De l’influence et du financement des partis politiques

Dans les Etats démocratiques où la liberté d’opinion permet d’avoir une variété de partis politiques participant librement à la formation de l’opinion et aux élections, l’influence de ces partis peut être considérable.

Une influence électorale et médiatique, donc un pouvoir

Dans la mesure où ils soutiennent un ou des candidats lors des élections, les partis se procurent un accès au pouvoir.

En outre, à notre époque où la publicité et la visibilité médiatiques en général sont des moyens considérables d’influencer l’opinion, donc d’exercer un pouvoir sur les avis des personnes à travers les sentiments plus que par les idées, les partis politiques cherchent à s’assurer la meilleure couverture médiatique possible.

 

Campagnes électorales et couverture médiatique coûtent de plus en plus cher

Pour financer leur accès au pouvoir, les partis vont devoir récolter des fonds. Les candidats eux-mêmes sont d’ailleurs censés également faire ce genre de recherche – ce qui, entre nous, développe entre eux une atmosphère de concurrence commerciale extrêmement antipathique et peu favorable à l’esprit de service public. Chacun, parti et candidat, court « pour soi » afin de récolter le maximum de moyens financiers.

 

Si l’argent permet aux partis et aux candidats d’accéder au pouvoir puis de l’exercer, il peut être nécessaire de savoir d’où il vient

Il est légitime que des citoyens veuillent savoir d’où proviennent les fonds qui ont permis à leurs élus d’exercer le pouvoir. La nature humaine étant ce qu’elle est, il y a toujours un risque que celui qui paie souhaite tirer quelques avantages de son financement. En politique, ce risque est d’autant plus grand que le pouvoir acquis est plus considérable. Et pour cela, il importe de savoir qui exerce le pouvoir et quel pouvoir.

 

En Suisse, le pouvoir est extrêmement morcelé grâce au fédéralisme et au système collégial.

Quand on parle de pouvoir, il ne s’agit évidemment que du pouvoir de l’exécutif. Le législatif n’a pas de grands pouvoirs, en Suisse en tous les cas, à cause du droit de référendum qui représente incontestablement un frein au pouvoir parlementaire.

Mais l’exécutif lui-même n’a qu’un pouvoir restreint. D’abord, sur le plan fédéral, l’élection des conseillers fédéraux par le Parlement et non par le peuple est une première cause (bienvenue) d’affaiblissement du pouvoir en particulier d’ailleurs parce que cela supprime considérablement l’influence médiatique. En outre, la nature collégiale et le panachage politiques du Conseil fédéral freinent considérablement le pouvoir personnel.

L’existence ensuite des cantons et de leur propre exécutif, même si, malheureusement, l’indépendance des cantons s’amenuise, représente une fragmentation géographique et politique du pouvoir des exécutifs. Si l’on peut toujours déplorer – c’est mon cas – l’élection de l’exécutif cantonal ou communal par le peuple, car une telle élection confère beaucoup d’influence aux médias -la nature collégiale reste heureusement un excellent garde-fou.

 

En Suisse, le risque que le financement des partis ou des candidats limite leur liberté et les soumette à influence est donc bien moindre que lorsque l’élection concerne un président ou un chancelier très puissant, ayant besoin en outre d’une majorité pour gouverner.

Dans ces cas-là, il est indispensable de savoir qui a financé les élections car la personne élue et le ou les partis sur lesquels elle s’appuie ont un pouvoir très étendu. Cette différence d’avec le système suisse explique que nous n’ayons pas éprouvé et n’éprouvions pas forcément le besoin, en Suisse, d’enquêter sur le financement des partis. Nous ne sommes pas « meilleurs » au plan humain, nous sommes simplement différents.

 

Le cas particulier du financement du « sommet du climat »

D’aucuns se sont étonnés, voire fâchés que je puisse m’interroger sur l’origine du financement et de la planification du mouvement des 450 jeunes réunis à Lausanne la semaine dernière. Il faut se rendre compte que ce mouvement est constitué de personnes venues de 38 pays européens et cherche à exercer une influence médiatique avec des conséquences politiques. On a pu se rendre compte du poids de ce mouvement dans la presse, sur les écrans et aux réactions des responsables de partis et des candidats aux élections fédérales de cet automne. Il est donc parfaitement normal de se demander qui finance ou pilote un mouvement qui n’a aucun caractère « officiel » et qui prétend à une influence politique européenne, voire mondiale, depuis la plateforme helvétique.

Qui finance l’enthousiasme des 450 jeunes Européens réunis à Lausanne?

450 jeunes « de toute l’Europe » sont réunis à Lausanne depuis lundi dernier, donc pendant cinq jours. Ils sont tantôt appelés « grévistes du climat », tantôt désignés sous le vocable « sommet du climat ». Côté « grévistes », on ne sait pas très bien de quelle « grève » il peut s’agir puisque ce sont les vacances. Grève des vacances ? Pourquoi pas !

Côté « sommet », il me semble que c’est la base qui réagit mais une toute petite base : 450 personnes de toute l’Europe.

Cela dit, il est parfaitement compréhensible que des jeunes s’enthousiasment et se passionnent pour une cause et notamment celle du climat. Mais pour réunir, loger, nourrir 450 jeunes, il faut bien payer quelque chose. Qui finance une telle réunion et dans quel but ? Il est aussi légitime de se poser cette question que de se demander qui finance les partis politiques.

Qui a assuré l’organisation de cette rencontre ? Les simples réseaux sociaux suffisent pour provoquer un rassemblement d’un jour ou de quelques heures dans une ville. Mais pour assurer l’accueil, plusieurs jours de suite, de 450 personnes, il faut une vraie organisation avec des relais. Quelle est-elle ? Est-ce le GIEC ? Est-ce la famille de Greta Thunberg ? Qui organisera la réunion prévue du 20 au 27 septembre prochain au moment où le GIEC étudiera le rôle des océans sur le climat ?

Sachant la difficulté que représente la conclusion d’un accord international sur les mesures à prendre pour lutter contre le dérangement climatique mais aussi la charge considérable lancée contre les méthodes agricoles et alimentaires par certains milieux et notamment le GIEC, on aimerait vraiment savoir qui pilote le mouvement. C’est juste une question de transparence !

 

Un juge n’est pas chargé de représenter les idées du parti dont il est membre

L’affaire de la transmission des 40’000 noms des clients UBS et le jugement du Tribunal fédéral posent une nouvelle fois la question de l’appartenance officielle des juges à un parti politique. Et la réaction punitive de certains membres de l’UDC à l’égard du juge UDC qui a fait pencher la balance (3 contre 2) en faveur de la livraison des noms met tristement en évidence l’incapacité de certaines personnes à respecter l’indépendance des juges et à comprendre l’intérêt éventuel pour le justiciable de leur présentation par les partis politiques.

Indépendance totale des juges par rapport à leurs électeurs et à leur parti

Le juge n’a strictement aucune obligation quelconque à l’égard du parti qui l’a présenté ou des électeurs qui l’ont élu autre que d’utiliser ses compétences et de rendre la justice au plus près de sa conscience. Menacer un juge de ne pas le réélire parce qu’il n’a pas représenté les options de son parti lors d’un jugement est un acte totalement incompatible avec les principes de la séparation des pouvoirs et de la démocratie. Le juge qui, lors d’une audience publique, ose « faire pencher la balance » est une personne courageuse surtout s’il sait que le résultat du vote va déplaire à ceux qui l’ont élu. C’est sans doute une personne capable d’une grande honnêteté intellectuelle, ce qui ne signifie pas que son avis soit forcément juste. L’honnêteté intellectuelle n’est pas une protection absolue contre les erreurs, mais c’est en revanche une garantie d’indépendance et de recherche de la solution la moins injuste. A l’issue d’un procès, s’il y a un gagnant et un perdant, il est clair que le second va détester les juges qui lui ont donné tort. C’est humain. Et si l’issue du procès est politique, comme dans l’affaire UBS et les 40.000 noms, le parti politique qui aurait souhaité l’issue inverse est déçu voire fâché. Mais à aucun moment le moindre de ses membres n’a le droit de s’en prendre publiquement aux juges qui ont tranché dans le sens qui lui déplaît et encore moins si ce sont des juges du même parti.

Justification de la présentation des juges par des partis politiques

Alors qu’aucun juge n’a le droit d’utiliser sa fonction pour faire triompher les idées de son parti dans ses jugements, il est en revanche souhaitable que les justiciables puissent savoir quelle est la philosophie de la vie des juges devant lesquels ils doivent comparaître. L’appartenance à un parti politique correspond toujours plus ou moins à une tendance philosophique, à une certaine philosophie de la vie. Elle peut influencer l’interprétation des lois en toute honnêteté et la justice implique beaucoup d’interprétation des lois de la part des juges. C’est d’ailleurs souvent la volonté du législateur qui laisse un peu de flou pour s’en remettre à l’interprétation des juges dans les cas d’espèce. Si ces juges étaient désignés exclusivement sur la base de leurs compétences – toujours essentielles, naturellement – mais en toute ignorance de leurs convictions profondes, le justiciable ne pourrait jamais essayer de se défendre ou de se protéger en entrant dans la conception philosophique de ses juges puisqu’il l’ignorerait. Il serait éventuellement privé d’un des pans de la justice qui reste l’humanité des juges. Le risque pourrait exister que des tribunaux ne soient constitués que de juges partageant une même philosophie, ce qui pourrait bien conduire à des résultats très partiaux.

Il est souhaitable que les tribunaux soient composés de juges dont on sait qu’ils ont des philosophies de vie variées et la présentation par des partis politiques en est une sorte de garantie, mais à la condition que la situation soit parfaitement claire : Le juge ne doit absolument rien à son parti politique quand il exerce sa fonction.

Digne du guinness de la sottise!

Le Mur de la Réforme à Genève a été peinturluré pour la énième fois. Selon Le Temps du 24 juillet, « le Directeur du Musée de la Réforme ne se formalise pas des attaques récurrentes contre le mur des Réformateurs ». Il aurait déclaré : « Même s’il est évident qu’on ne peut tolérer sans autre de telles dégradations, un monument dans l’espace public est forcément exposé. Par ailleurs le protestantisme refuse la sacralisation ».

C’est un vrai tour de force que de parvenir à formuler deux aussi grosses sottises en aussi peu de mots.

D’abord dire qu’un monument dans l’espace public est forcément exposé, sous-entendu « aux déprédations », c’est entériner la déclaration de cette activiste antispéciste, à l’émission Temps présent du 7 juin, selon laquelle, si des vitrines avaient été caillassée par ses comparses, c’est parce que « les vitrines ont toujours couru ce risque : les vitrines cassées, ça fait partie du jeu ». En deux mots comme en cent : si vous voulez éviter des dégâts par des timbrés malotrus et fanatiques, ne mettez rien dans l’espace public ! Jolie perspective d’avenir. Elle a au moins l’avantage de supprimer toute question éventuelle d’éducation et de respect d’autrui.

Mais la seconde déclaration du Directeur du Musée de la Réforme, selon laquelle « le protestantisme refuse toute sacralisation », – affirmation parfaitement exacte ! – rayonne de sottise dans la mesure où elle a l’air de laisser entendre que seule une sacralisation d’un objet rendrait les déprédations inadmissibles. Poussé à l’extrême un tel raisonnement pourrait faire penser que le massacre de Charlie Hebdo serait admissible parce que la personne de Mahomet est sacralisée pour certains.

Toute déprédation volontaire d’un bien sis dans l’espace public est totalement inadmissible. Un  point c’est tout. Il y a simplement des cas, peut-être, où une fessée serait une peine suffisante, vu l’immaturité et l’infantilisme des auteurs.

Merci aux adultes de ne pas flatter cet infantilisme sous prétexte de tolérance !

La politique des villes ne doit surtout pas être fédérale

Il y a plusieurs années déjà, je ne sais plus quel parlementaire fédéral avait suggéré de consacrer un article de la Constitution fédérale aux grandes agglomérations. Par chance, l’idée n’avait pas eu de suite.

Mais à l’approche des élections fédérales, le PLR semble vouloir reprendre l’idée. Il me paraît nécessaire de la neutraliser dans l’œuf.

Les grandes villes connaissent toutes plus ou moins les mêmes problèmes

Surpopulation, densification, pauvreté de certaines classes sociales, parfois délinquance et scènes de drogue importantes, nécessité d’occuper la population oisive, développement culturel, circulation et transports publics, pour ne citer que quelques exemples, voilà des problèmes communs aux grandes agglomérations. Mais faudrait-il que la Confédération intervienne pour proposer, payer, puis peut-être imposer des solutions uniformes ?

Ma réponse est résolument NON.

Les villes sont des éléments constitutifs importants des cantons

Certains cantons sont plus urbains, d’autres plus ruraux, mais tous ceux qui ont des villes d’une certaine importance ont vu ou voient celles-ci jouer un rôle qui leur est propre et qui fait intimement partie de l’histoire locale. Il appartient à chaque canton de chercher l’équilibre nécessaire entre les autorités cantonales et les autorités de ses plus grands centres urbains. Il est essentiel à la vie et au développement de chaque canton que les difficultés et les particularités de ses centres urbains soient étudiées et réglées selon le « génie du lieu ». Une solution fédérale serait uniforme et risquerait d’être peu adaptée.

Elever les grandes villes au rang d’interlocuteurs directs de la Confédération constituerait une grave menace pour le fédéralisme

Cela équivaudrait à créer un nouvel échelon de décisions pardessus les frontières cantonales, ou à côté de celles-ci, complexifiant la vie économique culturelle et politique du Pays. Le fédéralisme est indispensable à la paix confédérale. Mais c’est une construction délicate qui ne saurait être « doublée » par un genre de « fédéralisme des villes » superposé à celui des cantons et immanquablement dans un rapport.de concurrence.

Si les cantons veulent conserver la maîtrise de leur existence politique, économique culturelle et sociale pour le plus grand bien de leur population, ils ont intérêt à prendre deux sortes de mesures : d’une part à être plus attentifs aux problèmes spécifiques de leurs grandes communes au lieu de voir déjà souvent en celles-ci des concurrentes, des menaces de leur pouvoir, d’autre part à se consulter les uns les autres pour chercher d’éventuelles solutions communes à leurs agglomérations.

Des partis fédéralistes feraient preuve de lucidité politique en travaillant à l’intérieur des cantons à l’élaboration de solutions locales aux problèmes urbains plutôt qu’en sollicitant Maman Confédération pour faire parler d’eux en période électorale fédérale.

Le partenariat enregistré pour tous

Que demandent les personnes qui s’aiment et qui désirent vivre ensemble ?

Elles veulent des garanties financières, successorales, en matière d’assurance sociale, de fiscalité et éventuellement de logement. Le partenariat enregistré peut parfaitement assurer toutes ces garanties – moyennant une adaptation du droit actuel, c’est-à-dire en particulier l’ouverture à tous, quelle que soit leur orientation sexuelle et peut-être encore quelques adaptations légales en matière fiscale et économique.

Le partenariat enregistré correspond parfaitement à ce que souhaitent aujourd’hui de nombreuses personnes qui désirent prendre réciproquement un engagement durable. C’est par excellence un engagement entre deux personnes qui souhaitent avoir l’une envers l’autre des droits précis et former une sorte de petite société simple reconnue comme telle par l’ensemble de la société. Cet engagement ne représente aucun pilier de la société. Il est conçu comme une affaire strictement privée et légitime.

Le mariage remplit une tout autre fonction.

Dès la plus haute antiquité, le mariage est envisagé comme une institution intéressant la société et la projection de celle-ci dans l’avenir. C’est la raison pour laquelle il a toujours été associé à la filiation. La filiation implique la naissance d’enfants et la transmission de patrimoines. Aucune naissance d’enfant n’est possible sans un homme et une femme à l’origine. Le mariage ne peut donc être qu’hétérosexuel. Certes, au fil des siècles, avec la démocratisation de la société, le mariage est aussi devenu une relation d’amour . Mais la société a continué de le considérer comme une sorte de garantie de survie. Elle se souhaite un avenir et veut savoir comment elle s’y projettera.

A la notion même de mariage est donc liée celle d’enfant.

Un enfant est une personne et a une identité propre. Cette identité, il la tient d’abord de son patrimoine génétique. Il a le droit absolu d’en connaître la provenance, aujourd’hui plus que jamais puisque la science facilite cette connaissance et que, de plus, sa santé peut en dépendre. D’ailleurs chaque être humain est toujours curieux de sa provenance, voire taraudé par la curiosité à ce sujet. Il sait très vite qu’il a un père et une mère génétiques. Lui faire croire le contraire est une tromperie. Un enfant peut parfaitement être élevé par une personne ou deux qui ne sont pas ses parents génétiques mais son état civil doit lui indiquer la vérité.

L’Etat n’a pas le droit d’établir sciemment un faux certificat d’état civil à un enfant pour faire plaisir aux adultes.

Le faux certificat officiel d’état civil le plus ancien est sans doute celui de l’enfant adopté au moyen d’une adoption dite plénière, c’est-à-dire ne mentionnant que le ou les parents adoptifs comme parents génétiques. Le mensonge pourrait parfaitement être évité par une adoption simple et ce, sans nuire le moins du monde à l’enfant. Dans ce cas, ce dernier resterait à l’état civil enfant de ses parents génétiques. Rien n’empêche le législateur d’organiser la prise en charge de l’enfant adoptif par ses parents adoptifs avec toutes les garanties accordées à un enfant de sang. Le certificat d’état civil n’a rien à voir avec l’amour parental.

Mais les faux les plus graves en matière d’état civil d’un enfant sont ceux où l’enfant est issu d’un don de sperme, d’ovule ou/et d’une mère porteuse. Son certificat d’état civil fait croire qu’il est issu des œuvres de ses parents d’intention avec lesquels il vit. L’Etat officialise la propriété de l’enfant commandé et quelquefois acheté par des parents d’intention. Il fait le jeu de tous ceux pour qui il y a un droit à l’enfant.

Il est temps de poser les questions éthiques concernant la filiation donc la procréation

L’enfant en est le seul véritable intéressé par la procréation, puisque c’est à elle qu’il doit de naître Sans procréation pas d’enfant et sans enfant plus de société.

Dans la mesure où « le mariage pour tous » est une négation du symbole sociétal fort de filiation que constitue l’institution du mariage, la société qui l’institue accrédite l’idée que l’enfant n’est qu’un accident de parcours, un objet détaché de l’homme et de la femme dont il provient, donc une chose certes nécessaire à la survie de la société mais à la disposition de qui peut se l’offrir. Affirmer cela n’est faire preuve ni d’homophobie, ni de fanatisme religieux ; il s’agit de rappeler la notion fondamentale de l’identité de l’être humain et de mettre en garde la société car elle est une société de mort quand elle ne veut pas y réfléchir.

La politique européenne suisse aux ordres des syndicats européens ?

Même si, en soi, le résultat n’est pas complètement déplaisant, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi le parti socialiste suisse et plus spécialement l’Union syndicale suisse sont tellement à cheval sur les mesures d’accompagnement donc opposés au contrat-cadre, tout en affirmant leur sympathie pour l’Union européenne. La réponse à cette question vient d’être donnée dans le Temps de vendredi 28 juin.

Dans son article intitulé « le socialisme est-il soluble dans l’Union européenne », M. Rennwald écrit à propos du contrat-cadre et des mesures  d’accompagnement, cause de l’opposition socialiste à la ratification: «Lâcher du lest sur ces mesures reviendrait à  déclencher une spirale de démantèlement social, en Suisse et en Europe. C’est ce que la plupart des syndicats européens ont compris, en demandant à l’Union syndicale suisse (USS) de ne pas reculer sur ce terrain, une position inverse pouvant avoir des conséquences négative dans tous les autres pays ».

On apprend donc que la politique suisse à l’égard de l’Union européenne est dictée par les syndicats suisse et européens et ce, aux fins d’influencer la politique sociale de l’Union européenne. C’est une information lourde de conséquences qui induit quelques questions :

  • Est-il normal que la politique suisse soit dictée par des syndicats étrangers et bradée par l’union syndicale suisse ?
  • Est-il normal que la démocratie directe soit instrumentalisée à des fins syndicales par une coalition helvético-européenne ? Car c’est bien à cause de la démocratie directe que l’union syndicale suisse a de l’influence, vu que c’est la perspective d’un échec du contrat-cadre en votation populaire qui retient le Conseil fédéral de le signer. Et c’est à cause de la démocratie directe helvétique que les syndicats européens voient une utilité importante de leur compagnonnage avec l’union syndicale suisse.
  • Le Conseil fédéral – en particulier ses membres socialistes – ont-ils conscience, voire connaissance de cette usurpation de pouvoir par l’Union syndicale suisse et les syndicats étrangers ?
  • L’Union européenne elle-même sait-elle que, dans certains domaines – par exemple en matière de politique sociale – elle n’a d’autre pouvoir que celui que les syndicats européens veulent bien lui laisser ? Sait-elle que les syndicats de ses Etats membres sont prêts à jouer contre elle en utilisant les institutions d’un pays non-membre pour faire de la résistance ?

La découverte qu’une coalition des syndicats par-dessus les frontières abuse de la démocratie directe   de notre Pays pour confisquer une partie de la politique étrangère suisse et de la politique sociale européenne ne manque pas de causer de lourdes inquiétudes pour l’avenir. Aucune confiance n’est plus possible en qui que ce soit.

 

 

Le sexe, l’orientation sexuelle, la religion doivent-ils être des atouts électoraux?

Je ne vais pas revenir sur la question du sexe qui implique la discussion des quotas, sujet éculé. En revanche, l’orientation sexuelle et la religion méritent un instant de réflexion.

On a souvent l’occasion de lire que tel personnage public est homosexuel et c’est volontiers mis en évidence et répété par les médias voire par la personne élue elle-même. Dans sa belle « grande interview » du dimanche 23 juin dans le Temps, M. Jean-François Roth, ancien conseiller d’Etat et conseiller aux Etats jurassien, a répondu à la question relative au fait qu’il n’avait pas fait allusion à sa vie privée avant la fin de son mandat en ces termes : « Je n’ai jamais eu une vie cachée, mais je n’ai pas voulu être le porte-drapeau d’une cause… En ce qui me concerne, j’ai toujours essayé de banaliser mon statut à ce sujet… ».

Le problème de la religion est pris sous un angle un peu différent dans l’article intéressant de M. Ahmed Ajil, intitulé « Islamophobie : une subtilité qui nous échappe », publié en p. 8 du Temps du mardi 25 juin. L’auteur note que la violence politico-idéologique peut être liée au « répertoire abondant d’images négatives » au sujet de « tout … Moyen-Oriental musulman qui ne saurait dissimuler son identité », alors qu’il y a une « quasi-absence d’images positives ». Il relève notamment un « manque de représentativité politique » en Suisse. On peut comprendre ce passage en ce sens qu’il faudrait par exemple que des candidats d’origine moyen-orientale sur des listes électorales annoncent leur appartenance religieuse afin d’en être le porte-drapeau.

La politique en général et plus spécialement une campagne électorale doivent-elles servir d’occasion de propagande pour une orientation sexuelle ou pour une religion ? La réponse n’est pas simple parce que – c’est avéré – les minorités ont besoin d’images positives d’elles-mêmes pour échapper à la tentation éventuelle de se radicaliser comme d’ailleurs pour faire admettre leur particularité par la société et échapper à un ostracisme haineux. Mais d’un autre côté, rien n’est plus propice à l’échauffement des esprits, voire au développement de l’hostilité à l’égard de la différence que le fait de brandir cette différence comme une sorte de « droit à un traitement spécial ».

Il me semble tout à fait souhaitable que les électeurs connaissent l’état civil (célibataire, marié, pacsé, parent) voire la religion ou la philosophie spirituelle des personnes candidates à une élection, car cela fait partie de leur identité ; cela peut indiquer leur connaissance particulière de telle ou telle difficulté de l’existence. En revanche, il est de la responsabilité tant des personnes candidates que des médias de ne pas ériger telle ou telle particularité en « atout électoral ». Le danger existe alors que la religion comme l’orientation sexuelle servent à la conquête du pouvoir et, pour la religion en particulier, c’est un danger historique et belliqueux.

 

 

Les pleurnicheuses les ont eus!

Ainsi, les parlementaires fédéraux ont introduit les quotas dans les conseils et les directions des SA ! Effet de la prétendue grève du 14 juin, paraît-il. Quelle déchéance !

Comment peut-on souhaiter, comme femme, être choisie sur la base de quotas et comment peut-on, comme parlementaire, introduire des quotas dans des entreprises privées ? Par chance, il n’y a pas de sanction prévue si les 30 ou 20 % de femmes ne sont pas atteints ! Sursaut d’intelligence qui fait encore pleurnicher certaines.

Pour être franche, je me demande parfois si, en introduisant les quotas dans les SA, les parlementaires (mâles) n’ont pas trouvé une manière de se moquer en sourdine des manifestantes du 14 juin au poing levé, voire, à Genève, aux seins nus.

  • Ah ! Vous voulez un droit à la nomination dans des postes dirigeants ? Hé bien, en fixant les quotas que vous réclamez, on privera pour des années les femmes les plus compétentes de la possibilité de penser qu’elles ont été choisies pour leurs compétences. Il leur faudra faire la preuve par neuf de leur capacité, ce que l’on n’exige jamais des hommes parce qu’ils ne subissent pas, eux, de quotas, sinon à l’envers, en étant exclus au profit de personnes du sexe dit faible pour lesquelles on ne sait pas la raison du choix dont elles ont profité.

D’aucunes se plaignent que, dans un poste à responsabilité, on exige et attend plus d’une femme que d’un homme ; c’est typiquement l’effet de l’esprit des quotas, que ceux-ci soient appliqués ou non. Pour justifier de son poste – dont on ignore à quel titre il a été accordé ! – il s’agit que la femme en place se montre parfaite. La jalousie des médiocres (hommes et femmes) triomphe.

Entre les parlementaires opportunistes qui ont voté oui à la modification de la SA pour ne pas perdre des électeurs/trices et ceux, machos, qui y ont vu une manière de se moquer discrètement des femmes en acceptant la demande de certaines d’entre elles, ce sera difficile de choisir lors de l’élection de cet automne. Peut-être y a-t-il eu quelques « non » sauvant l’honneur.

La valeur inestimable du travail domestique gratuit

Les tâches domestiques sont mises en évidence à l’occasion du 14 juin prochain. Serait-ce peut-être l’occasion de dire quelques vérités ?

Cela fait des années que je réagis systématiquement lorsque quelqu’un – tant homme que femme et beaucoup de jeunes personnes aussi – affirme sans sourciller que sa « mère » ou son « épouse » ou « telle femme » « ne travaille  pas » parce qu’elle est « femme au foyer ». J’ai, à chaque occasion, relevé qu’une femme au foyer n’arrêtait pas de travailler mais simplement qu’elle n’exerçait pas d’activité professionnelle lucrative. Nuance !…

Bien que munie d’une licence puis d’un doctorat en droit, je n’ai pas été élevée dans l’idée d’être une « femme de carrière » et je considérais que, si je me mariais et avais des enfants, ma première « carrière » serait d’être une bonne maîtresse de maison capable de rendre les siens heureux. Et comme chacun le sait, ce n’est pas facile tous les jours notamment lorsque les enfants sont petits. Mais exercer cette activité pour ceux que l’on aime comporte aussi maintes satisfactions. Et puis, lorsque le ménage et les tâches éducatives étaient trop « embêtantes », je me suis souvent dit que les hommes devaient « se taper » le service militaire qui leur « fichait en l’air » pas mal de semaines, et, pendant leurs études, pas mal de vacances, même s’il y avait aussi, apparemment, de bons moments, et que mon « activité domestique » était un peu mon « service à la communauté » puisqu’il évitait à la société de devoir prendre en charge notre ou nos enfants (en dehors naturellement de l’école obligatoire !). Bref, il y avait une sorte d’égalité des « corvées » entre tâches domestiques et service militaire obligatoire.

Mais lorsque j’ai dû, du jour au lendemain, prendre une activité professionnelle lucrative – et c’était pourtant dans des conditions privilégiées – je me suis soudain aperçue que je n’étais plus mon propre maître, chef d’une petite entreprise domestique, que j’avais perdu la liberté d’organiser mon travail comme je le voulais, que je dépendais d’un « employeur », que j’étais donc subordonnée à quelqu’un. Cette découverte-là m’a permis de mesurer ce qui fait peut-être, en tous les cas dans certaines familles, le privilège de la maîtresse de maison et mère de famille : elle est un chef d’entreprise indépendant. O certes ! Ses horaires sont dictés par ceux de sa famille, ses journées ne sont pas de 8 heures seulement ni ses semaines de cinq jours seulement, mais elle n’a pas de supérieur hiérarchique (dans les ménages heureux !).

Toutes les situations ne sont assurément pas les mêmes, toutes les responsabilités familiales ne sont pas égales, il y a des proches aidants, hommes et femmes, absolument admirables d’abnégation.  Que la journée du 14 juin soit l’occasion de rendre hommage à toutes celles et ceux qui dans l’ombre accomplissent leur tâche gratuite, de mesurer la valeur sociale et économique de leur immense travail, c’est magnifique. Mais que l’on réduise ce travail à une simple exclusion du marché pour inactivité, comme semble le dire, en rouge, en p. 13 du Temps du 11 juin, Mme Sepulveda, membre de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises qui aurait affirmé que « à l’échelle mondiale, on estime que 606 millions de femmes, soit 41 % des inactives, sont exclues du marché du travail en raison de leurs responsabilités familiales » c’est d’une petitesse d’esprit indigne de l’égalité.