Hommage à Marcel Imsand

Photographe humaniste. L’étiquette, qui fleure l’après-guerre, semble un brin galvaudée. Elle est pourtant celle qui correspond le mieux à Marcel Imsand. Le reporter suisse est décédé samedi 11 novembre, jour d’armistice, à près de 90 ans. Il laisse des milliers d’images derrière lui, des portraits surtout, témoignant de ceux qui ont fait le XXe siècle, petits paysans ou grandes célébrités.

 

 

Crédits: Marcel Imsand, Musée de l’Elysée

Marcel Imsand a embrassé tardivement la carrière de photographe, à 35 ans et trois enfants, après une première vie de mécanicien de précision. Son regard, instinctivement, s’est porté sur les visages. Les traits joyeux, durs ou marqués, ceux qui racontent la vie et ses tours comme un chemin bifurque sur une carte.

Ses plus belles séries tiennent à des prénoms. Luigi, Paul, Clémence… De 1988 à 1990, Marcel Imsand, fils d’un ouvrier et d’une employée en chocolaterie, accompagne Luigi, berger italien, et son troupeau lors de la transhumance. Chaque hiver, ils partagent quelques nuits en forêt. Les portraits, à la fois touchants et oniriques, semblent raconter un monde qui n’est plus.

L’ex-livreur de pain né en 1929 dans la Gruyère fribourgeoise brille dans ce registre, qu’il accompagne Luigi, Paul et Clémence, fragiles vieillards établis aux Dailles ou les jumeaux nonagénaires de Vaulruz. Au-delà de leur qualité graphique, les images émeuvent car le lien entre modèles et photographe exhale la confiance. «J’allais les voir parce qu’ils étaient devenus des amis. Je ne prenais pas si souvent des photos et jamais je n’ai pensé en faire un livre ou une exposition», racontait Marcel Imsand lors d’un entretien au Temps il y a quelques années.

Outre les beaux anonymes, le Lausannois d’adoption multiplie les portraits de stars, histoires d’amitié encore. Barbara et Maurice Béjart, en particulier, ont été capturés par le reporter dans l’intimité et la représentation. En coulisses du Palais de Beaulieu, du Grand Théâtre ou en studio, il attrape également Brassens ou Duke Ellington. Chaque fois, la rencontre affleure dans les images. «J’aime les gens et j’ai le contact facile. Je suis un humain qui photographie un humain, je me fiche de la célébrité», expliquait-il encore.

Nombre de ces clichés ont été présentés à la Fondation Gianadda, où une rétrospective a été organisée en décembre dernier. Au gré de trente ans d’amitié, le photographe a offert quelque 500 tirages à Léonard et Annette Gianadda. Il a documenté également vernissages et expositions de l’institution. Le contact, pourtant, n’était pas passé d’emblée. Il avait fallu cette carte postale: «Si tu veux, je réalise une bonne photo d’une sculpture à l’extérieur et te fais un superbe tirage noir et blanc. Tu en fais un poster et tu en vends des milliers. Salut. Marcel», écrit Imsand en 1984 à Léonard Gianadda, à l’occasion de l’exposition Rodin. Le poster est un succès, et le photographe devient un habitué des manifestations octoduriennes.

C’est dans ce cadre qu’il a fait la connaissance de Jean-Henry Papilloud, responsable de la collection photographique de la fondation: «Il a réussi à traduire des sentiments comme l’amitié et le respect des petites gens dans ses images. Il était à la fois très populaire tout en étant un peu solitaire dans sa démarche.»

Le fonds du reporter a été remis au Musée de l’Elysée en 2011, avec un crédit spécial du canton de Vaud pour sa conservation. «Marcel Imsand était une figure majeure de la scène photographique suisse. Il a marqué son époque de son empreinte sensible dans de nombreux genres. C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons son décès», nous a confié dimanche la directrice du musée lausannois, Tatyana Franck.

A l’occasion de la Nuit des images 2012, un diaporama rendait hommage à l’artiste. Visible sur le site de l’institution, il permet de se faire une jolie idée du parcours éclectique de Marcel Imsand. Des portraits donc, mais encore des paysages, quelques détails architecturaux ou des scènes d’une truculence toute graphique. Comme cette forêt d’échelles accrochées aux lignes électriques, les ouvriers posés sur les barreaux comme autant d’hirondelles. Dans la lignée d’un Cartier-Bresson, Imsand cumulait souci de l’humain, de la composition et de la lumière.

En septembre dernier, l’épouse du photographe est décédée, voilant le beau regard d’un homme qui exhalait la douceur.

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

Une réponse à “Hommage à Marcel Imsand

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *