entier à montrer le chemin tout comme Airbnb avec comme conséquence des hôtels vont peinent à suivre,  puis ce sera le tour des fintech… et enfin aussi du domaine de la santé!

Le débat public risque d’être lourd et les acteurs traditionnels seront fermes voir farouches avec les nouveaux entrant (exemple de Theranos aujourd’hui mais des milliers d’autres cas historiques) … les pouvoirs publics devront à chaque fois trancher…

La transition vers le digital va être rude… pour tous…

La révolution numérique va-t-elle “avoir raison” de la médecine ?

La révolution numérique par les multiples dimensions nouvelles qu’elle déploie sur le secteur de la santé en général et des soins de santé en particulier, est porteuse de grandes améliorations pour tous. C’est la thèse centrale défendue tout au long des blogs diffusés depuis plus d’un an sur le site de l’Hebdo et maintenant sur celui du journal Le Temps.

Aujourd’hui, en effet, la révolution numérique nous donne une opportunité sans précédent de revisiter les métiers et les pratiques, une occasion unique de recomposer un système de santé, et en particulier de soins de santé, dans le sens d’une plus grande qualité et d’une meilleure accessibilité économique. Aujourd’hui, les transformations qui se profilent promettent un rendez-vous nouveau entre productivité économique du secteur et améliorations des services apportés aux bénéficiaires du système de santé.

Le but que nous poursuivons par cette démarche d’écriture de blogs est d’inviter à une large discussion publique, les thèses développées ici ont pour vocation de susciter un tel débat.

La convergence historique des nouvelles techniques de captage d’informations, de capacité d’analyses en temps réel, de traitement assisté, voire des processus d’actes médicaux automatisés, permet a présent d’envisager ce double gain en qualité et en prix.

On sait, depuis plusieurs décennies déjà, qu’un des facteurs clés qui contribue de façon majeure à l’augmentation linéaire et constante des coûts de santé tient au recrutement toujours plus important de personnel.

Quel que soit le pays considéré, le système de soins n’a jamais vraiment été en mesure d’introduire de la productivité en son sein. La loi de Baumol[1] qui marquait l’incapacité du spectacle vivant à bénéficier d’économie d’échelle s’étend globalement à l’économie des services (notamment santé et éducation).

Certes, la question de la mesure de la productivité en matière de santé est souvent problématique et comme le note Vincent Champain : « Si le système de santé réduit de 50 % la mortalité d’un cancer pour 5 % de coûts en plus, les statistiques n’enregistrent que la hausse des coûts. »[2] Pour autant et in fine, la charge des personnels reste la grande question.

Ainsi, on compte, par exemple aux Etats-Unis, pour chaque médecin, environ 16 professionnels qui vont accomplir des tâches liées à son action. Même si le système américain est de loin le plus onéreux et le moins productif au monde, il reste aujourd’hui le système de référence. Très souvent même, il est précurseur et montre le chemin que les autres systèmes nationaux seront amené à suivre. Si chaque pays a développé son propre système de soins, il n’en reste pas moins que la tendance suit toujours l’influence américaine.

La Mayo Clinic, la Cleveland Clinic et le Massachusetts General Hospital, entre autres, sont de véritables marqueurs pour le domaine. Ce sont ces institutions qui dictent le tempo du progrès. Les professionnels de santé scrutent en permanence leurs percées et leurs résultats. Et l’on peut dire que l’ensemble du système mondial converge vers la tendance de fond qui se définit outre atlantique, que ce soit en terme de pratique médicale ou d’organisation des parties prenantes du système. On peut donc s’attendre qu’il en sera encore ainsi avec la révolution numérique, d’autant plus qu’elle est dominée, là encore, par les Etats-Unis et en particulier par la Silicon Valley.

En conséquence, l’observation du système américain donne de bonnes indications sur l’évolution de nos propres systèmes.

C’est pourquoi les faits et les chiffres du système américain serviront de référence à l’argumentation développée. Nous maintiendrons évidemment tout au long de ce travail notre liberté d’interprétation. Cependant, nous allons relater en grande partie ces découvertes et discussions propres au système américain car la révolution numérique a pris beaucoup d’essor aux Etats-Unis où l’on trouve de nombreux foyers insurrectionnels notamment dans l’environnement High Tech de la Silicon Valley, de New-York, ou encore de Boston.

Elias Zerhouni, ancien directeur du NIH américain (National Institute of Health) et Directeur de la Recherche et Développement de Sanofi a développé de façon très aboutie et convaincante les quatre axes majeurs de déploiement de la médecine en proie à la révolution numérique[3] : prédiction, personnalisation, préemption, participation.

En effet, la médecine personnalisée (ADN et Digital), la médecine prédictive (Big Data, Algorithmes et Intelligence Artificielle), les médecines de préemption et de prévention, la médecine participative (dans laquelle il faut réinsérer le phénomène des réseaux sociaux) apporteront une telle quantité d’innovations au système de soins actuel que cette convergence débouchera inévitablement sur un saut qualitatif et quantitatif important, qui permettra pour la première fois d’envisager une inversion de la courbe des coûts et même une diminution réel des budgets santé.

Lorsque l’on parle de Révolution alors il faut d’abord s’intéresser aux Révolutionnaires, c’est-à-dire à des gens qui ont décidé de transgresser lois et coutumes… et qui portent des visions alternatives qui vont transformer en profondeur les états de fait et les allant-de-soi.

Aujourd’hui tout particulièrement dans le domaine de l’innovation-santé, si l’on continue de faire l’éloge des acteurs majeurs de l’ancien monde institutionnalisé, à savoir les centres hospitaliers, les universités ou les grandes entreprises de la pharma, c’est vers monde nouveau qui émerge qu’il faut se tourner. Dans la population, dont les usages sociaux changent radicalement avec le quantified self, les réseaux sociaux de soins, l’émergence du consom’acteur, etc.), et bien sûr, dans les entreprises nouvelles : les géants de la Net-économie.

Actuellement, en Europe les tenants de la médecine classique sont encore peu challengés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ou les innombrables petites start-ups souvent pilotées par des médecins et des chercheurs issus des sciences du vivant, car la maîtrise des Big Data semble encore être réservée à IBM (Watson), Google (moteur de recherche), Amazon (Echo) et Apple (montre connectée) et quelques rares autres groupes asiatiques comme Samsung ou Huawei.

Ce double mouvement issu de l’empowerment des individus et de l’offensive des entreprises du Net, jusqu’à récemment peu impliquées dans le domaine de la santé, va profondément affecter le système de santé. Tel un double tsunami, ces deux vagues vont déferler sur le monde de la santé en renversant à peu près tout sur leur passage. En effet, le système actuel avec son organisation et les marges bénéficiaires qu’il offre aux tenants des institutions en place, laisse dans le même temps une grande place aux nouveaux entrants dont les avancées sont orthogonales aux modes opératoires des organisations en place entraînant un appel d’air important. Certes, des organisations, telles que la Food and Drug Administration, ne manqueront pas d’exercer de fortes régulations qui ralentiront les deux vagues… mais sans jamais les arrêter.

Ainsi, l’organisation officielle de la santé se trouvera contournée, dépassée et apparaîtra rapidement comme désuète face aux pratiques de ces nouveaux acteurs. Les Etats qui s’impliquent rarement dans la mutation en cours, notamment de type numérique, vont devoir rapidement affronter ces problèmes de dépassement de régulation comme ils doivent le faire aujourd’hui avec Uber ou AirBnB.

Mais s’agissant de santé publique cette fois-ci, le facteur d’urgence qui s’attache au fait que des vies pourraient être mises en jeu appelle à des régulations de tout autre nature. Les pouvoirs publics devront au plus vite fixer les futures règles du jeu sans vraiment en connaître pleinement les enjeux. De sorte qu’un travail prospectif et pédagogique s’impose, particulièrement auprès des politiques et des responsables du système de santé.

Trop souvent le discours des politiciens et des décideurs sur la question de la santé se limite aux risques de dérapage incontrôlé des coûts dans le système de soins de santé institutionnalisé. Certes, on peut s’accorder sur l’idée que la recherche de gain en productivité est au point mort et que les améliorations apportées, souvent de pur type incrémental, le sont à un coût trop élevé pour les bénéfices qui en sont tirés. Mais on oublie trop volontiers de regarder ce qui se trame en coulisse, tout simplement parce que les changements disruptifsont lieu hors des murs bien délimités du champ officiel du domaine de la santé : hôpitaux et centres universitaires en tête.

Aussi, tel qu’il est, le système de santé a atteint ses limites.

Les améliorations ne semblent pas se faire là où on les attend, à savoir : centrées sur les patient et sur l’amélioration de leur santé par l’optimisation, la performance et la productivité de l’ensemble du système de soin.

On a trop souvent l’impression aujourd’hui que les transformations s’effectuent pour satisfaire à l’organisation propre du système, favorisant davantage sa préservation et sa pérennisation,  notamment par la défense des positions acquises, que pour le mettre en position de se transformer, voire de se réinventer.

Et pourtant… Il faudra bien faire face aux mutations qu’entraînent dans un même mouvement les changements de comportements sociaux et la transformation numérique. Il est urgent de voir et de comprendre les formidables poussées qui proviennent de forces exogènes, situées en dehors du système et de ses régulations.

Ces forces ouvrent de tout nouveaux chemins de rupture avec de nouveaux acteurs venus de l’informatique, des Big Data, de l’intelligence artificielle, des algorithmes, du Deep Learning, etc.

Dans l’univers de la santé, le disruptif viendra donc bien des données et des protocoles algorithmiques peut-être bien davantage que des molécules ou des cellules du vivant.

De sorte que demain, c’est l’information donc le code qui dictera sa loi comme l’avait écrit Lawrence Lessig en 2000 dans un article devenu célèbre de la revue Harvard Magazine : Code is Law[4]. Transposé au champ de la santé, la maxime « Code is law » nous indique que la régulation de la Santé demain sera issue du code informatique, des algorithmes et des assistants personnels comme Watson davantage que de la Food and Drug Administration ou de tout autre organisme de régulation.

Il faut le rappeler, une Révolution est conduite par des Révolutionnaire et non pas par des législateurs. Par suite, s’il y a bien une révolution, ce n’est pas du côté de l’establishment qu’il faut  regarder pour saisir le changement mais dans les zones obscures où agissent des innovateurs hors la loi. Les ruptures doivent se chercher dans les failles du système actuel.

L’observation et l’analyse de Uber, AirBnB, Oscar, Watson, du Digital Health, des FinTech, etc., nous en apprendront bien davantage sur ce qui va transformer notre avenir (et comment…) que n’importe quelle étude qui prétendra décrire la transition économique et sociale en cours.

