Plastiques: et si on faisait de l’hyperobéissance civile?

Même si on fait tout bien comme il faut, qu’on achète un maximum en vrac et qu’on fabrique sa lessive et ses savons, il est impossible d’éviter tout plastique dans ses achats quotidiens. Que faire alors? La RTS nous suggère une forme d’hyperobéissance civile: c’est le retour au distributeur! J’adhère!

Le 11 septembre dernier, l’émission A Bon Entendeur, de la RTS, faisait le point sur les plastiques et leur supposé recyclage. Seuls les bouteilles PET et leurs bouchons en PE, ainsi que les flacons en PEHD sont réellement recyclés et leurs matériaux réutilisés. Le reste est brûlé. Gaspillage de ressources, gaspillage des transports, gaspillage de temps, pollution (scories, mâchefers des usines d’incinération…), vous connaissez mon avis très tranché sur le soi-disant recyclage. C’est du downcycling, et pas du tout de l’économie circulaire. Et dire qu’on a substitué les bouteilles en verre réutilisées et leur consigne pour ce “progrès”… (soupir!).

Vous le savez, je fais ma part pour éviter de contribuer à la montagne de déchets à gérer par nos collectivités.

Coté courses, pour les légumes et les fruits, les oléagineux, les produits laitiers, la viande et le poisson, le thé et le café, j’amène mes sachets, mes contenants hermétiques ou mon bidon à lait au magasin où on me sert toujours avec le sourire, et parfois une petite ristourne pour l’emballage ainsi économisé. Les produits ménagers, je les fabrique, tout comme la plupart de mes produits d’hygiène et cosmétiques. Bref, je fais tout bien comme il faut, une bonne élève, quoi !

Une élève modèle… comme Hermione Granger!

Mes incoutournables

Pourtant, un constat s’impose : il m’est difficile, voire impossible, d’éviter toute matière plastique dans mes achats au quotidien. Mes incontournables, ce que je n’arrive pas à remplacer ou à éliminer se résument au bas mot à ça:

  • A moins de consommer des oranges venues de très loin quand on est hors saison de production en Europe ou en Afrique du nord, je préfère acheter des bouteilles de jus d’orange bio chez un grand distributeur pour ma famille, qui ne veut pas y renoncer.
  • Comme mon pain sans gluten fait maison est vraiment bon (sans me jeter des fleurs, ma recette de pain est vraiment excellente; elle est très largement appréciée de par le monde, en témoignent les lecteurs et lectrices de mon blog!), il ne fait pas de vieilles miettes! Pour assouvir les appétits de ma famille, il me faudrait en cuisiner tous les 3 jours au minimum. Et comme j’ai d’autres activités, je n’arrive pas à tenir le rythme. Donc j’achète du pain sans gluten en grande surface, toujours emballé en sachets plastique. Et aussi des pizzas sans gluten congelées…

    Pain sans gluten délicieux
  • J’adore la feta, le tofu, le lait de soja et le miso. Je fabrique du tofu à partir de graines de soja dépelliculé bio (et cultivé en France), mais c’est du job et du temps. Donc le plus souvent, j’en achète emballé. Idem avec le lait de soja, je l’achète en brique à boisson quand je n’ai pas le temps de le faire moi-même. Mais la feta ou le miso, ça, je n’y arriverai jamais, même si la confection de fromage végétal à tartiner sur une base d’oléagineux trempés n’a plus de secret pour moi.

    Cottage cheese végétal
  • Enfin, j’achète aussi les rouleaux de papier WC en grands sachets de plastique. Ils sont réutilisés par la suite, soit pour conserver des légumes au réfrigérateur, soit pour tapisser les rares poubelles qui subsistent chez nous. Je n’ai pas opté pour les distributeurs de rouleaux en grand format, comme dans les restaurants, même si les recharges sont vendues en carton recyclable. Mes toilettes sont trop petites… et ils sont moches.

Et bien sûr, quand l’emballage est véritablement recyclable, donc réutilisable à l’infini (boîtes de conserves, bocaux…), je ne boude pas mon plaisir de manger des sardines à l’huile, des olives et autres choses délicieuses, même si elles ne sont pas vendues en vrac.

Les sardines, c’est bon! Et c’est bon pour la santé! (crédit: La Belle Iloise)

Hyperobéissance civile

Alors que faire du plastique résiduel qu’on ne peut pas éviter? C’est tout simple: il faut le retourner au distributeur, comme le suggère A Bon Entendeur.

Les géants orange et les autres ont tous disposé dans leur enceinte des containers pour récupérer le PET-PE et le PEHD. Il y a aussi toujours une poubelle “normale” pour d’autres déchets.

