Le groupe africain pousse le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à adopter une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières

Les tensions raciales sont un sujet brûlant de l’actualité depuis la mort de Georges Floyd et la mobilisation internationale qu’elle a provoquée. Cette question a été longtemps occultée par les grands dirigeants de ce monde qui ont été pris à partie par de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme. Sur pression de ces dernières, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (CDH) a été obligé de prendre en compte la proposition du Groupe des pays africains d’organiser un débat urgent mercredi 17 juin dernier sur le racisme et les violences policières. Une grande avancée.

C’est assez rare pour être souligné. A travers leurs représentants présents à une séance au Conseil des Droits de l’Homme à Genève le mercredi dernier 17.06.2020, Les pays africains ont, pour une fois, brisé le silence, et pris leur courage à plusieurs mains pour dénoncer les violences, non seulement policières, mais aussi raciales, d’une manière générale, dont sont victimes les Noirs.

L’Afrique a donné l’impulsion et a été suivie par les autres pays, puisqu’un consensus général s’est dégagé pour porter cette question à l’ordre du jour des travaux de la 43ème session du Conseil qui avaient été suspendus 3 mois durant, à cause de la pandémie du Covid-19.

Les 47 pays de l’organe onusien, choqués par les événements de Minneapolis, se sont largement penchés sur la question et les débats ont été très émouvants. La partie africaine, emmenée par l’ambassadeur du Burkina-Faso à Genève, a clairement manifesté sa désapprobation des brutalités policières et a rappelé que « les événements tragiques du 25 mai 2020 à Minneapolis aux Etats-Unis, qui ont entraîné la mort de George Floyd, ont déclenché des protestations dans le monde entier contre l’injustice et la brutalité auxquelles les personnes d’ascendance africaine sont confrontées quotidiennement dans de nombreuses régions du monde ».  Au diplomate africain de poursuivre : « La mort de George Floyd n’est malheureusement pas un incident isolé ». L’ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies à Genève, M. Dieudonné Désiré Sougouri, a rappelé que « De nombreux cas antérieurs de personnes non armées d’ascendance africaine ayant subi le même sort en raison des violences policières incontrôlées sont légion », a-t-il ajouté, précisant que « malheureusement, le sort de ces nombreuses autres victimes n’a pas attiré l’attention, car ce qu’elles ont subi n’a pas été véhiculé sur les réseaux sociaux à la vue de tous ».

Il est vrai que dans tout le continent africain, la vidéo de la mort de Georges Floyd, a été très largement partagée sur les réseaux sociaux, atteignant même des records dans certains pays. La jeunesse africaine a joué un très grand rôle dans la diffusion de la vidéo, rappelant, fort justement, que ces violences, qui n’ont que trop duré, doivent cesser. Quelques rassemblements de jeunes au Sénégal ont apparemment fait leur effet. Des artistes et acteurs du monde culturel se sont unis pour lancer une campagne sous le nom « Africa For Black Lives », inspirée de photos largement partagées sur les réseaux sociaux. Les intellectuels africains ont aussi manifesté leur indignation. Certains d’entre eux demandent purement et simplement le déboulonnage des statues de personnages historiques qui ont joué un rôle dans l’esclavage des Noirs. Au Sénégal, par exemple, la statue de Faidherbe installée à Saint-Louis, est visée. Le quotidien burkinabé, Le Pays, résume bien l’amertume des Africains, à travers ces lignes : « Quand on sait que nombre de personnages historiques, à qui on a rendu hommage en érigeant à leur mémoire des monuments ou des statues, traînent un lourd passif, on ne peut que comprendre la colère des manifestants, estime le quotidien burkinabé. lls sont dans leur bon droit. Surtout que c’est l’apologie d’un passé douloureux qui est faite. (…) On ose donc espérer, s’exclame encore Le Pays, que le tollé mondial suscité par la mort de George Floyd permettra une prise de conscience des suprémacistes blancs et autres racistes qui restent encore nombreux aux États-Unis, en Europe et partout ailleurs. »

En Europe aussi, quelques symboles sont visés, comme les salles de l’Assemblée Nationale française qui glorifient Colbert. En Belgique, les statues de Léopold 2 ont été l’objet de nombreuses critiques, vu le funeste rôle joué par ce dernier au Congo. Une de ses statues a été déplacée après avoir été saccagée. En Angleterre, la statue du colonialiste Cecil Rhodes à Oxford sera bientôt déboulonnée, vu la pression grandissante des militants anti-racistes. Aux USA, le géant agroalimentaire Mars, propriétaire de la célèbre marque de riz Uncle Ben’s, a été contraint de retirer son logo au visage noir, évoquant l’image d’un fermier noir que la marque utilise depuis les années 1940

En Suisse, le Collectif pour la Mémoire s’est signalé à travers le lancement d’une pétition pour le retrait de la statue de David de Pury, connu notamment pour son rôle déterminant dans la déportation de quelques 50 000 Africains, principalement du Mozambique et de l’Angola, vers les Amériques.

Tout ceci a conduit les pays membres du Conseil à prendre leurs responsabilités pour faire avancer les choses. Ils se sont dits favorables à la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante, une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien, ou l’intervention israélienne contre la flottille d’aide à Gaza, en juin 2010.

Le groupe africain a proposé un projet de résolution qui sera peut-être adopté par les pays membres, même si le contraire est également possible. Mais l’espoir demeure, car une nouvelle mouture du texte est en cours de discussion et pourrait demander à la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet, «d’établir les faits et les circonstances relatives au racisme systémique, aux violations présumées du droit international en matière de droits de l’Homme et les mauvais traitements contre les Africains et les personnes d’origine africaine».

La Haut-Commissaire a condamné «les pratiques raciales discriminatoires et violentes des forces de l’ordre contre les Africains et les personnes d’origine africaine et le racisme endémique structurel du système pénal, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde».

Ces prises de position seront-elles suffisantes pour pousser le Conseil à se mettre d’accord sur le texte final ?

Quoi qu’il en soit, le groupe africain semble extrêmement déterminé à faire valoir ses droits car, comme l’a fait remarquer le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans une récente déclaration où il a signalé que «la simple condamnation des expressions et des actes de racisme ne suffit pas». Il faudrait aller plus loin pour lutter contre le racisme systémique dénoncé mercredi par Michelle Bachelet devant le Conseil des Droits de l’Homme. Mme Bachelet a notamment appelé les États concernés à «faire amende honorable» pour des siècles d’oppression des populations noires, avec «des excuses officielles» et des «réparations». Le groupe africain n’en attend pas moins. Le verdict tant attendu est tombé ce vendredi 19.06.2020. Le groupe africain vient d’obtenir l’adoption d’une résolution condamnant le racisme systémique ainsi que les violences des forces de police. Toutefois la résolution ne cite pas nommément les Etats-unis. Qu’importe. L’essentiel a été acquis. Bravo au groupe africain.

Tidiane Diouwara

Tidiane Diouwara

Tidiane Diouwara est journaliste RP et spécialiste des sciences de l’information. Il est titulaire d’une maîtrise universitaire en linguistique, d’un doctorat 3 ème cycle en sciences de l’information. Il est Directeur du CIPINA (www.cipina.org), une association spécialisée dans la promotion de l'image de l'Afrique. Il est également Conseiller diplomatique et expert des Droits de l'Homme.

Une réponse à “Le groupe africain pousse le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à adopter une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières

  1. bravo l’Afrique, mais il faudrait pousser a une refonte de l’ONU, si tant est que ce soit encore possible et que la CDH ait une fois existé!

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