Il s’agit pour l’heure de comprendre l’ensemble de ces multiples mouvements tous issus de la révolution digitale, puis de voir comment ils affecteront le système de santé et tout particulièrement le système de soins.

Certains s’en souviennent, les années 1950 et 1960 ont vu longuement débattu la Révolution Informatique. C’était le temps de l’introduction des premiers ordinateurs dans les entreprises, les universités et les centres hospitaliers. On parlait de calcul automatisé.

Les machines étaient lentes, la saisie des informations laborieuses et tout se faisait en batch, en temps différé. Les décennies qui ont suivi ont été marquées de progrès constants. Et, soudain, en à peine quelques années, le développement s’est accéléré résultant de la simultanéité de l’innovation technologique avec les micro-chips massivement parallèles (dédiées d’abord aux jeux vidéo puis à l’intelligence artificielle) et l’arrivée d’innovations dans les modèles économiques dont témoignent sans ambiguïté aujourd’hui Uber, AiBnb, Watson, Oscar, etc. Accélération de l’histoire.

Big Data, Data Mining, Cloud Computing, Deep Learning, Blockchain, etc. autant d’inventions récentes sont en train de totalement changer la donne. Les algorithmes neuronales ou auto-apprenants ont fait lors de ces deux dernières années de tels progrès conceptuels qu’on s’interroge sur la mesure de ce bond en avant. Fini l’intelligence artificielle des systèmes experts qui cherchaient à calquer naïvement le raisonnement humain. Nous voyons l’émergence de programmes informatiques réellement intelligents puisqu’ils sont capables de s’améliorer tout seuls. Certains diront : « Enfin l’informatique va cesser de plagier les activités humaines pour inventer son propre champ d’activité ».

A cet égard il faut se souvenir de la plupart des conquêtes de l’homme. Elles ont toujours un caractère de dépassements par le détournement. On se souvient que l’aviation n’a commencé ses progrès que lorsque les avions ont cessé de battre des ailes pour copier les oiseaux, et qu’elle ne prit son envol stupéfiant qu’en s’appuyant sur une loi physique différente, celle de la portance.

Dans le domaine des soins de santé, on est peut être bien à la veille d’une telle révolution. Le numérique est en passe d’inventer son propre destin et peut-être le nôtre.

Le numérique est potentiellement en train de revisiter toutes les activités humaines. Laisser piloter sa voiture par algorithmes interposés, fabriquer des objets avec des imprimantes 3D, visualiser l’invisible (réalité virtuelle), prendre des rendez-vous automatiquement (assistant personnel), payer sans contact humain (disparition des caissières), filmer des activités humaines comme par exemple, celles liés aux sports (drones et caméras GoPro), demander son chemin à Google, commander sa maison avec Echo d’Amazon, se faire conseiller par Siri (Apple), écrire des blogs avec des Bots, etc., voilà en quelque sorte, le monde nouveau en marche.

Peut-on seulement imaginer que le domaine de la santé et le système de soins puissent échapper échapper à cette déferlante ?

Croire que le domaine de la santé du fait de son mode de fortes relations humaines va pouvoir échapper à ce phénomène, c’est occulter les changements en marche : le profond renouvellement d’attitude des bénéficiaires du système de soins et les nouveaux outils et modèles qui viennent d’outre atlantique. Là-bas non seulement, la machine de l’innovation disruptive a démarré mais plus encore la discussion publique est déjà vive, ce qui signifie que le processus révolutionnaire a bel et bien commencé.

Il est même raisonnable de penser que c’est dans le domaine de la santé que la révolution numérique exprimera au mieux ses multiples dimensions : alors qu’initialement les Big Data, le Deep Learning ou les Blockchains n’ont pas été spécifiquement designés pour la santé, on constate pourtant qu’ils vont apporter des déploiements majeurs au domaine.

Les ignorer et croire que le système santé pourra échapper à cette révolution est vraiment une posture dangereuse.

 


[1] Perfoming Arts : The Economic Dilemma, William Baumol et William Bowen (Fondation Ford, 1966).

[2] La productivité de la santé est meilleure que vous ne croyez, Vincent Champain, Journal Les Echos, 4 mars 2013.

[3] Les grandes tendances de l’innovation médicale au XXIème siècle, Elias Zerhouni, Leçon inaugurale au Collège de France. 18 mai 2011. http ://books.openedition.org/cdf/434

[4] Code is law, Lawrence Lessig, Harvard Magazine, http://harvardmagazine.com/2000/01/code-is-law-html. Traduction en français : https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/

Vers une médecine pilotée par les patients!

La médecine s’occupe en priorité des maladies et des blessés.

La médecine a une sorte de monopole en la matière.

Mais patience… les patients!

Les connexions permanentes de l’IoT et les algorithmes analytiques, prédictives et auto-apprenantes vont changer la donne.

Apple l’a bien compris.

En déposant, le Vendredi 12 mars dernier, un brevet qui pourrait permettre à une montre connectée de détecter les cas médicaux urgents, ils vont donner le pouvoir aux patients.

En plus du tracking et des mesures de santé plutôt classiques…voilà qu’Apple s’intéresse maintenant aux urgences médicales…

Cela va tout changer.

L’Internet des Objets (IoT) offre de nombreuses nouvelles possibilités

L’analyse de ces données pourrait donner l’alerte dans les situations exigeant l’intervention de médecins, pompiers ou forces de l’ordre: par exemple, un brusque mouvement, détecté par un accéléromètre, combiné à une perte de mesure du pouls pourrait être interprété comme un arrêt cardiaque.

