Gaspillage alimentaire – Et si février était le mois idéal pour le réduire ?

On jette trop d’aliments en Suisse. En revoyant notre manière de consommer, et où l’on fait ses achats, nous pouvons éviter ce gâchis honteux. Nous jetons en moyenne 330 kg par personne et par an. Les “coupables”? Nous, les ménages pour 39%, puis l’industrie agroalimentaire pour 37%. Mais prenons garde à ne regarder que l’arbre qui masque la forêt…

Commençons par voir de quoi on parle.

OFEV 2019

Le graphique de l’Office fédéral de l’environnement est éloquent. Les ménages sont les premiers responsables du gaspillage alimentaire. Soit. Juste après, c’est l’industrie agroalimentaire. Mais si on y réfléchit bien, c’est cette dernière qui est AUSSI responsable de ce qui est jeté dans les ménages. Pourquoi? Parce que les gens font leurs courses principalement en supermarché. Où les denrées ont subi une transformation, une mise en boîte ou en barquette, justement par l’industrie agroalimentaire.

On peut bien accuser Mme Matthey de jeter trois mandarines pourries, quand bien même elle a acheté un filet de 2 kilos, au prix apparemment avantageux. Est-ce toujours le cas quand on doit jeter une partie du tout? On peut bien pointer du doigt M. Duc qui jette deux filets de poulet à l’odeur nauséabonde, quand bien même il a cédé à l’action de la semaine, soit un pack de 8 filets à un prix imbattable et qu’il n’a pu en consommer que six dans les temps. Quand un quart des filets finit à la poubelle, je ne suis pas sûre que le pack était si avantageux que cela au final… Mais qui va s’amuser à recalculer le prix au kilo d’une denrée “bon marché” quand une partie est jetée parce qu’elle n’est plus consommable ?

Faire des bonnes affaires: un réflexe humain ?

Nous sommes tous des clients qui voulons dépenser le moins possible pour quoi que ce soit. C’est un réflexe humain, j’imagine. Il m’a fallu des années de prise de conscience pour comprendre que le bon marché est toujours trop cher, que le véritable prix (social, environnemental) est forcément payé par d’autres quand il est très bas pour moi. Il faut que des agriculteurs en arrivent à se suicider par dizaines pour qu’on comprenne enfin notre responsabilité de consommateurs dans cette guerre des prix vers le bas que pratiquent grandes surfaces et hard discounters. Oui, en étant d’accord d’ouvrir notre porte-monnaie dans ce genre de commerces, nous alimentons cette spirale et sommes responsables de la détresse du monde agricole. Alors oui, je choisis d’acheter mes produits ailleurs qu’en supermarché. C’est un peu plus cher, mais cela ne plombe pas le budget. Question de priorités: je fabrique par ailleurs produits ménagers et cosmétiques pour deux francs six sous, donc j’ai de quoi dépenser plus pour l’alimentation.

Il faut aussi savoir qu’en Suisse, la part dépensée par les ménages pour se nourrir se monte à seulement un peu plus de 6% de leurs revenus. C’est bien moins que dans les pays voisins. Et cette part ne cesse de diminuer. Je m’interroge sur cette évolution. Certes, les budgets sont plombés par les loyers, les assurances, les transports… Sans revenir à une situation du début du XXème siècle, il devrait quand même être possible de consacrer un peu plus de notre budget à ce qui nous fait vivre chaque jour et de payer le juste prix pour des produits de qualité. Moins de voyages, moins de loisirs, moins de renouvellement de matériel électronique et on pourrait remonter à 10-12%, comme au début des années 2000.

Part du budget consacrée à l’alimentation. Illustration parue dans La Tribune de Genève, 29 août 2018.

Les habitudes d’achat sont en grande partie en cause dans le gaspillage alimentaire. Car l’objectif des supermarchés, on l’a compris, c’est de vendre toujours plus, selon une spirale de croissance infinie de leur bénéfice aussi utopique que dangereuse. En s’appuyant sur le réflexe humain de vouloir faire des économies, les supermarchés savent très bien où et comment faire. A coup d’actions, de multi-packs et autres promotions sur des grandes quantités.

Et si vous releviez le défi ?

Par ailleurs, cela ne vous aura sans doute pas échappé: février est celui de l’initiative “Février sans supermarché”. Dix jours ont passé, il n’est pas trop tard pour s’y mettre !

Cette opération est un défi lancé en 2017 ans par l’association “En vert et contre tout“. C’est la quatrième édition cette année. Pourquoi février? Parce que c’est un mois court et souvent difficile du point de vue économique pour les petits commerçants indépendants.

Ce défi a essaimé sur les réseaux sociaux et on trouve de nombreux défis locaux. Si on rejoint un de ces groupes, on échange alors conseils, informations et astuces pour se passer d’aller faire des achats en grande surface. Durant un mois, ou durant plus longtemps! Je dois avouer que depuis la première édition, je ne m’y rends plus que quand je n’ai vraiment vraiment pas le choix.

Février sans supermarché (c) En vert et contre tout.

A l’origine, un véritable plaidoyer pour les commerces indépendants. Car oui, pour un emploi crée dans la grande distribution, ce sont 3 à 5 emplois qui disparaissent ailleurs, comme l’explique et le démontre la journaliste Leïla Rolli. Dans mon village, les anciens m’ont raconté qu’avant l’arrivée de la Coop et de Denner, il y avait trois boucheries et plusieurs boulangeries. Aujourd’hui, il ne reste qu’une seule boucherie et une boulangerie qui fabrique ses pains sur place. Voilà l’effet concret de l’arrivée de la grande distribution dans un village de 2000 habitants. Et à voir comme il est difficile de trouver un vendeur ou une vendeuse dans l’une de ces grandes surfaces quand j’ai une question à poser, il est certain que le nombre d’emplois dans ces deux supermarchés n’équivaut pas au nombre de ceux qu’il y avait avant dans les commerces indépendants.

Février est donc le mois idéal pour expérimenter autre chose, une autre façon de faire ses courses en évitant la solution de facilité d’un supermarché.

Le charme et la souplesse des petits commerçants

Quand j’en parle autour de moi, immanquablement il y a quelqu’un qui va dire: “oui, mais moi je ne trouve pas ceci ou cela ailleurs qu’au supermarché….” Déjà, j’ai des doutes: par exemple je pensais que le papier WC ne se trouvait qu’en grande surface. En discutant avec l’épicier de “Chez Mamie”, une chaîne romande d’épiceries qui vend (presque) tout en vrac, il m’a appris qu’il vendait le papier WC au rouleau, sans emballage! Pareil que les pastilles pour le lave-vaisselle. Même le pain sans gluten, que je trouve en grande surface (parce que je n’ai pas le temps, ni l’envie d’en cuire tous les trois jours, mea culpa!) peut être commandé par un détaillant indépendant. Leurs catalogues sont grands et leur souplesse souvent infinie! Pas comme en supermarché où l’assortiment est décidé par la centrale. Donc avant de déclarer péremptoirement que ce défi n’est pas possible à tenir à cause de tel ou tel produit, posez la question aux commerçants indépendants. Vous serez surpris des réponses.

L’autre excuse est celle du temps (une excuse qui m’arrange et que je brandis aussi de temps à autre, vous l’aurez remarqué!)

Faire ses courses dans des commerces indépendants, cela demande plus de temps que d’aller une fois par semaine au supermarché. Cela demande un peu de temps, c’est vrai, mais c’est autrement plus sympathique et riche en contacts humains. Mais revenons à cette affirmation. Si on remettait à plat cette habitude? Car se rendre dans une grande surface (une grande) souvent située à l’extérieur d’une localité, s’y garer, puis déambuler entre les allées, cela prend aussi beaucoup de temps! Pour certaines familles, c’est même devenu le loisir No. 1 du samedi matin! Il faut dire que tout est fait pour qu’on y passe bien plus de temps que prévu: par exemple les produits sont régulièrement changés de place pour nous faire passer devant de nouveaux produits qu’on aurait pas vus (et pas achetés) durant notre petite tournée habituelle. Où est le gain de temps quand on parcourt des kilomètres de rayonnages? Mais surtout, tout ce temps passé fait acheter bien plus que ce qui était prévu, c’est l’objectif. Car qui va résister à cette action multi-pack de boîtes de thon (cinq pour le prix de quatre, une aubaine!) ? On en revient au fameux réflexe humain de faire des économies…

Le véritable ressort du gaspillage alimentaire

C’est là qu’intervient la grande distribution dans le ressort du gaspillage alimentaire.

