L’avocat de la Belle Horlogerie

C’est une démarche inhabituelle, presque une aventure que de se mettre en avant au service du métier. Comment me faire comprendre, comment montrer tous les aspects de ce métier que j’aime.  Est-il possible de séduire, d’émouvoir, au moins d’intéresser des jeunes gens ? L’importance des exemples parlant. Mes émotions et mon bilan. Hypothèse d’une prédisposition

 

Une aventure différente

Habituellement c’est au nom de l’entreprise, à son service que je prends la parole. Lors d’une visite ou d’une rencontre, mon rôle est de promouvoir nos capacités à concevoir et à réaliser des mouvements pour les clients potentiels que nous accueillons à Fleurier. Je dois présenter nos capacités de production et notre force d’adaptabilité aux souhaits de nos futurs acheteurs.

Cette fois-ci, j’innove et je vous parle de moi, à la suite de plusieurs rencontres dans les écoles.

Au service du métier

Dans les écoles, le but de ces rencontres est différent. Il s’agit de présenter l’horlogerie comme une voie technique ouverte aux filles comme aux garçons. En filigrane, Vaucher Manufacture montre une image d’entreprise ouverte. Associés à des instances étatiques, nous mettons en avant l’horlogerie telle que nous la pratiquons.

Avec la blouse blanche

Tout d’abord, face à ces jeunes, je tiens à porter la tenue de l’horloger. La blouse blanche, le micros posé sur le front, je suis un horloger avec tous ses attributs. Je peux donc être à l’aise pour parler d’horlogerie.

Déjà, je leur demande s’ils ont une montre. Aie ! Tous n’en ont pas et moi qui dois leur parler de l’art de faire des objets qu’ils n’utilisent pas, dont ils n’ont pas besoin.

Ensuite avec une ficelle et un poids, je fais exister une seconde, puis une autre. Viennent après quelques repères sur la mesure du temps et nos particularités helvético-horlogères. Ce court exposé s’achève avec des outils en main devant un mouvement d’horlogerie.

La brucelle et les tournevis, des armes redoutables

Par petits groupes, nous les aidons à démonter puis à remonter un mouvement de grande taille. De bonne composition, le balancier de ce mécanisme redémarre sagement malgré les joyeuses imprécisions des gestes de ces élèves.

Pour finir, nous relisons un questionnaire à choix multiple que j’ai rédigé. Pas noté, il restera en main des jeunes comme un repère des moments passés ensemble.

Le grand intérêt des exemples et des images

Comment faire pour être compréhensible, comment leur faire comprendre nos activités ?

Eh bien en leur parlant de ce qu’ils connaissent. La notion de valeur ajoutée de la Belle Horlogerie ? Parlons-leur de la voiture de sport rouge qui, comme une bien moins puissante, permet elle aussi de se déplacer mais autrement. Le désarroi des horlogers lors de l’arrivée de la montre électronique à bas prix ? C’est celui du voiturier qui aurait pu voir, en moins de cinq ans, le remplacement des chevaux par des camions de 40 tonnes. L’un des intérêts à porter une belle montre ? C’est que tous peuvent vous voir avec alors que votre belle voiture est restée sur le parking.

Mon ressenti

Avec ces jeunes, pour cause de Covid masqués de surcroît, qu’il est difficile d’entrer en relation, de les deviner, de les percevoir ! Je me sens malheureux de ne pas réussir à les émouvoir. Je suis triste de ne pas avoir à répondre à des questions. Je suis peiné de ne pas savoir si j’ai pu susciter de l’intérêt chez eux.

Je m’interroge sur ma préparation, sur le contenu du Power Point que j’utilise. Je repasse les moments avec eux pour tenter de comprendre ce qui pourrait être amélioré.

Je me vois tendu et attentif au moindre signe de leur part. Je cherche à les relancer, à les faire parler. Je tente de l’humour, des phrases qui s’arrêtent en appelant de leur part une suite. Baissant la voix, changeant de rythme d’élocution, étayant mes propos par des gestes, j’utilise des méthodes de bateleur.

Et pourtant qu’il est difficile de les interpeller, de les faire réagir. Pas simple de transmettre ma passion, de susciter un intérêt chez des jeunes qui sont là car c’est une activité obligatoire.

Le but ultime

Et pourtant ces jeunes sont d’ici, de cette région imprégnée, pétrie par l’horlogerie. Tous, ils ont des parents, grands-parents qui furent, qui sont en lien avec la fabrication des montres, de l’outillage ou des machines pour l’horlogerie. Et j’aimerai que cela redevienne une fierté pour tous, pour les anciens d’avoir contribué à la mise en place de l’industrie horlogère, et pour les jeunes, oui pour eux, de pouvoir trouver place dans l’horlogerie d’aujourd’hui. Il y a tant à pouvoir faire. 

Des prédispositions

« Fais-en un avocat, il aime tellement parler » disait ma grand-mère à sa fille. Mais, je suis devenu horloger par volonté et lointaine tradition familiale. Cependant avec ces jeunes comme dans mes rencontres professionnelles ou non, je réalise que je suis aussi devenu avocat.

Oui pour de vrai ! Avec ma blouse blanche et micros au front, je suis un avocat, certes discret mais convaincu, de la Belle Horlogerie.

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

http://www.vauchermanufacture.ch

Vaucher Manufacture Fleurier

Vaucher Manufacture Fleurier (VMF) est une manufacture de mouvements mécaniques, de kits horlogers et montres haut de gamme. Elle a pour clients et partenaires des grands noms de l’horlogerie suisse. Pour eux, elle réalise des calibres offrant différents niveaux de personnalisation, ou développe des mécanismes exclusifs de haute horlogerie à partir d’une feuille blanche.

2 réponses à “L’avocat de la Belle Horlogerie

  1. Bonjour Monsieur Conrath,
    Je suis toujours admiratif des mouvement de la manufacture Vauchérie. Mais j’aimerais apporter une précision : On m’a appris lors de mes études d’horloger au technicum du Locle que l’on devait dire une paire de brucelles….donc, brucelles est toujours au pluriel !
    Merci
    Cordialement
    D.Stein

  2. Précisions, précisions! Merci de relever le pluriel des brucelles. Tous les dictionnaires s’accordent pour le dire, comme aussi le fabricant de référence au Jura. Alors une erreur sûrement et pourtant sur le Net, le pluriel s’estompe beaucoup et même le lexique de la FHH s’abstient du s!

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