Hommage à Uderzo

 

Albert Uderzo est décédé le 24 mars dernier, à l’âge de 92 ans. Il rejoint ainsi son compère René Goscinny, disparu en 1977. Les deux acolytes ont créé Astérix le 29 octobre 1959, soit il y a plus de 60 ans. Ils ont réussi à créer un véritable univers et des personnages devenus désormais immortels.

Le 9ème perd aujourd’hui un dessinateur génial. Comme relevé par un autre bloggeur, les influences d’Uderzo sont moins connues: “Son style fait encore figure d’anomalie magnifique, sans ascendance claire et sans descendance flagrante, dans le paysage de la bande dessinée francophone. (…) Si l’on veut chercher une des origines de la spécificité du style d’Uderzo, il faut plutôt chercher du côté des dessinateurs réalistes de l’âge d’or des comic strips américains, Alex Raymond en tête, Leonard Starr ou Stan Drake, entre autres, ensuite.”

Même si les bloggeurs du Temps ne sont pas vraiment autorisés à produire uniquement des dessins, je souhaitais tout de même rendre hommage à l’un des derniers “grands” de la bande dessinée. Ce sera sans doute mon dernier dessin ici afin de respecter au mieux la ligne éditoriale des blogs du Temps.

Ses personnages lui survivront, puisque la série a été reprise avec brio par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Quatre nouvels albums ont déjà vu le jour depuis 2015.

Ville de Genève: L’UDC veut baisser le salaire des fonctionnaires

Dessin: V. Conrad

L’ergotage de l’UDC

On a pu lire récemment que l’UDC voulait baisser le salaire des fonctionnaires en Ville de Genève, relevant que la Ville offrait 3300 postes à temps-plein pour une masse salariale d’environ 500 millions de francs, soit 150’000 francs en moyenne par emploi. En 2016, au parlement fédéral, l’UDC déposa une motion pour réduire les salaires et les prestations sociales des fonctionnaires de la Confédération. La motion fut ensuite liquidée et la réponse du Conseil fédéral était la suivante:

Les conditions d’engagement de l’administration fédérale sont depuis toujours comparées régulièrement avec celles de grandes entreprises du secteur privé et d’autres employeurs de l’administration publique. En ce qui concerne le niveau salarial, la dernière étude comparative commandée par le Département fédéral des finances (DFF) en 2014 a confirmé les résultats de l’étude comparative complète des salaires réalisée en 2005. A partir des cadres moyens, les salaires médians versés par l’administration fédérale sont inférieurs à ceux versés par des entreprises comparables du secteur privé. Les différences s’accentuent lorsque l’on considère les cadres supérieurs et les cadres du plus haut niveau. (…). Seule la rémunération globale des collaborateurs des classes de salaire inférieures dépasse celle du secteur privé.

Plus récemment, c’est la Commission des finances du national qui a déposé une motion pour lutter contre la croissance des coûts en personnel. Selon elle, “la croissance continue et toujours aussi marquée du personnel fédéral doit cesser. Les dépenses de personnel sont passées de 4555 millions de francs en 2014 à 6039 millions pour le budget 2020. Par rapport au budget 2019, elles ont augmenté de 184 millions (+ 3,15 %).” Le Conseil fédéral juge plutôt que :

Un plafonnement strict dans le domaine du personnel n’est pas opportun pour les raisons suivantes: il empêcherait la flexibilité nécessaire dans la planification et l’utilisation des ressources dans le cadre des enveloppes budgétaires. Il serait trop rigide et pourrait entraver l’accomplissement des tâches dans certains domaines (migration, sécurité, par ex.). En outre, il rendrait impossibles les internalisations, même judicieuses sur le plan économique.

Les attaques contre les rémunérations des fonctionnaires se multiplient donc. Ces attaques sont-elles justifiées?

 

Quelques réponses chiffrées sur la rémunération des fonctionnaires

Prenons un premier graphique tiré des statistiques officielles de la Confédération (OFS):

On constate que les jugements hâtifs de l’UDC masquent certaines réalités. Si le secteur public rémunère en moyenne mieux ses employés, c’est avant tout parce que les administrations paient mieux les fonctions sans rôle d’encadrement, soit les employés avec un revenu plus modeste. Ensuite, comme souligné dans l’étude des Résultats de l’enquête sur la structure des salaires pour le secteur public à Genève: “la proportion de postes comportant des activités simples et répétitives est nettement moins élevée dans le secteur public (10,8 % des postes) que dans le secteur privé (27,5 %). Dans le secteur privé, ce type de poste se trouve principalement dans les activités de services administratifs, l’hébergement et la restauration et le commerce de détail, trois types d’activité qui représentent moins de 2 % des postes du secteur public.

A mon sens, la question de l’UDC est souvent mal posée, teintée de mauvaise foi, et inutilement stigmatisante. En revanche, et les chiffres semblent le démontrer, la croissance des postes dans le public est relativement importante. Un article du journal Le Temps en parlait déjà en 2016:

“Si l’industrie a dégringolé, le secteur public a, lui, littéralement enflé. C’est devenu la première catégorie d’emplois des Suisses, avec 738 402 d’entre eux qui y officient (…). Les statistiques de l’OFS ne déterminent toutefois pas la part précise qui revient au secteur public et celle qui vient du privé, comme des cliniques privés.

Avec une telle croissance des emplois, les administrations sont-elles plus efficaces? Les postes créés répondent-ils toujours à un besoin? Par ailleurs, le privé ne fait-il plus rêver?

 

Les administrations: toujours inefficaces mais pourtant attractives?

Il semble relativement difficile de démontrer par les chiffres l’efficacité d’une administration. Il faudrait d’abord se mettre d’accord sur des indicateurs clés de performance: choisirions-nous des indicateurs quantitatifs, qualitatifs, un mélange des deux? Ensuite, il conviendrait de mesurer ces indicateurs: avec quels outils et avec quel budget? Mesurer une performance requiert évidemment certaines dépenses.

Étant moi-même fonctionnaire, je constate qu’on est souvent prompt à sur-engager dans certaines fonctions ou dans certains services, ou à créer des couches hiérarchiques parfois inutiles.

Historiquement, une administration est structurée de façon pyramidale et organisée par un pouvoir essentiellement hiérarchique, inspiré de l’organisation militaire. Dès les années 90, certaines administrations se sont réorganisées, à l’instar de la Confédération. Ces mesures avaient pour but une augmentation de l’efficacité grâce à une simplification des processus et à l’élimination des doubles emplois. Parallèlement, l’on a créé des entités autonomes de droit public ou de droit privé chargées de tâches publiques spécifiques, dans un but de décentralisation, comme par exemple La Poste, les CFF ou encore la caisse de pension de la Confédération (PUBLICA).

Or, l’organisation hiérarchique ne permet pas toujours une gestion efficace des affaires courantes. Aujourd’hui, l’on tend davantage vers une organisation collaborative du travail. On passe gentiment du principe d’organisation verticale du travail à une organisation horizontale. A titre personnel, je pense que de nombreuses administrations fonctionnent encore essentiellement de manière verticale. Une organisation plus “agile” n’est pas la panacée, mais éviterait une trop grande rétention de l’information, une lourdeur procédurale, et une multiplication de couches hiérarchiques inutiles et coûteuses. Ensuite, la création d’entités décentralisées commandait que l’on surveillât ces établissements autonomes. Hormis peut-être à Genève où la Cour des comptes fait un travail intéressant, la surveillance opérée par le pouvoir central est parfois superficielle. On dirait parfois que c’est l’audité qui montre à l’auditeur ce qu’il doit analyser, tentant d’occulter certaines pratiques potentiellement contestables. Finalement, c’est l’État qui s’audite lui-même, avec parfois le risque de conflit d’intérêts. En définitive, en persistant avec certaines pratiques organisationnelles désuètes, l’État donne à ses détracteurs le bâton pour se faire battre. En effet, l’efficacité du travail est rarement un objectif. Pis, l’ivresse du pouvoir enivre certains cadres supérieurs, lesquels préfèrent gonfler le nombre de leurs subordonnés pour justifier de leur importance ou pour accroître le budget de leur service.

Pour ce qui concerne l’économie privée, l’on pourrait également questionner le modèle capitaliste. Non que je remette complètement le système en cause, mais je constate que les décisions stratégiques de certaines grandes entreprises est dictée par l’actionnariat et, par conséquent, par une logique de pure rentabilité. L’humain, la société, et la qualité des services passent au second plan. Les employés en pâtissent donc, de même que les clients dans certains cas. Les grandes entreprises s’intéressent au marché international et s’implantent en des lieux où la fiscalité est clémente et où le coût du travail est modeste. Au moindre soubresaut économique, au moindre changement fiscal, ou à la moindre revendication syndicale, elles peuvent s’en aller vers d’autres cieux plus rentables, car elles n’ont pas véritablement d’attaches nationales. Je pense que ce mode de fonctionnement ne fait plus forcément rêver les travailleurs: les vieux se font virer car trop chers, et les jeunes se font exploiter car inexpérimentés. Dès lors, pour trouver de la stabilité et un sens dans le travail, il n’est pas très étonnant que d’aucuns se tournent vers des emplois dont l’impact social ou sociétal est plus prégnant. Ce serait une erreur de mettre toutes les entreprises dans le même sac, mais l’attractivité d’une entreprise passe aussi par ce qu’elle peut donner en termes de stabilité sociale et de valeurs. Il ne suffit pas de peindre des valeurs futiles sur les murs de son entreprise, il faut pouvoir démontrer au quotidien la réalisation de ces valeurs. De même, il faudrait davantage intéresser les salariés lors de la définition de la stratégie d’entreprise… On en revient à une organisation plus agile du travail.

 

Conclusion

Pour conclure, après ces quelques digressions, je pense qu’il faut avant tout revoir l’organisation du travail dans les administrations publiques et, pourquoi pas, renforcer les contrôles et/ou confier ces contrôles à des personnes totalement indépendantes. Il ne sert à rien de critiquer continuellement le salaire des fonctionnaires. Voulez-vous des fonctionnaires mal payés, démotivés, incompétents, voire (davantage?) corrompus? Les compétences se paient. Il faut certes trouver leur juste rémunération car – et je ne l’oublie jamais – les fonctionnaires sont payés grâce en partie au travail de l’ensemble des contribuables: les éboueurs, les médecins ou avocats, les chefs d’entreprises, les mécaniciens, et les banquiers, tous triment à payer l’impôt. En outre, les efforts de transparence en matière salariale doivent progresser: certaines entités publiques ne communiquent pas librement sur le salaire de leurs employés. Surtout, il faut que le travail soit le plus efficace possible, sans tomber non plus dans une forme de fordisme exacerbé. Finalement, je trouve toujours assez drôle que l’on jalouse le salaire de certaines secrétaires du public. Ce n’est pas parce que le privé sous-paie, ou engage des frontaliers pour moins cher, que le public doit faire de même! A moins, que ce genre de discours cache une stratégie politique à quelques semaines d’élections à Genève 😉