L’optimisme, notre planche de salut

Le 5 février, dans l’émission Quotidien, l’actrice Marion Cotillard et le Directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard étaient invités par Yann Barthès.

Il y était question de leurs actions en faveur de la lutte pour le climat. En effet Marion Cotillard milite depuis plusieurs années déjà aux côtés de l’ONG. Au cours de l’entretien, Yann Barthès lui demande si elle est optimiste pour les effets de leurs luttes.

Marion Cotillard, manifestement étonnée par cette question, se tourne vers J.-F.Julliard, puis répond par l’affirmative en développant un peu sa réponse.

Je crois avoir compris la raison de sa surprise, ayant, pour ma part, enseigné à des générations d’élèves des problématiques environnementales et de développement durable, ce qui est une forme quotidienne de militantisme de proximité. Pour elle, comme pour moi ou d’autres, la question en effet ne se pose même pas, voici pourquoi :

Sans optimisme, pas de lutte possible

L’optimisme est en effet une condition absolument nécessaire à toute action en vue d’un changement positif.

Ce n’est pas une naïveté ridicule mais un bras de levier. Sans optimisme, pas de motivation, pas d’engagement pour une lutte constructive, pas d’espoir. Si on n’était pas optimistes, on ne ferait rien pour changer les choses, ni pour éduquer, ni pour enseigner, ni pour améliorer quoi que ce soit.

Le refus du fatalisme

Ce serait prendre la posture du défaitiste, qui s’avoue vaincu avant même d’avoir rien entrepris. Cet «à quoi bon ?!» découragé mène non seulement au pessimisme (cette inertie auto justifiée) mais, pire encore, au fatalisme.

Or l’issue « fatale » est toujours tragique: c’est le désespoir et la mort. Le fatalisme est une sorte de lâcheté, d’abandon, de refus de participer à toute tentative.

Demander à Marion Cotillard et J.-F.Julliard s’ils sont optimistes, c’est comme leur demander (ainsi qu’on l’entend si souvent hélas…): « mais vous êtes sûrs que ça sert à quelque chose ce que vous faites ?». On comprend leur étonnement (quoique discret et bien élevé) à l’énoncé de la question. Yann Barthès, qui connaît son métier, l’a  probablement posée pour les pousser à réagir…

Alors non, on n’est pas sûrs que tout va aboutir, mais au moins, on essaie !!

En revanche, on est absolument certains que si on baisse les bras, on a une part de responsabilité dans un désastre annoncé depuis longtemps et déjà en cours, par manque de réactivité collective.

Le « devoir » d’être optimistes

De même que nous avons un devoir d’assistance à personne en danger, il me semble que nous avons un évident devoir d’êtres plus que jamais « optimistes » pour pouvoir agir vraiment.

Nous ne sommes pas de doux rêveurs, des idéalistes déjà dépassés, nous voulons, tout comme Marion Cotillard  “être confiants en l’espèce humaine” et ne pas laisser à ses pires représentants le champ libre pour exercer leurs méfaits, leur cupidité et leur cynisme.

C’est affirmer la volonté d’avoir la perspective d’un avenir possible à court, moyen, long et même très long terme, pour le vivant sous toutes ses formes. C’est aussi s’accorder les moyens nécessaires pour agir ensemble.

Enfin, c’est bâtir le présent et soutenir l’avenir au lieu de ressasser la nostalgie d’un passé souvent idéalisé, ou de reproduire encore et encore les mêmes erreurs dont on connaît déjà les conséquences néfastes.

Etre optimistes, c’est aussi lutter contre le catastrophisme ambiant qui démobilise et justifie les « après nous le déluge » et leurs abus, sans jamais offrir de solutions positives.

Alors c’est certain, ça exige de chacun(e) un effort constant, un encouragement permanent, ça demande de la persévérance, de la ténacité et de l’endurance. Bref, c’est pas facile et c’est fatigant, mais c’est exaltant aussi: tout progrès est gratifiant.

