Et s’il y avait une crèche dans la forêt ? Et écologique en plus ?

Et s’il y avait une crèche dans la forêt ? Et écologique en plus ?

J’ai grandi dans une petite ville, en République tchèque, souvent au contact de la nature. Passant les après-midis après l’école dans une forêt près d’un ruisseau ou dans les champs en compagnie de mes ami-e-s, je restais la plus grande partie de mon temps dans la nature.

Ayant ensuite travaillé plusieurs étés comme monitrice de colonies de vacances, alors adolescente, j’ai vite réalisé l’effet très positif de la nature sur le développement des enfants, tant au niveau corporel que pour l’esprit. Un enfant citadin passe la plupart de son temps à confiné l’intérieur. Par ailleurs, il est privé de la nature qui offre un espace infini de découvertes et d’épanouissement. Les expériences dans la nature sont indispensables pour un développement sain et ceci, dès le plus jeune âge.

Par la suite, j’ai eu l’occasion de travailler dans plusieurs institutions scolaires et préscolaires en République tchèque, aux États-Unis, en France et en Suisse. Ces différentes expériences professionnelles m’ont renforcée dans mes convictions : tout enfant tire d’immenses bénéfices à passer des moments dans la nature. C’est indispensable !

Un jour vint où en échangeant avec une amie tchèque j’appris les merveilles qu’elle vivait dans une crèche en forêt, à Prague : un lieu où les enfants avaient non seulement le droit d’avoir de la boue sur leurs vêtements, mais ils y étaient « encouragés » afin d’explorer la nature profondément. Alors qu’un bon équipement imperméable et chaud les protégeait, ils passaient leurs journées en plein air sans se soucier de la pluie ou du froid.

Travailler en plein air toute l’année et dans la nature en plus ? Mon rêve ! Du rêve à la concrétisation d’un projet, il n’y avait plus qu’un pas : je le franchis en janvier 2012 avec l’idée de créer une Éco-crèche en forêt dans le canton de Genève.

Il faut commencer par rêver ! Ensuite, tout va tout seul…

La première Éco-crèche en forêt, nommée La Bicyclette, a vu le jour à la rentrée 2015. Dès la rentrée 2017, je ne fais plus partie de ce projet… Hélas, la crèche a depuis changé de philosophie et de direction.

J’ai ensuite fondé une seconde crèche ! Depuis la rentrée 2019, Éco-crèche en forêt existe à Plan-les-Ouates. Elle accueille quotidiennement 12 enfants de 2.5 à 8 ans, encadrés par quatre professionnel-les de l’enfance et d’une bénévole.

C’est quoi exactement, une Éco-crèche en forêt ?

Imaginez des enfants dans la forêt. Les tout-petits, de 2 à 4 ans. Certains commencent à parler, certains portent encore des couches. Ils jouent. Dans le vaste monde des arbres, des oiseaux, des insectes, des plantes, des pives tombées au sol. Ils jouent. C’est tout simple.

C’est une crèche où la nature est la salle de jeux, la salle de psychomotricité, la cuisine, la salle à manger et même le dortoir ! Une crèche où l’enfant est libre de suivre son imagination, ses envies et ses idées. Une crèche où l’adulte reste en retrait, observe l’enfant, le surveille mais n’impose pas ses idées ni son ego. Une crèche où la transition écologique est au centre des préoccupations quotidiennes et où toute personne, l’enfant, le parent, l’éducateur-trice, prend soin de la nature et de soi-même.

Il s’agit d’un lieu de vie ainsi que d’un mode de vie. L’enfant et l’adulte passe leur temps en plein air, immergé dans la nature. En toute saison et par tous les temps !

Comment fait-on alors ?

C’est simple. La crèche a de tout petits besoins en termes d’infrastructure : juste un canapé forestier, des toilettes sèches, un compost et une roulotte en bois pour faire la sieste. L’absence de jouets – les enfants jouent avec ce qu’ils trouvent dans la nature – est bénéfique pour l’environnement et aussi pour le budget de la crèche. Intéressant, non ?

 

Mais ils font quoi les enfants sans les jouets dans la forêt ?

Les enfants jouent. Ils jouent avec des feuilles, des bâtons ou dans la neige. Ils font des balades (accompagnés par les adultes, bien évidemment), écoutent des oiseaux, construisent des cabanes, dansent ou chantent. La connexion avec la nature favorise leur développement : ils sont en bonne santé, ils se dépensent physiquement et ils sont résistants ! Les activités en plein air permettent aux enfants de découvrir la forêt et soutiennent leur créativité.

 

Et s’il fait froid ?

L’hiver, les enfants sont habillés chaudement, avec des vêtements imperméables et ils bougent beaucoup.

 

Et les adultes ?

Le petit groupe d’enfants, de 1 à 20 maximum, est accompagné de 4 à 6 personnes connectées à la nature. Ces dernières sont ouvertes d’esprit et avec une conscience écologique. Le rôle principal de l’adulte à l’Éco-crèche en forêt est d’accompagner l’enfant dans ses jeux et découvertes. L’adulte suit l’enfant dans sa voie mais ne la choisit par pour lui.

Le rôle d’adulte à l’éco-crèche en forêt est de montrer le bon exemple, de vivre en accord avec les principes de la transition écologique, y compris dans la sphère privée, et de s’en intéresser activement. L’adulte est disponible pour l’enfant et il prend soin de lui. Il donne la liberté à l’enfant de créer ses propres jeux et le laisse découvrir la nature à sa guise. Il reste à proximité mais n’intervient pas dans les jeux de l’enfant.

Pour le bon fonctionnement de la crèche, certaines tâches doivent être réalisées régulièrement, notamment la préparation de la collation et du repas de midi, le ramassage et le stockage des brindilles, la découpe du bois de feu, la préparation et la maintenance du feu, le rangement, la cueillette de plantes, le lavage de la vaisselle et du linge, la vidange des toilettes, l’arrosage du jardin potager, etc. Ces tâches sont accomplies par l’adulte et l’enfant a le droit d’y participer s’il en a l’envie. Dans ce cas-là, l’adulte accompagne l’enfant et l’assiste de manière adaptée en fonction de la situation, de son âge et de ses capacités.

 

Et les parents ?

Une des valeurs de la pédagogie éco-crèche en forêt est de faire en sorte que la ligne entre la famille et la crèche soit très fine. Ainsi, les parents sont les bienvenus à la crèche ! Ils peuvent passer une journée avec le groupe, participer aux événements organisés par la crèche, et surtout, ils sont encouragés à assister aux chantiers participatifs. Si l’enfant voit ses parents porter des planches, ramasser du bois, rire, papoter ou manger ensemble avec l’équipe éducative, personne n’a besoin de lui expliquer que « Cette dame est très gentille, il faut lui faire confiance, elle va très bien s’occuper de toi. » Des sorties, des journées de réflexions et des actions participatives font également partie intégrante de l’organisation de l’équipe et de la collaboration avec les parents.

 

Et les activités ?

La liste des activités est bien fournie ! Aussi, je garde ce chapitre pour la prochaine fois.

 

Pour résumer :

les enfants jouent toute la journée dans la nature et la nuit ils dorment bien.

Et pour la suite ? Une Éco-école en forêt pour des enfants de 4 à 10 ans !

www.education-durable.eco

Savez-vous planter les choux ?

                                                              

 

Mais vraiment. SAVEZ-VOUS planter les choux ? La chanson ritournelle répétée en boucle dans les crèches, a-t-elle encore un sens aujourd’hui ? Les tout-petits et même les adultes diplômé-e-s et formé-e-s en HES, savent-ils aujourd’hui comment planter les choux ou d’ailleurs d’autres légumes ? Pas certaine.

