Mark Henley: “Tous les modèles ont quelque chose de cassé…”

La Conférence du désarmement des Nations Unies est le seul forum permanent qui négocie des traités visant à pacifier le monde. Peu de gens, pourtant, semblent s’y intéresser. Hormis Mark Henley, photographe de l’agence Panos, amateur de sujets a priori peu glamour. Il suit les discussions depuis plusieurs années et documente ce qu’il faut bien appeler un échec; la conférence n’a même plus de programme de travail. La série sera projetée durant la Nuit des images au Musée de l’Elysée. En attendant, Mark Henley se prête au jeu de l’interview Diaporama.

 

La première image?

Les joues roses dans un landau, un jour d’hiver, avec mon père au-dessus de moi. Une trouvaille récente…

 

La dernière?


Pas avant longtemps j’espère…

 

Celle que vous auriez adoré prendre?


Celle que j’ai loupée en étant en plein dedans fut probablement la première grosse émeute post-Tiananmen en 1992 à Shenzhen. Un symbole majeur des temps à venir. J’avais tout: l’action, les gaz lacrymogènes, les canons à eau, les citoyens indignés, l’exclusivité et une histoire qui allait devenir globale, juste pas d’appareil-photo.

 

Celle que vous auriez détesté prendre?


Au-delà des horreurs évidentes, ce sont toutes ces images qui essaient de nous vendre quelque chose – que le fast-food est bon pour les enfants, que les étoiles sont vraiment aussi minces que Photoshop le permet -, toutes ces images qui encouragent l’angoisse , la frustration, l’envie, l’obésité, l’insécurité et tous ces autres plaisirs de la vie quotidienne.

 

Argentique ou numérique?


Numérique après avoir passé des années à photographier avec un film.

 

Couleur ou noir et blanc?


J’ai commencé en noir et blanc puis switché à la couleur dans l’unique but d’être distribué. Je retournais rarement au noir et blanc, jusqu’à ce que je commence à photographier les banquiers suisses pour qui c’était une évidence. Aujourd’hui, cela dépend des sujets.

 

Que pensez-vous des selfies?


C’est une signe que certaine des valeurs culturelles asiatiques se sont propagées dans le monde – c’est un peu d’orientalisation. Cela dit, le selfie est juste un mélange entre l’autoportrait et le fait de se regarder dans un miroir – et qui n’a pas fait de photo de groupe dans un Photomaton…

 

En vacances, vous prenez des photos?


Oui beaucoup, mais je ne prends pas d’appareil professionnel avec moi, juste mon téléphone. Ce sont des images personnelles, dont je ferai peut-être un petit livre.

 

Votre image du bonheur?

Sans doute certaines de ce livre.

 

La dernière exposition qui vous ait transportée?

William Klein + Daido Moriyama à la Tate Modern, à Londres, en 2012. Elle a changé ma manière de travailler et de penser mon travail.

 

Votre modèle de photographe?


Je ne suis pas sûr d’en avoir un, tous les modèles ont quelque chose de cassé…

 

Sur quoi travaillez-vous actuellement?

Sur l’éditing final de mon travail sur la Conférence du désarmement des Nations Unies et sur la version multimédia pour la Nuit des Images au Musée de l’Elysée. Je photographie également les centres de demandeurs d’asile à Genève.

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Caroline Stevan

Journaliste spécialisée dans la photographie

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