Artefacts à la galerie C

La galerie C à Neuchâtel accueille l’exposition de photographie Artefacts jusqu’au 30 mai. J’ai eu la chance de pouvoir en concocter le contenu et tiens à en dire quelques mots. Pas besoin d’aller plus loin que Wikipedia pour se remémorer le sens originel d’artefact: “un phénomène créé de toutes pièces par les conditions expérimentales.” Les oeuvres choisies pour l’exposition ont toutes cela en commun: le temps a permis l’apparition de mirages sur la surface sensible photographique.

titarenko
Alexei Titarenko

On commence avec le patriarche de l’expo, le russe émigré aux Etats-Unis, Alexei Titarenko. Il a photographié des  foules, pendant l’effondrement de l’URSS, à Saint-Pétersburg, qui passaient leur temps à faire la queue, à attendre, ici l’ouverture d’un magasin, là un hypothétique transport. Les hommes y apparaissent comme des errants. Les tirages gélatino-argentiques du photographe, fait avec un très grand maîtrise, donnent une épaisseur supplémentaire à cette série intitulée La ville des ombres.

 

Cyril Porchet
Cyril Porchet

On continue avec les foules, celles de Cyril Porchet. On y découvre comme une rythmique de la masse, un travail d’esthète qui renvoie plus volontiers à l’expressionnisme abstrait qu’à l’histoire. Même si l’idée du rassemblement clanique ou folklorique renvoie à des pratiques sociales en voie de disparition.

 

Benoit Vollmer
Benoit Vollmer

Benoit Vollmer a décidé de photographier le vent. Geste impossible qui est à l’origine à une série très picturale et sensible. Ses photographies sont pure contemplation. Elles mettent en lumière l’épaisseur du temps et sa manière irrémédiable de tout transformer.

 

Nicolas Savary
Nicolas Savary

Nicolas Savary traque, lui, les signes de la consommation et de son spectacle. Il photographie des voitures avec une camera obscura artisanale et défigure ces objets sacrés par le marché. Sculptures, soucoupes, on y projette tout sauf des bagnoles. Crazy Cars, c’est l’histoire de véhicules qui “implosent”, dit le photographe, “comme absorbées par eux-mêmes”.

 

Eduardo Serafim
Eduardo Serafim

C’est désormais de la nuit qu’il s’agit, de nuits toutes entières, révélées par des photographies d’Eduardo Serafim qui donnent à voir un lit, transformé par le mouvement des dormeurs ou par leurs ébats, nous n’en saurons rien. Inquiétude et paix en surgissent et donnent à fantasmer sur tous les rêves disparus, les rencontres passées, sur ces moments d’abandon que nous ne pouvons garder.

 

Matthieu Gafsou
Matthieu Gafsou

Toujours la nuit, avec mon projet sur les ciels et la façon dont nous les avons colonisés, structurés par la présence des avions. Métaphores de la rationalité confrontée à l’infini, prologue d’un projet en cours sur la science et les fantasmes qu’elle induit.

Si vous n’avez pas la chance de pouvoir vous déplacer à Neuchâtel, quelques vues d’exposition sauront peut-être apaiser votre amertume.

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Matthieu Gafsou

Photographe basé à Lausanne. www.gafsou.ch

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