LA LUNE CORNÉE _ 2 _
À Pâques, soyez curieux : cherchez des images plutôt que des œufs !

Êtes-vous du genre curieux ?

 

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Stovall Studio, Western Jack Rabbits, 1935, carte postale au gélatino-bromure d’argent, coll. NC.

Pour Pâques, la météo annoncée semble maussade, à la place de cacher des œufs, pourquoi ne chercheriez-vous pas des images ? Chez vous, il s’en cache probablement dans des albums ou  dans l’obscurité de votre disque dur.  Elles attendent votre regard pour à nouveau émerger. De petites photographies curieuses, insolites, douloureuses, drôles, terribles ou belles qui ont parfois la force de nous surprendre, de nous toucher. La photographie est un continent visuel sans limites pour celui qui sait que la curiosité n’est pas un vilain défaut…

Le territoire photographique reste paradoxal car il dépasse souvent ce que l’humain peut imaginer tant les réels sont multiples et singuliers…  Pour peu que l’on garde l’œil et l’esprit ouvert, la photographie permet des découvertes qu’offre nul autre médium. C’est encore un continent à explorer.

Je ne serai jamais d’accord avec le sociologue Pierre Bourdieu quand, en 1966, il titrait sa recherche : Un art moyen. Essai sur les usages sociaux de la photographie. Dénichée par un marchand new-yorkais très curieux, cette carte postale «Western Jack Rabbits on the Run» est-elle une image moyenne ? Certainement pas.  Cette image prise en 1935 a accroché mon attention au premier contact. Irrésistible envie de la montrer à d’autres, de partager cette découverte. Elle m’a aussi saisi par son mystère, son énigme silencieuse : avec quelle intention ce photographe farceur de Dodge City  – le  Stovall Studio – a-t-il composé cette invasion de Bugs Bunny ? Je n’ai pas cherché à revoir tous les cartoons du studio Schlessinger pour trouver la réponse à ce collage surréaliste.  Voir cette petite image est un petit plaisir du regard. Venu d’un autre siècle, elle est toujours là : ridicule, improbable, forte et drôle. C’est aussi tout cela la photographie : un art pour les curieux aux regards errants !

 

« La lune cornée » se propose de porter un regard sur des photographies singulières ou méconnues du XIXe et XXe siècle.

« La lune cornée, ou l’argent corné, en d’autres termes, le chlorure d’argent, fut découvert par les alchimistes, à l’époque de la Renaissance. Ce composé a la propriété essentielle, de se colorer en bleu foncé, quand il reste exposé au soleil, ou à la lumière diffuse. […]  D’après Arago, ce serait un alchimiste, nommé Fabricius, qui aurait le premier, en 1566, obtenu l’argent corné, en versant du sel marin dans une dissolution d’un sel d’argent, et qui aurait remarqué la coloration de ce produit, par l’action de la lumière. […] C’est donc dans le laboratoire d’un alchimiste qu’il faut chercher l’origine historique du principe général de la photographie. »

Eugène Chevreul, La Vérité sur l’invention de la photographie, Paris, 1867

18.46.29

 

 

Nicolas Crispini

Nicolas Crispini

Photographe et passeur d'images | n-crispini.com

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