L’autoportrait vaniteux de Cyril Vandenbeusch

Cyril Vandenbeusch est un drôle de garçon. Artiste, photographe, cuisinier performeur et un brin poète. Amoureux des vieilles techniques photographiques, il vient de se lancer dans un autoportrait grandeur nature au cyanotype. Le projet est gonflé, car le modèle a posé suspendu par les pieds, durant de longues minutes et à plusieurs reprises. On n’entre pas impunément dans le 19è siècle!

En attendant le vernissage de son “Autoportrait vaniteux” – ce soir à la Halle Nord si tout va bien, il raconte les étapes du processus sur le blog du Temps.

 

Tout est dans le titre! Un autoportrait à l’échelle 1/1, l’artiste pendu par les pieds, à la façon d’un lièvre dans une nature morte, un tirage d’un bleu «de l’au-delà» destiné à traverser le temps et quelques indications qui nous resituent dans ce monde.

L’artiste

Cyril Vandenbeusch

 

Le projet

Depuis la première construction de Caméra Obscura, il y a trois ans, je pense souvent mes projets autour de ce système de prise de vue. Être dans l’appareil photographique, voir l’image projetée et non pas à travers un dépoli est magique et m’ouvre des possibles; agir sur la prise de vue comme lors du tirage à l’agrandisseur, utiliser la surface photosensible pour ajouter une couche de dessin à la manière des peintres de la Renaissance, voir la photographie directement à la taille finale et donc choisir le format de mes plaques en fonction. Et lorsqu’elle est disposée en extérieur, avoir une image renversée presque cinématographique, grouillante de détails en mouvements dont on sélectionne la mise au point en déplaçant une feuille blanche.

La première série d’images que j’ai réalisée avec la Caméra Obscura est une collection de portraits, des «Portraits de produits», destinés principalement à ma cuisine. Les photographies, ont été réalisées avec la technique du collodion humide, à l’échelle 1/1, le sujet étant de même taille sur la photo qu’en réalité. Sur les plaques de verre, le négatif avec ce procédé est aussi positif, l’argent devenant métallisé à la révélation et non pas noir comme dans la plupart des méthodes traditionnelles.

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Pour clore cette série, je décide de pendre l’artiste, le cuisinier et le photographe par les pieds, avec le même dispositif que les produits de consommation qui l’on précédé.

 

Préparatifs

Construire un appareil photo permettant de réaliser une image de ma taille demande une certaine préparation (surtout qu’ayant bien mangé ma soupe étant petit, j’ai poussé en longueur).

L’espace: un couloir sans fenêtre fait bien l’affaire, l’objectif se place au milieu dans le cadre d’une porte. Une longueur totale de 9 mètres.
La construction métallique: un support pour les plaques sensibles basculant de 2,50 mètres, une platine ayant une bascule horizontale pour l’objectif que l’on me prête le temps d’une soirée (il faut le penser solide, la bête fait tout de même près de 11 kg) et l’adaptation de ma colonne «maison», une pointelle de chantier et deux morceaux d’IPN.

La mayonnaise sensible: la préparation d’une émulsion étant assez proche d’une recette de cuisine, je ne suis pas trop perdu! C’est un mélange équilibré de différents ingrédients qui en variant produisent telle ou telle qualité; la quantité d’argent donnera la densité, la vitesse de précipitation le contraste, les cuissons la rapidité et quelques inconnues feront varier tous les paramètres! Pour ce projet, j’aimerais donc: une vitesse rapide pour ne pas rester immobile trop longtemps pendu par les pieds (à l’endroit ce n’est déjà pas évident de rester stable 5-10 secondes), un écart de densité maximum de 2.2 afin que le négatif soit optimisé pour le tirage cyanotype, une chimie stable et sans voile pour ne pas avoir à trop bricoler mes négatifs.

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Recette de crêpes photosensibles à la façon XIXe:

Dans un becher mettre un fond d’eau distillée, une cuillère de bromure, un soupçon d’iodure et quelques pincées de gélatine, mélanger à chaud jusqu’à la complète dissolution des ingrédients.

Passer en lumière rouge.

Faire couler, en agitant vivement, un petit filet de nitrate d’argent dilué dans de l’eau (toujours déminéralisée/distillée, l’eau du réseau contenant trop de produits nuisibles à cette préparation).

Cuire une heure doucement puis mettre au frigo.

Le lendemain, c’est toujours meilleur; comme un ragoût, broyer la masse en fines nouilles et la laver à plusieurs eaux bien fraîches.
Recuire la préparation. Goûter régulièrement, heu non! Tester régulièrement jusqu’à l’apparition du voile.

Finir l’assaisonnement en fonction de vos besoins (antivoile, anti-mousse, fluidité, etc.)

J’adore l’odeur de l’émulsion à ce moment précis, elle est «enveloppante».

Et après un couchage sur les plaques qui doit être le plus uniforme possible, sécher dans une armoire ventilée, étanche à la lumière…

Vous pouvez trouvez la fiche technique précise à cette adresse.

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Cyril Vandenbeusch

Photographe. Artiste.

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