Pour bien garder Les pieds sur Terre, posons les diagnostics puis cherchons des solutions et des avancées, réjouissons-nous de toutes les réalisations déjà effectuées, des recherches dans tous les domaines, des initiatives prometteuses, de toutes les victoires et des projets en cours. Soyons donc résolument optimistes!

Bref donnons-nous au plus vite des raisons d’espérer! c’est bon pour notre moral et c’est bon pour la planète!

Et vous, entre le radeau de la Méduse et la planche de salut, sur quoi voulez-vous voguer ?

 

 

Véronique Dreyfuss-Pagano

Véronique Dreyfuss-Pagano

Spécialisée dans les domaines de communication inter-humaine, de proxémie et de développement durable, Véronique Dreyfuss Pagano est professeur de géographie et de littérature. Mettre la pensée systémique au service de la résolution de problèmes complexes dans les sciences humaines est l'une de ses activités.

23 réponses à “L’optimisme, notre planche de salut

  1. Le chien de votre pic n’a pas l’air optimiste lui, ou serait-ce un.e phoque?

    Si on laisse la planète aux soins de Cotillards ou Cotillons, version Barthes, on n’est pas rendus.
    Vous avez un discours bien politiquement correct, chère Véronique, serait-ce la méthode Coué?
    ou la planche de l’Armée du salut?

    Vous la connaissez bien sûr “Avant, j’étais au bord du précipice, mais depuis que je suis à l’Armée du salut, j’ai fait un pas de plus ”
    🙂

    1. Ai-je à aucun moment préconisé de “laisser la planète aux bons soins ” d’une sorte de “catégorie” de personnes( votre pluriel est une généralisation) qui par nature ou par profession seraient ,d’après vous, moins sincèrement engagées que les autres ?
      En quoi est-ce “politiquement correct” de considérer que TOUTES les voix qui s’élèvent,(Marion Cotillard pour Greenpeace) TOUTES les actions entreprises par toutes celles et ceux, quelle que soit leur origine sociale, leur métier, leurs appartenances, alertent, agissent, dénoncent et incitent à lutter sont utiles?
      Si je défends l’optimisme, qui est le sujet de mon article, c’est précisément pour dire: oui il est urgent d’agir, tous ensemble nous pouvons faire changer les choses,nous avons le devoir d’être convaincus que cela sert à quelque chose de lutter, qu’on va y arriver, qu’il n’est pas trop tard.
      Ou du moins qu’il faut absolument tenter tout ce qui est possible. Et pour cela il faut en être convaincus, il est nécessaire d’être optimistes.

      Ce qui est aujourd’hui hélas encore trop répandu ,c’est plutôt le ” nous,on n’est pas de taille à faire bouger les lignes” ou le ” de toute façon tout est déjà trop tard” des catastrophistes.
      L’optimisme dont je parle, c’est ce qui doit nourrir et entretenir les motivations.

      Si on ne motive pas les gens avec une perspective de réussite, pensez-vous vraiment qu’ils agiront?

      1. Vous avez raison, toutes les bonnes volontés sont requises pour clamer l’urgence de cette cause.

        Mon souci étant que certains médias, qui sont des shows à audimat, diluent cette urgence en s’en servant dans une sorte de greenwashing, car on en a jamais parlé autant et pourtant bien peu de choses changent.

        bonne continuation

        1. Merci pour votre réponse et pour votre lecture. Pour ce qui est de votre souci,que je comprends, je répondrai que c’est aussi à nous de pointer du doigt les leurres du Greenwashing et d’obliger les auteurs de ce marketing de bazar qui pensent nous berner à changer leurs pratiques.
          A retourner les choses à notre avantage, afin qu’ils soient pris au piège de leur propres annonces.
          Oui,vous avez raison, l’écologie est “à la mode”.Eh bien, je dis: tant mieux ! Servons-nous de tous les vecteurs pour agir! C’est d’ailleurs exactement pourquoi j’ai écrit mon texte: je me suis servie de l’émission pour qu’on en parle et que cela nous pousse à nous faire réagir, encore et toujours.

