Aimer Trump

Aimer Trump

Donald Trump, un personnage que beaucoup détestent et quelques-uns adulent. Comment l’aimer ? Et surtout, quelle idée saugrenue ! Pourquoi un psy voudrait qu’on se mette à aimer Trump ?

Au contraire, les psys sont pour ainsi dire unanimes à dire que le comportement de Trump est une menace pour le monde, comme le témoigne début 2017 une lettre de pétition pour engager une expertise psychiatrique à l’encontre de Trump, signé par d’éminents collègues.

Mais ce n’est pas le propos de cet article.

 

Le Trump en moi existe

Certains psys soutiennent qu’en tant qu’êtres humains nous avons toutes les personnalités possibles en nous. Carl Rogers disait même que la thérapie vise l’élargissement du concept du self, ce qui signifie en français la réalisation que je suis davantage que la personnalité que je crois être et qui me conditionne. En fait, la réalisation que j’ai toutes les personnalités en moi.

Mais Trump non, ce n’est pas possible voyons, arrêtez de blaguer.

Pour Hale et Sidra Stone, les qualités qui nous font réagir émotionnellement ou que nous surévaluons positivement nous donnent accès aux parties de nous reniées. D’une manière générale, nous avons des liens très négatifs et nous portons des jugements sur (ou sommes fascinés par) les personnes qui portent en elles nos différentes parties désavouées. « Quoi qu’il en soit, et vous pouvez en être sûr, la vie nous amènera à maintes reprises nos sois reniés jusqu’à ce que nous soyons capables de les revendiquer comme nôtres. »[1]

Et justement, Trump fait beaucoup réagir. On peut réagir à ce qu’il représente de menace de la survie de notre espèce ainsi que de notre planète, bien sûr (et ce serait une réaction tout à fait saine), et on peut aussi réagir à des parties de soi reniées que la personnalité de Trump permet de révéler. C’est le deuxième type de réaction qui nous intéresse ici.

 

Quelles parties reniées ?

En ce qui me concerne, j’ai toujours eu comme valeurs l’altruisme, l’empathie, l’amour inconditionnel. Trump symbolise pour moi l’exact opposé : la xénophobie, la misogynie, la haine pour la différence d’opinion, la perversion[2]. Si je regarde d’autres aspects du personnage, il a atteint une grande réussite financière et a su s’imposer dans un environnement de requins. Probablement que sa réussite financière et le fait d’avoir eu accès à des postes convoités de dirigeants sont directement en lien avec des compétences liées à la perversion : prendre sa place ou l’imposer, savoir se vendre, parfois mentir pour aboutir à ses fins.

Et parfois c’est vital de savoir prendre sa place et s’imposer. Si je me l’interdis, je n’aurai peut-être jamais accès à la réussite financière et aux postes de dirigeants, et bien avant ça j’aurai certainement de la peine à me faire respecter ou aurai tendance à fuir le conflit et/ou à me résigner. C’est en tout cas ce qui m’est arrivé durant une grande partie de ma vie, parce qu’un jour je me suis interdit de vivre ma colère et mon agressivité.

Trump me rappelle que je me suis engagé à accueillir toutes les parties en moi. Y compris l’agressif, le manipulateur, le pervers, l’opportuniste. Pour un thérapeute, c’est essentiel.

 

Embrasser les paradoxes

Carl Gustav Jung pensait aussi que tout contenu est projeté sur le monde extérieur, et que la réalisation de soi passe par la découverte et la mise en conscience de ces contenus. Le fait d’arrêter ces projections et d’assimiler nos paradoxes et nos contradictions (ce qu’il nomme individuation) devient alors le but du travail thérapeutique.

Carl Rogers parlait d’un élan naturel universel constructif visant à atteindre nos potentialités (ce qu’il nomme le processus d’actualisation). Lorsqu’une personne fait l’expérience d’un regard positif inconditionnel (une acceptation sans jugement) et d’empathie, elle développe de l’estime de soi et un regard positif inconditionnel sur toutes les parties d’elle-même.[3] La personne qui parvient à incarner l’authenticité, l’empathie et l’acceptation inconditionnelle permet donc à son interlocuteur de s’accepter dans son intégralité.

Ces parties de moi que je n’aime pas, est-ce que j’arrive à leur donner de l’empathie, de la reconnaissance, de la compréhension ? Est-ce que j’arrive à comprendre d’où viennent ma colère, ma jalousie, ma peur, mon rejet, ma convoitise ? Peut-être même les apprécier pour l’énergie qu’ils me donnent ? Les aimer, même ? Voire même les utiliser de manière constructive ? Paradoxalement, Rogers observait que l’accueil d’un trait de personnalité renié était le point de départ pour la modification de ce trait.

Aimer Trump ne signifie pas cautionner ses paroles et ses actes. Aimer Trump, c’est un défi pour moi-même : accueillir et permettre mes propres zones d’ombre, même leur donner de l’amour (au Trump en moi) afin de me découvrir plus vaste que je crois être.

