«Je n’aime que les photographies prises dans la rue»

Sabine Weiss, célébrée comme la dernière représentante de la photographie française humaniste, fait don de ses archives au Musée de l’Elysée, à Lausanne

200000 négatifs, 7000 planches-contact, quelque 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail ou encore 2000 diapositives… Sabine Weiss a choisi de confier ses magnifiques archives au Musée de l’Elysée, à Lausanne. Suissesse d’origine, la Parisienne d’adoption pratique la photographie depuis huit décennies. Elle a oeuvré dans la mode, pour Vogue notamment, a portraituré artistes et politiciens, elle a rejoint l’agence Rapho en 1952, conviée par Robert Doisneau, a été exposée au MoMa ou au Jeu de Paume… Mais elle a, surtout, photographié les gamins et les clochards des rues de Paris, les passantes, les amoureux et les musiciens, avec une sensibilité et un talent de la composition formidables.

 

«C’est un grand honneur pour le Musée de l’Elysée. J’ai toujours admiré la bienveillance et la curiosité de Sabine Weiss envers le monde, estime Tatyana Frank, directrice. Nous lui avons rendu hommage il y a deux ans lors de la Nuit des images et travaillons depuis main dans la main à cette donation. Ce fonds renforce la photographie humaniste au sein de nos collections, qu’il s’agisse de récits de voyages ou de femmes photographes comme Suzi Pilet et Ella Maillart.» Les images rejoindront l’institution lors de son déménagement au Pôle muséal. D’ici là, l’équipe du musée procèdera à un grand inventaire, en vue notamment d’une rétrospective dans les années à venir.

Sabine Weiss se dit très heureuse de ce dénouement. Interview.

– Vous aviez confié il y a quelques mois réfléchir au dépôt de vos archives (lire page XX). Etes-vous soulagée aujourd’hui?

– Oui j’étais préoccupée car tout cela est encombrant pour la personne qui viendra après moi. Je suis très soulagée aujourd’hui, même s’il y a encore de l’ordre à mettre dans mes archives. Heureusement, je suis assez soigneuse et organisée; mes images sont classées par date et par thème. J’ai des fiches pour m’y retrouver, comme «contre-jour» ou «mains».

– Pourquoi l’Elysée et pas la France, où vous résidez depuis septante ans?

– Parce que l’Elysée a eu la merveilleuse idée de me le demander! J’ai toujours beaucoup aimé ce musée. Je connaissais Favrod avant même qu’il ne le dirige. Il m’a proposé une exposition ici en 1987 et il y a eu cet hommage à la Nuit de la photo il y a deux ans.

– Vous projetez cependant de léguer quelques œuvres au Centre Pompidou, au Musée d’art moderne et au MoMa. Pourquoi?

– Certaines seront offertes et quelques autres certainement achetées. J’aime l’idée d’avoir des images au Centre Pompidou car c’est une bonne référence, c’est valorisant aussi pour le Musée de l’Elysée. Ils ont fait déjà une pré-sélection et nous allons valider cela tous ensemble.

– Vous redoutiez lors de notre dernière rencontre que vos images sommeillent dans la cave d’un musée. Avez-vous posé des conditions au Musée de l’Elysée?

– L’intérêt est de pouvoir travailler ensemble, avec mon assistante également, pour faire le tri dans toutes ces photographies et imaginé la suite. Nous avons prévu une exposition dans les deux ans après l’ouverture du Pôle muséal. Mais vous savez, si c’est un an avant ou un an après… Je dois en être à ma 160ème exposition environ; il n’y a pas d’urgence.

– Vous avez photographié des thématiques très diverses. Que préférez-vous dans vos archives?

– Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres car alors, j’étais libre et parce qu’il s’agit d’êtres humains. Lorsque l’on me demandait de photographier des ministres, des tableaux ou des usines, je le faisais. Vous savez, je n’ai pas été malheureuse de faire de tout.

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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