  2. En lisant votre article, je n’ai pu m’empêcher de penser: ça, c’est un truc de bobo. Parce que dans toute autre personne correctement éduquée, il y a une autre dimension: la ténacité. Si la réalité c’est marche ou crève, et bien tu marches. L’ancienne réputation militaire de ce pays est basée sur la capacité de ses soldats à soutenir des combats apparemment désespérés. Il ne faut pas se voiler la face, en matière de climat, nous en sommes là. Tant que nous n’aurons pas intégré ce paramètre, nous ne nous donnerons pas l’audace de vaincre pour se contenter de quelque grand’messe ridicule. C’est cela qui est désespérant.

    1. C’est curieux, car vous allez en fait exactement dans mon sens, mais en d’autres termes.Vous évoquez la capacité des soldats à soutenir des combats apparemment désespérés, et à remporter la victoire. Vous parlez aussi de ténacité. Or c’est exactement ce que je dis aussi! (relisez -moi et vous verrez que je parle de lutte, de persévérance, d’endurance et de ténacité).

      Ce dont je parle quand je parle du devoir d’être optimistes, ce n’est pas pour dire, ” mais ce n’est pas si grave “,c’est exactement l’inverse!! Je dis: dans notre situation d’extrême urgence planétaire, pour motiver les troupes au maximum il faut qu’elles soient intimement certaines que leurs actions, leur charge sur l’ennemi est efficace et que ça vaut la peine.L’optimisme consiste à penser que nous avons le pouvoir de réussir à faire changer les choses. C’est l’optimisme appliqué à la lutte que je défends!

      D’ailleurs sous notre pression collective, les entreprises, les lobbies, les politiques sont peu à peu contraints d’opérer des changements; les électeurs votent de plus en plus Vert,- regardez les dernières votations en Suisse-, les agriculteurs commencent à délaisser les pesticides et les engrais chimiques, les entreprises modifient leurs pratiques, etc. Mais pour maintenir et augmenter la pression et faire accélérer les choses, il faut croire fortement à l’avenir, il faut se faire confiance, il FAUT être optimistes. Car les Trumps de tout poil comptent bien nous décourager et nous ne devons pas les laisser faire.
      A ce stade d’urgence, TOUTES les bonnes volontés sont précieuses, TOUS les discours de rappel, TOUS les engagements sont bienvenus lorsqu’ils sont constructifs, parce qu’on DOIT y arriver.Et que comme vous, je pense que nous ne devrions pas nous laisser engluer dans les constats désespérants.

      Je crois davantage à l’efficacité par la base qu’à la bonne volonté des sommets politiques. C’est le contraire de la naïveté, c’est du réalisme.

      Mon métier a consisté à expliquer, décrire, donner les outils de pensée nécessaires pour que ces jeunes ne soient pas désespérés. Pour que celles et ceux de la jeune génération à qui j’enseignais soit critique et pro-active, qu’elle mesure l’ampleur des problèmes, le fonctionnement souvent compliqué des systèmes en place, pour qu’elle se sente concernée. Pour ce faire, je devais leur insuffler aussi une bonne dose d’optimisme, de “yes, we can!”. Sinon , je les aurais désepérés et démobilisés.
      Je veux croire que nous sommes capables de faire bouger les lignes.Et en effet elles bougent,trop lentement encore, mais elles bougent! Je pourrais vous citer quantité de nouvelles pratiques qui le montrent.Il ne faut pas relâcher nos efforts.

