Rencontres d’Arles: les dix expos à ne pas manquer

J’aurais voulu en garder 14, mais cela sonnait moins bien. Voici donc les dix expositions à voir absolument si vous passez par Arles cet été…

 

Yann Gross: The jungle show, au Magasin électrique jusqu’au 25 septembre 2016, Rencontres photographiques d’Arles.

Gorra de Motelo? (casquette de tortue), 2015. Avec líaimable autorisation de líartiste.  ---- Gorra de Motelo? (Turtle Cap), 2015. Courtesy of the artist.
Gorra de Motelo? (casquette de tortue), 2015. Avec líaimable autorisation de líartiste.
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Gorra de Motelo? (Turtle Cap), 2015. Courtesy of the artist.

Un entrepôt dans la pénombre, rempli de caisses de bois. Sur chacune, une image brille faiblement, une légende explique. Lauréat du LUMA Rencontres Dummy Book Award 2015, Yann Gross a bénéficié de la publication de son dernier travail et d’une exposition en prime. Entre 2011 et 2015, le Vaudois a longé le fleuve Amazone, de la cordillère des Andes à l’Atlantique. En images, il a questionné les identités et les cultures, les ravages ou les bienfaits de la colonisation. Si les photographies jouent parfois sur les préjugés, le texte dit la complexité. Une jolie «Miss Confraternité amazonienne»? Quelques lignes nous apprennent qu’elle empochera une opération chirurgicale. Le portrait d’un jeune indigène? Il se nomme Hitler parce que c’est «joli» et que le type a quand même fait de grandes choses. Un mignon petit paca arraché à la jungle pour être domestiqué? Il sera avalé dès que sa taille sera jugé suffisante. Bienvenue en Amazonie, derrière l’épaisseur des feuillages et des clichés.

 

Lady Liberty, jusqu’au 11 septembre au Musée Arles antique.

Pierre Petit, Ateliers Gaget Gauthier & Cie, construction de la Statue de la LibertÈ, 1881-1884, Paris.  ------ Pierre Petit, Ateliers Gaget Gauthier & Cie, construction of the Statue of Liberty, 1881-1884, Paris.
Pierre Petit, Ateliers Gaget Gauthier & Cie, construction de la Statue de la LibertÈ, 1881-1884, Paris.
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Pierre Petit, Ateliers Gaget Gauthier & Cie, construction of the Statue of Liberty, 1881-1884, Paris.

Auguste Bartholdi l’avait d’abord proposée au khédive d’Egypte pour orner le canal de Suez. Puis elle fut recycler afin de célébrer le centième anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Avec quelques dessins, peintures et de nombreuses photographies, l’exposition Lady Liberty retrace l’histoire de la Statue de la Liberté, finalement inaugurée le 4 juillet 1884 à New York. Promotion du projet, diverses étapes de la construction dans les ateliers parisiens, exposition de la tête à l’Exposition universelle de 1878 ou voyage outre-Atlantique sont documentés. La dernière partie de l’exposition présente quelques caricatures, comic’s ou œuvres d’art citant la dame au flambeau.

 

Yan Morvan: Après la guerre, jusqu’au 11 septembre à la Chapelle Saint-Laurent.

Bataille du Canyon de Chelly, Janvier 1864. Canyon de Chelly, Arizona, …tats-Unis, 2014. Avec líaimable autorisation de líartiste. ----- Battle of Canyon de Chelly, January 1864. Canyon de Chelly, Arizona, USA, 2014. Courtesy of the artist.
Bataille du Canyon de Chelly, Janvier 1864. Canyon de Chelly, Arizona, …tats-Unis, 2014. Avec líaimable autorisation de líartiste.
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Battle of Canyon de Chelly, January 1864. Canyon de Chelly, Arizona, USA, 2014. Courtesy of the artist.