En achetant bien plus que prévu, on fabrique immanquablement du gaspillage. En plus, nous sommes de bons élèves. Nous respectons les dates de péremption à la lettre. Des dates inutiles sur certains produits d’ailleurs (produits de nettoyage, produits secs comme sel et sucre…) et bien trop courtes pour d’autres (un yaourt peut être consommé bien au-delà de la date imprimée sur son couvercle). Mais surtout, quand on ne décide pas de la quantité de la marchandise achetée, le risque est grand que les restes soient stockés au réfrigérateur et, oubliés, finissent à la poubelle.

Oui, nous avons une certaine dose de responsabilité de ne pas cuisiner des légumes un peu fanés dans une soupe ou de cuire des fruits un peu blets pour en faire une compote. Mais à nouveau, faire porter le chapeau uniquement aux consommateurs, c’est regarder l’arbre devant la forêt. En l’occurence, les grandes surfaces, la grande distribution.

Je salue toutes les initiatives prises pour réduire le gaspillage alimentaire, comme celle que la Migros a prise de rejoindre Too Good To Go, cette application qui évite le gaspillage en revendant à très bas prix ce qui n’a pas trouvé preneur aux heures des repas dans les “Take away”.

J’applaudis, mais ne me fait aucune illusion quant à l’impact réel sur les 330 kilos en moyenne de denrées jetés par personne et par année. Il faut savoir que ce qui est proposé sur cette app l’est à des heures fixes, en dehors des heures des repas, et que peu de personnes ont réellement l’occasion ainsi de passer prendre une commande. Le système est juste du point de vue de la concurrence avec les autres magasins, mais pour le consommateur, c’est difficile à caser dans une journée de travail ordinaire.

J’applaudis mais je suis réaliste: si le géant orange ne fait que cela et ne s’occupe pas du problème en amont (retour de la consigne généralisée, vente en vrac, remplissage de produits liquides en magasin, suppression des emballages superflus), cette opération ressemble plus à une opération de re-dorage de blason.

Conseils pratiques en vrac

Et pour savoir que faire concrètement pour limiter le gaspillage alimentaire, je vous renvoie à la Fédération romande des consommateurs, dont le dossier sur le sujet est une mine d’idées et d’informations.

Et au petit guide du Zerowasteur en supermarché que j’ai rédigé, 12 conseils à télécharger gratuitement et libres de toute publicité (une denrée rare, vous en conviendrez!).

(c) valesavabien.blogspot.com

 

 

 

Le recyclage du PET: l’exemple typique de la mauvaise “bonne idée”

Récupérer des bouteilles PET pour payer son ticket de métro: c’est ce que la Colombie annonce avoir mis en place. Clap, clap! tout le monde applaudit parce que chez nous aussi, on trie et on récupère. Mais est-ce une bonne idée? L’enfer étant très souvent pavé de bonnes intentions, cette nouvelle mérite réflexion.

Après Istanbul, Pékin, Rome, au tour de Medellin en Colombie de mettre en place ce système de récolte des bouteilles en plastique. Pour motiver les consommateurs de boissons en bouteille, de grands automates sont mis à disposition dans les stations de métro, où l’on jette les bouteilles. Celles-ci sont payées quelques pesos, utilisables pour acheter un ticket de métro. Il en faut tout de même 45 pour un seul ticket. Le but semble être de vouloir améliorer la récupération des bouteilles en PET. Et seulement en PET.

Les raisons de cette récupération semblent évidentes. D’abord, moins de bouteilles qui traînent, c’est toujours ça de moins qui attérit dans les cours d’eau, puis dans la mer ou l’océan.

Crédit photo: Surfrider Foundation Europe

En soi, c’est une sacré bonne idée, non ? Et puis, récupéré et bien trié, le PET permet de fabriquer de nouveaux produits: nouvelles bouteilles, emballages ou textiles. Alors là, c’est le Graal! Fabriquer des produits à partir de PET recyclé, c’est gagner un accès immédiat au panthéon des entreprises responsables, vertes, etc. C’est s’assurer de nouveau clients fidèles, c’est tuer dans l’oeuf toute critique. La maille polaire de votre veste d’hiver est peut-être issue de PET recyclé ou rPET.

Ok, alors il est où le problème ?

Recycler le PET, c’est plein de problèmes

D’abord, on oublie un peu rapidement que le PET est issu d’une ressource non renouvelable: le pétrole. Voici ce que dit STRID (Gestion des déchets pour le Nord Vaudois) de l’utilisation du PET:

“Bien que la production de 1 kg de PET ne nécessite que 1,9 kg de pétrole brut et que la fabrication des plastiques d’emballage n’absorbe que 1,5 % de la consommation totale du pétrole, ceux-ci représentent près de 40% du total de la consommation des plastiques en Europe. Or, nos réserves de pétrole ont mis des millions d’années à se former et nous les exploitons démesurément depuis un siècle, comme source d’énergie et pour la production d’un nombre incroyable de dérivés. Il est donc urgent d’en limiter la consommation.”

Ensuite, le plastique sous forme de polyéthylène téréphtalate ne se réutilise pas à l’infini. A chaque cycle de transformation mécanique – le procédé le plus utilisé pour recycler le PET – la fibre perd de sa résistance. Du coup, il est impératif de la mélanger à de la fibre vierge.

“La plupart des gens pensent que les plastiques peuvent être recyclés à l’infini, mais chaque fois que le plastique est chauffé, il se dégrade. Ainsi, l’itération ultérieure du polymère est dégradée et le plastique est utilisé pour fabriquer des produits de qualité inférieure.” Dixit Patty Grossman, cofondatrice de Two Sisters Ecotextiles, dans un article de Fashion United.

C’est ce qu’on appelle du downcycling. C’est exactement l’inverse que ce que clame petrecycling.ch pour vanter le recyclage du PET en Suisse (et donc sa production).

Et vu qu’on trie et qu’on amène ses bouteille au recyclage, on pense sans doute qu’on peut continuer comme ça, sans rien changer à ses habitudes. On a l’esprit et la conscience tranquilles… Quelle illusion!

Enfin, le textile en polyestère ou en PET, comme tout textile, perd des particules dans la machine à laver. Par contre, ces particules-là ne sont pas biodégradables, on s’en doute. A chaque lavage, notre belle veste d’hiver en maille polaire pollue en relâchant des microparticules de plastique dans les eaux usées, qui ne seront pas retenues dans les stations d’épuration. Et qui finiront donc dans nos assiettes en bout de chaîne alimentaire.

Voilà donc l’exemple type de la mauvaise bonne idée. Comme le canada dry, le recyclage du PET a l’apparence et le goût de la vertu, mais il n’en est rien en réalité.

PETFREE-bruary: dès aujourd’hui, dire non au PET!

Moi aussi, j’ai envie de lancer un défi à mes congénères. On a eu droit au Dry January, au février sans supermarché. Je propose février sans PET ou PETFREE-bruary… et puis toute l’année aussi!

Des options existent pour ne plus consommer de bouteilles à usage unique (en PET ou en verre), toute simples: la bouteille en verre réutilisable, avec consigne. C’est ce qui existait il y a quelques dizaines d’années en arrière. Et qui semble revenir un peu sur le devant de la scène. Certes, la bouteille en verre ne s’emmène pas avec soi dans son sac à main ou son attaché-case. Mais réutilisée 50 fois, elle affiche un bilan écologique positif.

Une solution encore meilleure: la gourde à emmener avec soi partout. On y met ce qu’on veut.

Autre solution: et si, quand vous avez envie de boire une boisson particulière, vous retrouviez le plaisir de boire un verre avec un ami au bistrot? Oui, c’est plus cher. Mais c’est nettement plus convivial! Et cela fait vivre des gens.

Et toute dernière solution: il y a de nombreuses fontaines à eau dans l’espace public! S’y désaltérer régulièrement, c’est gratuit et cela n’encombre pas les poches. Pour les trouver, j’ai une app maps.me, qui me les indique. C’est bien pratique!

A chaque fois qu’on vous présente une super bonne idée en matière de recyclage, méfiez-vous! Examiner la question sous tous ses angles permet de distinguer la vraie bonne idée de la mauvaise.

 

Micropolluants: tirons la chasse !

Image de la campagne “Doucement la dose”

Le Valais demande à ses concitoyens de réduire leur consommation de… savon ! De Monthey à Münster, on va faire la chasse aux micropolluants, je l’ai entendu hier à la radio. Cela m’interpelle car ces polluants sont aussi des déchets qui posent de sacrés problèmes aux stations d’épuration. Et pourtant, pour du “propre en ordre”, très peu de produits font l’affaire. En bonus : une recette de gel WC fait maison en fin d’article !