Selon les capteurs utilisés, on pourrait ainsi détecter des accidents de voiture, des incendies ou encore des avalanches.

Les «appareils» mentionnés dans le brevet font sans aucun doute référence à l’Apple Watch: la montre «incorpore non seulement des capteurs et des logiciels avancés qui devraient être capables de contrôler ces données, mais possèderaient en plus les fonctionnalités de communication permettant de transmettre ces notifications».

Un risque d’erreur à contrôler

L’entreprise californienne est consciente du risque de fausse alerte et le brevet décrit des moyens de les prévenir en demandant par exemple, un signe de vie de l’utilisateur.

Rien ne permet à ce stade de conclure que la marque parviendra à commercialiser une telle application sans devoir faire valider tous les procédés auprès de la FDA (Food and Drug Administration): le régulateur tout puissant de la santé.

Mais si Apple y parvient … alors la montre connectée deviendra non plus une option d’achat mais une obligation… et on entrera dans un autre monde… Ce n’est qu’une question de temps … avant que le monde bascule en faveur du pouvoir des objets connectés…

Le pouvoir de la médecine connectée: c’est bon pour les patients … impatients!

La profession médicale le dit : l’analyse en continu n’est pas utile dans la très grande majorité des cas. Or il se produit avec la santé ce qu’il se produit avec les individus dans leurs relations à la vie: les outils de la médecine ne sont pas ceux du citoyen, comme le smartphone ou la smart watch qu’ils utilisent est un dispositif d’abord pour eux, pour leur santé avant tout!

Apple Watch, Google Android Wear, Fitbit ou Nokia (Withings) ne vont pas que transformer la médecine: connaître son poids en permanence ou le nombre de pas effectués par jour, ne va pas aider à développer une meilleure médecine mais une meilleure connaissance de sa santé. Ils vont donner le pouvoir aux gens ordinaires.

Comme cela s’opère dans la plupart des industries, l’avenir de la médecine repose déjà sur les données et en particulier, les Big Data que plus personne ne peut analyser sans les algorithmes de nouvelles générations. Tous nos parcours de soins sont tracés, enregistrés, conservés. Quand on arrive à l’hôpital, on nous remet des étiquettes de code-barres pour signifie que l’on intègre un système. Le système de soin est aussi une usine qui se robotise, s’optimise, s’analyse, dans une tension permanente entre la médecine et sa gestion.

Le numérique est le lieu où s’exprime cette tension entre le système de santé et les soins, entre la gestion de votre parcours de santé et les soins dont vous avez bénéficiés. L’informatique est le réceptacle de cette ambivalence entre le médical et l’économique, entre le scientifique et le social.

La révolution du système de santé ne passera donc certainement pas par un utilisateur/patient plus autonome et chargé de se surveiller lui-même afin que collectivement les coûts de santé soient mieux maîtrisés … non cela sera simplement une conséquence de ce processus mais pas une cause.

Les nouveaux outils bourrés de capteurs nous informeront d’abord de notre propre état de santé mais surtout ces instruments seront au service de l’ensemble des professionnels de santé … si le patient le désire … car pour la première fois de toute l’histoire de la santé… c’est lui qui détiendra de manière exclusive ses propres données…

Même si la plupart des capteurs inspirent encore un peu de méfiance aux spécialistes qui utilisent des appareillages toujours plus puissants et précis ainsi que des protocoles spécifiques reposant sur la qualité du matériel, la rigueur des expériences scientifiques, les statistiques créées à partir d’échantillonnages, etc, malgré tout cela ces derniers finiront aussi par y venir car c’est le client/patient qui prendra l’initiative de se mesurer… pas le médecin!

Il faut bien le reconnaitre, ces protocoles actuels sont bien loin de l’empowerment et de l’émancipation des patients auquel rêve aujourd’hui Apple.

Mais même si ces modèles sont encore bien faibles à mesurer le bien-être santé … ils vont finir par s’en approcher grâce au grand nombre des Big Data…et la connexion aux Objets de l’IoT.

 

Demain tous docteurs !

Le digital est “le” changement radical de notre millénaire. 

L’information est/sera la brique de base de tous systèmes nouveaux de santé.

Au centre: le patient/impatient/client va être à la fois la principale source de création de données, celui qui va les véhiculer et bien sûr l’utilisateur privilégié de ces données santés!

Ainsi il va dans un proche futur se mesurer seul, s’auto diagnostiquer et se soigner largement tout seul !

Aux USA ce courant s’appelle: QUANTIFIED SELF

Il faut saisir l’importance historique du changement sociétal et technologique actuel notamment en termes du nombre de données créées et traitées, et, par conséquent, de la consommation de masse que cela représente, notamment pour la médecine traditionnelle:

– Internet, depuis sa mise en fonction publique en 1993, a connu une évolution foudroyante. On compte aujourd’hui 3 milliards d’utilisateurs (1), soit presque un habitant sur deux. De plus ils se sont tous mis à produire des données notamment médicale. Cela démontre à quel point cette technologie a pénétré le Monde et permet aujourd’hui de s’informer sur les meilleures pratiques médicales de la planète.