Alors c’est simple : soit vous prenez 5 minutes à la fin de vos achats pour déballer les produits et laisser les emballages sur place. Soit vous le faites tranquillement à la maison. Dans ma cuisine, j’ai disposé un sac pour récupérer ces plastiques (propres). Et quand il est plein, je vais remplir la poubelle du supermarché à l’occasion de mes achats. J’ai déjà payé l’emballage une fois, je ne suis pas d’accord de payer une seconde fois pour son élimination.

Si chaque client-e des distributeurs fait pareil, ils crouleront bientôt sous la montagne de LEURS déchets. Ils prendront alors des mesures pour les éviter. Ils feront pression sur les fabricants (souvent eux-mêmes ou leurs filiales!) pour réintroduire la consigne sur des emballages réutilisables.

Et vous savez quoi ? Cette initiative existe déjà, c’est le projet LOOP, où se sont associés le distributeur français Carrefour et des marques de produits industriels, alimentaires, de nettoyage, et même d’hygiène. Cette idée de livrer en contenants réutilisables est en cours de déploiement en France et aux Etats-Unis.

En attendant qu’on se réveille aussi chez nous, l’hyperobéissance civile vaut le coup d’être adoptée !

Valérie Sandoz

Valérie Sandoz

Valérie est engagée sur la réduction des déchets à titre privé depuis des années. Elle est l'auteur de plusieurs guides, donne des conférences, des cours et anime des ateliers. Géographe et ethnologue de formation, elle interroge notre façon de consommer et partage ses découvertes. Adepte du «fait maison» (conserves alimentaires, lacto-fermentation, cosmétiques, produits de nettoyage, etc.), Valérie anime un blog personnel consacré à la cuisine sans gluten, à la réduction des déchets et du gaspillage et à un mode de vie simple et joyeux.

11 réponses à “Plastiques: et si on faisait de l’hyperobéissance civile?

      1. Je commande aussi chez Gebana. Je pose le carton sur le balcon emballé dans une couverture, les oranges restent parfaites pendant 2-3 semaines. Un très bon plan !

      2. Bonjour madame Sandoz

        Je viens de vous découvrir et appuie absolument votre vision des choses dans ce domaine particulier … j’y reviendrai … mais en ce qui a trait aux oranges … 13 kg … je ne puis imaginer que vous n’auriez pas pensé à l’achat … puis au partage avec vos proches de ce 13kg … d’où certainement une économie financière et de tous autres ordres … à bientôt 🎈

  1. Merci pour cette proposition qui a l’avantage de faire résistance sans violence! Au fait, savez-vous si le devoir que s’impose Migros de reprendre tous les emballages est juste une rumeur, ou si la directive existe bel et bien.

    1. Je suppose que la Migros a fait une info ou une directive interne. Car l’information a été relayée par la RTS dans l’émission A Bon Entendeur. Mais une internaute m’a aussi signalé qu’une vendeuse (mal informée?) lui avait dit qu’elle n’avait pas le droit de mettre ses gobelets de yaourt en plastique (nettoyés) dans leur poubelle de magasin. A voir, donc.
      Mais vous l’avez bien compris, l’important n’est pas d’être autorisé-e-s à redonner les déchets plastiques au distributeur! Il faut juste le faire, sans demander la permission! Arrêtons d’être trop bons élèves. Trop bons, trop c… dit le dicton!
      Et peut-être que l’avalanche de gobelets plastique à venir relancera la consigne, p. ex. les yaourts Toni, que l’on redonnait en magasin une fois le contenu consommé. Vous vous souvenez de cette époque? Ah les yaourts Toni, une icône! Qu’est-ce qu’on en a utilisé dans les écoles pour les bricolages, dans les ménages comme petites conserves…

  2. J’adhère à l’idée. Malheureusement, la réaction de certains supermarchés est de supprimer purement et simplement toutes les poubelles à proximité.

  3. Non, sérieusement ? Promouvoir loop dans une démarche de réduction des déchets ? Autrement dit, laisser carrefour, Nestlé et Coca-Cola s’occuper de l’écologie à notre place ?
    Il y a tellement d’alternative au tout emballage et tellement plus vertueux…

    1. Je ne ferai pas appel à Loop, pour ma part, en raison de l’hyper transformation des produits industriels et que rien n’est produit localement. Question de qualité alimentaire, de proximité et de survie du petit commerce indépendant. Mais on ne peut que constater que cette initiative réduit les déchets et les emballages pour les adeptes de marques, de ces produits. Et ça en fait du monde…!

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