Chronos photographié au musée du Locle

 

Le musée des Beaux-Arts expose les très belles séries de Hiroshi Sugimoto et Dan Holdsworth, qui interrogent à leur manière le temps qui passe

Le Musée des Beaux-Arts du Locle consacre ses expositions d’hiver au temps qui passe. Invité d’honneur: Hiroshi Sugimoto, dont les trois séries les plus fameuses sont présentées. Les «Theaters», photographiés aux Etats-Unis essentiellement, mettent en scène des salles de cinéma abandonnées, ces «movies palaces» gigantesques construits dans les années 1920 et 1930 pour accueillir des centaines voire des milliers de spectateurs. Hiroshi Sugimoto a eu l’idée d’y projeter ses films préférés et d’adapter le temps de pose de son appareil photographique à la durée de la séance. Il a calculé qu’il condensait ainsi plus de 170000 vues pour un long-métrage de deux heures, à raison de 24 images/seconde. En résultent des photographies étranges, irradiées par un écran parfaitement blanc et lumineux tandis que le reste de l’espace est plongé dans le noir. Il y a une incongruité entre cet écran, avatar de la modernité, et ces salles grandiloquentes et rococo d’une autre époque, une friction entre la lumière et l’ombre.

A l’étage supérieur, les cimaises blanches accueillent les «Seascapes» de Sugimoto. Rien d’autre que le ciel et la mer, aucune trace humaine, pas un passage de bateau, d’avion ou d’oiseau. Le public est confronté à la vue originelle, celles qu’ont pu observer des milliers de gens avant lui. Le ciel, la mer et une ligne d’horizon, parfois filiforme, parfois confuse, tracée au beau milieu du tirage. Les images en noir et blanc semblent d’abord extrêmement simples, mais se complexifient à force d’être observées. Le regard se perd dans la contemplation, l’oeil détaille les petits mouvements des vagues et décèle un nuage tandis que les pensées vagabondent.

Sous la verrière du musée, une image de la série “Dioramas”. Un groupe de vautours s’affaire autour d’une carcasse devant une savane peinte. Et les réflexions sur le réel et la photographie s’engagent à nouveau…

 

Nathalie Herschdorfer cherchait un autre travail à présenter en regard avec celui-là, une approche plus contemporaine de la photographie de paysage. Le BritanniqueDan Holdsworth photographie des glaciers à l’aide de drones ou d’hélicoptères, tandis qu’un géologue enregistre toutes les coordonnées des vues avec un GPS. Les données sont ensuite aditionnées et cela donne une photocartographie inédite en 3D, faites de milliers de petites points de différentes couleurs, sur un fond argenté: blanc pour la glace, gris pour la roche et bleu pour l’eau. De près, on dirait que certaines zones ont été passées au pastel. On devine l’accumulation de strates diverses, les creux et les saillies du relief. De loin, on a l’impression d’une étoffe très légère jetée dans les airs et dont le mouvement crée des plis et un agencement.

continuous-topography-jura-no-1-20-2016-dan-holdsworth-courtesy-audemars-piguet

 

Infos pratiques

Temps continu, Musée des Beaux-Arts du Locle, jusqu’au 29 janvier 2017.

«Pouvez-vous nous parler… Dan Holdsworth», édition du Mbal.

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *