Liberté d’expression ou pure grossièreté?

Emission Infra-Rouge de ce mercredi 14 avril sur RTS 1, au sujet  de la protection de l’environnement et notamment, avec M. Bertrand Piccard, des 1000 pistes pour stabiliser le combat climatique proposées par sa fondation Solar Impulse afin de traiter le réchauffement climatique « non pas comme un problème mais comme une opportunité de faire du profit», ainsi que le citait le Temps du 13 avril (p. 1).

A la fin du débat télévisé conduit par Alexi Favre viennent les quelques questions ou réactions des auditeurs récoltées pendant l’émission par une journaliste de la RTS. L’une des questions, adressée, celle-ci, à M. Piccard commençait en ces termes, lus par la journaliste responsable : « Si l’ego de M. Piccard produisait de l’énergie, nous n’aurions plus de problème d’approvisionnement ». Je laisse tomber la question proprement dite à laquelle M. Piccard a d’ailleurs répondu avec sa clarté et sa politesse habituelles, faisant l’impasse naturellement sur le début que je viens de citer. Or c’est précisément sur ce début que je voudrais revenir en posant les questions suivantes :

  • Était-il vraiment normal que la RTS transmette intégralement les propos parfaitement insultants de cet auditeur ou ne devait-elle pas les omettre et passer directement à la question proprement dite ? Quelle est la limite entre la liberté d’expression et la censure imposée par le respect d’une personne invitée à un débat télévisé, sachant en outre que les propos insultants ne constituaient pas la question elle-même mais n’en étaient que l’introduction ?

Il ne s’agit pas ici de lancer un procès public contre une journaliste ou contre la RTS, mais de se demander si un peu de bon sens ou de cœur ne suffirait pas parfois à éviter de confondre liberté d’expression et pure grossièreté.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

25 réponses à “Liberté d’expression ou pure grossièreté?

  1. Je ne perçois aucune injure dans cette citation parce qu’elle ne met aucunement en cause l’honnêteté de Monsieur Piccard. Il s’agit de l’opinion d’un téléspectateur sur le fonctionnement psychologique d’un homme qui s’expose volontairement au public. Celui qui s’expose publiquement au sujet d’affaires publiques en préconisant des solutions pour la société s’expose à la critique, y compris de son intellect ou de sa personnalité.

    1. Les « avis intelligents et dans le sujet » gagnent en valeur quand ils sont exprimés avec style, les comportements distingués ne sont pourtant pas un gage de sincérité, et les formules de politesse souvent exploitées en sens contraire du respect : « Cher Monsieur… » (avec le ton approprié). Je ne perçois ainsi pas les propos de l’auditeur comme étant une grave dérive, elle s’inscrit dans le climat habituel et toléré de la conforme hypocrisie. Je reprocherais plutôt aux responsables du déroulement de l’émission de profiter de ces spots, apparemment satisfaits du piment que cela pourrait apporter. Les journalistes du Temps ne font pas mieux, il suffit de voir les titres qu’ils trouvent pour attirer le regard, à la manière de l’emballage d’une pizza, et le contenu est parfois tout mince… Si l’auditeur avait déclaré : « Monsieur Piccard, j’ai le sentiment que vos actions sont guidées par le besoin de vous valoriser, mais peut-être n’est-ce pas défavorable pour le bien commun ? Excusez-moi si j’élargis le débat dans une direction que vous estimez sans intérêt… » Cela n’aurait pas été grossier, ni insultant, et le contenu aurait eu le même sens…

    2. En somme, il est normal que M. Piccard soit brutalisé dès lors qu’il portait en public une jupe trop courte!
      Merci Mme Sandoz de rappeler qu’il n’est pas NORMAL que les personnes publiques soient traitées comme de la chaire à colibets ou à insultes pures et simples.

  2. Manifestement la rédaction d’Infrarouge a opté pour de la « provocation à l’antenne » et espérer une réaction afin de faire le buzz. L’intelligence de la personne visée à permis d’éviter ce dérapage journalistique que je n’approuve pas. Une émission qui prétend contribuer à l’information du public n’est pas un jeu de cirque…..

  3. Il s’agit d’un bonbon afin que la prochaine fois le téléspectateur regarde à nouveau ces infrarouges tendancieux, biaisés et orientés. L’émission phare de la RTS, que chaque foyer subventionne à hauteur d’un franc par jour, n’a organisé aucun débat sérieux entre scientifiques sérieux qui ont des positions sérieusement opposées, sur les sujets sérieux du moment (vaccins, masques et confinement) qui coulent les humains, les entreprises et l’avenir des jeunes.

  4. Je suis entièrement d’accord avec vous une fois de plus. Si un média de grand public,bien suivi , commence à diffuser le ton mauvais, la bêtise grasse qui sort des réseaux sociaux , l’impolitesse, où on ne sait plus rire avec les humoristes , où on insulte une personne publique gratuitement juste pour faire mousser l’audience , où va-t-on ? Je regarde ce genre d’émission justement pour avoir un débat de qualité entre personnes d’avis différents mais néanmoins éduquées . Se cacher derrière un écran pour distiller des horreurs ne devrait être mis en avant par personne. Cautionner fait uniquement la pub et pas l’éducation hélas .

