Claude Ribouillault, collectionneur de nains

Claude Ribouillault expose à Arles sa collection de photographies de lilliputiens et de géants. Un inventaire qui porte à réflexion

 

Une très petite jeune femme, hier, lui a fait une bise en lui glissant un « Je suis fière » reconnaissant. Claude Ribouillault en rougit encore d’émotion et de plaisir. L’éthno-musicologue français, collectionneur de bricoles porteuses d’histoires, présente ses portraits de nains et de géants aux Rencontres photographiques d’Arles. Cartes postales et tirages d’époque dévoilent un couple de lilliputiens béarnais, « Yolanda, la femme Hercule » ou un nain égyptien aux côtés de photos de famille et de clichés militaires.

 

 

– Vous êtes un multi-collectionneur ; que collectionnez-vous ?

– J’appartiens à une famille de musiciens et de raconteurs d’histoires. Je collectionne les marionnettes, les instruments de musique fabriqués par des amateurs – beaucoup ont été bricolés par les soldats durant la Grande guerre-, les masques… Je collectionne ce qui m’émeut. La frontière entre art tribal, art brut et art populaire est très poreuse et c’est là que je trouve mon plaisir. Beaucoup de choses ne servent à rien. Je rassemble par exemple tout ce que l’on met dans des bouteilles : bateaux, croix et scènes de crucifixion, petits métiers et même du pornographique. C’est une humanité saisie à travers des objets, une mémoire du quotidien qui manque dans les musées institutionnels. Qui s’intéresse aux cahiers de chansons des soldats ? Et pourtant, c’est passionnant.

– Comment en êtes-vous arrivé aux nains et aux géants ?

En face de la maison de mes parents, en région parisienne, se trouvait une grande ville qui abritait toute une famille de lilliputiens, retraités du cirque Medrano. J’allais souvent les voir avec ma sœur. Ces gens étaient d’une intelligence et d’une sensibilité, ça m’est resté. Je n’ai pas décidé de me lancer dans cette collection mais lorsque je voyais une image sur un marché ou dans une brocante, je l’achetais.

– D’où viennent ces images ?

Hormis de rares exemplaires des années 1860, la plupart sont datées de 1835 à 1930. C’est la naissance de la carte postale. Beaucoup sont des cartes de visite ou des cartes commerciales, pour les personnes qui n’étaient pas rattachées à un cirque ou à un zoo humain, mais passaient de ville en ville. Puis iI y a les cartes adoptant un point de vue ethnographique basé sur le sensationnel. Il s’agissait de dire : « Je suis allé loin et j’ai vu des choses extraordinaire ». Celles-ci, provenant du monde arabe, d’Afrique mais aussi de Bretagne, voyageaient beaucoup, elles portent encore des timbres. J’y ai ajouté les représentations de crétins des montagnes et de cagots.

Parmi les tirages photographiques cette fois, on trouve des portraits de familles ou d’individus, banals, mais aussi de nombreuses photos réalisées dans le cadre de l’armée, où le gabarit joue un rôle important. On ne pouvait pas être enrôlé en dessous d’une certaine taille durant la Grande guerre mais face au manque d’effectifs, l’armée britannique a créé un régiment spécial, « Les Bantams », du nom de petits coqs de combats féroces.

– Qu’est-ce que tout cela raconte ?

– La diversité et la nécessité de considérer toutes les différences. Il n’y a plus de Noirs dans les zoos car toutes les couleurs sont dans la rue mais une personne très grande, minuscule ou énorme se fera toujours repérer. Je veux porter un regard humain sur ces gens et casser le côté voyeur. C’est une question ambigüe et complexe. Il est devenu illégal de monter des numéros avec des personnes handicapées ou des nains, du coup on ne les voit plus. Dès lors, a-t-on fait des progrès dans le regard que l’on porte sur eux et le droit à la différence ?

 

“Toutes proportions gardées”, collection Claude Ribouillault, jusqu’au 24 septembre aux Rencontres photographiques d’Arles. « Nains, hercules et géants », éditions du Rouergue, oct 2016.

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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