Les micropolluants sont des substances bien pratiques dans les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides), mais aussi dans les produits ménagers. C’est ce qui rend ce gel pour nettoyer la cuvette des WC si bleu. Les cosmétiques ne sont pas en reste, tout comme les médicaments. En gros, il s’agit de “métaux lourds et de substances synthétiques, issues de la chimie du pétrole et présentes chacune en très faible concentration dans l’eau (…)”. C’est le site www.energie-environnement.ch qui donne cette définition et lance sa campagne “Doucement la dose”… en 2011 déjà.

Eh oui, le Valais lance sa campagne avec presque 10 ans de retard par rapport à ses collègues romands et bernois. Il est vrai que le Valais est la patrie d’industries chimiques lourdes et se revendique comme le “second pôle de la pharma suisse” après Bâle. Ceci explique peut-être cela.

Mais ne soyons pas mauvaise langue car il n’est jamais trop tard pour bien faire.

(suite…)

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Marie Kondo: quand la notoriété conduit à l’aporie

Aporie. Joli mot oublié… C’est la contradiction insoluble dans un raisonnement. Produire moins de déchets, cela passe inévitablement par un frein à une consommation débridée et irréfléchie. Du coup, acheter des produits estampillés “zéro déchet”, c’est un non-sens, une aporie, un paradoxe… un de plus.

Le mode de vie Zéro déchet, c’est réutiliser ce qu’on possède, recycler nos objets et leur trouver une nouvelle fonction ou réparer ce qui ne fonctionne plus.  Hélas, en ce bas monde régis par le commerce, il faut bien vivre (et payer ses factures) et quand vient la notoriété, la tentation de faire quelque bénéfice devient trop grande pour beaucoup de blogueurs engagés dans le mode de vie Zero Waste, qui n’y résistent pas. Et tant pis pour le principe qui est à la base du succès rencontré !

Marie Kondo, c’est l’auteure du livre à succès “La magie du rangement”, vendu à des millions d’exemplaire de par le monde. Je parle d’elle car elle m’a beaucoup inspirée dans ma démarche. Elle ne fait pas directement l’apologie du Zéro Déchet, mais du rangement et du vide dans les maisons. Depuis son succès, la belle Niponne a emménagé aux Etats-Unis (enfin, je crois). Sa méthode de rangement appelée Kon-Mari fait fureur: en plus d’avoir publié plusieurs livres sur l’art de désencombrer son intérieur, elle a un site internet, donne des conseils en tant que consultante, une série lui est dédié sur Netflix et elle enseigne l’art du rangement à des consultantes en Home Detox. En Suisse, pas moins de 14 spécialistes, toutes des femmes, ont suivi sa formation et offrent leurs services en Suisse, dont les pionnières, les soeurs Staub, certifiées “Master”, le plus élevé des six niveaux possibles.

“Chaque chose a sa place” en version troisième millénaire

“L’art du rangement”, je dois avouer que j’ai beaucoup aimé! Enfin des trucs simples pour ranger correctement son fourbi! Car Kondo-san a raison: personne n’enseigne plus comment le faire. Cette lecture est arrivée à point nommé dans ma démarche de réduction en cours (certes, de mes déchets, mais aussi de mes multiples collections qui prenaient la poussière et de la place) et à mon besoin de clarification. “Chaque chose a sa place”: tout le monde a, un jour ou l’autre, entendu ce petit mantra de grand-mère (ou de père en ce qui me concerne. Aah! le rangement minutieux des outils dans son atelier!).

Mis en pratique, cela veut dire ceci: si je ne trouve pas une place où ranger un objet, c’est qu’il est de trop ou qu’il y a trop de choses dans mon espace. Ou à la façon d’Omar Sy dans les “Intouchables” (pas de bras? pas de chocolat!): “Pas de place? Pas d’objet!”. Il m’a donc fallu trier, me séparer d’objets, et faire le vide. Less is more! Posséder moins, c’est plus de bonheur (à profiter de ce qui reste!).

Credit: konmari.com. Un intérieur blanc, bien rangé et plein d’espace, c’est la signature de la méthode Marie Kondo.

Marie Kondo a une recette infaillible et qui fonctionne à merveille pour le “decluttering”: on commence par rassembler tous les objets de même nature disséminés à plusieurs endroits de l’appartement (les livres, les ustensiles de cuisine, les habits…). Puis un à un, on touche l’objet, on le prend en main et on se demande si on a encore plaisir ou de la joie à l’utiliser (en anglais: “sparking joy”). Le toucher est primordial, car le regard ne suffit pas. Cette démarche est bien évidemment très personnelle: ce livre, dont je me séparerais volontiers, procure par contre de la joie à mon partenaire de vie. Je ne peux donc me séparer que de mes propres objets et possessions.

Mais voilà, Marie Kondo a ajouté une corde de plus à son arc et à son empire : celle du commerce d’objets “qui lui procurent de la joie”. A elle, donc. Ce qui est en complète contradiction avec sa méthode de désencombrement. Ses “followers” relèvent aussi le prix plutôt élevé des objets en vente (plateau à 50$, bol en ciment à 145$, pantoufles à 206$…) et l’hypocrisie de la démarche.

Mais bonne nouvelle! La sensibilisation a fait du chemin depuis les premières pages du blog de la pionnière Bea Johnson (www.zerowastehome.com). La révolte gronde contre cette récupération marchande du “less is more”, en témoigne cet article paru aujourd’hui dans Femina. L’annonce il y a 3 jours du lancement de la nouvelle échoppe en ligne de la reine japonaise du rangement a suscité un petit vent d’incompréhension et de révolte parmi ses 715’000 suiveurs sur Instagram (@konmari.co)! Les commentaires sont savoureux! Voilà qui me réconcilie avec le genre humain…!

Pas de déchets, mais des sous 2.0 !

L’experte du rangement n’est pas la seule à avoir cédé aux sirènes de l’argent 2.0. Honneur à la pionnière: Bea Johnson a ouvert son shop en ligne sur son site depuis quelques années déjà. Bon, c’est vrai, elle a rajouté un avertissement qu’il serait préférable d’acheter des articles dans les commerces de sa région. Les partenaires qui vendent des marchandises sur son site financeraient le Bulk Finder qui permet de localiser dans le monde entier les magasins où on peut acheter sans emballages. Dit-elle.

Lauren Singer, du blog “Trash is for tossers” vend désormais lessive, bombes de bain et dentifrice (en tube) en ligne. Sur le blog “Going Zero Waste” de l’américaine Katherin, on trouve un “shop” et plein de publicités qui s’allument comme les lumières de Noël. Un réseau de blogueurs zéro déchet s’échangent trucs et astuces pour faire fructifier leur engagement sur les réseaux sociaux et pouvoir dégager un meileur revenu (surtout par placement de publicité).

De ce côté-ci de l’Atlantique, la co-fondatrice de l’association suisse ZeroWaste Switzerland, Natalie Bino, a débuté sa mission par l’ouverture d’une échoppe en ligne d’objets divers et variés censés réduire les (futurs) déchets. Elle est aussi, avec son partenaire, à l’origine d’un commerce en ligne de sauces piquantes… en bouteilles et importées des Etats-Unis et d’Amérique du sud, géré par Monsieur. Pourtant, c’est toute la famille qui déclare s’être mise au Zéro déchet…

Les exemples de mélange des genres paradoxaux sont heureusement peu nombreux du côté des blogs ou des associations nationales zéro déchet. Mais c’est un fait: le mode de vie Zéro Déchet est devenu un marché. Les grandes enseignes de la distribution aussi surfent sur la vague (voir la petite vidéo toute mignonne de Coop sur sa page Facebook!) tout en continuant de vendre “en même temps” plein d’autres produits sur-emballées. A ce sujet, ne manquez pas l’article de la journaliste Leïla Rölli sur le “craft washing“, il vaut le détour…!

Alors bon, comme dit au début, il faut bien vivre. Et on n’est pas à un paradoxe près, n’est-ce pas ?

Plastiques: et si on faisait de l’hyperobéissance civile?

Même si on fait tout bien comme il faut, qu’on achète un maximum en vrac et qu’on fabrique sa lessive et ses savons, il est impossible d’éviter tout plastique dans ses achats quotidiens. Que faire alors? La RTS nous suggère une forme d’hyperobéissance civile: c’est le retour au distributeur! J’adhère!

Le 11 septembre dernier, l’émission A Bon Entendeur, de la RTS, faisait le point sur les plastiques et leur supposé recyclage. Seuls les bouteilles PET et leurs bouchons en PE, ainsi que les flacons en PEHD sont réellement recyclés et leurs matériaux réutilisés. Le reste est brûlé. Gaspillage de ressources, gaspillage des transports, gaspillage de temps, pollution (scories, mâchefers des usines d’incinération…), vous connaissez mon avis très tranché sur le soi-disant recyclage. C’est du downcycling, et pas du tout de l’économie circulaire. Et dire qu’on a substitué les bouteilles en verre réutilisées et leur consigne pour ce “progrès”… (soupir!).

