Delphine Schacher: “André Cepeda est un modèle pour moi”

A un mois de l’ouverture, le Paléo publie un livre hommage à ses milliers de bénévoles. Delphine Schacher fait partie des six photographes ayant été mandatés pour tirer le portrait d’une profession qui n’en est pas une. Pour l’occasion, elle répond à nos questions Diaporama.

 

La première image?

Des portraits en action de Robby, le rotativiste du quotidien de La Côte, en 2002, quand la journal était encore imprimé à Nyon… Une image en noir et blanc, verticale, on y voit principalement une grande feuille de papier en train de s’enrouler dans la machine et sur le côté de l’image, la tête de Robby qui apparaît…

 

La dernière?

Celle du making-off du travail que réalise en ce moment un groupe de collégiens à qui je donne des cours.

 

Celle que vous auriez adoré prendre?

Il y en a tant! Mais si je dois en donner une, comme ça spontanément, je dirais alors celle de la dame au chignon, de William Eggleston. J’aime le mystère qui règne autour de cette femme… son chignon, sa main désinvolte, j’aurais voulu entendre la voix de cette femme, me trouver dans ce dinner, connaître ce temps des années 60.

 

Celle que vous auriez détesté prendre?

Celle de Frank Fournier, montrant la petite Omayra Sanchez, prisonnière des débris du volcan Nevado del Ruiz en 1985. La fillette est sur le point de mourir, elle est tellement envahie de débris qu’il est impossible de la sortir de l’endroit où elle est coincée. Elle mourra 2 jours après. Cette image reste pour moi l’une des premières m’ayant marquée et questionnée face au rôle parfois impuissant des photographes. Je pense que je n’aurais pas voulu être à la place du photographe. Il ne pouvait pas la sauver, il est resté vers elle jusqu’à sa mort. Cette photographie, faute d’avoir pu sauver la vie d’Omayra, a apparemment contribué à mettre en avant l’inaction du gouvernement colombien qui avait été averti de l’éruption du volcan mais n’avait pas fait évacuer les populations.

 

Argentique ou numérique?

Les deux. L’argentique pour mes travaux personnels et les portraits commandés et le numérique pour les mandats de reportage.

 

Couleur ou noir et blanc?

Couleur.

 

Que pensez-vous des selfies?

C’est une nouvelle façon se s’auto-immortaliser, partout et en tous temps…. J’adore voir des gens en train de les réaliser, essayer de montrer le meilleur d’eux mêmes, surtout quand ceux-ci se munissent d’accessoires, comme le selfie stick… Il y a un côté ludique pour le spectateur, mais je trouve dommage que l’on contrôle à ce point là notre image …. Le selfie argentique était quelque chose de plus intéressant, de plus aléatoire et mystérieux. L’action de la prise de vue était la même sauf que l’on ne se voyait pas dans l’écran, évidemment, et que l’on devait bien s’arrêter à un moment donné pour ne pas gaspiller trop de film et se “contenter” (ou pas) du portrait que l’on obtenait une fois les images développées Je suis persuadée que l’on était peut-être plus authentiques.

 

En vacances, vous prenez des photos?

Oui, même si je tarde à en faire des albums…

 

Votre image du bonheur?

Elle pourrait être celle d’un arbre photographié d’en-dessous, entre deux siestes.

 

La dernière exposition qui vous ait transportée?

Celle de Mario Macilau «The price of Cement», vue au festival de Lodz en Pologne: des portraits de jeunes garçons chercheurs de ciment. La poussière se dépose sur leur peau et transforme leurs visages. Les photographies sont présentées de façon simple: alignées, toutes imprimées à la même tailles et pourtant devant chaque portait, on vit quelque chose. Une sensation de malaise est ressentie… Ces images m’ont glacé le sang.

 

Votre modèle de photographe?

De nouveau il y en a beaucoup, mais si je devais n’en citer qu’un je dirais André Cepeda, un photographe portugais qui vient de Lisbonne et que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises lors de workshops à l’Ecole de photographie de Vevey. Il a une approche très sensible des gens et des lieux qu’il photographie, ses images sont intenses. En parallèle de son travail personnel, il a un studio avec sa femme dans le cadre duquel ils répondent à des commandes. J’apprécie quand quelqu’un nous montre qu’il est possible d’avoir une vie de photographe lucrative parce qu’il faut bien manger et payer ses factures tout en gardant une approche poétique dans les travaux personnels.

 

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

Je travaille sur la suite de mon travail de portraits en Roumanie et je commence un nouveau projet au pied des tours du Lignon à Genève. Il s’agit plus précisément d’un quartier d’habitation fait de cabanons en bois qui avaient été construits dans les années 60 pour loger des ouvrier italiens venus construire les tours du Lignon. Ces cabanes auraient dû être détruites et pourtant, elles existent encore et logent toujours des ouvriers.

 

Si vous deviez donner un conseil technique pour réussir une photographie, ce serait?

Tenter de jouer avec ce qui est offert sur place, jouer avec les matières, les ombres et les lumières.

Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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