Des paysages. Certains grandioses, falaises ou canyons. D’autres bucoliques, quelques arbres plantés au milieu des champs. Des villes encore, beaucoup plus rares. Les images racontent la beauté de la nature, la diversité de ses décors. Les longues légendes qui les accompagnent, disent la mort: statistiques des soldats tués au combat, témoignages affreux des rescapés. Depuis treize ans, Yan Morvan arpente le globe sur la trace d’anciens conflits. Fin 2015, il a publié une somme de 430 photographies et 4,460 kg chez Photosynthèses (LT du 19 décembre 2015). Une partie de cet immense travail, réalisé à la chambre, est exposé cet été à Arles. De Sebastopol à Solferino, du siège de Constantinople à celui de Misrata, les conflits et les images traversent les siècles et les continents. Les guerres et les hommes passent, les paysages restent.

 

Charles Fréger: Yokainoshima, jusqu’au 28 août à l’Église des trinitaires.

MEJISHI, Ogi, Sadogashima, préfecture de Niigata. Avec l’aimable autoristation de l’artiste.  ------  MEJISHI, Ogi, Sadogashima, Niigata prefecture. Courtesy of the artist.
MEJISHI, Ogi, Sadogashima, préfecture de Niigata. Avec l’aimable autoristation de l’artiste.
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MEJISHI, Ogi, Sadogashima, Niigata prefecture. Courtesy of the artist.

Il s’est fait connaître par son très beau travail sur les figures des carnavals européens. Charles Fréger a poursuivi l’exercice avec les personnages rituels japonais. Il y a des hommes paons ou dragons, des créatures grotesques ou menaçantes, des pénis géants, des costumes en paille et des couleurs éclatantes. Chacun est photographié seul ou en petit groupe, devant un paysage, loin de la foule de villageois qui se presse d’ordinaire à ces cérémonies. C’est à la fois gai et étrange, doux et onirique. «Chez Charles Fréger, la sérialité introduit toujours une dimension poétique. Rien à voir avec l’école allemande!», estime Sam Stourdzé, directeur des Rencontres photographiques. Au centre de l’exposition, une très belle carte dessinée situe chacune des figures dans l’archipel. «La plupart des récits qui accompagnent ces rituels rappellent l’importance de la famille et de la communauté, loin de l’inversion des codes de notre carnaval», souligne l’artiste.

 

Eamonn Doyle: End, jusqu’au 25 septembre à l’espace Van Gogh.

Sans titre, série End, 2015. --  Untitled, from the End series, 2015.
Sans titre, série End, 2015.

Untitled, from the End series, 2015.

C’est une exposition ambiance. D’abord, il y a une bande-son – signée Sweeney et Donohoe. Puis des photographies tapissées sur les murs ou collées sur des caisses de bois formant une épaisse cloison au centre de la pièce. Parfois, une caisse manque et c’est une fenêtre sur l’image située derrière. Les échelles et les teintes varient – couleur ou noir et blanc – mais le sujet est toujours le même: les passants de quelques rues de Dublin. Eamonn Doyle joue avec les lignes de la ville et les courbes des silhouette, il s’attarde sur un chapeau, un dos, un visage ou une démarche. En quelques clichés, il créé une ambiance, amène une tension. Le public défile lui aussi et se demande qui sont ces gens qui lui font face et vers quel destin ils vont.

 

Don McCullin: Looking beyond the edge, jusqu’au 28 août à l’église Sainte-Anne.

Petit matin, West Hartlepool, comté de Durham, 1963. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Hamiltons Gallery, Londres.  ------- Early Morning, West Hartlepool, County Durham, 1963. Courtesy of the artist and Hamiltons Gallery, London.
Petit matin, West Hartlepool, comté de Durham, 1963. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Hamiltons Gallery, Londres.
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Early Morning, West Hartlepool, County Durham, 1963. Courtesy of the artist and Hamiltons Gallery, London.