Vous le savez, je fais ma part pour éviter de contribuer à la montagne de déchets à gérer par nos collectivités.

Coté courses, pour les légumes et les fruits, les oléagineux, les produits laitiers, la viande et le poisson, le thé et le café, j’amène mes sachets, mes contenants hermétiques ou mon bidon à lait au magasin où on me sert toujours avec le sourire, et parfois une petite ristourne pour l’emballage ainsi économisé. Les produits ménagers, je les fabrique, tout comme la plupart de mes produits d’hygiène et cosmétiques. Bref, je fais tout bien comme il faut, une bonne élève, quoi !

Une élève modèle… comme Hermione Granger!

Mes incoutournables

Pourtant, un constat s’impose : il m’est difficile, voire impossible, d’éviter toute matière plastique dans mes achats au quotidien. Mes incontournables, ce que je n’arrive pas à remplacer ou à éliminer se résument au bas mot à ça:

  • A moins de consommer des oranges venues de très loin quand on est hors saison de production en Europe ou en Afrique du nord, je préfère acheter des bouteilles de jus d’orange bio chez un grand distributeur pour ma famille, qui ne veut pas y renoncer.
  • Comme mon pain sans gluten fait maison est vraiment bon (sans me jeter des fleurs, ma recette de pain est vraiment excellente; elle est très largement appréciée de par le monde, en témoignent les lecteurs et lectrices de mon blog!), il ne fait pas de vieilles miettes! Pour assouvir les appétits de ma famille, il me faudrait en cuisiner tous les 3 jours au minimum. Et comme j’ai d’autres activités, je n’arrive pas à tenir le rythme. Donc j’achète du pain sans gluten en grande surface, toujours emballé en sachets plastique. Et aussi des pizzas sans gluten congelées…

    Pain sans gluten délicieux
  • J’adore la feta, le tofu, le lait de soja et le miso. Je fabrique du tofu à partir de graines de soja dépelliculé bio (et cultivé en France), mais c’est du job et du temps. Donc le plus souvent, j’en achète emballé. Idem avec le lait de soja, je l’achète en brique à boisson quand je n’ai pas le temps de le faire moi-même. Mais la feta ou le miso, ça, je n’y arriverai jamais, même si la confection de fromage végétal à tartiner sur une base d’oléagineux trempés n’a plus de secret pour moi.

    Cottage cheese végétal
  • Enfin, j’achète aussi les rouleaux de papier WC en grands sachets de plastique. Ils sont réutilisés par la suite, soit pour conserver des légumes au réfrigérateur, soit pour tapisser les rares poubelles qui subsistent chez nous. Je n’ai pas opté pour les distributeurs de rouleaux en grand format, comme dans les restaurants, même si les recharges sont vendues en carton recyclable. Mes toilettes sont trop petites… et ils sont moches.

Et bien sûr, quand l’emballage est véritablement recyclable, donc réutilisable à l’infini (boîtes de conserves, bocaux…), je ne boude pas mon plaisir de manger des sardines à l’huile, des olives et autres choses délicieuses, même si elles ne sont pas vendues en vrac.

Les sardines, c’est bon! Et c’est bon pour la santé! (crédit: La Belle Iloise)

Hyperobéissance civile

Alors que faire du plastique résiduel qu’on ne peut pas éviter? C’est tout simple: il faut le retourner au distributeur, comme le suggère A Bon Entendeur.

Les géants orange et les autres ont tous disposé dans leur enceinte des containers pour récupérer le PET-PE et le PEHD. Il y a aussi toujours une poubelle “normale” pour d’autres déchets.

Alors c’est simple : soit vous prenez 5 minutes à la fin de vos achats pour déballer les produits et laisser les emballages sur place. Soit vous le faites tranquillement à la maison. Dans ma cuisine, j’ai disposé un sac pour récupérer ces plastiques (propres). Et quand il est plein, je vais remplir la poubelle du supermarché à l’occasion de mes achats. J’ai déjà payé l’emballage une fois, je ne suis pas d’accord de payer une seconde fois pour son élimination.

Si chaque client-e des distributeurs fait pareil, ils crouleront bientôt sous la montagne de LEURS déchets. Ils prendront alors des mesures pour les éviter. Ils feront pression sur les fabricants (souvent eux-mêmes ou leurs filiales!) pour réintroduire la consigne sur des emballages réutilisables.

Et vous savez quoi ? Cette initiative existe déjà, c’est le projet LOOP, où se sont associés le distributeur français Carrefour et des marques de produits industriels, alimentaires, de nettoyage, et même d’hygiène. Cette idée de livrer en contenants réutilisables est en cours de déploiement en France et aux Etats-Unis.

En attendant qu’on se réveille aussi chez nous, l’hyperobéissance civile vaut le coup d’être adoptée !

Gloire aux vers de terre!

Que penser de la dernière affiche électorale de l’UDC ? Je suis consternée: le parti qui annonce officiellement défendre la paysannerie considère les vers de terre comme des nuisibles.  A l’heure de la permaculture, de la perte de fertilité des sols, ce faux-pas démontre combien la politique traditionnelle de certains partis est déconnectée des défis majeurs à relever en matière d’environnement. Et pourquoi sans doute beaucoup de jeunes sont dégoûtés par la politique en général.

La très mauvaise illustration politique de l’UDC en vue de la campagne pour les élections fédérales.
Petit lombric, je t’aime!

Ce qui me chagrine, c’est le statut que les vers de terre ont pour les caciques et financiers zürichois de ce parti. Un vers de terre n’est pas un nuisible, bien au contraire.

Les vers de terre, ce sont de véritables architectes du sol. Ils sont bénéfiques pour toute la vie présente dans le sol, champignons, bactéries, plantes ainsi que pour sa structure. Ils retournent et aèrent la terre.

Comme le décrit Agri-hebdo dans son dossier consacré aux vers de terre, ces habitants rampants sont à favoriser plutôt qu’à éliminer. On promeut des techniques culturales avec moins de labours et à des moments choisis pour éviter de les tuer. Car en 100 ans, certaines parcelles ont vu leur population de lombrics passer de 2 tonnes à l’hectare à 50 kilos et même moins.

Au contraire des étrons humains sur la lune (voir l’article précédent), les déjections des lombrics sont un véritable trésor. Un turricule (joli nom donné aux déjections de vers de terre qui prennent la forme d’un petit monticule de tortillons de terre) concentre l’humus et les sels minéraux directement assimilables. Un caca de lombric contient quatre fois plus d’azote, sept fois plus de phosphore, onze fois plus de potasse, trois fois plus de magnésium, deux fois plus de calcium que la terre environnante: c’est un véritable engrais bénéfique pour vos plantes de jardin ou de balcon! A vos cuillères!…

Turricule de vers-de terre: un très bon engrais!

Et quand on n’a pas de jardin pour faire pousser ses salades et y composer les déchets de la cuisine, on fait comment ? Pour digérer le tiers de nos poubelles (eh oui, les bio-déchets constituent environ 30% de nos déchets et pourraient être valorisés au lieu d’être incinérés), les adeptes de la réduction des déchets conseillent à tous de se lancer dans un véritable élevage de vers rouges (Eisenia Foetida), de ceux que l’on trouve dans les composts, en fabricant un “vermicompost”. Sans odeurs quand il est bien équilibré, il produira du compost solide bien noir et du compost liquide bien utiles pour les plantes de balcon.

Vers de compost ou Eisenia Foetida

Mais attention, Eisenia Foetida n’aime ni le soleil direct, ni le gel.  Il est très timide et fuit la lumière: il n’y aucun risque de les voir se carrapater à l’extérieur du lombricompost. L’idéal est de conserver son installation à la cuisine et de nourrir régulièrement ses petits vers domestiques.

On peut fabriquer son vermicompost avec des boîtes de récupération empilées (en plastique ou de polystyrène, voire les tutos nombreux disponibles sur youtube!), ou bien acheter un modèle tout mignon et très design…

Un bien joli vermicompost…

A quand la réforme de la pensée par le travail?

Certes, tous les moyens sont bons pour faire le buzz, y compris attaquer frontalement au niveau national ses partenaires sur les listes électorales cantonales.

Certes, l’iconographie du premier parti de Suisse (pour le moment, c’est toujours vrai) fait souvent jaser. Il récupère des images d’un autre temps, celle des années 30 qui ont vu la montée du parti national socialiste allemand et porter les Nazis et un Führer au pouvoir. En matière de comm’, l’UDC ne manque ni d’argent, ni de gêne.

Il n’en reste pas moins que de nombreux agriculteurs et agricultrices se déclarent démocrates du centre, sans doute par tradition. N’oublions pas qu’avant de se (mal) nommer ainsi, l’UDC se nommait Parti des Paysans, Artisans et Indépendants (PAI). Et pourtant, eux savent bien combien les vers de terre leur sont utiles…

Un Zürichois démocrate du centre – qui plus est très fortuné – devrait plus souvent aller à la campagne: pas pour rejoindre le week-end – en 4×4 sur routes goudronnées – une gentille résidence secondaire campagnarde entretenue avec force de personnel. Non, je parle de la vraie ferme, de celles où les odeurs sont fortes, où il est préférable de porter des bottes Dunlop ou Atrium et pas des mocassins de chez Bally, de celles où on travaille la terre et où on produit notre nourriture, là où se font durement sentir le dérèglement climatique, la canicule estivale, les inondations, la perte de fertilité des sols et j’en passe…

Si j’étais conseillère en culture organisationnelle de ce parti, je prônerais dare-dare des stages pratiques d’agriculture durant tout l’été à tous les intellectuels de l’UDC! Allez hop, messieurs, aux champs! Comme au temps du Grand Timonier (on n’est pas à un paradoxe près…!), mais en bien moins long et cruel !

Si au moins les têtes pensantes de ce parti savaient de quoi elles parlaient, on n’assisterait pas à des attitudes dignes d’autruches par rapport à l’urgence climatique que nous connaissons (exemple récent: “L’UDC ne choisit pas ses thèmes de campagne en fonction du temps qu’il fait!” dixit Albert Rösti… ha-ha, la bonne blague, le bon mot que voilà!). Ce défi dépasse la durée d’une législature et il s’agit d’y répondre intelligemment, sans facilité ni populisme, sans jeux de mots simplistes. Et bien sûr, en glorifiant nos amis les vers de terre!

Fly me to the moon… et ramasse ton caca!

Il y a 50 ans jour pour jour (et à la même minute, soit 2h56 du matin, vous pouvez vérifier), Neil Amstrong laissait la première empreinte de pas humain sur la Lune. Cinquante ans après cet exploit qui a fait rêver la planète entière et inspiré Frank Sinatra, ce qu’ont laissé les astronautes sur place y est toujours. Ils ont pris la Lune pour une poubelle, des égoûts, un dépottoir. Comme toutes les missions spatiales qui leur ont succédé depuis.

Au début de ma carrière professionnelle, notre équipe avait expérimenté un exercice de détermination des valeurs qui nous animent. Chacun de nous avait du dire quelle personnalité il ou elle admirait profondément et pour quelle raison. Mon tour venu, j’avais répondu: “Neil Amstrong, pour son courage et son audace à aller là où aucun humain ni animal n’est allé avant”.

Quelques années ont passé depuis. J’admire toujours autant le courage qu’ont eu les gars de la NASA – Amstrong, Aldrin et Collins – de s’asseoir sur une gigantesque bombe pleine à rabord de carburant. Mais mon admiration a baissé d’un sacré cran, pour une toute autre raison, que je viens de découvrir.

Une photo vaut mille mots:

Buzz Aldrin sur la Lune. Photo prise par Neil Amstrong. Qu’est-ce qu’on voit tout à gauche sur la photo?… © MARY EVANS – SIPA

Tout à gauche sur la photo, ce petit objet blanc, c’est… un sac à ordures. Et pas n’importe lesquelles : ce sont les étrons de nos chers héros, comme nous l’apprend le magazine Nouvo de la RTS sur Facebook.

Le tout premier geste de Neil Amstrong n’est pas de prendre la célèbre photo de son empreinte de pas dans la poussière lunaire. C’est de jeter ses cacas sur une planète qu’il n’a pas encore foulée de son pied historique! Un petit pas pour l’Homme, un bon de géant pour l’Humanité… Vraiment ?

Mais pourquoi n’ont-ils pas repris leur chenis pour le vol du retour? Pourquoi n’ont-ils pas appliqué une leçon très certainement reçue de leurs parents (on est dans les années 30) de ne pas laisser traîner leur papier de chewing gum par terre ? Parce qu’il fallait alléger le module lunaire au maximum pour le décolage. Donc on laisse tout sur place. Pensant peut-être qu’un jour, un voyage sera organisé pour nettoyer tout ça? Car rien ne se décompose tout seul sur la Lune. L’année passée, la RTS nous apprenait qu’au total, 220 tonnes de déchets jonchent la lune. C’est la NASA elle-même qui en a dressé la liste…

Il est bien là, le sac à ordures jeté par les premiers humains sur la lune! Il y est toujours!

Ce geste en dit long sur la façon dont notre société “civilisée” et “évoluée” s’envisage ici sur Terre et dans le vaste univers. Ce que nous apprenons enfants (enfin, pour les familles où ce genre de choses s’enseigne encore!), nous l’oublions bien vite au nom de la science et du progrès. C’est une posture à mon avis infantile et incompréhensible. Quand on quitte le lieu de son pic-nic, la plage où on pris du bon temps, ou la planète qu’on visite, on ne laisse rien derrière soi, pas même un mégot de cigarette, pas même une pétole. C’est une règle qui doit être appliquée par nous tous devenus adultes.

Notre économie ne prend jamais en compte les “externalités négatives”  – comme la gestion correcte des déchets, la pollution qui s’accumule – dans le calcul du prix des biens et des services. La théorie économique telle qu’on nous l’inculque dans les Universités est dépassée, fausse, à réinventer. Une croissance infinie dans un monde aux limites et aux ressources finies est une bêtise que n’importe quel enfant de cinq ans peut comprendre.  A quand l’exigence mondiale pour une économie circulaire, où les déchets n’existent tout simplement pas ?

Une seule chose me rassure quelque peu, à moitié il est vrai : à l’avenir, cette mentalité partagée par toutes les nations qui prétendent être à la pointe aux plans scientifiques et technologiques et qui sont si fières de faire partie du club de celles qui sont capables d’envoyer un engin dans l’espace, eh bien cette mentalité, comme un retour de boomerang, va conduire à l’impossibilité de continuer.

Une image vaut toujours mille mots…

(c) esa – Space debris around Earth

Cette image provient de l’Agence spatiale européenne. Ces débris, provenant d’anciens satellites, de parties de fusées larguées et autres sacs à ordures des vols habités, ne sont pas tous immobiles. Ils sont en rotation à des vitesses folles. Vous avez vu le film “Gravity“? Cela donne une idée sans doute assez proche de ce qui attend les futures expéditions dans l’espace…

Quel-le dirigeant-e va donc avoir enfin les “cojones” pour fédérer toutes les nations et amener tou-te-s les scientifiques à n’avoir désormais qu’un seul prochain objectif commun : nettoyer l’espace et la lune de ce que l’humanité y a laissé traîner? Et tant qu’à faire, à quand une résolution de l’ONU pour faire de même sur Terre?

Faut-il attendre un sauveur privé ? J’ai arrêté de croire au Père Noël depuis longtemps. Ce n’est pas Elon Musk qui va me contredire, lui qui a mis en orbite elliptique « la chose la plus idiote que nous puissions imaginer » (selon ses mots): une voiture! Si, depuis le 6 février 2018, une voiture avec un mannequin tourne autour du soleil, dans aucun but autre que … publicitaire. Et un gros déchet en plus, un!

La chose la plus stupide mise en orbite: une voiture. Merci Elon Musk! Un déchet de plus…

Triste humanité.

Je rêve que la formation dispensée par les agences spatiales NASA, ESA, CNSA, Roscosmos, CSA ASC, ISA et consoeurs à leurs futur-e-s astronautes comprendra un module incontournable intitulé: “Ramasse ton caca”… Car quand même, rester dans les mémoires comme étant les premiers humains à avoir jeté un sac à ordures sur une planète inconnue, ce n’est pas glamour du tout.

Je me console en écoutant la voix douce comme un doudou de Frank…

“Fly me to the moon
Let me play among the stars
Let me see what spring is like
On Jupiter and Mars…”

Zut, j’ai oublié mon déo (zéro déchet)!

Que faire quand on est pris-e au dépourvu et qu’il manque un produit cosmétique basique comme le déodorant dans sa trousse de toilette? On court en acheter un à la pharmacie encore ouverte à une heure tardive. Et on se retrouve plongée dans un abîme de perplexité devant cet étalage presque indécent d’innombrables flacons. Il faut choisir pourtant. Quid de celui-ci? Il est indiqué que son emballage est composé de plastique recyclé pour 70%. C’est bon? Je peux?

Depuis plusieurs années, je confectionne mes produits cosmétiques de base. Savons artisanaux en SAF (“saponification à froid” pour les novices!) et parfois en SAFOUR (“saponification à froid et cuisson au four”), shampoing solide, gel douche à base de lait d’avoine onctueux, crème hydratante, dentifrice en poudre, tout y passe. Comme j’aime bien cuisiner et bricoler, la confection de produits cosmétiques était une suite assez logique dans ma démarche de chasse aux déchets. Car je réutilise les mêmes pots et flacons, encore et encore, et ne jette rien, que les emballages des produits de base. Ceux-ci, heureusement, s’achètent parfois aussi en épicerie vrac ou en droguerie, à remplir. Tout n’est pas encore parfait, mais on fait mieux à chaque fois.

Je réalise régulièrement, soit tous les six mois environ, deux à trois pots de crème déodorante maison, à base d’huile de coco et de beurre de karité (tant-pour-tant), de bicarbonate de soude (la qualité alimentaire, sinon bonjour les irritations cutanées!) et de fécule (l’arrow-root, c’est bien mieux que la maïzena!). Une tombée d’huile essentielle de palmarosa, de lavande ou de sauge scarlée et voilà mon stock reconstitué pour un moment. C’est vite fait, économique, zéro déchet (ou presque) et surtout, très efficace. Ma p’tite recette est ici.

Le vertige du choix

L’autre jour, patatras, voilà que j’ai oublié mon petit pot de déodorant maison. De passage en ville de Genève, j’avais une soirée professionnelle assez stressante en vue et je venais de prendre une douche à l’hôtel avant de m’y rendre. Je n’ai pas eu le choix: je devais impérativement aller acheter de quoi sentir bon pour ne pas incommoder mon entourage par une odeur de “vieux cornichon” (petit nom donné à l’acide 3-méthyl-2-hexénoïque (MHA), responsable des effluves pas folichones de transpiration). Passage obligé en pharmacie, le seul magasin encore ouvert à cette heure tardive.

J’ai eu le même vertige que lorsque j’ai mis les pieds pour la première fois dans un supermarché américain: des étalages à perte de vue de produits inconnus. Cela faisait si longtemps que je n’avais pas visité un tel rayon cosmétique, m’en voilà du coup toute perdue. Ma perplexité s’est transformée en stress assez intense car l’heure tournait. Et je devais en choisir un. Oui, mais lequel?

Perturbateurs endocriniens et autres cochonneries néfastes

Comme je sais lire les étiquettes (ce qui veut dire comprendre le language INCI, pour International Nomenclature of Cosmetic Ingredients, une langue assez tordue dont le vocabulaire s’enrichit chaque jour ou presque), cela me prend du temps.

 

Parce que je refuse de me tartiner de n’importe quel produit chimique. Je dois, pour faire mon choix, chausser mes lunettes, puisque le législateur autorise des saletés comme le silopentasiloxane, silicone d’origine chimique réputée être un perturbateur endocrinien, l’Aluminum Zirconium Tetrachlorohydrex GLY – un sel d’aluminium susceptible de pénétrer dans les tissus de l’organisme, ou encore le BHT, un antioxydant aussi classé perturbateur endocrinien.

Image Herborist.fr

La tâche n’est pas facile. Finalement, mon choix s’est porté sur une marque suisse assez connue de produits cosmétiques en général acceptables. Ce déo est estampillé du label “Natrue” pour International Natural and Organic Cosmetics Association, un label assez sévère auquel on peut se fier les yeux fermés. Ce qui m’a bien arrangée, car la liste des ingrédients de la composition est assez longue.

De retour chez moi, j’ai vérifié, grâce au site www.laveritesurlescosmetiques.com, que mon produit était bien inoffensif pour ma santé. Ce site est une référence. A l’origine, c’est un livre, de la journaliste allemande Rita Stiens, qui a provoqué une véritable prise de conscience chez moi. Prise de conscience que je devais prendre en main ma santé moi-même face à l’incurie, l’arrogance, l’appât du gain, le cynisme coupable (et j’en passe) de l’industrie cosmétique, qui recycle de véritables cochonneries dans ses produits. Depuis, heureusement, beaucoup ont ouvert les yeux.

Parce que quand même, les aisselles, ce sont des concentrés de glandes, de ganglions, de nerfs sur lesquels on ne met pas n’importe quoi.

La composition du déodorant choisi, dans les détails.

C’est bon, tous les voyants sont au vert! Sauf l’ingrédient du “parfum”, une mention nouvellement autorisée aux fabricants pour leur éviter de devoir détailler la liste des huiles essentielles utilisées, respect du secret industriel oblige. Sauf que des fois, le parfum en question n’a rien de naturel, d’où le voyant orange.

Du plastique recyclé, c’est quand même un déchet

Une petite mention sur l’emballage a attiré mon attention. Il est noté que l’emballage de plastique est composé à 70% de plastique recyclé. Bon, il est précisé aussi, dans un souci de transparence totale, qu’on ne parle que de la bouteille, et pas de la bille, ni du bouchon.

Faut-il faire confiance à cette allégation?

Chat échaudé craint l’eau froide: c’est aussi ce que déclare Coca-Cola qui prétend beaucoup et ne fait pas grand-chose. Marketing, greenwashing, blablabla de communiquants, la main sur le coeur… on connaît la chanson.

Pourtant, c’est marrant comme j’ai eu un petit soulagement à l’idée que pour fabriquer ce flacon, on a quand même réutilisé du plastique, ce fléau de nos rivières, de nos lacs, de nos océans (et de tout ce qui y vit). C’est un peu du même ordre que quand je regarde mon sac à main fabriqué avec une vieille bâche de camion: une certaine satisfaction. Ce qu’il advient après du dit-flacon, c’est une autre chanson: c’est un déchet plastique dont il faut se débarrasser en usine d’incinération. Point barre. C’est en fait du down-cycling, on n’est pas (encore) dans l’économie circulaire qui ne produit aucun déchet.

En l’occurrence, ce qui a vraiment compté dans mon achat, c’est finalement la composition du produit. Pour moi, la mention du plastique recyclé dans la composition de l’emballage n’est pas convaincant. Même s’il est d’un vert un peu moins pâle que chez Coca, cet argument, c’est un peu du greenwashing quand même…

Morale de l’histoire: pré-pa-ra-tion!

La morale de cette histoire? Se voir contraint-e d’acheter du plastique, c’est ce qui arrive tout le temps quand on ne se prépare pas assez bien à vivre une heure, une journée ou une nuit hors de chez soi. Si on souhaite produire un minimum de déchets, il est impératif d’avoir toujours avec soi cabas pliable, gourde à remplir, voire même tasse de café, couverts en métal et serviette en tissu ou brosse à dent de voyage.

Mais aussi quelques produits cosmétiques de base, à commencer par un mini pot d’huile de coco et un autre de bicarbonate de soude. Avec ces deux ingrédients de base, on arrive se confectionner – à la minute – un dentifrice, un déodorant, une crème à tout faire, un peeling…

On apprend tous les jours!

Le fragile équilibre des associations

L’argent, nerf de la guerre. Pour les associations à but non lucratif qui oeuvrent pour le bien commun, l’origine de leur financement change. Leur volonté de survie peut les mener à des compromissions coupables. Des règles éthiques solides posées dès le départ et régulièrement interrogées sont indispensables si elles veulent rester des acteurs incontournables à long terme.

Dans la chasse aux emballages inutiles ainsi qu’aux inadmissibles gaspillages des ressources , personne ne sera étonné que je snobe les étals qui proposent des fraises en janvier, des tomates en hiver ou des asperges qui ont 18 heures d’avion dans les pattes. J’attends donc sagement que ces produits soient “de saison” et qu’ils ne soient pas cultivés chez nous sous serre chauffée.

C’est donc très docilement que j’ai suivi les conseils du vénérable et respecté World Wildlife Fund: j’ai téléchargé leur app sur mon téléphone intelligent, au cas où je ne me souviendrais plus de la saison des épinards (printemps + automne!) ou des haricots (été).

Calculateur en ligne

Pour me faire peur, je calcule de temps à autre mon empreinte écologique sur le site du WWF. Là, mon comportement reste indéniablement coupable. Gourmande comme je suis, je mange toujours trop souvent du fromage et me régale de viande (produite localement). Si je passais d’une consommation de fromages de 4 à 6 fois par semaine à 1 à 3 fois seulement, je réduirais ma production indirecte de CO2 de 7 sacs poubelles de 35 litres chaque année. Vade retro caseus! On n’est pas petite-fille de laitier pour rien!

Bon, sans tricher, mon empreinte est un tiers moins élevée que celle de la moyenne suisse, mais d’un gros quart de plus que la moyenne mondiale. Si tout le monde vivait comme moi, il faudrait quand même plus de deux planètes. Pas de quoi être fière, donc.

Le WWF, ce grand frère tant admiré…

Pour moi, le WWF, cela a toujours été l’incarnation du bien absolu, l’exemple à suivre, l’engagement de longue durée pour la nature, les animaux sauvages, la biodiversité. Le WWF m’a accompagnée depuis que je sais lire, c’est un compagnon fidèle, crédible, fiable, dont la mission est des plus nobles.

Le poster des poissons qui tournoient dans le grand bleu m’hypnotise toujours autant. Son slogan (We can protect life on our planet) a sûrement dû inspirer le fameux “Yes we can” d’un certain Barack Obama…

Quelle ne fut donc pas ma surprise de voir estampillées parle WWF des fraises espagnoles vendues hors saison. Et même pas bio, en plus !

Et un logo de plus, un! Migros en rajoute dans la jungle des labels…

Alors quoi? Je peux désormais – l’esprit tranquille – consommer des fraises cultivées sous serre en Espagne, cueillies par des Marocaines exploitées comme des esclaves sexuelles (comme le rapportait The Guardian le mois passé) puis transportées par camion vers la Suisse ? Pour me tranquilliser, Migros et WWF ont fait un bel exercice commun de communication. Il y aurait 74 mesures prises dans la gestion de l’eau, des produits phytosanitaires, de la gestion des sols…

Critères sociaux plancher

Au plan des aspects sociaux, on trouve ce qui paraît tout à fait normal chez nous en Suisse. Soit “l’instauration d’un dialogue avec les travailleurs sur place sous forme de tables rondes avec les syndicats locaux” , “la nécessité de définir des conditions de travail non seulement conformes aux exigences légales, mais aussi exemplaires du point de vue de tous les groupes d’intérêt, en enfin “la gestion des réclamations efficace, sécurité au travail et protection de la santé (contrôles sanitaires et vêtements de protection), égalité des sexes, hébergement adapté en matière d’hygiène et d’accès à l’eau potable“.

Wouah! Un accès garanti à l’eau potable.. mais quelle progrès !

Je me demande si quelqu’un a bien relu ce communiqué, vraiment.

Photograph: Ofelia de Pablo and Javier Zurita/The Guardian. Article en ligne.

Ces règles appellent immanquablement quelques questions:

  • les ouvriers et les ouvrières sont-ils et sont-elles autorisé-e-s à être syndiqués ? Parce que les tables rondes, on connaît bien. On invite tout le monde et on discute. Rien ne change, mais on a discuté, et on le crie haut et fort, la conscience tranquille. On sait bien le faire en Suisse…
  • que veut dire “la nécessité de définir des conditions de travail…”? Ces conditions de travail ne sont visiblement pas encore définies. Les exigences légales en Espagne, je demande à voir. Surtout quand on sait que l’Espagne a passé un accord avec le Maroc, qui fournit la main d’oeuvre féminine selon des critères discutables (ce sont des mères d’enfants en bas âge, ainsi est-on sûr qu’elles retournent au pays après la saison des fraises… étrange libre circulation des personnes).
  • Au final, les intérêts des travailleurs ne sont-ils pas foncièrement opposés aux intérêts des exploitants, des intermédiaires et des grossistes ? Et finalement des consommateurs qui achètent ces fraises hors saison à très (trop) bas prix ?

C’est la journaliste Leïla Rölli qui a révélé la première cet exemple consternant de greenwashing de la Migros, mais aussi de la compromission du WWF. Son article sur son blog en vert et contre tout vaut la lecture. Elle démonte un à un tous les arguments et démontre la supercherie avec précision et humour.

www.envertetcontretout.ch

Résignation ?

Reste posée la seule et unique question intéressante: mais pourquoi le WWF s’est-il ainsi compromis, au risque de contredire tout son discours passé ? Car sur son site, on peut toujours lire ceci:

“En règle générale, mieux vaut acheter des produits de saison cultivés localement pour être sûr qu’ils n’ont pas été transportés par avion ni ne proviennent de serres à chauffage conventionnel.”

Et arrive à se contorsionner de manière subtile en présentant son projet de partenariat avec la Migros:

“La saison des fraises commence fin mai (voir le calendrier de saison). Mais, dans la mesure où certaines personnes ne souhaitent pas attendre si longtemps, le WWF a lancé, en partenariat avec Migros, le projet «fraises» afin que la culture de ce fruit telle que pratiquée en Espagne revête un caractère plus écologique et socialement acceptable.

Le WWF n’entend pas de cette manière cautionner le marketing de Migros concernant la fraise espagnole, mais protéger le parc national Coto de Doñana menacé par la pénurie d’eau.”

En gros, ce qui compte plus que tout, c’est le parc national. On a visiblement baissé les bras face au comportement coupable et décourageant des consommateurs-trices en Suisse.

Ce ne serait que de la résignation, alors ? Je n’ai pas la réponse exacte. Mais j’ai ma petite idée. La véritable origine de cette compromission, ce sont les sous, le nerf de la guerre, et surtout le problème de leur origine.

Difficultés de financement ?

En ces temps de libéralisme effréné, il est devenu très difficile d’obtenir un soutien financier de la part des pouvoirs publics. Les ressources publiques provenant de l’impôt, par nature redistributif des richesses, baissent régulièrement. Selon le principe des vases communicants, ce que ne paient plus les entreprises au titre de l’impôt reste dans leurs caisses. Il se produit donc un grand transfert du financement des activités menées par les associations pour le bien commun, activités que ne peuvent pas entreprendre les services étatiques, ni les financer non plus.

Il est tout autant difficile de recruter des membres individuels, traditionnellement première source de financement des associations. Le public est maintenant malheureusement imprégné de la méfiance généralisée envers tout ce qui est institutionnel, étatique ou ONG: les particuliers ne financent plus que des projets précis (par exemple via des actions éclairs de crowdfunding qui reposent sur l’émotionnel et l’affect), mais ne sont plus d’accord s’engager à long terme pour soutenir, par une cotisation annuelle, une infrastructure de base qui assure un fonctionnement permanent.

Comment faire alors pour survivre quand on est une association à but non lucratif qui a de grandes ambitions et de nombreux projets ? On s’allie aux entreprises, les seules qui ont de plus en plus de moyens (vu la baisse constante de l’imposition). Et on se “fait une raison”, comme le WWF:

“La saison des fraises commence fin mai (voir le calendrier de saison). Mais, dans la mesure où certaines personnes ne souhaitent pas attendre si longtemps… “

Quel aveu de faiblesse ! Quelle tristesse!

Être membre d’une association, un véritable soutien à long terme

Une première solution: soutenir les associations aux règles éthiques claires et au comportement irréprochable, en devenir membre et payer sa cotisation ! Pour ma part, la FRC, Pro Natura, Birdlife Suisse, Demain La Broye, Handicap International et transfair, entre autres, reçoivent mon soutien. Tant que je suis convaincue qu’elles travaillent selon des principes éthiques solides.

Cela vaut pour les ONG qui travaillent pour la sauvegarde de l’environnement, des animaux, de la biodiversité, mais cela vaut aussi pour d’autres organisations comme celles qui défendent les consommateurs ou les syndicats, qui défendent les droits des personnes qui travaillent, ici et ailleurs.

La recherche de fonds est tellement tendue et difficile qu’elle mène souvent à de basses compromissions. Comme cette jeune association suisse oeuvrant contre la production de déchets et du gaspillage qui fait de la publicité – entre autres produits – pour des filets à lessive qui retiendraient les microfibres des vêtements. Ces filets sont fabriqués en polyamide 6.6 dont on ne connaît pas quelle durée de vie ils ont ni s’ils peuvent être recyclés en Suisse.

L’entreprise en question a certainement payé une cotisation de membre collectif à l’association. En contre-partie, elle obtient un label “zéro déchet” commercialement bien utile (c’est tendance). Le problème est ailleurs : grâce à ce filet en plastique, les consommateurs ont le sentiment de pouvoir avoir la conscience tranquille. Ils se dédouanent d’acheter et de laver leurs habits en fibres plastiques, au lieu de miser sur des fibres naturelles qui ne relâchent pas de microfibres polluantes dans la nature (la laine mérinos par exemple).

Ayez les yeux bien ouverts et recherchez les critères retenus et affichés par l’association que vous voulez soutenir, critères qu’elle se doit d’avoir si elle fait de la publicité de marques, de produits et d’entreprises!

Vous n’en trouvez pas ? Passez votre chemin !

