Le télétravail en 2020, une redécouverte mémorable pour l’horlogerie

On vit une époque formidable. Loin de plusieurs repères temporels. Rythmes à maintenir. Découvertes à faire. Rappel des exigences et bornage des contingences. Limites et non-limites du travail à domicile. Une formule à mettre en place. Home office, c’est du déjà vu pour les horlogers.

On vit une époque formidable 

L’année 2020 est terminée. C’est une évidence de dire qu’elle a changé notre vie quotidienne, celle d’aujourd’hui et encore plus celle qui suit. Tout, et plus encore, a été dit, peut-être trop même, et pourtant…

 Loin de plusieurs repères temporels

Pourtant, en revenant au Temps et à l’horlogerie, puisque celle-ci est l’art de sa mesure, les deux ont été fortement bousculés. L’axe du temps, passé, présent et futur a ainsi été malmené avec cette situation où l’on est sûr de rien aujourd’hui, où le passé ne nous sert plus de référence et où le futur ne nous appartient pas, et encore moins que d’habitude.

On le sait, il n’y a que les horlogers et les physiciens qui décrivent le temps comme linéaire ; de multiples appareils, comme la plus simple des montres cherchent à le montrer.

Alors que le Temps est autre. Regardons nos anciens, les enfants ou les poètes. Certaines secondes peuvent paraître des siècles ; alors que des mois, des années s’estompent dans la brume des têtes vieillissantes ou dans la fraicheur des jeunes âmes.

Si la fabrication actuelle et industrielle ne le permet pas, la construction de mouvements à domicile, c’est possible

Rythmes à maintenir

Ces derniers mois, beaucoup ont découvert le télétravail. Bon, la télé-fabrication et la télé-décoration des composants restent à inventer, tout comme le télé-montage des mouvements et le télé-emboîtage des montres. Pour les télétravailleurs, c’est une terre inconnue qui s’est ouverte à eux. Moins d’horaires et un cadre de travail inhabituel, pas de lieux définis de travail, plus de rencontres avec les collègues et fin d’un code vestimentaire à suivre.

Pourtant tout n’était pas à réinventer, à reconstruire. Même si le travail arrivait dans la maison, chacun a dû domestiquer le Temps et redécider de son application. Il a fallu maintenir le temps de travail, bien le différencier de celui des loisirs.

Avec la confiance de l’employeur, chaque télétravailleur s’est vu suivre le rythme initialement prévu à l’entreprise ; seul le temps du trajet pour se rendre à l’entreprise s’est évaporé. L’entourage familial a appris que certains moments étaient réservés au travail et d’autres pas, que la présence continuelle du télétravailleur ne signifiait pas sa totale disposition, tant s’en faut.

Découvertes à faire, exigences et bornage des contingences

Avec cette situation inédite, un nouveau rythme s’est installé. Le travail à la maison reste du travail, ce sont toujours des choses à faire, des réponses à donner, une disponibilité à avoir dans le cadre d’une journée, dans celui d’un horaire commun à une équipe ; mais dans un lieu différent. Et si le café de 10 heures est pris sur le canapé ; le linge dans la machine attendra toujours midi pour être suspendu.

Une responsabilité accrue

Chaque télétravailleur apprend à être au travail à distance, à réagir rapidement, à interagir avec ses collègues avec les moyens modernes. Il faut gérer son temps, respecter celui du travail et celui des loisirs. Les enfants, les jardins et le bien-être personnel en profitent bien. Tellement qu’il parait difficile de revenir en arrière.

Les entreprises, les administrations cherchent de nouvelles voies, de nouvelles méthodes pour renforcer les liens d’équipes qui ne se rencontrent que très peu. Les lieux de travail changent ; le sacro-saint bureau disparaît comme ont disparu la fidèle secrétaire et sa machine à écrire avant lui. De nouveaux espaces s’aménagent avec une importance donnée aux lieux d’échanges, dédiés à cette activité, devenue essentielle et nouvellement nommée la convivialité.

Home office et horlogerie, une très vieille histoire

Nous, en horlogerie, on connaît le home office depuis longtemps. Confier une tâche à une personne qui va la faire chez elle, dans son cadre familial, avec ou sans le soutien des siens, puis la réceptionner, la valider et rémunérer le travailleur, c’est du télétravail, du home office ou aussi de l’établissage. Oui de l’établissage, cette méthode de production horlogère proto-industrielle propre à l’Arc jurassien.

Tombée en désuétude il y a plus de cent ans, elle redevient d’actualité. Enfin autrement car si aujourd’hui c’est l’ordinateur qui est à la maison, les CNC comme les établis sont toujours à la manufacture. Pourtant s’il n’y a pas encore beaucoup d’établis de retour derrière les fenêtres des maisons de nos montagnes, on n’en est pas très loin. Au printemps dernier chez eux, certains ont déjà effectué des opérations manuelles sous le binoculaire.

Alors cet axe du Temps encore valable ? Et si le passé redevenait une référence, une balise pour un futur moins incertain ?

 

Benoît Conrath

Horloger chez Vaucher Manufacture Fleurier

http://www.vauchermanufacture.ch

Vaucher Manufacture Fleurier

Vaucher Manufacture Fleurier

Vaucher Manufacture Fleurier (VMF) est une manufacture de mouvements mécaniques, de kits horlogers et montres haut de gamme. Elle a pour clients et partenaires des grands noms de l’horlogerie suisse. Pour eux, elle réalise des calibres offrant différents niveaux de personnalisation, ou développe des mécanismes exclusifs de haute horlogerie à partir d’une feuille blanche.

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