      1. Votre sujet est très exactement la discussion que j’ai eu avec mon fils il y a quelques jours où nous avions des avis opposés. Et de manière générale, elle rejoint une prise de conscience sur ce qui a changé en quelques générations. Avons-nous besoin d’optimisme ou la conscience du danger suffit-elle à l’action? Optimisme et espoir sont deux mots, deux démarches différentes. L’optimisme est un état d’esprit qui en soit n’implique aucune action. Il peut même être dangereux et a souvent été le prélude aux pires défaites. L’espoir dans une situation désespérée implique d’entrer en action pour changer la situation et créer, fusse par l’audace, une possibilité pragmatique de victoire. Cette audace manque cruellement. Puisque vous parlez des Verts, leur propositions sont ridicules en regard de l’enjeux et ne permettent en aucun cas d’envisager une victoire sur le changement climatique. Au stade où nous sommes, la seule possibilité de sauver l’humanité est d’avoir les moyens de contrôler effectivement la teneur de l’atmosphère en gaz et effet de serre. Tout le reste n’est que blabla, perte de temps et optimisme déplacé.
        Si l’on veut juste diminuer notre consommation de carbone, on peut, sans optimisme, sans créativité et sans audace, mais avec un peu de courage, décider de baisser dès demain la température des locaux chauffés aux énergies fossiles à 18°C. Cela ne sauvera pas la planète, mais c’est au moins une mesure concrète immédiatement applicable, égalitaire et favorable aux marchands de laine et aux énergies renouvelables. Sauriez-vous trouver ce petit peu de volonté pour sacrifier un peu de notre confort? Où en est la ténacité?
        Il ne s’agit plus d’une question de foi dans l’humanité, dans ceci ou cela, mais plus simplement de survie.
        Il ne s’agit plus de créer des carcans réglementaires ou financiers, mais des opportunités de victoire. L’espoir ne peut venir que d’une solution pragmatique.
        Peu importe Trump ou les autres, ils ne peuvent, devant la montée des périls et l’évidence des preuves, espérer tromper tout le monde tout le temps.
        Maintenant, je vous accorde que les générations plus jeunes fonctionnent un peu différemment. C’est même, à bien des égards, un peu déroutant.
        Quant à moi, je place mon espoir dans le pragmatisme, la créativité, l’audace et la ténacité sans oublier l’indispensable cohésion sociale dans toutes ses dimensions nécessaire à toute entreprise de cette envergure.

        1. Merci pour votre complément de réponse. Vous avez raison, je le répète, d’évoquer l’urgence extrême dans laquelle nous sommes. Nous sommes témoins des funestes effets de l’attentisme et de la passivité depuis des décennies en matière de politique environnementale presque partout, et, comme vous, cela me met en colère, car ce n’est pas faute d’avoir averti, mais faute d’avoir été entendus.

          Pour contrer cela, il faut agir dans tous les domaines où cela est possible, et par tous les moyens acceptables : la réalité est COMPLEXE et on ne peut la modifier durablement et efficacement qu’en tenant compte de cette complexité. Les solutions uniques, non diversifiées, sont insuffisantes et souvent inadaptées.Seule une vision systémique peut nous aider à prendre des décisions judicieuses et qui limiteront les effets pervers inattendus.

          Je pense que l’accumulation massive de solutions fractionnées , selon les principes des smart grids par exemple qui permettent l’interaction de plusieurs systèmes énergétiques en relais intelligents (collaboration continue entre plusieurs sources: solaire, éolien, géothermique, isolation, etc.), ou des symbioses industrielles, des collaborations multiples à tous les niveaux et à toutes les échelles sont mieux adaptées.Elles ont l’avantage d’être, de plus, bénéficiaires pour tous les acteurs concernés.

          Nous avons hérité d’une politique qui avait une vision simpliste : le tout pétrole, le tout nucléaire. C’était simple à mettre en place, et ça rapportait gros, toujours aux mêmes d’ailleurs. Nous n’avions pas de poids dans les décisions prises. On en voit les effets dramatiques aujourd’hui.

          Pour maintenir la cohésion sociale dont vous parlez, il faut (re)donner aux individus le désir de s’impliquer concrètement dans des projets multiples, qui les concernent directement, et qui leur permettent de se projeter dans un changement presqu’immédiat et de proximité.

          En parallèle, nous devons en effet formuler des exigences politiques pour nous doter d’un nouveau cadre législatif adapté à la situation. Puis veiller à ce que les lois soient en effet appliquées. C’est bien l’ensemble de toutes ces actions, qui permet de modifier la réalité des pratiques.

