Champs/contre-champs :
Gustave Roud franchit la Venoge

Pâques approche, une envie de rouler les œufs au rythme des marées ?

Si vous passez par Guingamp, le centre d’art GwinZegal expose une cinquantaine d’épreuves du poète-photographe Gustave Roud (1897-1976) à l’occasion de «Champs/ contre-champs» 2016. Vous pourrez aussi y revoir Deposit, le travail documentaire de Yann Mingard, un autre Vaudois qui depuis plus d’un an est exposé aux quatre coins de la planète photographique.

Jusqu’au 7 mai, à l’initiative de Jérome Sother, un bel hommage est rendu à la part visuelle du poète du Jorat, après une Année Gustave Roud foisonnante avec quatre expositions et trois livres qui avaient pour ambition de mettre en lumière cet auteur trop discret ( on peut toutefois regretter  une programmation développée uniquement en Pays de Vaud ). Rappelons au jeune public que ses photographies avaient été exposées à deux reprises au-delà des berges de la Venoge, quand Daniel Girardin, conservateur du musée de l’Élysée, avait présenté Gustave Roud, L’oeuvre photographique à la BPI du Centre Georges Pompidou à fin 1989 et lorsque le Musée d’Ethnographie de Genève avait exposé OBJECTIFS TERRE. Photographies de Monique Jacot et Gustave Roud en 2003. Relevons aussi, que cette œuvre essentielle de la photographie suisse n’a pas encore franchi l’est des rives de la Sarine. Les Zurichois ou les Chinois découvriront-ils un jour les photographies si singulières de l’auteur du Petit traité de la marche en plaine ? L’urbain de Viviane Maier s’exporte plus facilement… pourtant tous les deux partagent un grand intérêt pour l’autoportrait.

Aujourd’hui encore, ses photographies sont trop souvent perçues comme un travail nostalgique sur le monde rural, voire néfaste par quelques lettreux trop frileux qui semblent craindre l’ombre qu’elles pourraient porter à sa plume. Gustave Roud n’avait aucune crainte de ses pratiques. Pour lui, le médium photographique est  un espace fictif  en dialogue permanent avec l’écriture composés d’instants et de notes arrachés au temps. En 1930, il écrit pour la revue Aujourd’hui, «Livre d’images», une réflexion novatrice sur l’autonomie référentielle de l’image argentique: « Un moment inquiétant et passionnant entre tous, c’est bien celui où l’image – l’image photographique – se sépare du sujet qu’elle représente et commence à vivre de sa vie propre, où elle quitte sa première existence du reflet pour chercher en elle seule un point d’appui. Pendant longtemps on n’a voulu lui accorder que cette seule première existence, ne lui attribuer de valeur que dans la mesure où elle était ressemblante.» Le poète veut rendre à la photographie son autonomie. Visionnaire, il perçoit l’image comme une pensée sans issue qu’il convient d’abandonner à son sort.

Intemporel, l’écrivain-photographe nous révèle une expérience sensible du monde. Reste cette question irréductible qu’il nous adresse : « Pourquoi sommes-nous ici ? Mais qu’est-ce qu’ici ? »

Fernand expo Roud Pully. internet
André, 7 octobre 2015. Lors de l’exposition “Gustave Roud, les traces éparses du paradis” au musée de Pully, André Ramseyer pose à côté de son portrait réalisé par Gustave Roud il y plus de cinquante ans.  Photo Nicolas Crispini.

 

Pour ceux qui ne peuvent pas aller en Bretagne, deux livres :  Terre d’ombres. 1915-1965. Itinéraire photographique de Gustave Roud de  Daniel Girardin, Sylvain Mafroy et Nicolas Crispini avec plus de 330 photographie reproduites ( Slatkine, 2002 ) et Gustave Roud, la plume et le regard de Daniel Maggetti et Philippe Kaenel, ( Infolio, 2015 ).

 

Pour les photos de Gustave Roud:  © Fonds photographique Gustave Roud, BCU/Lausanne, © Charles-Antoine Subilia.

 

Nicolas Crispini

Nicolas Crispini

Photographe et passeur d'images | n-crispini.com

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