 

 

“Rendons à César…” De la responsabilité des déchets

Le transfert de la responsabilité du fabricant sur le dos des consommateurs est un enfumage bien connu du lobbyisme économico-politique, qui fonctionne depuis des décennies!  Il a court en matière de déchets (surtout plastiques), et avant cela, dans celui des aliments trop sucrés, trop gras et trop salés. Le même principe était à la base des actions du lobby du tabac. Dernier avatar: le domaine de la santé. Récapitulons…

Res-pon-sa-bi-li-ser! C’est le leitmotiv, le mantra qui viendra à bout de tous les problèmes! Car c’est dit: si on a des problèmes en ce bas monde (de santé, d’environnement, de budget…), c’est de notre faute en tant qu’individus! Les entreprises veulent bien vous coacher pour vous aider dans votre tâche, comme le dit si élégamment la directrice du groupe d’assurance maladie CSS, Philomena Colatrella. Grâce à des apps qui vont siphonner vos données et lever le voile sur tous les détails de votre vie privée. C’est tout bénéfice pour les entreprises puisqu’au passage, les assurances auront gagné gratuitement des millions de “data” qui valent très chères…

Dans un monde économique qui fonctionne bien, le producteur d’un bien est responsable de la qualité de ce qu’il produit. Cette responsabilité ne se limite pas à la qualité du produit qui sort de ses usines: elle s’étend aussi aux effets sur ses consommateurs. Elle devrait être étendue au delà encore. Notamment en ce qui concerne les effets sur l’environnement de son élimination (ou de sa réutilisation).

L’industrie est la seule responsable de ses produits et de leurs effets

C’est en raison de ce principe que l’on exige de l’industrie pharmaceutique des études sur les effets directs et secondaires de ses médicaments. Ou que le législateur a inscrit une étude d’impact obligatoire pour tout projet relevant de la Loi sur l’environnement. Ou bien encore que les marques de cosmétiques doivent fournir une “évaluation de sécurité”, qui tienne compte “de l’usage auquel le produit cosmétique est destiné ainsi que de l’exposition systémique attendue aux différents ingrédients dans la formulation finale.”, comme le stipule l’ordonnance sur les cosmétiques révisée en 2016 (OCos, art. 4 al. 2).

Quand on découvre que les effets de l’amiante, du tabac ou du sucre à longue échéance sont invalidants et souvent mortels pour les êtres humains qui y ont été exposés (activement, comme passivement), les choses se corsent. La logique voudrait que les fabricants, quand ils ont connaissance de ces effets délétères et/ou mortels, soient tenus pour responsables des coûts de traitement ou des décès que leurs produits ont engendrés. Dans le cas du tabac, il a été démontré que l’industrie connaissait parfaitement, depuis des décennies, les effets dévastateurs de leur produit sur la santé de leurs consommateurs réguliers, ainsi que des personnes soumises à l’exposition de la fumée du tabac de manière passive.

L’enfumage de l’industrie de l’emballage

Devinez quoi! En matière de déchets, la responsabilité du fabricant n’est jamais engagée. Jamais ! Ou alors elle s’arrête dès que son produit est entre les mains du consommateur. Les effets sur l’environnement? Tant qu’elle n’a pas à en assumer les frais, elle les ignore et les fait payer à d’autres.

Ainsi il est démontré que l’entreprise Coca-Cola sait depuis les années 70 que la bouteille en verre consignée et réutilisée est la meilleure en termes d’impact sur l’environnement que toute autre matière (verre perdu, plastique, PET…). Elle a donc troqué son système de bouteilles en verre consignées par des bouteilles en plastique. C’est bien moins cher pour elle! Les coûts à charge de l’environnement seront payés par Mère Nature ou par l’argent du contribuable.

La bouteille Contour de Coca-Cola telle qu’elle a été créée par la Root Glass Company en 1915. (c) www.processalimentaire.com

L’industrie du tabac a montré la voie, suivie de près par l’industrie alimentaire et des produits sucrés (dans laquelle la première a bien vite investi quand elle a senti le vent tourner pour elle). Le poids de la responsabilité, pour ces industries, repose clairement sur le consommateur. Selon leur communication, seul le comportement individuel est à même de mettre un frein et un terme à l’épidémie d’obésité, de diabète de type II et autres maladies liées au syndrome métabolique. Il est si simple d’être rai-son-nables! “Si vous êtes malades, c’est de votre faute, c’est que vous avez manqué de volonté!” Voilà le message que ces industries ont réussi à faire passer. En oubliant au passage que les produits du tabac sont addictifs (à cause de la nicotine) et que le sucre l’est tout autant. Or, une addiction ne se combat pas avec de la seule volonté, interrogez n’importe quel-le spécialiste de santé publique!

En matière de déchets, c’est pareil. Si tant d’emballages et de plastiques étouffent les rivières, les lacs, les mers et les océans, si la faune aquatique meurt d’en ingérer au quotidien, si au final nous les mangeons aussi en retour sous forme de microparticules, c’est de notre faute! Si nous n’avions pas jeté à tout vent tous ces emballages, il n’y aurait pas de problèmes environnementaux, notre santé ne serait pas mise en danger.

Cet albatros a été retrouvé la panse remplie de déchets plastiques…

Bons princes, les industriels de l’emballage – au lieu de se remettre en question – lancent de gigantesques opérations de nettoyage des plages… et de leur conscience.

Ainsi, Pack2Go Europe – les professionnels de l’emballage alimentaire – martèle que tout est question d’éducation. L’industrie de l’emballage a lancé l’association “Clean Europe Network”, qui nous organise des journées “Clean Up” où les stupides et seuls responsables – les consommateurs bien sûr – vont ramasser les déchets ici, là ou ailleurs. Pack2Gp Europe et Clean Europe Network sont logés à la même adresse à Bruxelles, et leurs sites internets sont quasiment identiques. L’enquête de Cash investigation de France 2 sur le plastique (“Plastique: la grande intox“) a découvert le pot aux roses.

Cette stratégie est celle du prestidigitateur: “regardez ma main droite!” pendant que le tour de magie s’opère dans la main gauche. “Aidons le consommateur à prendre ses responsabilités, et ainsi détournons le regard sur une autre cible que nous-mêmes!”. Voilà le message !

Avatar suisse du réseau “écolo” de l’industrie de l’emballage : IGSU

En Suisse, c’est aussi le message délivré par l’association IGSU ou Communauté d’intérêts Monde propre, un membre du réseau mis sur pied par l’industrie de l’emballage Clean Europe Network !

C’est simple: au lieu de participer à l’un de leurs prochains “Clean Up Day”, je préfère ramasser au jour le jour ce que je vois traîner sur la voie publique. Je fais ainsi ma part sans offrir un coup de pub gratuit et indirect à l’industrie de l’emballage qui s’achète une bonne conscience au passage. Car il est démontré qu’un déchet attire d’autres déchets. Voir un truc qui traîne nous “autorise” à jeter le nôtre en se disant: “bah, puisqu’il y en a déjà un…!”. Le film “Fenêtre sur déchets” du cinéaste italien Salvo Manzone, récemment projeté durant le Festival du Film Vert, l’a bien mis en images: à Palerme ou à Naples, il suffit d’un premier sac de détritus pour qu’une décharge sauvage se constitue très vite. En ramassant ce que vous voyez, vous êtes bien plus efficaces que de participer à ces actions de bonne conscience de l’industrie.

Mais bon, si le coeur vous dit de participer à une action collective et de sensibilisation, ce qui peut être sympa avec les enfants, préférez les actions “Coup de balai” que la Cosedec (Coopérative romande de sensibilisation à la gestion des déchets) organise avec votre commune.

Parce que finalement, qui donc les produit ces emballages plastiques? Ce n’est pas le consommateur! Le consommateur consomme le produit. Il ne peut être tenu responsable de son emballage. Si sa salade lui est vendue dans un emballage réutilisable, recyclable ou biodégradable, il va la consommer pareil que si elle est vendue en barquette plastique.

Rendez à César…

“Rendez à César ce qui appartient à César… et à Dieu ce qui est à Dieu!” a répondu un certain Jésus, que les Pharisiens avaient voulu piéger avec une question portant sur la conformité à la loi juive le fait de payer des impôts romains.

Une pièce de monnaie romaine à l’effigie de César

Pour paraphraser cet immense révolutionnaire à l’origine de notre culture judéo-chrétienne (dont les propos m’épatent à chaque fois que je les lis!), on peut dire aujourd’hui: “Rendez à l’industrie du plastique et de l’emballage la responsabilité de tous les ennuis que ces matières ont engendrés!”

Et fichons la paix aux consommateurs!