          Espoir ou optimisme, peu importe le mot, ce qui compte c’est de garder, voire de raviver sans cesse ou de déclencher le désir de FAIRE quelque chose.

          Je crois à ce proverbe chinois : ” Rien ne résiste aux petits coups”
          Si je file la métaphore : Pour aller VITE , il faut une avalanche de coups portés par une multitude de gens, de tous les côtés à la fois et avec tous les outils imaginables.

  3. « L’optimisme est en effet une condition absolument nécessaire à toute action en vue d’un changement positif ».

    Pourquoi « positif » ? Hitler, Staline ou Mao étaient également de très grand optimistes.

    Relisez votre texte comme si c’était un de ces trois individus qui l’avait écrit et vous vous apercevrez que ça fonctionne aussi.

    Je me méfie de l’optimisme, du volontarisme et des « forces de progrès ». L’Histoire nous a appris que ça se termine toujours mal.
    Je leur préfère une forme de « cynisme éclairé » qui me paraît plus efficace, surtout pour faire face aux problèmes du monde qui nous attend.

    1. Je n’ai nullement exclu l’idée que l’optimisme pouvait hélas aussi être utilisé à des fins condamnables.C’est juste un MOYEN de se donner un élan, mais cela ne présage en rien de la nature de l’action ( ici: le changement) . C’est pour cela que j’ai défini l’action avec l’adjectif “positf”.

      Ou en d’autres termes, un couteau peut aussi bien servir à couper une tranche de pain qu’on donnerait à une personne qui a faim, qu’à lui trancher la gorge. Le couteau n’est pas en cause, c’est le projet et l’intention qui sont importants. Mais nous avons quand même besoin des couteaux.C’est à nous d’en faire bon usage.

      De même le cynisme éclairé que vous préconisez me semble une contradiction dans les termes: par définition le cynisme ne peut être “éclairé” puisqu’il consiste précisément en une absence de tout sens moral.Le cynisme ne se nuance pas.Il n’a aucun état d’âme, il fait fi de toute éthique.

      Un peu de cynisme parfois est pourtant en effet nécessaire, je le reconnais, mais cela doit être temporaire et ponctuel.Il faut parfois l’utiliser contre les cyniques d’en face, qui,eux, le sont sans relâche.

      Pour conclure, je pense que la NATURE des projets que l’on poursuit définit les moyens et les méthodes que l’on se donne, et pas l’inverse.
      Merci pour votre intéressant commentaire.

      1. « cela ne présage en rien de la nature de l’action ( ici: le changement) »

        Je pense au contraire que l’optimisme, frère jumeau du volontarisme, présage en grande partie de la nature de l’action.
        Que les intentions de départ soient nobles (le progressisme, l’émancipation du genre humain) ou discutables (la domination de la race aryenne ou la dictature du prolétariat), toutes les actions qui en découlent finissent par se heurter à la complexité du monde et la pesanteur du réel.

        En poussant le raisonnement jusqu’au bout , on pourrait affirmer que tout le paradoxe de la situation écologique actuelle, conséquence directe de siècles de progressisme, réside dans le fait qu’elle pourrait bien être la condition même de l’émancipation de l’humanité. Elle est le mur auquel se heurte l’optimisme progressiste.

        Par conséquent, je pense que la COMPLEXITE DU REEL, quelle que soit la nature des projets que l’on poursuit, finit toujours par définir les moyens et les méthodes que l’on se donne. Tous ceux qui ont voulu l’ignorer ont finalement tenté d’imposer leur conception du Bien par la force, de manière totalitaire, et ont provoqué plus de malheurs qu’ils n’ont apporté de bienfaits.

        Je pense que les mouvements pour la sauvegarde du climat ne font pas exception.

        En ce qui concerne le cynisme, je crains que vous vous lanciez dans des raccourcis un peu rapides.