  5. De dire à Monsieur Picard il
    As un égo surdimensionnés ,le ne considère pas cela comme une insulte ,un peu de bon sens et de réalité. Je suis bien conscient que notre société fragile ne supporte aucune réflection un peu direct et franche. Dommages !!!!
    A force d enlever les petits cailloux qui sont sur notre chemin on finira par s’encoubler sur des pétales de rose

  6. Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse, disait Sénèque il y a deux mille ans. Où se trouve-donc la force de la RTS?

  7. C’est un trait d’humour certes un peu lourd mais comme le dit le dicton populaire: Il n’y a pas de fumée sans feu..

    Ou nul n’est prophète en son pays

  8. Je partage entièrement l’opinion de Madame Sandoz et certainement que M. Piccard suscite bien malgré lui la jalousie de certains téléspectateurs.

    M. Piccard a le mérite de ne pas être constamment dans un discours catastrophiste et il essaie avec tout son talent de trouver des pistes pour atténuer les problèmes écologistes que nous rencontrons actuellement. Certains défaitistes patentés feraient mieux de s’inspirer de son enthousiasme.

    C’est assez intéressant de constater que dans nos pays voisins, M. Piccard est admiré et plusieurs reportages ont été tournés sur lui et son équipe. Nul n’est prophète en son pays.

  9. Oui en effet, je n’avais pas vu l’émission jusqu’au bout mais cette atteinte à la personnalité de M. Piccard si sensible et raffiné m’aurait aussi choquée et peinée. C’est de l’ordre de la lâcheté de la part du téléspectateur anonyme de saisir cette occasion pour exprimer une impression, personnelle ou reprise d’une rumeur de carnotzet, vis-à-vis d’une icône dont les entreprises d’envergure sont gratifiantes pour son canton et pays, ayant accepté de débattre sur le plateau d’Infrarouge. Si l’on devait se passer de tous les ouvrages, inventions et créations artistiques issus de personnes pourvues d’ego, il n’y aurait pas de civilisation.

  10. Dans la forme, la déclaration de l’auditeur est moqueuse et offre une caricature de M. Piccard qui n’a rien de nouveau. La jalousie à l’égard d’un homme qui possède de multiples capacités, et qui en est tout à fait conscient, prend l’allure d’une provocation pour des personnes déçues de n’être pas parvenues à ce qu’elles voulaient. M. Piccard ne s’est pourtant pas approprié des petites étincelles de tous les esprits démunis pour devenir un grand soleil, mais voilà, il n’excelle pas dans l’art de donner l’image d’une personne humble, et ce n’est apparemment pas son souci. Un jour, il a répondu à une personne qui lui reprochait de demander 10’000 francs pour une courte conférence donnée à une association disposant de moyens limités : « Que voulez-vous, il est possible de trouver moins cher, mais une Mercedes ne se paye pas au prix d’une 2CV ». Mais (paradoxalement ?) c’est aussi l’homme qui s’est investi pour venir en aide aux enfants atteints du Noma, et il peut avoir soutenu d’autres causes que nous ignorons…

    L’auditeur qui a exprimé son mal-être publiquement serait certainement ravi s’il pouvait aller serrer la main de Copernic, dont un commentateur a fourni une citation il y a peu : « Je n’ai jamais rencontré d’homme si ignorant qu’il n’eût quelque chose à m’apprendre ». Les seigneurs de la science ne bâtissent pas tous leur royaume avec les mêmes pierres, et ne félicitent pas le maçon de la même manière. L’un invitera celui-ci à boire une bière au coin de la table, l’autre lui remettra un bon pourboire dans une enveloppe, avant de refermer la porte pour aller déboucher un grand vin à partager avec ses amis. Ces différents comportements sont, à des échelles différentes, ceux de tout le monde : on ne peut pas tout partager, richesse et curiosité intellectuelle ne peuvent s’acquérir même après avoir réussi à remplir sa crousille à ras bord en récurant le sol tous les jours, mais il faut quand même reconnaître qu’à travail égal le doué d’esprit remplira sa crousille plus vite. Le sentiment d’envie est humain, avec toutes les questions qu’il génère : « Pourquoi l’autre a-t-il de la chance et pas moi ?.. Même au Lotto je n’ai pas de chance ! » Oui, la chance existe aussi un peu, et certains n’en ont pas beaucoup au départ. S’ils parviennent à faire beaucoup avec ce peu, ils sont félicités parce qu’ils « le méritent bien ». Cette notion de « justice » permet de mieux se conforter dans sa propre vie, en ignorant ceux qui n’ont vraiment rien au départ : leur malchance est d’être né à tel endroit en tel moment, ils ne font l’objet d’aucune envie, ne contrarient personne, et même ne manquent souvent pas de respect.

    Faut-il secourir M.Piccard, victime de propos dévalorisants et injustes à son égard ? Je pense que celui-ci ne le demande pas, même si le geste est honorable peut être perçu agréable. Combien de fois, Madame Sandoz, avez-vous montré votre indépendance en réaction à des commentateurs qui vous traitent de manière moins que courtoise ou distinguée, sans les censurer… Manifester votre bon cœur pour un homme fort pourvu d’une brillante et solide armure est beau, et finalement tant mieux, cela me change des débats d’idées où la raison se heurte aux sentiments.

  11. Il y a dans cette la question emise par un auditeur, aucune grossierte ou injure. Il n’est pas obligatoire d’etre beat d’admiration quand M. Piccard fait des propositions.
    Dans la lutte contre le rechauffement climatique, nous avons helas passe l’etape des “petits gestes” “des symboles”. Il ne suffira pas d’eteindre la lumiere en sortant d’une chambre, pour sauver la planete.
    Vouloir a tout prix menager n’economie et l’industrie “en parlant comme eux” n’amenera rien de bon, sauf a vouloir continuer dans le status quo. Au point ou nous en sommes, la politique du petit pas nous fait aller droit dans le mur.
    La solution au probleme passe par des decisions bien plus audacieuses.
    Pour en revenir au sujet qui vous taraude, je pense que le telespectateur est en droit de critiquer poliment M. Piccard, meme si celui-ci a fait un beau tour complet de la terre en ballon et a fait le meme tour dans un avion qui ne sera jamais utiliser par un grand nombre de gens. On peut aussi se poser des questions sur la vacuite de certains exploits.

  12. Que celui qui critique de cette façon puérile Monsieur Piccard prouve qu’il fait mieux avec son égo ….
    Monsieur Picard a la passion de ce qu’il fait, de ce qu’il ose proposer, même si tout n’est pas au goût de tous, il a au moins le crédit de ce qu’il a réalisé dans le passé !
    Même si je ne peux pas être tout le temps d’accord avec ce qu’il défend, il a bien plus de crédit qu’un petit fonctionnaire ou d’un politicien tel qu’on en connait tellement en Suisse dont le seul fait remarquable est celui de ne jamais prendre de risque de peur de perde son fauteuil douillet ou son oreiller de paresse.
    Il propose plus de solutions en une heure dans cette émission sur le sujet de l’écologie comparativement à ce que peut proposer le parti des VERTS qui eux sur ce sujet ne proposent que des taxes depuis toujours!
    Lui ne mérite pas la grossièreté !

    1. Je tiens à rappeler que Bertrand Piccard défend l’application d’une taxe carbone sur le secteur aérien. Si jamais. Il a ajouté que: “tout le CO2 qui n’est pas éliminé doit être compensé dans le prix du billet.” et aussi que “Il faut revenir à un certain bon sens où on inclut le prix des externalités dans ce qu’on achète. Ce n’est pas normal d’acheter un téléphone sans en payer le coût du recyclage, idem pour l’avion. Il faut payer le CO2 produit.”

      Au final il est plus vert libéral que vert mais c’est tout.

  13. Critiquer l’égo (à mon sens avéré) de M. Piccard, en quoi est-ce une insulte ? C’est certes peu élégant, mais en aucun cas un délit.

  14. Il serait temps que la RTS instaure un code de conduite concernant les interviews effectués pas ses journalistes. Le dérapage de Madame Jennifer Covo malmenant un Conseiller fédéral aurait dû faire stopper ce genre de situation intolérable.

  15. Personnellement j’ai beaucoup de respect pour M. Piccard, ses idées et son travail. Néanmoins j’ai trouvé cette remarque pertinente, voire amusante et pas du tout grossière. En outre la RTS n’a fait que transmettre le sentiment de nombreux téléspectateurs.

  16. Si la droite commence à demander aux journalistes de ne plus montrer le réel, mais de l’édulcorer pour la faire correspondre aux dogmes du camp du bien…

    Où sont nos libertés ?

  17. Chère Suzette Sandoz,
    Votre réaction au sujet de l’affaire Bertrand Piccard est légitime. Il faut ainsi tirer de temps à autre la sonnette d’alarme, surtout auprès de la RTS… Albert Camus disait, je ne veux pas refaire le monde, mais simplement empêcher qu’il ne se défasse.
    On a inventé récemment ce mot de “complotisme”, mais c’est en réalité un anarchisme sous une nouvelle étiquette ? Que pensez-vous de cela ?
    Mes meilleures salutations:

    1. Est-ce de l’anarchisme sous une nouvelle étiquette ou l’expression d’un mépris profond pour ce qui pourrait se singulariser par rapport à la doxa? Je vais y réfléchir.
      Bien à vous.

  18. J’ai trouvé cette question hilarante et tellement juste. …
    Monsieur Borschberg ne s’y est pas trompé car les deux ne s’adressent plus la parole depuis longtemps.

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