Le World Press Photo à Ronaldo Schemidt

 

Une torche vivante. Le jeune homme s’enfuit en courant tandis que les flammes semblent jaillir de son t-shirt et de son masque à gaz. Cette image du photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt a été couronnée vendredi du World Press Photo 2018 et du premier prix de la catégorie Spot news.

Elle a été prise à Caracas au printemps de l’année dernière, alors que le pays était secoué par des émeutes. L’homme en feu, un étudiant de 28 ans, venait de faire exploser le réservoir d’une moto des forces de l’ordre. Après avoir subi une quarantaine de greffe, Victor Salazar est toujours en soin. Les quatre mois d’affrontements entre les brigades de sécurité et les opposants au président Nicolas Maduro, ont fait 125 morts.

Ce cliché renoue avec la tradition du World Press Photo d’être au plus près de l’actualité. Plusieurs polémiques ont éclaté ces dernières années au motif que le concours avait sacré des images trop éloigné de l’action pure et dure. En 2014, le premier prix était revenu à une image de migrants africains cherchant du réseau avec leurs smartphones à Djibouti, en 2015 au portrait intime d’un couple homosexuel dans une Russie répressive. L’an dernier en revanche, c’est l’incroyable photographie de Mevlüt Altıntaş juste après qu’il ait tiré sur l’ambassadeur russe Andrey Karlov dans une galerie d’art à Ankara, qui été récompensée. On y voit le policier levant un bras victorieux, le cadavre à ses pieds.

Mais l’image de Ronaldo Schemidt pose aussi la question du rôle du photographe. Lorsqu’il assiste à une telle scène, doit-il témoigner de ce qui est en train de se dérouler sous ses yeux ou plutôt poser son appareil et venir en aide à la victime? Ce sera peut-être la controverse soulevée cette année par le prix parce qu’il est rare que le choix du jury ne provoque aucun remous. “J’ai senti le feu dans mon dos et j’ai réagi par réflexe: je me suis mis à prendre des photos sans savoir ce que je photographiais. Ce n’est qu’au bout de quelques secondes que je me suis aperçu qu’il y avait quelqu’un qui brûlait”, a raconté à l’Agence France Presse Ronaldo Schemidt.

Pour cette édition 2018 du World Press Photo, le jury a examiné quelque 73000 images envoyées par 4548 photographes de 125 pays.

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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