– Les smartphones (ou téléphones mobiles intelligents) ont connu une progression historique encore plus rapide, surtout depuis l’apparition de l’iPhone d’Apple en 2007. Il y aurait aujourd’hui 2 milliards d’utilisateurs (2) sur 5 milliards de téléphones mobiles (eh oui, encore seulement 40% sont intelligents!). Fait remarquable, puisque cela s’est produit en moins de 10 ans. Aujourd’hui des centaines de milliers d’applications (“Apps”) nous aident dans l’accomplissement de nos différentes tâches. Dans le domaine de la santé, c’est une véritable explosion. Tout se mesure, se diagnostique et se calcule, ou presque.

– Les montres connectées (SmartWatch) vont même mettre le médecin à portée de main, si l’on peut dire ainsi! Le smartphone était dans la main, mais la SmartWatch au poignet. Elle permet de mesurer et diagnostiquer en temps réel notre état de santé. Une consultation médicale permanente avec mon laboratoire d’analyses sur le poignet! Une révolution.

Mais sommes-nous capables d’entreprendre seuls une telle aventure de l’empowerment informationnel. Sûrement pas! Il va falloir être aidé! Et c’est à partir de nouvelles applications ou de sites internet que le changement va s’opérer. A l’image de TripAdvisor pour les voyages, vont apparaître des communautés du savoir-santé regroupées localement ou dans des réseaux sociaux plus vastes, avec, bien sûr, quelques professionnels de la santé de proximité, comme certains docteurs avertis ou pharmaciens de voisinage (si l’on regarde par exemple l’évolution des CVS Health aux USA).

 

DEVELOPMENT

Facebook, fondé en 2004, a aujourd’hui 1,49 milliards d’utilisateurs actifs mensuels (3) dont 1,31 sur smartphones. Cela situe le niveau des réseaux sociaux, en particulier sur les téléphones intelligents. Mais Facebook, c’est surtout un immense réseau conversationnel dans lequel les bonnes pratiques s’échangent instantanément, comme dans le domaine de la santé par exemple..

Apple Watch a vendu 2,5 millions de montres connectées en moins de 15 jours (4). Cet appareil personnel et intime (en permanence sur le poignet) va devenir le principal véhicule du changement du rapport à la santé et aux soins, en nous faisant entrer dans le monde de l’auto-diagnostic continu. Ses capteurs d’aujourd’hui, mais surtout de demain, seront capables de nous informer en temps réel de l’évolution des principaux paramètres de santé de notre corps. On saura anticiper une attaque cardiaque ou la limite dangereuse du taux de glycémie pour les diabétiques. Mesurer en permanence, depuis le poignet, l’intérieur de son corps, c’est possible. Cela n’est plus qu’une question de temps avant que cela ne se généralise…

Voilà comment de nouvelles technologies sont en train de bouleverser le système de “soins” au niveau mondial.

Il faut ensuite anticiper la quantité d’information phénoménale que ces nouveaux dispositifs de communications et d’informations vont produire et qu’il va bien falloir traiter. On sera sans aucun doute aidé par de nombreux d’algorithmes, qui prendront en charge des activités spécifiques, notamment de santé, pour nous assister. L’information et la connaissance véhiculées seront mises en scène par les algorithmes (“Apps”) et fourniront ainsi en masse des “savoir-faire” personnalisés et actifs en temps réel. Un véritable basculement vers des pratiques émergentes et encore largement inconnues.

Ces nouveaux systèmes d’informations collaboratifs (réseaux sociaux) et en crowdsourcing sont tout simplement massifs tant en termes de quantité que de qualité. Quantité, par le nombre d’informations et de connaissances produites, mais également par le nombre d’acteurs (en fait tous les utilisateurs potentiels de ces nouvelles technologies). Qualité, grâce aux algorithmes qui pourront calculer les procédures, les protocoles d’applications plus rapidement et plus sûrement qu’aucun médecin n’a jamais pu le faire.

Enfin, le changement majeur sera le rôle joué par le “patient”, qui deviendra très “impatient” puisqu’il aura accès à un système de santé en temps réel.

“Patient” c’était l’attitude adoptée dans les salles d’attente. Désormais les capteurs de sa montre l’alerteront en permanence sur son état et les modifications de son corps. Peut- être aura-t-il besoin d’aide pour gérer cela. Le “Patient” disposera de toutes les informations et connaissances utiles, mais reste à savoir ce qu’il en fera !

C’est là que réside le principal problème : “Car on le sait bien ce n’est ni une question de technologie, ni une question de temps… mais bien une question de comment on va s’approprier le changement!”

Sommes-nous prêts ? Certainement pas. Sommes-nous en marche vers ce nouveau système ? Peut-être bien. Nous allons certainement assister à la fin de la médecine traditionnelle!

Le principal mécanisme de relève de données

Le “Quantified Self”, c’est avant tout une pratique permettant de « se mesurer ». Ceci tant d’un point de vue de l’activité journalière (mouvement, marche, etc.), de la santé (pression sanguine, pulsations cardiaques, etc.) ou de la nourriture (matière grasse, sucre ingurgité, eau avalée, fruits, etc.). C’’est ensuite un mouvement qui regroupe localement des gens autour des principes, des outils et des méthodes permettant à chacun de mesurer ses données personnelles de santé-activité-nourriture, de les analyser et de les partager.

Les outils du “Quantified Self” peuvent être des objets connectés, des applications mobiles ou des applications web. Les méthodes sont celles du Big-Data offertes par les géants des technologies comme Google, Apple ou même Amazon. Enfin, les principes sont issus des précurseurs de San Francisco, mais ils évoluent vite selon les régions.

Pour bien comprendre les nombreux aspects de notre vie quotidienne concernés, regardons rapidement les champs de mesures possibles : récolte de données de santé et gestion du comportement (activité quotidienne), suivi de sa position dans l’espace (géolocalisation), auto-évaluation sportive, autodiagnostic santé, récolte de données de nutrition, récolte d’informations historiques ou encore génétiques personnelles, etc.

Pour en savoir plus, intéressons-nous d’abord à son démarrage.

Ainsi Wikipédia nous renseigne : le mouvement a débuté en Californie il y a quelques années :

“le mouvement a été lancé en 2007 en Californie par Gary Wolf et Kevin Kelly du magazine Wired, sous la forme de rencontres entre les utilisateurs et les fabricants des outils dédiés au suivi de ses données personnelles. Alors que les rencontres se poursuivent dans la baie de San Francisco, des antennes locales ont été créés dans plus de 100 villes dans le monde. En 2010, Gary Wolf présenta le “Quantified Self” lors d’une conférence TED. En mai 2011, la première conférence internationale du “Quantified Self” eut lieu à Mountain View en Californie”.

Ce qui montre à quel point tout cela est récent.
Il semble que quelques antennes existent en Suisse, c’est notamment le cas à Genève du

Meetup Quantified Self et les recherches du groupe Quality of Life de l’Institut de Sciences des Services (http://www.qol.unige.ch/). Pour l’heure, il est clair que les grands industriels des ICT tels qu’Apple, Google ou Samsung sont très intéressés par ce développement. Il y a du matériel à vendre mais surtout des données à récolter. Evidemment, le domaine de la santé attire du monde, tant les opportunités de se faire de l’argent sont grandes.

Cependant, on se trouve avec le “Quantified Self” à la frontière de plusieurs métiers, comme la médecine, la nutrition, l’informatique, les télécoms, le medtech, le big-data, etc… On a donc affaire à une sorte d’écosystème-santé d’un nouvel ordre, complètement différent du vieux concept de “Cluster”, qui regroupait principalement les acteurs d’un même domaine. Ici, le domaine et les alliances sont larges. A en juger par l’alliance Novartis et Google sur les lentilles, ou Novartis et Intel qui créent un “venture fond” dans le domaine de l’e-santé. On a dépassé les anciennes frontières. Les alliances se font entre géants. Les enjeux dépassent les nations. Tout est global.

L’individu est au centre de cette révolution! Il se mesure tout seul! Les outils à sa disposition sont nombreux aujourd’hui et deviendront plus importants demain. Le terrain est propice à cette évolution, car le désir a été exprimé par beaucoup un peu partout. Ainsi cette volonté de se prendre en charge devient mouvement. La rencontre de cette envie et des nouveaux moyens technologiques rend la chose possible. On va en direction d’un immense mouvement d’auto-mesure, d’autodiagnostic, d’autocontrôle et finalement d’auto-prescription.

Internet l’avait déjà démontré : donnez la possibilité aux gens de faire les choses par eux-mêmes et ils s’en emparent. Regardez Facebook, YouTube et les blogs qui ont permis aux utilisateurs de devenir des sources d’informations, des médias en quelque. Cela va être exactement la même chose avec le “Quantified Self”.

Il y aura toujours des sceptiques qui penseront que tout cela est dangereux, que toutes ces données vont servir, avant tout, aux grandes industries, que les données seront volées, etc. Il y aura certainement de nouveaux risques, mais il en a toujours été ainsi. Chaque nouvelle technologie fait face à de nouveaux dangers. Ce fut vrai avec la voiture ou Internet et cela le sera également avec le “Quantified Self”. Là n’est pas la question, car comme par le passé on trouvera des “parades” aux problèmes nouveaux.

La question à se poser est : pourquoi tout cela?

La réponse n’est pas simple. D’un côté, il y a des gens qui se sont déjà mobilisés en le faisant pour eux-mêmes et de l’autre, des entreprises qui proposent des solutions hardware et software répondant à ce besoin.

Mais que va-t-il advenir des personnes qui n’ont rien demandé. Allons-nous devoir nous y mettre? Serons-nous obligés par l’Etat, les assurances ou notre médecin à suivre ce mouvement?

Cela sera-t-il un mouvement marginal ou obligatoire?

Comme toujours avec les modes, la réponse n’est pas évidente. En effet, il faudra s’y mettre si le mouvement se généralise et non si cela reste cantonné à des groupes restreints.

 

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(1) 
Selon l’Union internationale des télécommunications (ITU)

(2) Selon eMarketer

(3) Selon Wikipédia

(4) Selon Slice Intelligence

Santé 4.0

Selon un rapport de la firme CB Insights les ventures capitalistes américains s’intéressent de plus en plus aux start-ups de l’Internet des Objets du domaine médical.

Cela va de la prévention des maladies aux nombreux objets connectés pour le diagnostique quotidien en passant par l’observation des patients (ou futurs patients) !

La montre connectée va notamment jouer un rôle majeur dans cette course à l’équipement médical. Les horlogers suisses ont vraiment raté le virage! En effet la montre occupe le poignet qui est un lieu stratégique -depuis toujours- pour la médecin car on y mesure facilement toutes sortes de choses: le pouls, la pression sanguine bien sûr mais demain aussi différents composés  chimiques sanguins, etc.

Bref… la médecine va changer en profondeur par notamment un monitoring permanent, une médecine personnalisée et prédictive et par l’Internet des Objets qui va fournir des milliards de données propre à être analysées en temps réel.