Don McCullin a couvert la plupart des conflits du XXè siècle. Il est célébré pour ses images impitoyables de guerre ou de famine, du Proche-Orient au Vietnam en passant par le Bihar. Mais ce ne sont pas ces reportages que les Rencontres d’Arles ont choisi d’afficher. L’exposition pensée par Simon Baker se concentre sur tout le reste: premiers portraits de gangs londoniens, qui lanceront la carrière du Britannique, reportage sur la construction du mur de Berlin, qui le fera embaucher par The Observer et travail au long cours sur la «guerre sociale» qui ravage l’Angleterre. Chaque fois qu’il revient au pays, McCullin photographie les pauvres du Nord, les SDF de la capitale, la crasse qui pèse sur les vêtements et le coeur. A 80 ans, l’homme est retourné en Syrie, mais il promène surtout son appareil dans les paysages du Somerset où il réside. Même là, la noirceur est de rigueur.

 

Stéphanie Solinas: La méthode des lieux, jusqu’au 28 août au cloître Saint-Trophime.

Stéphanie Solinas, Sans titre (boîte #1), Le Palais de l'esprit, 2016. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.  ------- Stéphanie Solinas, Untitled (box #1), The Palace of the Mind, 2016. Courtesy of the artist.
Stéphanie Solinas, Sans titre (boîte #1), Le Palais de l’esprit, 2016. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
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Stéphanie Solinas, Untitled (box #1), The Palace of the Mind, 2016. Courtesy of the artist.

Arles possède un patrimoine conséquent. Arènes romaines, théâtre antique, églises magnifiques… et halle Lustucru. Conçue dans les anciens ateliers Eiffel pour orner le Grand Palais de l’Exposition coloniale de Marseille en 1906, elle a ensuite servi d’entrepôt militaire puis, déplacée à Arles, de hangar à riz et enfin de site de stockage pour l’usine Lustucru. Plusieurs fois menacée de destruction, elle étale ses 4500 m² à proximité du Rhône. Stéphanie Solinas évoque son histoire à travers une formidable installation, faite de photographies, de lettres, d’objets récupérés, de plans ou de coupures de journaux. Pour compléter sa quête, la jeune femme a invité 13 personnes – botaniste, conservateur des archives, ancien salarié de Lustucru, médium… – à évoquer le site à partir d’un cliché. La rencontre, organisée à la salle des fêtes d’Arles et filmée depuis le plafond, est projetée au rez-de-chaussée du cloître Saint-Trophime. Où l’on voit des gens discuter par petits groupes, aller et venir vers le buffet, où l’on capte des bribes de conversation. Un ballet fascinant de simplicité.

 

Parfaites imperfections, jusqu’au 25 septembre au Palais de l’Archevêché.

Ruth van Beek, The Levitators. Avec l’aimable authorisation de l’artiste.  -------- Ruth van Beek, The Levitators. Courtesy of the artist.
Ruth van Beek, The Levitators. Avec l’aimable authorisation de l’artiste.
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Ruth van Beek, The Levitators. Courtesy of the artist.

C’est un joyeux bazar. Il y a des piles de livres insérées dans des piles de pavés, des photographies de chiens pliées de telle sorte à leur couper les pattes, une valise pour armes à feu remplie de charcuterie, l’image d’une cascade se terminant en robe de mariée ou encore de très beaux portraits roses-violets réalisés avec un appareil numérique en fin de course. Le commissaire Erik Kessels, habitué des Rencontres, a collecté des œuvres nées du hasard, de bévues ou d’imperfections, dans un monde qui appelle sans cesse à l’excellence. L’exposition découle d’un manuel au sous-titre éloquent: «Comment transformer ses erreurs en idées géniales pour se planter en beauté». C’est léger, drôle… et rassurant.

 

Mauvais genre, jusqu’au 25 septembre à l’atelier des Forges.

Homme travesti, États-Unis, vers 1930. Avec l'aimable autorisation de la collection Sébastien Lifshitz.  --------- Transgendered man, United States, circa 1930. Courtesy of the Sebastien Lifshitz Collection.
Homme travesti, États-Unis, vers 1930. Avec l’aimable autorisation de la collection Sébastien Lifshitz.
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Transgendered man, United States, circa 1930. Courtesy of the Sebastien Lifshitz Collection.

