Covid-19: Lettre ouverte à nos dirigeants

A nos chers dirigeants,

Au départ, je ne souhaitais pas parler du Covid-19, car je ne suis ni épidémiologiste, ni médecin, et encore moins responsable de santé publique. Mais, à force de privilégier l’économie au détriment de la santé publique, vous préférez mettre en danger nos concitoyens les plus vulnérables.

Gouverner, c’est prévoir. Ne rien prévoir, ce n’est pas gouverner, c’est courir à sa perte.

Emile de Girardin, Les cinquante-deux, 1849

Ces dernières semaines, je n’ai vu qu’imprévoyance et irresponsabilité, à l’image des réponses ridicules du Conseiller d’État vaudois Philippe Leuba. Bien sûr, rien ne sert de paniquer, mais votre attentisme accélère la propagation du virus alors qu’il eût fallu la ralentir au maximum. Le florilège des paradoxes serait trop long à lister, mais en voici quelques-uns :

L’on interdit les manifestations publiques, mais l’on approuve que les gens s’entassent dans les transports publics ou dans les bars. L’on souhaite protéger nos personnes les plus vulnérables, mais certains employeurs irresponsables exigent que de personnes à risque viennent sur leur place de travail. Sur un même lieu, vous avez une Université qui maintient ses cours, tandis que l’Ecole polytechnique adjacente suspend les cours ex cathedra au profit de cours en ligne. Des employeurs exigent la présence de leurs employés, alors qu’un travail à distance serait possible, peu contraignant et confinerait un nombre important de personnes à leur domicile. On interdit les voyages vers l’Italie, mais les frontaliers italiens peuvent allègrement traverser la frontière.

S’ajoute à la cacophonie ambiante, une communication désordonnée, en raison du fonctionnement de notre Etat fédéral. Votre attentisme diffusait lentement au sein de la population une angoisse grandissante, amenant les gens à se ruer dans les magasins ou dans les shops en ligne. Les gens ressentent quand on balbutie, quand on doute, quand on hésite. Vous balbutiez confusément des décisions sanitaires, par crainte des lobbies ? Par crainte d’une crise économique ? La peur vous a paralysé. Tout le monde, y compris les PME, attendaient quelques mouvements de vos lèvres, quelques sons de votre bouche. Ce n’est qu’en contenant l’épidémie que vous auriez rassuré, et vous auriez rassuré également si vous aviez annoncé un soutien fort à l’économie.

Pourtant, vous aviez l’exemple de la Chine, du Japon, de la Corée, puis de l’Italie. Cependant, votre fatuité enflant plus rapidement que votre intelligence, vous pensiez pouvoir ralentir la propagation du virus en prenant des mesures par paliers. Vous êtes finalement contaminé par un virus dangereux pour des politiciens : l’esprit d’escalier.

Bien sûr, aujourd’hui, vous allez annoncer des mesures drastiques, plus par imitation de nos voisins que par réelle conviction. C’est un peu tard, car vous avez déçu beaucoup de citoyens, beaucoup de vos électeurs, beaucoup de vos employés.  J’espère sincèrement que ces mesures pourront ralentir la propagation exponentielle du virus et que les pertes humaines seront limitées. A défaut, beaucoup vous tiendront pour responsables de ce désastre. Avec un peu de chance, ce virus ne sera pas si mortel que cela (c’est probablement le cas lorsqu’on prendra en compte l’ensemble des contaminés), mais imaginez un seul instant si le virus était encore plus dangereux… A force de sacrifier l’essentiel sanitaire à l’urgence économique, vous avez oublié l’urgence de l’essentiel sanitaire.

Dans l’espoir que cette crise vous ouvre un peu les yeux, je vous prie de croire néanmoins, chers dirigeants, à l’assurance de mes sentiments dévoués.