C’est une toute autre médecine qui va ainsi émerger et on peut vraiment se demander qui vont être les acteurs dominant de demain: IBM, Google, Apple ou Novartis, Roche et Pfizer ….?

Est-ce que la Suisse aura encore une place dans le concert international ?… pas si sûr si l’on regarde comment les grands groupes horlogers ont réagit (ou plutôt pas réagit) à l’arrivée de la menace des montres connectées ou plus joliment dit les “smartwatches”…

En attendant… il faut plutôt s’attendre à l’arrivée d’un “smartcare” américain …une sorte de santé 4.0!

PS. Voyez plutôt leurs start-ups prometteuses:

 

 

Big Data pour médecine Low Cost

Les données non structurées du Big Data vont transformer plus sûrement la médecine qu’aucune réglementation ne l’a jamais fait auparavant. Ni la FDA, ni le Gouvernement US (ni bien sûr le Conseil Fédéral) ne sont parvenus à contenir l’explosion des coûts de la santé, le Big Data va pouvoir le faire. La Mayo Clinic, considérée par tous comme le meilleur hôpital privé au monde, veut être pionnier en la matière. Cette année son fameux concours: Think Big Challenge a récompensé, le 15 septembre dernier, l’entrepreneur S. Nigam, un révolutionnaire de la médecine prédictive.

Visite et explications:

Depuis tout temps, les médecins ont essayé d’établir leurs diagnostics, leurs traitements et leurs prescriptions à partir des informations fournies par le malade et les examens médicaux. Ces informations étaient alors limitées en termes de quantité et de temps (durée de la prise des mesures). Aujourd’hui, les informations seront plus qu’abondantes … elles seront pléthoriques… mais grâce aux “data analytic”, aux “data mining”, aux “machine learning”, etc. tout va changer… on entre dans une ère dite de la “médecine prédictive”.

La Mayo Clinic qui est l’un des précurseurs en la matière, s’est lancée depuis quelques temps avec force dans le Big Data et les données non-structurées. Ces dernières sont devenues de plus en plus pertinentes avec l’interaction entre les sciences de la vie et de la mathématique algorithmique.

Maintenant on est capable d’associer de grandes quantités de données issues des moyens traditionnels avec celles produites par le flux d’information provenant d’objets connectés, qui sont en train d’envahir notre quotidien. Ainsi la médecine se tourne massivement vers le “pouvoir des données plus que celui des molécules”.

Toutes ces données, souvent insignifiantes mais qui une fois traitées et analysées par des formules mathématiques appropriées et de puissants outils numériques vont devenir souvent plus pertinentes que celles recherchées par les généticiens dans le tréfonds de nos cellules.

Demain, les données concernant la santé ne seront plus seulement le résultat d’un examen ou d’un acte médical, voir d’un décodage du génome mais bien celui d’un processus continu destiné à mettre à jour une information médicale pertinente. Car l’irruption du Big Data n’est ni anodine, ni fortuite dans le monde médical.

Il est intéressant de constater que cette révolution de l’algorithmique converge aujourd’hui avec une nouvelle approche de la maladie et des moyens pour la combattre. L’expression la plus marquante de cette nouvelle approche est sur le plan du médicament, l’arrivée de classes thérapeutiques comme les antirétroviraux ou l’immunothérapie ainsi que de nouveaux traitements comme les nano-médicaments, les anticorps monoclonaux ou les vaccins thérapeutiques qui à la fois ont la vocation de combattre la maladie avec celle d’aider le corps à s’en débarrasser.

Mais aussi, le développement de la «médecine personnalisée» permet d’ajuster le traitement du patient tout en dépassant le pur décodage du génome pour accéder aux informations non structurées. Ceci permettrait un traitement plus approprié dans la durée.

Le Big Data, c’est enfin la possibilité de prédire avant de prévenir. Ce qui transformerait la maladie perçue depuis la nuit des temps comme une fatalité en un événement prévisible, traçable et espérons-le guérissable.

Mais surtout cela va remplacer bon nombre de postes de travail du système de santé et créer enfin les économies tant espérées par tous. Si l’on peut prédire alors on a moins d’urgences et d’erreurs à gérer pour plus de précision et de rapidité d’interventions, sans les doublons ni les interventions inutiles… il y a moins de travail et donc moins de besoins en personnel …

… à méditer dans un contexte politique du contrôle des coûts de la Santé … n’est-ce pas Monsieur Berset!

Les Blockchains au chevet de la Santé?

Avec l’avènement des Blockchains, tous les intermédiaires ont du souci à se faire: les Notaires, les Avocats, les Banquiers, les Commerçants, etc. mais aussi les Médecins, les Pharmaciens et autres métiers de la Santé car à l’avenir la question de leur contribution dans la chaîne de la valeur va être challengée par les blockchains.

Voici en résumé le développement de ce point de vue.

Comme tout le monde le sait maintenant, les blockchains sont des technologies informatiques destinées à suivre des contrats sécurisés, transparents et décentralisés et pas seulement ceux liés aux bitcoins.

Par extension, les blockchains constituent des bases de données qui contiennent l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis leur création. Ces bases de données sont sécurisées et distribuées : elles sont partagées par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité des données.

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est l’absence d’intermédiaire. Imaginez-vous une société sans intermédiaire … une société purement directe à l’instar du protestantisme! On peut l’appeler de diverses façons: révolution numérique, révolution 4.0, etc. mais cela va bien au-delà, c’est la fin programmée ou codifiée des intermédiaires.

Personne ne semble prendre véritablement la mesure d’une telle Réforme. Et pourtant dans cette conception économique, le client parlera directement avec l’usine pharmaceutique, il traitera immédiatement avec les fabricants et de même l’usine via l’Internet des Objets et les contrats de type blockchain n’auront plus besoin d’ “intermédiation”.

Cela est vrai pour la finance, le commerce, l’industrie… mais aussi pour le domaine de la Santé. Celui-ci va évoluer vers des pratiques digitales nouvelles et moins coûteuses. L’idée ici est que des actes médicaux de toute sorte vont être chaînés dans les blockchains.

Donc on aura d’une part, une meilleure prise en compte des actes médicaux par l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de la santé, ce qui permettra d’en diminuer les erreurs (poste inavoué mais très coûteux) mais aussi de supprimer les doublons (bonjour les économies) et enfin de diminuer les intermédiaires donc, le personnel (en Suisse en 10 ans, on a engagé 100’000 personnes dans le domaine de la Santé pour un coût de 10 milliards -pas besoin de chercher ailleurs la dérive des coûts) et ceci tout en améliorant la qualité des soins et d’autre part, permettrait une plus grande transparence des interventions.

Le dossier médical serait alors une collection de plusieurs blockchains toutes liées à des actes médicaux.

Les “blockchains-santés” seraient notre historique médical sécurisé et accessible à tous les parties prenantes en temps réel et aussi connectées avec des capteurs incorporés (pacemakers) ou non (montres connectées).

Les “blockchains-santés” du futur, ce sont donc à la fois des actes médicaux, des données actives provenant des capteurs, et des appréciations patients (self quantified) le tout dans un grand registre historique entièrement informatisé, transparent, sécurisé et distribué.

En tous les cas demain, la donnée-patient sera au cœur du processus santé, qui lui même sera enchaîné dans des blocks !

 

Des Radiologues remplacés par des algorithmes?

Un article scientifique paru dans le prestigieux New England Journal of Medicine fait, depuis, trembler le monde des radiologues. Ecrit par le Dr Obermeyer, de la Harvard Medical School, et son collègue Emanuel, de l’Université de Pennsylvanie, il décrit comment les nouvelles techniques de l’intelligence artificielle, qui s’appuient sur le big data et le machine learning, vont remplacer très avantageusement, à terme, les médecins radiologues, en fournissant analyses et diag­nostics en temps réel et sans beaucoup de frais!

C’est sans doute par là que tout va commencer. La médecine est à la veille d’une révolution sans précédent: celle du numérique (digital health).

La radiologie qui, aujourd’hui, coûte beaucoup d’argent au système de santé, est une cible privilégiée des innovateurs du digital health. En effet, lorsque vous voulez pénétrer un métier, celui de la médecine en l’occurrence, autant commencer là où il y a des marges, de grosses marges. Ainsi, si vous entrez dans le champ des radiologues et que vous pouvez offrir un meilleur service tout en cassant les coûts, alors vous êtes sûr d’obtenir un large soutien… notamment de la population, et des politiques par conséquent.

C’est certainement comme cela que tout va commencer pour la réduction des coûts tant attendue dans le système de santé.

L’analyse des images est le champ d’activité de prédilection pour les algorithmes auto-apprenants, car ces dernières sont excellentes dans la reconnaissance de formes. Le suisse Reto Wyss, de la start-up ViDi, à Fribourg, en est d’ailleurs l’un des représentants les plus talentueux. Mondialement connu, il fait lire et interpréter à ses algorithmes autoapprenants à peu près n’importe quelle vidéo. Chercher une pièce défectueuse à la sortie d’une chaîne de production ou un globule blanc anormal au milieu de milliers d’autres fait partie de ses prouesses. Alors imaginez analyser une radio… un jeu d’enfant!

Ces algorithmes ne sont pas de type systèmes experts comme jusqu’alors, car ils ne fonctionnent pas sur une expertise préétablie et normalisée dans des bases de données. Non, ils ne cessent d’apprendre et de se perfectionner avec le flux constant de big data provenant de milliers d’expériences, car plus vous les alimentez en données provenant de cas concrets, plus ils s’améliorent. Ils finissent par fonctionner parfaitement. Ce sera fatal à l’être humain, qui atteint finalement toujours assez vite ses limites, contrairement à ce type de «machine».

Le machine learning, nom donné à cette discipline de l’intelligence artificielle, n’a pas fini de transformer notre monde car, dès le moment où vous avez besoin d’analyser et/ou d’interpréter des images numérisées, personne au monde n’est meilleur ni plus rapide que ces machines intelligentes et virtuelles.

Ainsi, la médecine fera de plus en plus appel à ces techniques et donc, demain, des métiers vont changer drastiquement, voire disparaître simplement, comme celui des radiologues!

Personne ne va pleurer la fin des radiologues, ni même celle des notaires (qui eux seront anéanti par les blockchains comme nous l’avions montré dans une chronique précédente) … mais il serait bon tout de même de faire un bilan prévisionnel de ce qui pourrait se passer à terme dans le système médical.

En effet, on est peut-être dans ce domaine à l’aube de l’une des plus grandes révolutions humaines: celle du digital! … et c’est primordial de s’y intéresser car celle-ci concerne quand même nos vies.

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Références: NEJM, 29 septembre, 2016, Vol. 375:13, pp. 1,216-1,219