Festival Images: les 11 «expos» à ne pas manquer

En général, on dresse la liste des 5 ou 10 expos à ne pas manquer dans un festival, parce que cela sonne rond. C’est donc ce que j’ai fait dans le Temps. Mais le blog se moque des conventions. Voici donc le palmarès des 11 expositions que j’ai préférées à Vevey.

Simon Roberts: The Last Moment (devant la gare)

Prenez des photographies d’événements, masquez légèrement la scène et ne laissez apparents que les téléphones et autres appareils réunis sur place pour immortaliser ce qui se passe. C’est ce qu’a fait Simon Robert avec le Printemps arabe, une apparition de la Reine d’Angleterre ou la mort d’un dictateur. Et c’est stupéfiant. Dans le même registre, Philipp Schmitt a conçu un appareil qui refuse de déclencher si la vue a déjà été trop prise. Réjouissant et flippant.

 

Christian Patterson: Gong Co (ex-Grand café Les Mouettes)

Au dessus de la porte, une enseigne rouillée indique «Store». En passant, un grelot également rouillé se met à tintibuler. A l’intérieur, des étagères fatiguées accueillent conserves et produits périmés. «Quelqu’un a dit que tous les musées vont devenir des magasins et les magasins des musées. Nous y sommes», sourit Christian Patterson. L’Américain a racheté le stock d’un épicier qui s’apprêtait à fermer boutique en Géorgie. Ses photographies des lieux complètent la reconstitution à Vevey. Rien ne semble manquer, ni les photos érotiques épinglées sur un mur sale de l’arrière-boutique ni la sonnerie stridente d’un téléphone avec fil.

 

Ecal / Florian Amoser: Quantified Landscape (Quai Maria Belgia)

Florian Amoser, encore étudiant à l’Ecal et ex-étudiant en architecture à l’EPFZ, transpose le principe des courbes de niveau aux cavités souterraines, grâce à un laser monté sur moteur. Les lignes de mesure se mêlent à celles de la roche. Entre le tableau et la photographie, des semi-abstractions à la fois oniriques, inquiétantes et évocatrices.

 

Stephen Gill: Coexistence (Fontaine des jardins du Rivage)

En résidence à Dudelange, au Luxembourg, Stephen Gill a photographié un quartier et ses habitants en trempant d’abord son appareil dans l’eau. Le liquide coule encore sur l’objectif lorsqu’il déclenche et se mue en filtre onirique. Posés sur la fontaine des jardins du Rivage, les tirages apparaissent tout blancs. Il faut plonger les mains dans le bassin et les asperger pour que les images se révèlent, gouttes à gouttes. Samedi à l’ouverture, sous le soleil veveysan, le public – enfants en tête – ont giclé les œuvres avec un plaisir manifeste.

 

Valerio Vincenzo: Real Virtuality (Parc du Panorama)

Il est des idées proprement stupéfiantes. En 2013, lors d’un G8 organisé dans la région de Fermanagh, en Irlande du Nord, les autorités font apposer des posters géants sur les vitrines des commerces fermés pour donner l’illusion de la prospérité dans une zone ravagée par la crise. Valerio Vincenzo a photographié ces façades abritant un café rempli de buveurs, un boucher et ses multiples jambons, un primeur ou un marchand de tissu avec une cliente en pleine discussion. De loin, le trompe-l’oeil est parfait; les voitures des délégations étrangères ne faisaient que traverser ces villages.

 

Christian Jankowski: Casting Jesus (Théâtre oriental)

Et si l’on cherchait le nouveau Jésus? Christian Jankowski a organisé le casting et fait défiler treize hommes devant un jury composé d’un prêtre, un critique d’art et un journaliste, tous rattachés au Vatican. Le film les montre déclamer des paroles d’évangiles, lever les yeux au ciel ou rompre le pain. L’un a l’air lumineux que l’on prête à un messie, l’autre ressemble à un toxicomane. Mais tous sont barbus et en robe, dans un manque total d’imagination et de volonté de renouvellement. Des tirages confrontent les portraits des candidats à ceux de leurs juges, accompagnés de sentences telles que «Bonne démarche», «Il manque de pathos» ou «Le Jésus idéal est un mélange entre le 2 et le 3».

 

Stéphane Winter: die Winter (Local d’art contemporain)

Ce sont des clichés de famille, de ceux que tout le monde possède dans un vieil album. Un petit garçon sourit devant une voiture ou un sapin de Noël, deux parents et un enfant regardent l’objectif en se tenant par le bras. Mais une image interrompt tout à coup la banalité ; le père pose debout dans la baignoire ou en robe d’été, la mère s’affiche en look de hardeuse devant un poster de Pantera. Depuis vingt-cinq ans, Stéphane Winter photographie ses parents adoptifs avec humour et tendresse.

 

Guido Mocafico: Blaschka (Salle del Castillo ou quai de Reussy)

Le sujet, tant que sa présentation, sont enthousiasmants. Guido Mocafico a photographié quelques unes des réalisations des Blaschka père et fils, souffleurs de verre de génie ayant fourni les musées et universités du 18è siècle en reproductions d’invertébrés marins. Les tirages ont été lestés et déposés au fond du lac. L’exposition in situ est visible à la nage ou en paddle. Un film de la visite sous-marine est à visionner avec des lunettes de réalité virtuelle.

 

Mat Collishaw: The End of Innocence (Eglise Sainte-Claire)

L’ensemble a quelque chose d’hypnotique. Sur un écran de 7 mètres sur 5 glissent des pixels en une sorte de pluie digitale, accompagnés par une bande-son. Au gré de leurs mouvements apparaissent et disparaissent deux portraits du pape Innocent X, celui que Diego Velazquez a peint en 1650 et sa réinterpretation par Francis Bacon trois siècles plus tard.

 

Michael Schirner: Bye Bye (Salle del Castillo)

En très grand format défilent des photographies mythiques, jalons de l’histoire du monde et parfois de la photographie: le soldat républicain de Capa, le portrait de James Dean par Dennis Stock, la fillette brûlée au napalm, les avions dans les tours le 11 septembre 2001… Si ce n’est que le soldat, James Dean, la fillette ou les tours ont disparu, gommés de l’image. Ne reste que le décor, auquel pour une fois on prête attention, suffisant pour reconstituer la scène tant les images sont connues. Une réflexion passionnante sur la construction de la mémoire visuelle, également amenée par l’exposition de Cartis et Sonderegger. En studio et en maquette, le duo reconstitue des photographies iconiques, dont certaines évoquées plus haut, puis photographie le résultat en prenant soin de laisser visible coulisses et accessoires.

 

Cyril Hatt: Picotin (La Ferblanterie)

Photographier des objets puis les reconstituer à partir des tirages obtenus. Coutumier de la pratique, Cyril Hatt a tenté l’exercice avec les chalets de Claude Nobs et leurs multiples trésors. A La Ferblanterie, on tombe nez à nez avec un bouvier bernois à la gueule de Picasso, des juke-box géants ou des instruments divers. C’est une vision à la fois étrange, fascinante et poétique parce que bricolée et insensée. L’hommage, notamment accompagné de tirages de Yann Gross dont la 2D résonne avec les objets de Hatt, a déjà présentée à Montreux.

 

Festival Images, jusqu’au 2 octobre à Vevey

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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