COVID-19 : un crash test pour les ONG et pour les donateurs

Le sens du mot pandémie prend tout son sens à notre niveau, alors que les informations venant des plus de quarante projets dans une douzaine de pays soutenus par les philanthropes que nous accompagnons remontent. Les conséquences sur l’économie sont encore en train d’être évaluées, des plans de soutien aux entreprises proposés mais qu’en est-il du soutien aux ONG, de Suisse ou d’ailleurs, et, à travers elles, de l’aide aux plus démunis ?

Il est encore trop tôt pour tirer les leçons sur cette crise sanitaire, mais je souhaite partager ce que je constate au niveau de la réaction des ONG avec lesquelles mon équipe et moi-même travaillons et témoigner de la réalité vécue par les organisations de terrain.

Le principal élément qui apparaît est la grande réactivité des organisations qui viennent en aide aux plus démunis, l’enjeu principal étant de garder un lien avec leurs bénéficiaires. Pour la plus grande majorité d’entre elles, ce lien passe d’abord par internet et les différentes applications de messagerie.

Pour les organisations spécialisées dans l’éducation, certaines ont mis en place des cours en ligne et prêté des ordinateurs. C’est le cas en Suisse, avec l’Association 1951 qui peut ainsi poursuivre les formations à l’intégration des migrants.

D’autres programmes font face à des enjeux majeurs car ils proposent un ensemble de services qui sont directement impactés par les mesures de confinement. Pour Mlop Tapang, au Cambodge, le lien avec les communautés se fait par messagerie via les chefs des villages et par la mise à disposition de son centre médical en lien avec les autorités sanitaires.

Les plus réactives des organisations sont en train d’intégrer les mesures de prévention du COVID 19, dans leurs programmes : Waves for Change en Afrique du Sud va utiliser les gains de change pour financer cette activité ou l’association INSAN au Liban qui a tourné un petit clip de prévention qui sera envoyé aux réfugiés syriens par messagerie.

Ces quelques exemples illustrent la réactivité à très court terme des organisations, l’enjeu à long terme va se situer au niveau des donateurs qui vont devoir faire preuve de la même flexibilité et de leur sens des responsabilités pour accompagner les organisations une fois que la crise sera passée et que les activités pourront reprendre leur cours. Je recommande trois éléments à mettre en place rapidement pour les donateurs :

  •  maintenir une communication aussi fluide que possible afin d’ajuster les budgets des projets en cours à cette nouvelle situation et rassurer les équipes sur le terrain
  • faire preuve de flexibilité quant à l’attribution des fonds : pour les organisations l’enjeu est de pouvoir garder les équipes et de payer des salaires afin de poursuivre la prise en charge des bénéficiaires
  • mettre en place un fonds d’urgence afin de combler les pertes à venir pour les ONG pour les six prochains mois,

Le monde social est comme les PME face à cette situation de crise, et comme l’État, chaque donateur devrait mettre en place son plan Marshall afin d’être à la hauteur du défi et offrir à ses porteurs de projet ce qu’il y a de plus précieux en ces temps incertains : c’est-à-dire de la prévisibilité dans l’engagement, afin que les plus démunis puissent continuer à être aidés.

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Martial Paris

Associé gérant de WISE – philanthropy advisors, société qu’il a rejointe en 2008. Il conseille les individus et les fondations en ce qui concerne les projets d’identification, de planification stratégique, de gestion de fonds et d’évaluation d’impact. Il donne également des cours dans le cadre de formations en Suisse, en se basant sur ses diverses expériences de terrain notamment.

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