La fin d’Erasmus au Royaume-Uni: régression déplorable, décision critiquable

A l’heure où chacun s’accorde (à juste titre) à saluer l’extraordinaire exploit des chercheurs du monde entier pour le vaccin anti COVID dans une intense collaboration historique, Monsieur Boris Johnson et son gouvernement trouvent Erasmus «trop cher» et décident brutalement fin décembre que le Royaume-Uni cesse d’y participer! Comme «cadeau de Noël» pour beaucoup de jeunes européens, auxquels il avait pourtant dit de ne pas s’inquiéter à ce propos quelque temps auparavant, c’est un cadeau empoisonné.

Un lâchage de première classe

J’avoue être plus que consternée par ce revirement, et ce d’autant plus que la Suisse, qui fut sortie du programme Erasmus +, consécutivement aux votations du 9 février 2014 (voir à ce sujet l’infographie suisse ci dessous*) souhaite actuellement fortement pouvoir revenir dans le futur programme Erasmus 2021, car elle en mesure l’importance.

C’est donc à mon sens une décision britannique lourde de conséquences. B. Johnson se contente d’annoncer un très hypothétique et vague système de remplacement, plus «britannique». Sans donner ni dates ni aucune autre information, et laissant ainsi en rade des milliers de jeunes européens qui n’auront pas les moyens financiers d’aller ailleurs étudier en anglais sans sortir d’Europe. Pour certains, les futurs enseignants d’anglais notamment, mais aussi pour tous ceux qui n’ont pas l’argent pour une alternative (ce qui est la grande majorité des jeunes étudiants !), c’est la fin sans recours de cette possibilité en Grande-Bretagne.

Un programme innovant et formidablement humaniste

En 1987, en le baptisant Programme Erasmus, en hommage au célèbre humaniste de la Renaissance, Erasme, l’Europe s’ouvrait à la mobilité dans ce qu’elle a de plus prometteur: les échanges de savoirs et de connaissances pour l’enrichissement mutuel des nations européennes.

Ce but était noble et enthousiasmant (il l’est toujours) car il offrait à des milliers de jeunes venus de 11 pays (au début) de se rencontrer, d’apprendre d’autres modes de vie, de découvrir d’autres cultures, et bien sûr, et surtout, d’étudier ensemble dans des universités diverses et dans d’autres langues que la leur.

En 2017, on fêtait ses 30 ans, et on répertoriait déjà plus de 5 millions (!) de jeunes étudiants bénéficiaires dans 33 pays. (= le Programme Erasmus +)

Un instrument pour la paix

 Connaître mieux l’Autre et sa culture, s’ouvrir à d’autres perceptions, d’autres mœurs, d’autres cuisines, et d’autres savoirs et compétences, est un gage de progrès en matière de lutte contre les préjugés et contre les discriminations fondées sur l’ignorance. Plus que jamais nous en avons besoin.

Il ne faut pas en sous-estimer les effets bénéfiques sur le moyen et le long terme. Au cours de leurs séjours, les étudiants (secondaires et secondaires supérieurs) ont ainsi la chance si précieuse de sortir de leur environnement pour apprendre et pour établir des connexions constructives.

Ce faisant, ils se constituent un réseau, personnel et professionnel, qui n’a rien de virtuel et qui leur reste pour toute leur existence. C’est donc une des bases fondatrices des futures collaborations dont nous profitons tous.

Un gage de qualité pour les universités européennes

Erasmus a aussi coïncidé ensuite avec les accords de Bologne qui ont été signés en 1999, et qui ont harmonisé les systèmes d’enseignements supérieurs européens pour 29 pays.

Cela a initié également les équivalences de diplômes et  les certifications ISO destinées à promouvoir la qualité des formations et de la recherche européennes.

Le programme Erasmus offre aussi aux chercheurs et aux professeurs une mobilité inter-universités et Hautes Ecoles inestimable pour les avancées intellectuelles et scientifiques.

Un investissement qui rapporte gros!

Au CERN on a un impressionnant accélérateur à particules, or Erasmus est, n’en doutons pas, lui aussi un puissant accélérateur de collaborations et un incubateur de synergies intellectuelles, pratiques, techniques et trans-disciplinaires.

C’est, si l’on veut se placer sur le seul terrain financier si cher au gouvernement de B. Johnson, un investissement certes, mais qui peut rapporter gros. Et bien plus que la mise initiale!

Un système à défendre!

 En conclusion, cette nouvelle qui s’est un peu noyée au milieu de toutes les autres en décembre et qui pouvait paraître sectorielle, voire anodine, ne l’est pas du tout. Elle nous concerne collectivement.

Erasmus + doit être défendu, c’est l’une des plus belles réalisations européennes!

En oeuvrant pour pouvoir y revenir en 2021, la Suisse a bien compris l’enjeu d’avenir que cela représente pour elle.

Hélas, le gouvernement britannique actuel quant à lui, a la vue très très courte! And is very old fashioned, indeed….

Je garde les Pieds sur Terre et là, je donne un grand coup de pied de protestation à l’égard de cette décision si malvenue.

 

*Pour information sur Erasmus et la Suisse : www.erasmus-ch.ch/fr/era

 

 

 

 

Véronique Dreyfuss-Pagano

Véronique Dreyfuss-Pagano

Spécialisée dans les domaines de communication inter-humaine, de proxémie et de développement durable, Véronique Dreyfuss Pagano est professeur de géographie et de littérature. Mettre la pensée systémique au service de la résolution de problèmes complexes dans les sciences humaines est l'une de ses activités.

7 réponses à “La fin d’Erasmus au Royaume-Uni: régression déplorable, décision critiquable

  1. De mon expérience.
    C’est au mieux un séjour linguistique sans encadrement sérieux, mais plus généralement un entre soi… les étudiants erasmus restent entre eux, s’assimilent très peu et n’ont pas de bons résultats académiques…

    Et je ne connais aucune étude qui mettrait en avant un quelconque intérêt pour les universités d’accueil de ce programme. Et, franchement, qui a remarqué que la Suisse n’en faisait plus partie ?

    C’est un truc idéologique mais qui n’a jamais fait ses preuves… Si seulement ce programme était au moins couplé avec de vrais objectifs et des tests linguistiques sérieux à la fin…

    Une bonne idée à la base, mais sans mise en oeuvre sérieuse. Tout repose sur des engagements individuels. Un programme insatisfaisant donc…

    Un peu comme tous ces étudiants diplômés d’harvard (llm) et qui ne savent pas écrire un texte en anglais…

    1. Pour répondre à vos objections, je dirais que les retours que j’ai personnellement reçus des étudiants et ce que j’en ai constaté à mon niveau est moins pessimiste que ce que vous décrivez.

      Pour en témoigner, le fait que ces étudiants, une fois de retour dans leurs universités ou Hautes Ecoles après Erasmus (ou son équivalent relatif depuis la votation de 2014) , finissent effectivement leurs études et obtiennent généralement leurs diplômes. Si ces échanges étaient si calamiteux que vous les décrivez, ils décrocheraient en cours de route et peineraient à aboutir aux certifications de retour dans leur pays.

      Oui, il arrive qu’ils restent entre eux au début, mais être entre soi si l’on vient de plusieurs pays, c’est déjà sortir de son environnement habituel! Et généralement ils s’enhardissent et se mêlent tout de même assez vite aux étudiants autochtones, eux-mêmes très intéressés à ces contacts. Il existe toutes sortes d’organisations étudiantes pour les étudiants Erasmus, qui les aident précisément à s’intégrer. Elles leur permettent aussi de voyager à moindre coûts dans leur nouveau pays d’accueil, et d’en découvrir la culture et les villes.