Je n’arrête pas d’y penser depuis quelques semaines depuis le jour où j’ai entendu une maman dans le train poser cette question à sa fille d’environs quatre ans. Sais-tu d’où viennent les concombres ? Bah, de la MIGROS ! … Et, de la COOP ! ajouta la petite pour compléter sa réponse. La dame a certes rigolé puis expliqué à sa fille que sa réponse n’était pas tout à fait juste. Mais moi, j’avais presque envie de pleurer. Est-ce vrai ? Les enfants d’aujourd’hui ne savent pas que les légumes poussent dans la terre ? Triste. Triste.

Espérons que cette fille est un cas rare et que la plupart des enfants passent quand même du temps dans les jardins, dans les champs ou visitent des fermes à l’occasion.

Imaginez que chaque crèche et chaque école installe un jardin potager dans sa cour (herbeux). Avec leurs petites mains, les enfants plantent des légumes et des herbes aromatiques, ils en prennent soin et observent les plantes pousser. Ils s’émerveillent de ce miracle ordinaire ! Ils viennent chaque jour avec des arrosoirs et s’amusent aussi à arroser les escargots. Bien sûr, ils ne sont pas toujours « sages » et ils creusent des trous avec des bâtons (parce qu’on cherche des vers de terre, tu sais ?). Les genoux verts, les mains pleines de terre (un peu sur le visage aussi), ils courent dans le jardin et éclatent de rire comme des fous ! C’est aussi l’occasion pour l’adulte de se reconnecter à la terre et de se remémorer sa propre enfance. Ah, ça sent bon, les capucines ! Ou bien « Beurk, ça pue, la ciboulette ! »

Et vous, savez-vous planter les choux ?

“…quels enfants laisserons-nous à la planète ?”

Récemment, une collègue de chorale – enseignante à l’école primaire – a partagé une petite anecdote. L’école où elle travaille a invité une ancienne élève – une dame à la retraite – pour venir partager ses souvenirs d’école avec des enfants de début de scolarité. En arrivant dans la classe, la dame déclare, les larmes aux yeux « Mais, ici, rien n’a changé. Tout est comme quand j’étais petite, même les pupitres. »

Il s’agit d’un fait émouvant et un peu triste à la fois. Effectivement, très peu a changé dans le monde de l’éducation depuis l’époque où cette dame était une enfant. Le monde change à toute vitesse avec l’apparition quasi hebdomadaire de nouvelles technologies. Ainsi le monde court à grands pas.

Mais à l’école ? Les tests. Les examens. Les devoirs. Peu a changé.

Mais si on veut changer le monde, il faut commencer par les enfants ! Le philosophe Pierre Rabhi s’est posé cette question il y a un certain temps déjà : « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants, mais aussi quels enfants laisserons-nous à la planète ? »

Je profite de cette plateforme pour lancer une réflexion et un débat sur la question de l’éducation et peut-être trouver ainsi la réponse à la question de Pierre Rabhi.

Sur ce blog, j’aurai le plaisir d’aborder des sujets tels que la nature, la liberté et la transition écologique à l’école et à la crèche ou l’alimentation saine dans le milieu scolaire. Au gré de différents articles j’aborderai aussi des thématiques moins connues comme l’unschooling, l’école à la maison et la pédagogie par la nature. Je vous ferai également découvrir différentes pédagogies, notamment celles de Montessori, de Freinet, de Loczy, de Steiner et d’autres encore.

Ensemble, nous pourrons explorer des questions telles que :

  • Quel est le rôle de l’adulte dans l’éducation des enfants ?
  • L’enfant, pourrait-il apprendre sans école ?
  • Les devoirs, quel intérêt ?
  • La démocratie à l’école, est-ce possible ?
  • Quel rôle pour la punition et la récompense à l’école ?
  • Pourquoi n’enseigne-t-on pas le jardinage à l’école, 5 jours par semaine ?

Vous pouvez également vous réjouir de trouver sur ce blog des critiques littéraires à propos de livres sur l’éducation ainsi que des conseils de lectures et de films à voir.

Je compte sur vous pour me faire des commentaires, des suggestions et me poser des questions. L’éducation, c’est l’affaire de tous.