Stanley Greene, fin de mission

Le reporter de guerre américain est décédé à 68 ans (Portrait AP/Jérôme Delay)

Il a débuté sa carrière en assistant Eugene Smith et en photographiant les punks de San Francisco, au début des années 1970. Mais ce sont les reportages de guerre qui l’ont rendu célèbre. Stanley Greene est décédé à Paris le 19 mai, à l’âge de 68 ans, des suites d’une maladie.

Son premier contact avec l’actualité brute ne remonte qu’à la chute du Mur de Berlin en 1989. A partir de là, il se tourne largement vers l’Est, documentant notamment une tentative de putsch au Parlement russe en 1993. Durant dix ans surtout, il entre illégalement en Tchétchénie pour en faire sortir des images. Un témoignage puissant, qu’il livre dans Plaie à vif : Tchétchénie 1994-2003 (Ed. Trolley, 2003). «Ces gens m’ont accueilli comme un des leurs. Aux Etats-Unis, je ne suis rien d’autre qu’un Nègre avec un appareil photo», estimait l’Afro-américain, un béret tchétchène vissé sur la tête.
Membre de l’agence VU, puis co-fondateur de Noor, Stanley Greene couvre également les conflits en Afghanistan, au Rwanda, au Cachemire ou en Irak. Dans le petit monde des reporters de guerre, il détone pourtant. Parce qu’il est noir, parce qu’il a démarré sa carrière avec la mode, parce qu’il peaufine son look et raconte volontiers sa vie.

En 2009, il publie Black Passport (Ed Textuel) dans lequel il évoque son parcours, ses nombreuses compagnes et son besoin de repartir, toujours. «J’ai longtemps eu cette idée que j’avais une mission : documenter ce qui se passe dans le monde. On finit par atteindre un stade où si l’on n’est pas là pour couvrir, ça n’existe pas. Maintenant, je sais que ça ne change rien», admet l’ex-militant des Black Panthers. Dans un portrait que lui consacre alors Libération, un ami témoigne : «Stanley, c’est Van Gogh. Il mourra dans la misère et après, ses tirages vaudront une fortune.» Il contracte l’hépatite C lors d’un reportage au Tchad il y a dix ans.

Ses images, extrêmement frontales, n’éludaient rien et surtout pas la mort. En couleur ou en noir et blanc, avec une économie de moyens mais une attention très nette au pouvoir esthétique, Greene racontait l’exil, le deuil, la destruction.

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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