 

Valentin Conrad

Ville de Genève: L’UDC veut baisser le salaire des fonctionnaires

Dessin: V. Conrad

L’ergotage de l’UDC

On a pu lire récemment que l’UDC voulait baisser le salaire des fonctionnaires en Ville de Genève, relevant que la Ville offrait 3300 postes à temps-plein pour une masse salariale d’environ 500 millions de francs, soit 150’000 francs en moyenne par emploi. En 2016, au parlement fédéral, l’UDC déposa une motion pour réduire les salaires et les prestations sociales des fonctionnaires de la Confédération. La motion fut ensuite liquidée et la réponse du Conseil fédéral était la suivante:

Les conditions d’engagement de l’administration fédérale sont depuis toujours comparées régulièrement avec celles de grandes entreprises du secteur privé et d’autres employeurs de l’administration publique. En ce qui concerne le niveau salarial, la dernière étude comparative commandée par le Département fédéral des finances (DFF) en 2014 a confirmé les résultats de l’étude comparative complète des salaires réalisée en 2005. A partir des cadres moyens, les salaires médians versés par l’administration fédérale sont inférieurs à ceux versés par des entreprises comparables du secteur privé. Les différences s’accentuent lorsque l’on considère les cadres supérieurs et les cadres du plus haut niveau. (…). Seule la rémunération globale des collaborateurs des classes de salaire inférieures dépasse celle du secteur privé.

Plus récemment, c’est la Commission des finances du national qui a déposé une motion pour lutter contre la croissance des coûts en personnel. Selon elle, “la croissance continue et toujours aussi marquée du personnel fédéral doit cesser. Les dépenses de personnel sont passées de 4555 millions de francs en 2014 à 6039 millions pour le budget 2020. Par rapport au budget 2019, elles ont augmenté de 184 millions (+ 3,15 %).” Le Conseil fédéral juge plutôt que :

Un plafonnement strict dans le domaine du personnel n’est pas opportun pour les raisons suivantes: il empêcherait la flexibilité nécessaire dans la planification et l’utilisation des ressources dans le cadre des enveloppes budgétaires. Il serait trop rigide et pourrait entraver l’accomplissement des tâches dans certains domaines (migration, sécurité, par ex.). En outre, il rendrait impossibles les internalisations, même judicieuses sur le plan économique.

Les attaques contre les rémunérations des fonctionnaires se multiplient donc. Ces attaques sont-elles justifiées?

 

Quelques réponses chiffrées sur la rémunération des fonctionnaires

Prenons un premier graphique tiré des statistiques officielles de la Confédération (OFS):

On constate que les jugements hâtifs de l’UDC masquent certaines réalités. Si le secteur public rémunère en moyenne mieux ses employés, c’est avant tout parce que les administrations paient mieux les fonctions sans rôle d’encadrement, soit les employés avec un revenu plus modeste. Ensuite, comme souligné dans l’étude des Résultats de l’enquête sur la structure des salaires pour le secteur public à Genève: “la proportion de postes comportant des activités simples et répétitives est nettement moins élevée dans le secteur public (10,8 % des postes) que dans le secteur privé (27,5 %). Dans le secteur privé, ce type de poste se trouve principalement dans les activités de services administratifs, l’hébergement et la restauration et le commerce de détail, trois types d’activité qui représentent moins de 2 % des postes du secteur public.

A mon sens, la question de l’UDC est souvent mal posée, teintée de mauvaise foi, et inutilement stigmatisante. En revanche, et les chiffres semblent le démontrer, la croissance des postes dans le public est relativement importante. Un article du journal Le Temps en parlait déjà en 2016:

“Si l’industrie a dégringolé, le secteur public a, lui, littéralement enflé. C’est devenu la première catégorie d’emplois des Suisses, avec 738 402 d’entre eux qui y officient (…). Les statistiques de l’OFS ne déterminent toutefois pas la part précise qui revient au secteur public et celle qui vient du privé, comme des cliniques privés.

Avec une telle croissance des emplois, les administrations sont-elles plus efficaces? Les postes créés répondent-ils toujours à un besoin? Par ailleurs, le privé ne fait-il plus rêver?

 

Les administrations: toujours inefficaces mais pourtant attractives?

Il semble relativement difficile de démontrer par les chiffres l’efficacité d’une administration. Il faudrait d’abord se mettre d’accord sur des indicateurs clés de performance: choisirions-nous des indicateurs quantitatifs, qualitatifs, un mélange des deux? Ensuite, il conviendrait de mesurer ces indicateurs: avec quels outils et avec quel budget? Mesurer une performance requiert évidemment certaines dépenses.

Étant moi-même fonctionnaire, je constate qu’on est souvent prompt à sur-engager dans certaines fonctions ou dans certains services, ou à créer des couches hiérarchiques parfois inutiles.

Historiquement, une administration est structurée de façon pyramidale et organisée par un pouvoir essentiellement hiérarchique, inspiré de l’organisation militaire. Dès les années 90, certaines administrations se sont réorganisées, à l’instar de la Confédération. Ces mesures avaient pour but une augmentation de l’efficacité grâce à une simplification des processus et à l’élimination des doubles emplois. Parallèlement, l’on a créé des entités autonomes de droit public ou de droit privé chargées de tâches publiques spécifiques, dans un but de décentralisation, comme par exemple La Poste, les CFF ou encore la caisse de pension de la Confédération (PUBLICA).

Or, l’organisation hiérarchique ne permet pas toujours une gestion efficace des affaires courantes. Aujourd’hui, l’on tend davantage vers une organisation collaborative du travail. On passe gentiment du principe d’organisation verticale du travail à une organisation horizontale. A titre personnel, je pense que de nombreuses administrations fonctionnent encore essentiellement de manière verticale. Une organisation plus “agile” n’est pas la panacée, mais éviterait une trop grande rétention de l’information, une lourdeur procédurale, et une multiplication de couches hiérarchiques inutiles et coûteuses. Ensuite, la création d’entités décentralisées commandait que l’on surveillât ces établissements autonomes. Hormis peut-être à Genève où la Cour des comptes fait un travail intéressant, la surveillance opérée par le pouvoir central est parfois superficielle. On dirait parfois que c’est l’audité qui montre à l’auditeur ce qu’il doit analyser, tentant d’occulter certaines pratiques potentiellement contestables. Finalement, c’est l’État qui s’audite lui-même, avec parfois le risque de conflit d’intérêts. En définitive, en persistant avec certaines pratiques organisationnelles désuètes, l’État donne à ses détracteurs le bâton pour se faire battre. En effet, l’efficacité du travail est rarement un objectif. Pis, l’ivresse du pouvoir enivre certains cadres supérieurs, lesquels préfèrent gonfler le nombre de leurs subordonnés pour justifier de leur importance ou pour accroître le budget de leur service.

Pour ce qui concerne l’économie privée, l’on pourrait également questionner le modèle capitaliste. Non que je remette complètement le système en cause, mais je constate que les décisions stratégiques de certaines grandes entreprises est dictée par l’actionnariat et, par conséquent, par une logique de pure rentabilité. L’humain, la société, et la qualité des services passent au second plan. Les employés en pâtissent donc, de même que les clients dans certains cas. Les grandes entreprises s’intéressent au marché international et s’implantent en des lieux où la fiscalité est clémente et où le coût du travail est modeste. Au moindre soubresaut économique, au moindre changement fiscal, ou à la moindre revendication syndicale, elles peuvent s’en aller vers d’autres cieux plus rentables, car elles n’ont pas véritablement d’attaches nationales. Je pense que ce mode de fonctionnement ne fait plus forcément rêver les travailleurs: les vieux se font virer car trop chers, et les jeunes se font exploiter car inexpérimentés. Dès lors, pour trouver de la stabilité et un sens dans le travail, il n’est pas très étonnant que d’aucuns se tournent vers des emplois dont l’impact social ou sociétal est plus prégnant. Ce serait une erreur de mettre toutes les entreprises dans le même sac, mais l’attractivité d’une entreprise passe aussi par ce qu’elle peut donner en termes de stabilité sociale et de valeurs. Il ne suffit pas de peindre des valeurs futiles sur les murs de son entreprise, il faut pouvoir démontrer au quotidien la réalisation de ces valeurs. De même, il faudrait davantage intéresser les salariés lors de la définition de la stratégie d’entreprise… On en revient à une organisation plus agile du travail.

 

Conclusion

Pour conclure, après ces quelques digressions, je pense qu’il faut avant tout revoir l’organisation du travail dans les administrations publiques et, pourquoi pas, renforcer les contrôles et/ou confier ces contrôles à des personnes totalement indépendantes. Il ne sert à rien de critiquer continuellement le salaire des fonctionnaires. Voulez-vous des fonctionnaires mal payés, démotivés, incompétents, voire (davantage?) corrompus? Les compétences se paient. Il faut certes trouver leur juste rémunération car – et je ne l’oublie jamais – les fonctionnaires sont payés grâce en partie au travail de l’ensemble des contribuables: les éboueurs, les médecins ou avocats, les chefs d’entreprises, les mécaniciens, et les banquiers, tous triment à payer l’impôt. En outre, les efforts de transparence en matière salariale doivent progresser: certaines entités publiques ne communiquent pas librement sur le salaire de leurs employés. Surtout, il faut que le travail soit le plus efficace possible, sans tomber non plus dans une forme de fordisme exacerbé. Finalement, je trouve toujours assez drôle que l’on jalouse le salaire de certaines secrétaires du public. Ce n’est pas parce que le privé sous-paie, ou engage des frontaliers pour moins cher, que le public doit faire de même! A moins, que ce genre de discours cache une stratégie politique à quelques semaines d’élections à Genève 😉

Le Léman Express va-t-il dynamiser ou dynamiter Genève?

Genève, victime de son succès

A titre personnel, je pencherais pour la seconde hypothèse. Certes, l’économie genevoise se porte plutôt bien, à en croire les statistiques officielles. Le nombre d’emplois augmentent et les indices économiques sont plutôt au vert. Mais, depuis quelques semaines, les retards du Léman Express exaspèrent déjà les Genevois, et les cheminots sont déjà au bout du rouleau.

Comme beaucoup de centres urbains, et surtout comme beaucoup de villes à fort PIB, les villes comme Genève attirent beaucoup de monde. Sur les routes genevoises ou françaises, on ne peut que constater une dégradation croissante de la circulation. Il suffit de prendre sa voiture entre Annemasse et Genève pour s’en convaincre. Côté logement, la pression est toujours relativement forte, malgré les efforts de construction. Le taux de vacance au 1er juin 2019 se situait à 0.54%. Chiffre plus inquiétant encore, 14.4% des citoyens touchaient une aide sociale au sens large et ce chiffre est en constante augmentation depuis des années.

Tensions au sein de la Genève multiculturelle

Quant au sentiment de cohésion entre nouveaux arrivés et citoyens, il pourrait se dégrader encore – la discrimination du frontalier est tapie dans les entrailles de certains Genevois. Ce n’est pas nouveau, la société genevoise tend à devenir une société multiculturelle. Avec ces 40% d’étrangers, elle ferait pâlir Eric Zemmour, car la France compte officiellement seulement 6 à 8% d’étrangers en Métropole. Cet afflux crée indéniablement des tensions entre résidents et immigrés, car nos sociétés ne se construisent plus autour de valeurs communes mais plutôt autour d’une intégration essentiellement économique (et encore, pas pour tous les immigrés). Nous sommes encore loin du communautarisme à l’anglo-saxonne, mais on constate certaines similitudes. La communication entre communautés est difficile lorsque l’on ne parle pas une langue commune (près de 41% des étrangers à Genève ne parle pas le français comme langue principale). Pour ce qui concerne le Léman Express, on voit bien que l’expérience ferroviaire ainsi que la culture de transports sont diamétralement opposées entre Français et Suisses.

Ultra-urbanisation et densification: un échec?

Au-delà des chiffres, l’ultra-urbanisation de nos sociétés cumulée à la concentration de l’activité économique dans et autour des grandes villes crée inutilement une pression sur les infrastructures (qu’elles soient routières ou ferroviaires), sur les logements (que ce soit à Genève, dans le canton de Vaud, ou en France voisine), sur les finances publiques genevoises et françaises, ou sur le marché de l’emploi, sur le vivre-ensemble, voire même d’un point de vue sanitaire (Urbanisme et santé, Un guide de l’OMS pour un urbanisme centré sur les habitants, 2004). A mon avis, cette philosophie urbanistique nous mène vers une saturation de nos infrastructures, vers une dégradation de la santé des pendulaires et des habitants, et vers une inaccessibilité économique des villes. Par exemple, je suis totalement opposé à la densification des villes, qui représente selon moi une caractéristique de cette ultra-urbanisation. De même, le concept de villes intelligentes ou de végétalisation de l’espace urbain ne sont que des mesures cosmétiques pour masquer un problème plus important. Simultanément, les difficultés économiques des périphéries s’accroissent… Les votations genevoises du 9 février 2020 viennent plutôt confirmer ce point de vue (création d’une zone de développement 3 sur la commune de Meyrin refusée par 55% des votants).

Certes, l’exode rurale a débuté il y a bien longtemps, et une part croissante d’urbains cherchent à s’éloigner des centres-villes. Il ne suffit pas de construire en banlieue ou en périphérie des villes pour désengorger les mégapoles. A mon sens, il faut décentraliser nos activités économiques, urbaniser davantage nos périphéries, et créer un réseau de cités urbaines sur un territoire plus large en s’affranchissant du territoire cantonal ou national, tout en rationalisant certains comportements. Quelle absurdité de tous s’entasser dans des centres urbains, alors qu’il existe des villes ou villages presque désertiques. Quelle absurdité d’engager du personnel qui vit à plusieurs dizaines de kilomètre de son lieu de travail, alors que d’autres vivent à quelques kilomètres seulement. Parfois, dans une gare ou sur la route, l’on doit certainement croiser des personnes qui vivent là où l’on travaille et qui travaillent là on où vit. Quelle inconscience de refuser du télétravail à un travailleur au motif que certains ont abusé du système alors qu’il faudrait punir les abuseurs (et non l’ensemble des employés), ou parce qu’il vit de l’autre côté de la frontière (aujourd’hui la frontière physique est une fiction, alors que la frontière juridique et politique est un mur infranchissable). Quelle inconscience de toujours vouloir faire venir des multinationales sur son canton à tout prix, quitte à creuser encore le déficit budgétaire. Je pourrais continuer encore longtemps mes litanies sur l’inconscience de nos politiques. Le Léman Express est l’expression même d’une politique de croissance économique et démographique débouchant sur cette saturation que je condamne.

Pour conclure, le Léman Express ne résoudra aucun problème, car il veut en son centre Genève, alors qu’il eût fallu décentraliser le réseau. Peut-être que certaines routes seront désengorgées, mais je peux parier que le Léman Express sera lui assez rapidement bondé de monde d’ici cinq ans, rendant aussi insupportable les pérégrinations du frontalier que du Genevois. Cette vision politique de voir les choses accentuera encore un peu plus la saturation de nos infrastructures. Un jour, les gens en auront marre de payer pour vivre un enfer. Quand tout le monde sera parti, l’on pourra alors admirer ce que fût l’espoir du Grand Genève, un train poussiéreux et rouillé bloqué à quai, sans personne pour le faire avancer ou pour voyager.