        Que ce soit l’école philosophique grecque « enseignant la désinvolture et l’humilité aux grands et aux puissants (…), radicalement matérialistes et anticonformistes, proposant une autre pratique de la philosophie et de la vie en général, (…) prônant la vertu et la sagesse, qualités qu’on ne peut atteindre que par la liberté, étape nécessaire à un état vertueux et non finalité en soi, (…) dans un souci constant de se rapprocher de la nature. Le cynisme a profondément influencé le développement du stoïcisme. »(*) …

        … ou dans son sens contemporain, soit « une attitude ou un état d’esprit caractérisé par une faible confiance dans les motifs ou les justifications apparentes d’autrui, ou un manque de foi ou d’espoir dans l’humanité, parfois considérée comme une forme de lassitude fatiguée, mais aussi comme un mode de critique ou de scepticisme réaliste. »(*), on est très loin d’une contradiction dans les termes.

        (*) Si vous lisez la fiche Wikipédia complète sur le cynisme, dont j’ai repris des extraits, vous vous apercevrez qu’on est même au cœur du sujet (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cynisme).

        1. Pour faire suite à vos remarques concernant la complexité du réel, non seulement je suis d’accord avec vous pour la rappeler encore et toujours, mais c’est la raison pour laquelle j’ai oeuvré pour enseigner et promouvoir la pensée systémique et ses approches méthodologiques qui permet de ne pas réduire la réalité à une vision sectorielle, linéaire et parfois simplificatrice à outrance. C’est d’ailleurs la façon dont on réfléchit en géographie moderne : par réseaux et systèmes.Cela permet l’intégration du multifactoriel, et des corrélations multiples.Et cela intègre aussi le principe d’incertitude ou l’apparition de boucles de rétroactions positives ou négatives imprévues.

          Je vous suis aussi lorsque vous évoquez le fait que les solutions sont induites par les constats, que les problèmes génèrent les solutions dans la plupart des cas. Remarquons que ceci s’applique à la réparation, à la solution (postérieure par définition) d’un problème déjà constaté dans la réalité.

          Néanmoins j’ajouterai que je défends conjointement l’idée que les principes de prévention et de précaution devraient également être au coeur de nos préoccupations. Dans ce cas, les méthodes et les moyens ne subissent pas autant le déterminisme des faits constatés et offrent une plus grande marge de liberté.

          Or pour moi, que ce soit pour réparer ou pour anticiper, la posture optimiste (appliquée à la lutte que l’on doit mener) reste utile parce qu’elle est “motivante”. Ce qui, rappelons-le se réfère étymologiquement à la notion de mouvement vers un but. Et qu’elle permet une projection sur le long terme. Le cynisme, “éclairé ” ou non, reste pour moi, une forme d’attitude réactive qui devrait rester ponctuelle. Je défends beaucoup plus la pensée critique que le cynisme.
          Mais je comprends votre point de vue.

  4. bonjour Madame; j’aime vos réponses aux commentaires ci-dessus; vos détracteurs sont des boomers; à priori ils ne supportent pas la contradiction (pas de vague, ah, non, jamais ! ) et en plus portée par une femme; que diable comment osez-vous ? quelle impudence ! voyez donc comme ces messieurs de Zurich ont refusé d’accueillir une Verte à leurs rencontres ! hier soir dans un petit village de sud Ardèche une conférence sur le scénario Négawatt ( il y a équivalent chez vous) et il a été alors fort question de la mise en pratique de ce scénario visant à protéger le climat par une modification drastique de nos comportements énergétivores ! ce n’est pas gagné, faisons tout pour que les paradigmes bougent ! bon courage.
    les boomers en Suisse, exemple:
    https://blogs.letemps.ch/suzette-sandoz/2020/01/23/le-debat-sur-le-co2-est-clos/?unapproved=2449&moderation-hash=5b2d6e91ff66025f80bd317a18949c08#comment-2449
    les boomers, proposition de définition:
    https://blogs.mediapart.fr/guillaume-lohest/blog/131219/ok-boomer-ou-la-dechirure-dune-insoutenable-vision-du-monde