 

Peutweet exemple

« Tous les sondages négatifs sont des faux, tout comme les sondages de CNN, ABC, NBC lors des élections. Désolé, les gens veulent des frontières sécurisées et un contrôle extrême. »

Lorsque j’ai lu ce commentaire de Trump, j’ai eu plusieurs réactions : je me suis senti en colère, triste, découragé, j’ai eu peur. En fait j’ai eu des réactions. Une partie de ces réactions est en lien avec ma propre histoire, en particulier avec une partie de moi que j’ai reniée : celle qui fait passer son opinion à n’importe quel coût et quelle que soit l’opinion des autres. Je peux la reconnaître, et aussi l’apprécier car parfois elle m’a été bénéfique, ainsi qu’à autrui, quand par exemple il y avait une urgence et qu’il était trop long et compliqué d’expliquer mon comportement.

Souvent, le fait de renier une partie de l’autre qui fait écho à une partie de soi est le résultat d’un amalgame entre deux intentions. Dans notre exemple, la réalisation que l’intention de Trump derrière son tweet (probablement d’augmenter son pouvoir et de nourrir sa personnalité) est différente de la mienne (contribuer au bien-être d’autrui, éviter un choix qui a des conséquences néfastes). Seuls les comportements sont identiques.

Le bénéfice d’être à l’aise avec une majorité de ses parties est d’être plus cohérent et moins réactif. Je peux ainsi observer la vie avec recul, sérénité et objectivité. C’est pour cette raison qu’il est si important pour une (un) thérapeute d’avoir cette conscience et cet accueil.

Et vous ? Quelle partie reniée Trump vient-il toucher chez vous ?

 

 

 

[1] Stone, H., Winkelman, S. (1993). Embracing Our Selves: The Voice Dialogue Manual. Nataraj Publishing (traduction libre)

[2] En psychologie et pour résumer, la perversion est le fait de considérer l’autre comme un objet utilitaire propre à la satisfaction de ses besoins

[3] À l’inverse, cette croissance naturelle est déviée quand la personne fait l’expérience d’une acceptation conditionnelle et/ou de l’absence d’empathie

Thomas Noyer

Thomas Noyer

Thomas Noyer travaille comme psychologue-psychothérapeute (adultes et couples) dans son cabinet privé à Neuchâtel et en cabinet médical à Lausanne. Il anime des groupes sur le masculin, les troubles alimentaires et les difficultés relationnelles. / Il contribue aussi à un blog collectif / Son site

8 réponses à “Aimer Trump

  1. Je n’ose imaginer les réactions outrées du camp du Bien si en lieu et place de Donald sur les photos que vous nous soumettez on avait pu voir Angela Merkel, Theresa May ou la lumineuse Ségolène Royale (cet insert français pour vous faire sourire et non pas pour la hisser au niveau des deux précédentes). Vos photos et leur caractère outrancier annulent l’effet de votre texte.

    1. J’ai choisi Trump pour la réactivité qu’il suscite habituellement; contrairement aux personnes que vous citez de “Bien” (un vaste sujet), c’était facile de trouver des images violentes et choquantes, car le personnage induit facilement une réaction. Le but que j’avais en choisissant de telles images était de souligner la réactivité qu’il suscite. Si vous observez bien, ces images sont au début du texte, lorsqu’il s’agit de menace planétaire et d’expertise psychiatrique. Il y a ensuite une image de lui en Bouddha lorsqu’il s’agit d’embrasser les paradoxes. J’espère avoir clarifié le message.

  2. Moi j’aime bien Trump parce que par ses propos il exprime mon antipathie pour la racaille journalistique et médiatique, idéologique, antipatriotique et gauchiste.

    Je trouve Trump un peu vulgaire et nouveau riche, mais sympathique par sa sincérité sans hypocrisie. Il y a tellement de faux-culs.

    Trump était déjà très connu depuis longtemps en tant que promoteur immobilier flamboyant, ancien play boy et homme de télévision. Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse de la politique, mais quand il s’est lancé, en disant m…. à l’establishment progressiste en leur disant: “Je n’ai pas besoin de vous, ni de votre argent. Je suis vraiment riche!”, j’ai immédiatement senti qu’il avait un certain génie et qu’il pouvait gagner, car tout simplement c’est le seul qui ose parler des réalités de la vie et non le langage du mensonge politiquement correct.

    Et il a un vrai charisme et une vraie présence. Cela n’est pas donné à tout le monde.

    Ceux qui le haïssent sont ceux qui l’envient, et qui savent qu’ils ne pourront jamais lui ressembler.

    1. Merci pour votre commentaire qui souligne bien pour moi l’ambivalence des sentiments face à la richesse et la complexité d’un personnage, quel qu’il soit, et la divergence d’opinions et de réactions face à une même personne, simple reflet de notre propre vécu.

  3. Les américains, comme les suisses, ont la chance d’avoir les politiciens qu’ils méritent. 🙂
    Ce qui n’est pas le cas de tous les peuples…!

    1. Je ne suis pas certain de saisir ce que vous entendez par “méritent”. Dans tous les cas, il me semble que Trump a une plus grande influence au-delà des frontières de son pays que les politiciens suisses.

      1. Ils peuvent les élire (au moins théoriquement de manière démocratique et même si le taux de votants est risible), ce qui n’est pas le cas de nombreux peuples du monde.
        (n’avait pas vu votre question avant, sorry)

        1. P.S. Quant à Trump, il a effectivement une puissance démesurée, à l’égale de la démission européenne, empêtrée dans ses intérêts co-financiers avec les US.
          Mais arrivent les chinois, les russes et bientôt les indiens, alors l’équation se complique.

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