Maps, dernière arrivée dans la galaxie des agences photo

Se choisir un nom est un acte fondateur. Maps sonne international, digital, territoire. C’est l’appellation de l’agence de photographie documentaire tout juste lancée dans le cadre du festival Visa pour l’image, à Perpignan.

La nouvelle entité compte douze photographes, dont cinq anciens de VU, ainsi que cinq «créatifs». Trois Suisses participent au projet: Christian Lutz, Matthieu Gafsou et Dominic Nahr. Entretien avec les Romands de l’histoire.

Le Temps: Pourquoi cette agence?

Christian Lutz: Nous avons souhaité créer un modèle plus convenable quant à notre manière de travailler. Le lien avec VU n’est pas le moteur mais il est vrai que nous sommes cinq anciens de l’agence à qui la verticalité de l’organisation ne convenait plus. VU a été créé par Christian Caujolle, avec qui le rapport de confiance était évident. Le rachat par le groupe Abvent a été source de dissensions. Nous avons alors manqué d’informations et de transparence et sommes plusieurs à être partis.

J’ai voulu être en accord avec ce que je fais. Il y a beaucoup d’intentions sociopolitiques dans mes images; la manière dont elles sont données à voir doit être cohérente avec cela. J’ai ressenti cependant le besoin de m’associer à nouveau à un groupe.

Pour quelle raison?

CL: Pour redonner du sens, car beaucoup est parti en vrille dans le monde de la presse et dans la consommation d’images en général, où tout devient gratuit. S’associer donne plus de poids et stimule la créativité.

Matthieu Gafsou: Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de participer à un groupe de photographes internationaux, permettant d’échanger sur nos pratiques, notre rapport au métier et à l’image. Je suis sans doute le moins dans l’actualité et le plus plasticien du collectif, mais je partage cette préoccupation du réel. L’autre intérêt est de gagner une nouvelle visibilité. J’ai atteint les limites de ce que je pouvais faire en la matière.

La presse reste-t-elle un horizon?

CL: La priorité sera de créer des projets collectifs. Le premier a été lancé à l’invitation du festival de Saint-Brieuc. Il existe beaucoup d’appels d’offres culturels dans les autres pays, sur le mode des missions photographiques. Nous tenons également à cette idée de redonner à ceux que nous photographions. Un certain nombre de mes collègues travaillent pour des ONG ou dans des lieux en crise; ils pourraient projeter leurs images sur place et pas seulement dans un festival, animer des ateliers etc. La presse vient en troisième position.

MG: Une partie de l’agence fonctionnera comme une agence classique, proposant des images aux médias. Mais nous sommes plusieurs dans Maps à ne pas vivre de la presse, nous sommes à la croisée de la photographie documentaire journalistique et de celle qui vise plutôt les galeries et les institutions. L’autre partie de l’agence sera donc une fondation, destinée à lever des fonds, à soutenir nos projets, à faire tourner nos expositions, etc.

CL: D’où l’importance de nos membres «créatifs», graphiste, expert en communication, juriste… qui effectueront le travail de production.

Quel est le mode de fonctionnement de Maps?

CL: Nous visons une vingtaine d’auteurs mais pas seulement des photographes, nous souhaitons nous ouvrir aux arts vivants, plastiques, à l’écriture… afin de pouvoir offrir des projets décloisonnés. Chacun peut proposer un nouveau membre mais la candidature doit être acceptée par une majorité.

Nous avons tous versé la même somme au départ, un peu moins de 2000 euros. Cela a été un long sujet de discussion, car nous voulions être sur un pied d’égalité, même si 2000 euros ne signifient pas la même chose selon le pays d’où l’on vient. Nous avons dans le groupe des personnes d’Espagne, des Pays-Bas, d’Italie, des Etats-Unis, de Pologne ou des Philippines. Nous tenons à une diversité géographique et aimerions une présence accrue de photographes femmes. Le siège est à Bruxelles mais nous ne possédons pas de locaux.

MG: Un fonctionnement parfaitement horizontal est impossible. Nous n’avons pas le temps pour cela. Mais nous sommes tous réunis à Perpignan pour décider du meilleur moyen de fonctionner ensemble. Je ne sais pas où cela va nous mener mais le processus est passionnant!

Quelle idée derrière ce nom?

CL: Maps, pour fabriquer les cartes visuelles de la période actuelle, mais aussi pour tracer quelques contours dans l’industrie de la photographie.

(Image issue du projet en cours de Christian Lutz sur la maladie de son père ;
travail qui sera exposé lors de la première exposition collective du collectif Maps en Bretagne (Festival Photoreporter en baie de Saint-Brieuc) en octobre 2017 © LUTZ / MAPS)

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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