    1. Merci pour votre commentaire, auquel je répondrais en disant que, fort heureusement,je ne me sens pas attaquée par des détracteurs mais plutôt interpellée par des contradicteurs, ce qui est à mon sens utile et montre combien nous avons tous besoin d’échanges pour faire avancer notre pensée et nos points de vue. C’est d’ailleurs en accord avec le profil des blogs du Temps. Et je ne crois pas non plus que le fait que je sois une femme joue un rôle dans nos joutes d’idées. En tout cas, je ne le ressens pas.
      Ceci étant dit, je vous remercie de faire référence à Négawatt et d’évoquer les changements de comportements ( et de mentalité) que nous devons en effet adopter.
      Je regarderai les liens que vous m’envoyez, ce que je n’ai pas le temps de faire ce soir… Je ne vous réponds donc pas encore sur ce qui concerne les boomers.
      Merci pour vos encouragements, bonne soirée.

  5. Chère Madame,

    Ces propos de Luc Ferry dans “Le Nouvel ordre écologique” (1992) semblent faire écho aux vôtres:

    “Contre les éternels Rousseau et leur pessimisme culturel, il faut relever l’oriflamme
    des Lumières et de leur optimisme renouvelé, qu’encourage, par effet de retour, le succès des thèses écologistes.” – Luc Ferry, “Le Nouvel ordre écologique” (1992).

    Partagez-vous cette vision de l’ancien ministre français de l’Education nationale, pourtant “écolo-sceptique” notoire, comme son collègue Claude Allègre?

    1. Cher Monsieur,
      Je n’ai pas lu cet ouvrage de Luc Ferry mais telle que vous la citez (c’est-à-dire hors du contexte général de son livre, dont j’ignore les objectifs)
      oui, elle va en effet bien dans le sens de ce que je cherche à dire.

      Je crois que c’est Alain qui a dit : “Le pessimisme est d’humeur. L’optimisme est de volonté.” Dans le cas qui nous occupe, volonté d’agir pour un changement, volonté de ne pas renoncer et de “relever l’oriflamme” et les défis auxquels nous sommes confrontés.
      Merci pour votre commentaire.

      1. Merci à vous pour votre réponse. L’ouvrage de Luc Ferry a suscité de vives controverses à sa parution, car il associait écologie et fascisme (voir à ce sujet l’article de Wikipedia “Le Nouvel Ordre écologique”: https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Nouvel_Ordre_%C3%A9cologique). Depuis sa publication, il est même devenu courant chez certains opposants aux mouvements écologiques d’ironiser en rappelant qu’Hitler était végétarien, qu’il aimait son chien et que les nazis avaient fait de la nature un culte.

        Dans son dernier livre, “Libre d’obéir – Le management, du nazisme à aujourd’hui” (NRF Essais, Gallimard, janvier 2020), Johann Chapoutot va encore plus loin lorsqu’il évoque les méthodes élaborées par les nazis pour maintenir le moral des travailleurs, en particulier par le biais de l’organisation de loisirs “Kraft durch Freude” (le travail par la joie) et autres initiatives visant à lutter contre défaitisme et fatalisme dans la population active. Son livre fait aujourd’hui l’objet de vives controverses, en passe de dépasser celles qu’a suscité celui de Luc Ferry, par la thèse que soutient l’auteur sur les origines nazies du management moderne.

        Il est bien difficile de faire la part du travail de l’historien et de celui du polémiste dans un tel ouvrage. On est loin ici des souvenirs de la lecture de Candide et de la satire voltairienne de l’optimisme leibnizien (tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles).

        Pourtant, un tel amalgame entre information et propagande, entre connaissance et idéologie, n’est-il pas de plus en plus à l’ordre du jour, non seulement dans le domaine de l’entreprise mais aussi dans ceux de l’enseignement et de la recherche, champs de bataille par excellence des idéologies? A en juger par les vives polémiques que suscite le débat actuel sur le rôle des experts dans l’enjeu climatique, comment le nier?

        1. Merci pour votre réponse et ses développements.Oui, les dérives de récupérations à des fins de propagande et de fanatisme sont toujours possibles, c’est une vieille méthode qui servira encore hélas. Ce qui est toujours intéressant à étudier c’est leur but, ou pour faire simple le ” à qui ça profite ?” .

          Dans le cas de l’enseignement ou de la recherche en matière de climat par exemple, aux Etats-Unis notamment, mais ils n’en ont hélas pas le monopole, certains professeurs ou chercheurs se sont laissés corrompre par de puissants lobbies du pétrole, proches du pouvoir en place, pour publier des informations fallacieuses, rendre des rapports orientés, voire carrément négationistes. Il ne s’agit même pas de l’édification d’une idéologie -hormis celle du profit à immédiat et à tout prix- mais d’une corruption installée comme une gangrène. Pour les citoyens,et les médias n’y échappent pas, cela est devenu difficile et très chronophage de faire la part des infos et celles des intox.Cela ébranle les confiances. Et le but est atteint: on remplace les savoirs par les croyances.
          A partir de là, bien sûr, tout dérape.

          Pour ma part, je crois fermement à l’analyse critique pour contrer ces tentatives de récupération ” idéologiques”. J’ai misé dans mon travail avec les jeunes gens, via mon enseignement, sur l’acquisition indispensable des moyens qui construisent l’esprit critique: la fusion d’informations, la vérification des sources ( souvent très difficile à établir), les outils argumentatifs, l’approche systémique qui offre une vision plus globale, l’honnêteté intellectuelle, l’analyse des slogans, l’acquisition des vocabulaires abstraits et conceptuels,etc. Plus que jamais, nous devons résister à la mauvaise foi et au sensationalisme avec des outils solides.

          1. On ne saurait être trop d’accord avec vous. Faire la critique de l’information devrait en effet être l’une des missions prioritaires de l’école. Mais la remplit-elle vraiment? Je laisse à d’autres, plus qualifiés que moi, le soin d’y répondre.

            Quoi qu’il en soit, c’est toujours un plaisir de vous lire et votre allusion à Alain m’a beaucoup plu. En effet, ce grand penseur a toujours été un phare pour moi, à l’égal de Bergson, même si ses dérives pétainistes au début de la Seconde Guerre mondiale peuvent prêter à controverse. Mais tant qu’il restera des enseignantes et enseignants pour, comme vous, maintenir la flamme, alors tous les espoirs sont permis.

  6. Merci de nous rappeler que l’optimisme et l’espoir sont le moteur des actions humaines. Tous les Résistants sont d’abord des optimistes, des gens qui croient en la possibilité de changer les choses et de réagir.

  7. Bonjour Véronique,

    Je suis bien heureuse de lire les pensées d’une optimiste ; en effet, l’enthousiasme dans la recherche de solutions et le partage d’actions n’est pas de la naîveté, et quand bien même, il nous faut bien une dose de candeur pour oser évoluer, voire progresser ; les optimistes engagés se font rares, alors communiquons et continuons de participer au “meilleur des mondes possibles”!
    La culture française est douée de critiques, mais n’oublions pas que la critique positive est aussi constructive, l’épanouissement humain n’est pas une utopie, nous pouvons nous accomplir en croyant en chacun d’entre nous avec toute cette diversité de ressources, et oeuvrer pour la réalisation du monde que nous voulons pour demain… notre leçon date d’hier, nos apprentissages et actions d’aujourd’hui, et nos perspectives de demain.
    Je lis également que vous êtes enseignante en Histoire géographie et français, je suis en train de préparer le CAPLP lettres espagnol, il me semble que nous pourrons échanger à ce propos : nos expériences, nos violons d’Ingres, nos idées, nos rencontres…?
    Je suis ravie d’avoir lu votre article et me réjouis je nos échanges à venir!
    Je vous souhaite une fructueuse et chaleureuse journée.
    Flor

    1. Merci Flor pour votre retour si encourageant! Et beaucoup de succès dans votre future carrière !

      (je vais vous écrire sur votre mail pour discuter sur le terrain plus personnel, ce blog n’étant pas destiné directement à ce type d’échanges.)
      Très belle fin de dimanche!

Répondre à Olivier Wilhem Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *