Retour de l’éthique en économie?

M. Klaus Schwab, fondateur du WEF, aurait indiqué hier son désir de voir l’économie se préoccuper d’éthique, si j’en crois les nouvelles d’hier soir. Merci et bravo ! Ce serait le premier pas vers un véritable avenir de nos relations avec l’UE.

A mon avis, le Conseil fédéral a senti le vent en décidant la consultation nationale relative au traité institutionnel. Jusqu’à présent, les discussions entre la Suisse et l’UE ne portaient que sur des questions économiques. Mais en touchant aux institutions d’une part et au problème du dumping d’autre part, le traité touchait soudain à autre chose qu’à de strictes questions économiques. En effet, les institutions ne concernent pas l’économie exclusivement, mais d’abord et fondamentalement la constitution. Or la constitution d’un peuple, c’est un petit peu de son âme. C’est donc notamment un sujet empreint d’éthique et non pas exclusivement d’argent. Il est juste de consulter les citoyens quand il est question d’éthique car celle-ci est le résultat de la somme des valeurs chères à chaque citoyen et non pas seulement à une catégorie de personnes compétentes en matière économique.

Et puis, quand on parle de dumping, on parle certes d’un problème économique et salarial, mais le dumping est le résultat d’un manque d’éthique du monde économique. Il est donc juste de demander à l’ensemble des citoyens jusqu’où on peut aller dans le manque d’éthique sous prétexte de relations économiques.

A la fin des discussions économiques avec l’UE, le Conseil fédéral a eu l’intelligence – et merci à M. Levrat de l’avoir soutenu, peut-être inconsciemment – de montrer que la suite de la discussion changeait de domaine et passait à un autre plan, celui de l’éthique. Vu la dimension éthique de la démocratie directe helvétique, il fallait reprendre les discussions sur ce nouveau plan et, l’UE ignorant naturellement les exigences de la démocratie directe, il fallait aussi lui montrer ces exigences.

Si l’UE veut indiquer qu’elle est, elle aussi, sensible aux questions éthiques et non pas seulement aux questions économiques, elle peut reprendre les discussions avec la Suisse, pour ce motif, et sans que personne perde la face, bien au contraire.

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

7 réponses à “Retour de l’éthique en économie?

  1. Je crois que vous seriez très naïve, chère madame Sandoz, si vous preniez pour bon argent cette soudaine vogue de l”’éthique” chez les personnages comme Klaus Schwab, qui ne sont pas des entrepreneurs mais des organisateurs de meetings à grand spectacle pour mettre en scène à l’usage du bon peuple le passage à une gouvernance globale sous l’égide des grandes multinationales, disons des agents de relations publiques et larbins supérieurs. Ne vous imaginez pas un instant que cela annonce un retour salutaires aux bonnes vieilles valeurs morales bourgeoises ni à l’éthique protestante qui animaient les gens d’affaires autrefois.

    Pas du tout. C’est simplement que tout ce beau monde a senti le vent du boulet. Ils se sont senti accusés d’exploiter les pauvres gens au delà de toute mesure et ils se disent qu’un peu d’hypocrisie ne saurait nuire. Ils vont donc nous jouer la comédie de l”’éthique”.

    Je n’en crois pas un mot. Le seul résultat sera d’en remettre une couche sur toutes ces procédures de compliance etc., qui ne servent qu’à empêcher les entrepreneurs, les vrais, de réussir leurs affaires. Cela rend presque impossible le développement des entreprises, à l’exception, bien entendu des immenses multinationales qui entretiennent des armées de juristes pour s’occuper de toutes ces procédures hypocrites et qui ne servent à rien. C’est du parasitisme qui stérilise la vie économique et n’a aucune valeur morale.

    Si l’on passait au crible les actes de ces grands fondateurs d’entreprises qui ont créé la grande industrie suisse, la grande finance et le grand négoce suisse au XIXe et au début du XXe siècles, les Sulzer, Escher, Wyss, Rieter, Boveri, Firmenich, Sandoz, Geigy, Pictet, Ferrier, Lullin, Diethelm, Keller, Sieber, Hegner, Schwarzenbach, André, Demaurex & Cie, on s’apercevrait qu’ils ne passeraient pas l’examen selon les critères d’éthiques actuels. Ils prenaient des accommodements avec la morale dans un monde des affaires, qui heureusement pour eux, n’était pas aussi réglementé qu’aujourd’hui. A l’époque régnait ce que l’on appelait la “morale des affaires”, dont on aurait pu dire en paraphrasant Clemenceau, qu’elle était à la morale ce que la musique militaire est à la musique. Mais ils avaient une certaine décence, quoiqu’étant des requins, que les boss des multinationales actuelles qui se goinfrent avec l’argent des autres, n’ont pas.

    Ces employés supérieurs que sont les cadres payés à coups de dizaines de millions des grandes multinationales, qui ne prennent aucun risque avec leur propre argent, et qui se pavanent à Davos, respectent une éthique hypocrite, qui consiste uniquement dans l’application de procédures et des règles formelles sans aucune valeur morale en réalité.

    Donc nous avons affaire là tout simplement à un mensonge de plus dans le langage politiquement correct orwellien qui est la langue du nouvel ordre mondial.

    Ne tombez pas dans ce piège svp.

  2. Mes félicitations au Gnome de Zurich, qui a tout compris et le dit avec talent. Il est dommage de cacher la morale (racine latine) sous l’éthique (racine grecque), alors que ces deux termes sont synonymes; cela juste pour faire plaisir à ceux qui craignent la morale et ne la pratiquent évidemment pas.

  3. Même si j’aime cultiver ma naïveté , comme Mme Sandoz, en forme d’espoir en la nature humaine, je crains que “Gnome de Zurich” a raison. La majorité de la société actuelle ne semble pas connaître le sens de ce mot , alors le mettre en pratique ?!!!!!
    Et cela a tous les niveaux. les “Puissants ” n’ont pas besoin de cultiver leur valeur d’exemple !
    On a , à l’échelle de l’individu, une notion d’éthique que l’on écoute……ou…..pas
    Il faut remettre àl’école l’enseignement de tous ces concepts “pas productifs”= politesse, comportement en société , discipline , éthique, moralité, responsabilité, civisme !
    Parasité par le smartphone, le stress du temps, l’éducation parentale , sur ces sujets, est souvent absente.
    Les écoliers de ce jour font les décideurs de demain. Faire des rappels en formation continue en Entreprise par des cours externes.
    Et pour donner du sens: mesurer l’éthique du comportement des Entreprises (interne,externe) et les publier. Beaucoup ont une Chartre, une suite de jolis mots .La mise en pratique n’est pas toujours à la hauteur.

  4. Globalement d’accord, mais l’éthique est… l’éthique, que ce soit en économie (cf. titre) ou en politique (cf. Madame Sandoz, bête politique), tout comme en environnement, ou en migration et en social, non?

    (Mais peut-être quelque sémantique m’aurait échappé?)

    P.S. Même si le WEF est le lobbyiste des hypermultimondiaux, il faut laisser au Dr. Schwab un grand talent.

  5. La finesse des accords cadre prêts à signer avec l’UE ne touche vraisemblablement pas les commentateurs ci-dessus, pourtant sujet du débat touchant le peuple dans ses derniers retranchements. Les diplomates j’espère prendront le relais des économistes pour persuader l’UE à adjoindre à l’accord une petite phrase assurant le respect de l’UE envers notre constitution. Les temps changent et les mentalités aussi.

    1. Cher Hervé,

      ” Ce que l’on conçoit bien, s’énonce aisément”
      (Boileau)

      Alors, merci de vos commentaires plus précis et sans rancune.
      (notez que j’ai bien compris que l’Europe va s’aplatir devant la Suisse, aucun doute)
      🙂

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