      Contrairement à ce que vous semblez dire, la grande majorité des séjours d’études Erasmus (ou équivalent suisse) sont actuellement couplés avec des examens de langue du pays d’accueil pour être validés au retour. De plus, les examens passés durant l’échange sont effectués soit dans la langue dudit pays, soit en anglais, ou les deux. Il n’y a aucune indulgence particulière attribuée aux étudiants Erasmus. Ils sont donc obligés de travailler non seulement leurs matières mais aussi la langue concernée par les examens ou les cours. Ils en reviennent meilleurs en anglais et en langue autochtone du pays d’accueil.

      Enfin, c’est tout sauf un “truc idéologique”, c’est une construction européenne concertée entre les divers acteurs de la recherche, des rectorats universitaires, dont les plus prestigieux, des Hautes Ecoles et des équivalences de certifications. Et même s’il s’agissait d’un “gadget idéologique”, ce que, je vous rassure ce n’est pas du tout, je défendrais pour ma part davantage l’idéologie de l’ouverture et de l’échange des savoirs que celle de l’enfermement sur soi …

      Enfin, si vous n’avez pas remarqué la différence pour la Suisse entre avant et après la votation de 2014
      (et la sortie des programmes Erasmus) c’est peut-être parce qu’il vous aura échappé que, pour pallier ce manque, la Suisse a établi un système de financement d’échanges qui maintienne tout de même la possibilité pour les étudiants d’aller passer un semestre ou deux à l’étranger et de pouvoir le faire valider à leur retour. Cela cependant n’a hélas pas permis de sauvegarder de très importants programmes de recherches universitaires, qui sont pourtant essentiels pour la prospérité et la qualité reconnue des recherches helvétiques.

      Et pour terminer, comme vous le savez, les études universitaires fonctionnent sur le principe de la liberté académique , elle-même fondée sur la responsabilité des étudiants. Donc que ce soit dans leur cursus dans leur pays d’origine ou dans leurs semestres à l’étranger, tout repose effectivement sur leur engagement individuel: ce sont des adultes pour la plupart et s’ils échouent leurs examens Erasmus, ils auraient sûrement aussi négligé leurs études chez eux …Donc cela ne change rien à cet égard.

      Merci pour votre commentaire!

  2. Bonjour,

    J’ai lu avec intérêt votre article et je souscris totalement à votre point de vue. Il est à noter d’ailleurs que c’est l’un des griefs les plus saillants de la 1ere ministre écossaise à l’encontre de son homologue anglais.
    A vérifier : il semblerait que l’Irlande du Nord ait réussi à maintenir le lien Erasmus en délivrant des budgets : “Le ministre irlandais de l’Education supérieure Simon Harris a assuré vouloir “continuer à donner accès aux opportunités européennes aux jeunes d’Irlande du Nord”. Boris Johnson aurait finalement fière allure si Pays de Galles, Ecosse et Irlande du Nord bravaient sa décision unilatérale. Je n’ai pas retrouvé ce que prévoyait le deal défendu par Theresa May à ce sujet, mais de manière générale son accord décrié par BoJo, était largement plus équilibré et avantageux pour le Royaume-Uni, mais cela apparemment peu ou pas de journalistes le mentionnent. Ravi de penser que la Suisse reviendrait dans le programme. Eric

    1. Merci pour vos ajouts et votre commentaire!
      Vous revenez à juste titre sur l’aspect financier: on dit traditionnellement que l’argent est le nerf de la guerre. Je préfère, comme vous et comme certains pays, penser qu’il peut être, avant cette triste extrémité, le nerf puissant de la paix .
      Or l’accès à l’instruction de haute qualité est la pierre fondatrice de tout système démocratique et pour plus de prospérité pour le plus grand nombre. Il semblerait que l’Irlande en soit bien consciente, pour des raisons historiques évidentes .
      Pour le retour de la Suisse, comme vous, j’espère ! 🙂

  3. L’Union Européenne n’a pas eu honte de servir d’Erasmus pour punir le peuple suisse d’avoir mal voté le 9 février 2014.

    La décision de bannir la Suisse d’Erasmus faisait éclater en pleine lumière le fait que l’Union Européenne est un maître chanteur qui prétend mettre au pas le continent par la méthode du bâton et de la carotte. Cette attitude a également déconsidéré l’organisation Erasmus elle-même, qui apparaît ainsi comme un instrument de domination impériale contre la liberté des peuples.

    Il faudrait peut-être se poser la question de la raison d’être même de l’idée Erasmus. J’avais cru que nous faisions tous partie d’une aire de civilisation européenne, et que le célèbre humaniste de la Renaissance Erasme était la meilleure personification de cet esprit européen, dont font par nature partie TOUS les peuples européens, que leurs gouvernements appartiennent ou non à l’organisation appelée Union Européenne. Vu comme ça c’est une grande idée. C’est l’idée de favoriser la circulation des étudiants dans un espace européen et ainsi de célébrer une culture commune. Cela signifie que tout peuple européen, tout état européen, membre ou non de l’UE doit se voir reconnaître le droit inconditionnel de participer à ce programme d’échanges. Vu ainsi l’esprit Erasmus reflèterait une conception large et généreuse de l’Europe.

    Mais si c’est cela la conception, alors on dégrade l’idéal d’Erasmus en prenant la décision d’exclure un peuple européen particulier du système d’échange Erasmus pour le punir d’avoir voté d’une manière qui contrarie les autorités de l’Union Européenne, alors même que ce peuple et cet état, la Suisse, ne font pas partie de l’organisation politique Union Européenne. Erasmus n’est ainsi, plus un lien culturel d’échanges au sein d’une civilisation commune , cela devient un instrument au service d’une politique sectaire menée avec mesquinerie et visant à la domination.

    Ne croyez vous pas que Boris Johnson, en décidant unilatéralement de sortir son pays d’Erasmus a voulu tirer les conclusions qui s’imposent de la décision mesquine et sectaire de l’UE excluant la Suisse d’Erasmus ? Il se sera dit: ces potentats utilisent cette organisation pour faire du chantage politique. Ils l’ont prouvé par leur attitude envers la Suisse. Nous ne voulons pas subir ce genre de chantage, donc nous prenons les devants. Nous sortons d’Erasmus.

    A mon avis il est très évident que c’est ça la motivation de la décision britannique, et la faute en incombe non aux Anglais, mais bien aux petits tyrans et maîtres chanteurs de Bruxelles et à leur manière mesquine d’en user avec la Suisse.

  4. J’ai lu attentivement votre commentaire, dont je vous remercie mais auquel je ne souscris pas. Voici pourquoi:

    Vous évoquez une “punition” infligée à la Suisse pour “avoir mal voté” en 2014.
    On peut plutôt expliquer les choses très simplement: quelle que soit la situation, lorsque des partenaires concluent un accord qui les lient dans un contrat, ils en acceptent conjointement les termes et les conditions pour pouvoir en jouir pleinement. Lorsque l’un des partenaires dénonce unilatéralement tout ou partie des conditions de base qui définissait ledit contrat, il rompt l’accord et ne peut donc raisonnablement pas prétendre continuer à en bénéficier comme jusqu’alors. C’est ce qui a eu lieu en 2014 lorsque le peuple suisse a voté.
    Rien de spécial ici .

    Par ailleurs, laissez-moi rappeler qu’Erasmus est un programme de l’Union européenne en non pas de l’Europe en tant qu’entité géographique. Et que la Suisse n’a pas souhaité appartenir à l’Union européenne. Si elle avait réussi à obtenir une participation au programme Erasmus pour ses étudiants, c’est à la suite d’intenses négociations bi-latérales que la votation de 2014 a modifiées ( le contrat passé devenait donc caduc). A nouveau, tout cela était connu et parfaitement prévisible.

    Vous évoquez ensuite les pensées de Boris Johnson (“il se sera dit …” écrivez-vous): or vous en conviendrez, nous ne sommes pas dans sa tête et pour ma part, je m’en tiens à ses seules déclarations officielles . Je n’entrerais pas dans des spéculations de motifs pour le moins douteuses où le cas suisse aurait joué le moindre rôle.

    Enfin vous parlez d’une” punition pour avoir mal voté” : je ne pense pas l’Union européenne se soucie à ce point de nous. Restons modestes…
    Vous parlez aussi d’une tentative de “domination impériale” (sic) : je rappelle que l’Union européenne n’est pas un empire.
    Quant à la volonté de “privation de liberté des peuples” ou de désirs de” potentats”et autres “tyrans” , il me paraît tout à fait hors de propos d’utiliser des termes aussi forts dans le cas qui nous occupe.

    J’espère vous avoir un peu rassuré .

  5. Merci pour cette réponse circonstanciée, mais elle reprend tous les éléments de langage et poncifs les plus éculés et pénibles, qui masquent le caractère dominateur et les chantages insupportables de l’Union Européenne.

    Vous ne ferez croire à personne que l’Union Européenne n’a pas voulu punir la Suisse pour avoir mal voté le 9 février 2014. C’est une attitude odieuse de représailles pour ce qui n’était qu’un usage par le peuple suisse de son droit absolu de se prononcer librement sur une question qui ressortit à sa souveraineté la plus stricte, c’est à dire la gestion de l’immigration.

    L’argument des règles du club est aussi totalement éculé et ne tient pas l’eau. Que je sache c’est le peuple et les cantons, non les diplomates, qui décident d’adhérer ou non à une organisation supranationale comme l’UE qui implique un abandon de souveraineté quasi total des pays membres. En effet à partir du moment qu’on n’est plus majoritaire dans la prise des décisons que l’on doit subir par la suite et à plus forte raison si on est tenu de reprendre les évolutions de la législation européenne même si on a voté contre lors des délibérations préalables à leur adoption, c’est qu’on a perdu totalement sa souveraineté. Inutile de nous mentir là dessus comme le font nos autorités depuis 30 ans.

    Nos diplomates ont pu mentir en tentant de faire croire à Bruxelles qu’à la fin on forcerait la main au peuple suisse pour qu’il accepte de se suicider en abdiquant sa souveraineté. Bruxelles ne l’a jamais cru, ils ne sont pas si bêtes, mais ils ont fait semblant de croire, hypocritement, en se servant de cette fausse naïveté pour jouer la comédie de ceux qui disent: ”vous nous avez demandé des faveurs, vous étiez donc demandeurs. Nous vous avons accordé des faveurs, donc vous êtes devenus membres d’un club. Par comnséquent vous avez maintenant des obligatioins envers nous. Ce sont les obligations des membres du club, comme dans tous les club”.

    Cette dialectique du mensonge et de l’hypocrisie, ce faux jeu de dupes, et cette comédie jouée au peuple suisse est insupportable et doit cesser.

    Il est possible que, désireux d’encourager et récompenser la servilité des représentants de la Suisse, qui bradaient éhontément, sans mandat, la souveraineté de leur pays, les autorités européennes aient été accomodantes envers la Suisse, l’intégrant par exemple dans Erasmus, alors que c’est en principe un programme de l’UE.

    Nos diplomates et des conseillers fédéraux comme Delamuraz, Felber, Cotti, Calmy- Rey, Burkhalter, etc., ont entretenu des faux semblants malhonnêtes, d’une part par désir secret d’appartenir effectivement au “club” dont les patriotes ne veulent pas, et en se disant qu’ainsi la Suisse obtenait certains petits avantages accessoires, et que c’était bon à prendre.

    Oui, mais jamais cela n’a créé la moindre obligation quelconque dans le chef du souverain, qui est, je le répète, constitué du peuple et des cantons, d’avoir à respecter de quelconques règles d’un club auquel nous n’appartenons pas et ne voulons pas appartenir.

    En particulier, jamais la Confédération Suisse n’a pris l’engagement, en contrepartie de la possibilité donnée à nos étudiants de participer au programme Erasmus, d’abdiquer son droit de maîtriser l’immigration. La Suisse a, il est vrai, accepté l’Accord de Libre Circulation des Personnes, mais il s’agit là d’un accord résiliable. ”Les états sont maîtres des traités”, dit l’adage fondamental du droit international public.

    Le discours que vous développez dans votre article est donc un discours de propagande, dans le même goût que toute cette propagande doucereuse de menace voilées que l’on nous sert depuis 30 ans, avec la complaisance coupable de nos autorités qui bradent nos droits et nos libertés. Je le rejette et j’encourage mes concitoyen(ne)s à le rejeter car il s’agit d’un discours mal intentionné qui vise à nous faire renoncer à notre indépendance et à tout l’acquis de notre histoire.

    La seule chose que je veuille bien vous concéder c’est qu’on ne peut pas se mettre dans la tête de Boris Johnson pour connaître ses motivations profondes. Admettons que Boris Johnson n’avait pas été principalement motivé par le précédent du traitement écoeurant réservé à la Suisse par diverses brimades punitives destinées à tenter de la mettre au pas par la politique du bâton et de la carotte (il n’y a pas qu’Erasmus, il y a aussi l’équivalence boursière et beaucoup d’autres choses, toujours des menaces, des chantages, des punitions, des rétorsions, pour tenter d’extorquer un consentement, une soumission, une domination). Mais il est tout de même probable qu’il aura eu à l’esprit la situation de la Suisse. Et de toute façon, en tant que Britannique il a eu abondamment l’occasion depuis des décades de faire l’expérience de ces mêmes méthodes hypocrites, punitives, dont se sert abusivement l’UE depuis des décades envers les états pour les contraindre à l’obéissance. Par conséquent il savait que s’il restait dans Erasmus, tôt ou tard l’UE aurait prétendu que cela donnait des obligations au Royaume Uni et l’UE aurait émis des prétentions abusives, comme toujours. Désireux de ne pas donner bêtement ce moyen de chantage à l’UE , Boris Johnson a préféré prendre les devants et claquer la porte d’Erasmus. Connaissant les méthodes abusives et hypocrites de l’UE on ne peut que lui donner entièrement raison.

    C’est dommage évidemment, du point de vue de cette belle idée d’Erasmus qui visait à donner aux jeunes le goût de notre commune culture européenne, que leur pays fasse ou non partie de l’UE. Mais vous devriez pas incriminer Boris Johnson, qui n’a fait que défendre la dignité de son pays. Vous devriez incriminer la mesquinerie et l’esprit punitif, rancunier, de l’UE.

    En effet, cet esprit négatif est une des principales causes du désaveu de l’intégration européenne dans les opinions publiques.

    Voyez-vous, du moment que cette UE existe, elle a le choix entre deux attitudes:

    Soit une attitude ouverte et amicale envers les non membres, qui pourrait les inciter à la rejoindre, et qui pourrait inciter ceux qui sont déjà membres à ne pas avoir envie de la quitter. Cette attitude consisterait à faire bénéficier au maximum les pays tiers qui sont des partenaires économiques, comme la Suisse et maintenant le Royaume Uni, du maximum d’avantages qu’apporte le marché intérieur européen, sans associer cela à des chantages politiques. Cette attitude serait gagnant gagnant. Elle contribuerait à augmenter la prospérité commune et donc à rendre le projet européen attractif. Elle serait dans l’intérêt des peuples, tant ceux qui sont déjà dans l’UE que ceux qui n’y sont pas et qui ainsi pourraient se sentir séduits et tentés d’y adhérer. Pour ceux qui hésitent à sortir, cela les inciterait plutôt à rester membres.

    Soit, deuxième attitude, et c’est malheureusement celle que suit l’UE depuis des lustres, et dont le funeste, nullissime et médiocrissime Michel Barnier, un fonctionnaire totalement impolitique, est l’incarnation, il y a l’attitude fermée, mesquine, jalouse, revancharde, punitive, qui cherche à imposer des chantages politiques en échange d’avantages économiques, un abus insupportable car un peuple ne brade pas sa liberté contre des avantages matériels, d’ailleurs peu évidents. Cette attitude cherche aussi à mettre au pas les états qui ne sont pas totalement soumis en les soumettant à la politique du bâton et de la carrotte comme on fait avec la Suisse. Visiblement le but de cette attitude barnièriste, est de contraindre par la force les peuples à rester dans l’Union Européenne en punissant pour l’exemple les pays qui gardent leur liberté comme la Suisse, ou qui veulent la reprendre comme le Royaume Uni.

    C’est l’attitude d’un mari cocu, jaloux, qui entend s’assurer de la fidélité de sa femme en lui coupant les vivres et en l’enfermant à triple tour dans la maison tout en lui enlevant les clés. Et si elle s’en va quand même, alors il s’agira de lui faire payer au prix fort d’avoir choisi la liberté.

    On voit bien que cette attitude ne peut que rendre le projet européen et les institutions européennes odieuses, et donner envie à tous les pays membres de se débiner.

    Et en plus, à terme, cette politique sera doublement désastreuse pour l’UE car en pénalisant la Suisse et le Royaume Uni, ces pays volages attachés à leurs libertés historiques et récalcitrants au joug, l’UE se punit elle même.

    Si le Royaume Uni a une économie stagnante dans les prochaines années, l’UE en pâtira au premeir chef, tant les échanges sont importants. Pareil pour la Suisse. La Suisse est une petite locomotive économique au milieu de l’Europe, qui tire en avant l’économie et l’emploi en Allemagne, en Autriche, en Italie et en France. Si on coupe les ailes à la Suisse en lui refusant l’accès le plus large possible au marché intérieur, on ne lui fait pas sentir qu’elle est punie pour en avoir pris trop à son aise avec les règles du club, mais on scie la branche sur laquelle sont assises d’innombrables entreprises françaises, allemandes, autrichiennes, italiennes. Donc c’est l’ UE en fait qui est pénalisée. Et donc, par contrecoup l’UE sera moins prospère, l’échec de l’UE deviendra d’autant plus amer, et l’euroscepticisme puis la rage anti européenne, seront des passions dominantes partout.

    Cette Europe là, c’est la prison des peuples. C’est un projet politique que de plus en plus de monde voudra fuir. C’est l’échec garanti.

    Vous me direz que j’exagère. Pas du tout : même la journaliste Isabelle Ory, correspondante de la RTS à Bruxelles, l’a dit l’autre jour à la télévision. Pas dans les mêmes termes que moi bien sûr, mais le fond est le même. Elle a bien dit que la hantise des responsables de l’UE à Bruxelles actuellement c’est : ”qu’est ce qu’on fait si dans dix ans dans viingrt ans, la Suisse et le Royaume Uni sont plus prospères que les pays de l’ UE ?”

    Donc c’est très clair: l’UE souhaite que le Royaume Uni post Brexit, et la Suisse sans accord cadre, échouent économiquement. Elle veut faire ce qu’il faudra pour qu’ils échouent, et pour qu’il ne soit pas dit qu’en dehors de l’UE on réussit mieux que dans l’UE. L’Union Européenne poursuit donc, selon moi, délibérément une politique de la terre brûlée croyant ainsi conjuer son échec, mais en fait, en faisant ça, elle le précipitera.

    La conséquence de cette politique revancharde punitive sera, non pas que la Suisse et le R oyaume Uni échoueront, mais que l’UE ne pourra pas bénéficier du surcroît de croissance que ces pays tiers auraient pu apporter à son grand marché intérieur. A la fin c’est donc l’UE qui échouera à cause de cela. Pas la Suisse ni le Royaume Uni.

    Pensez s’il vous plaît à ce que je vous dis, et ne vous contentez pas de poncifs.

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