Une femme entreprend un striptease, puis se rhabille… en homme. Un marin, cigarette à la bouche, fixe l’objectif d’un air dur. Puis il soulève un bras et croise ses jambes dans une gestuelle parfaitement féminine. Sébastien Lifshitz expose à Arles sa collection sur le travestissement de 1880 à 1980. On y rencontre des hommes aux lèvres peintes, des garçonnes, des transformistes, des Kabuki japonais ou des prisonniers de la deuxième guerre mondiale déguisés pour les besoins d’une pièce de théâtre. On y suit Bambi, l’un des premiers transexuels, de son enfance de petit garçon à sa carrière d’institutrice en s’arrêtant surtout sur sa gloire de jolie blonde. C’est un univers touchant et éclectique dans lequel on pénètre, loin des cabarets et des boas plumes. Une réflexion passionnante, aussi, sur ce qui fait le genre.

 

Laia Abril: Histoire de la misogynie – Chapitre Un: De l’avortement, jusqu’au 25 septembre au Magasin électrique.

Instruments d’avortement, notamment du savon et une seringue à lavement largement utilisée pour interrompre les grossesses en l’insérant dans l’utérus. Cela entraînait une fausse couche mais également, souvent, le décès de la femme. Dès le XVe siècle, ces épais cylindres à piston furent utilisés pour nettoyer les intestins, mais le tube de remplissage pouvait être remplacé par un plus long tube afin de rincer d’autres parties du corps. Par ailleurs, cet instrument remplissait la condition nécessaire pour tout outil destiné à l’avortement : il n’éveillait pas les soupçons. L’avortement étant illégal, divers objets étaient reconvertis à cet usage ; lors des contrôles de police, tout objet suspect était relevé. Les avorteurs pouvaient ainsi dissimuler leur activité mais le manque d’hygiène et l’absence d’encadrement médical résultant de l’interdiction juridique coûtèrent la santé et parfois même la vie à de nombreuses femmes. Musée de la contraception et de l’avortement à Vienne, Autriche, août 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / INSTITUTE.  ----- Please contact us for English version : rencontresarles@claudinecolin.com
Instruments d’avortement, notamment du savon et une seringue à lavement largement utilisée pour interrompre les grossesses en l’insérant dans l’utérus. Cela entraînait une fausse couche mais également, souvent, le décès de la femme. Dès le XVe siècle, ces épais cylindres à piston furent utilisés pour nettoyer les intestins, mais le tube de remplissage pouvait être remplacé par un plus long tube afin de rincer d’autres parties du corps. Par ailleurs, cet instrument remplissait la condition nécessaire pour tout outil destiné à l’avortement : il n’éveillait pas les soupçons. L’avortement étant illégal, divers objets étaient reconvertis à cet usage ; lors des contrôles de police, tout objet suspect était relevé. Les avorteurs pouvaient ainsi dissimuler leur activité mais le manque d’hygiène et l’absence d’encadrement médical résultant de l’interdiction juridique coûtèrent la santé et parfois même la vie à de nombreuses femmes. Musée de la contraception et de l’avortement à Vienne, Autriche, août 2015. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / INSTITUTE.
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Please contact us for English version : rencontresarles@claudinecolin.com

C’est une exposition sombre, mais nécessaire. Un travail au long cours mené par Laia Abril sur l’avortement et les conséquences de son interdiction à travers le globe et les époques. Portraits et témoignages de femmes ayant eu recours à une interruption de grossesse, histoires de médecins dénoncés ou dénonciateurs, publicités ambiguës, objets de toutes sortes servant aux avortements clandestins… L’inventaire fait froid dans le dos. Il est le premier chapitre d’une recherche consacrée par l’artiste espagnole à la misogynie, «parce que ce sujet est utilisé partout, par les hommes, la société et les religions, pour contrôler les femmes».

 

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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