Des touristes chez les Helvètes

A l’occasion de son centième anniversaire, Suisse Tourisme s’offre le regard de cinq photographes étrangers. Mais peut-on vraiment échapper à la prédominance des lacs et des montagnes? Exposition à la Fotostiftung

L’imagerie helvétique a été façonnée par l’extérieur, lords anglais ou écrivains romantiques effectuant le Grand Tour au 18è siècle. Depuis elle n’a guère changée, faite de cimes et de points d’eau, d’armaillis et de jolies bergères. Pour marquer son centième anniversaire, Suisse Tourisme a décidé de renouveler le regard. Cinq photographes étrangers ont été mandatés par la Fotostiftung de Winterthour et le Musée de l’Elysée.

L’an dernier, la Britanno-mexicaine Alinka Echeverria, l’Américain Shane Lavalette, l’Allemande Eva Leitolf, l’Anglais Simon Roberts et le Chinois Zhang Xiao ont passé entre quatre et six semaines sur le territoire. Ils ont été choisis en fonction de leurs travaux précédents, de leur état de connaissance de la Suisse et de leur origine géographique – qui devaient être variés. Le résultat est à voir à la Fotostiftung, avant un passage à Lausanne à l’automne.

Shane Lavalette, ainsi, a suivi les traces de Theo Frey, qui avait photographié douze villages pour l’exposition nationale de 1939: Saint-Saphorin, Caruna ou Schwyz. Aux planches-contact en noir et blanc tirées de la collection de la Fotostiftung, l’Américain ajoute le portrait d’un motard ou d’un pêcheur, des détails architecturaux, des gros plans graphiques. On n’est plus dans l’inventaire d’une Suisse pittoresque mais dans les impressions d’un auteur-voyageur. Le langage visuel, assurément, n’est plus le même.

Untitled (Saint-Saphorin), 2016

 

Simon Roberts, lui, dans la lignée d’un Martin Parr ou plus localement d’un Mathieu Gafsou, ajoute l’envers au décor, photographiant les touristes se photographiant devant les montagnes. Les lieux sont les plus portraiturés de Suisse, ceux qui caracolent en tête des statistiques des réseaux sociaux. Une application permet d’ajouter aux images des vues d’époque, des vidéos de la même scène ou encore les derniers selfies made in Switzerland postés sur la toile. Inquiétant et savoureux à la fois.

 

Alinka Echeverria a choisi de d’intéresser à la jeunesse du pays: «La plupart des gens visitent la Suisse pour ses paysages et non pour ses habitants ou sa culture. Nous ne connaissons pas grand-chose de la vraie société suisse et ses jeunes ne sont jamais représentés dans les médias internationaux». L’artiste confronte portraits, vieilles cartes topographiques et captures d’écran Snapchat, dessinant les traits d’une Suisse dynamique et ultra-métissée.

 

Comme il avait suivi la côte chinoise, Zhang Xiao a longé le Rhin à pied, à vélo et en train. N’ayant jamais travaillé hors de son pays ni mis les pieds en Helvétie, ne parlant aucune de nos langues ni l’anglais, c’est le regard d’un parfait étranger sur la contrée. Des micro-vidéos pointent ce qui l’a étonné: le smiley indicateur de vitesse en bord de route, deux vaches agitant les oreilles, un demi-mannequin portant un string et tournant sur lui-même dans une vitrine. Pour le reste, des images qui semblent impersonnelles.

 

Eva Leitof, enfin, photographie la frontière de part et d’autre et accole ses diaporamas à des textes rappelant faits historiques ou statistiques liés à l’immigration. L’eau et les montagnes, toujours aussi présentes, se font moins bucoliques.

 

Infos pratiques

Etrangement familier: Regards sur la Suisse, jusqu’au 7 mai 2017 à la Fotostiftung, Winterthour.

Catalogue en 5 livrets aux éditions Lars Müller Publishers.

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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