L’autoportrait par la langue

Pourquoi la langue parlée – et souvent écrite – devient-elle si laide, obscure, brouillonne et vulgaire ? Combien de personnes interviewées remplacent la seconde moitié de leur phrase par « voilà », ce qui ne signifie évidemment rien du tout et n’éclaire nullement l’auditeur ? Pourquoi les phrases sont-elles constamment truffées de mots vulgaires ? La pensée n’en est pas enrichie et le moins que l’on puisse dire c’est que le vocabulaire en est appauvri.

Cette langue dévoyée et infantile réveille en moi des phrases lourde de sens telles que : « la caque sent toujours le hareng » (proverbe), ” le style est l’homme même” (Pascal) « le vers se sent toujours des bassesses du cœur » (Boileau). Qu’une langue vive et évolue, c’est naturel et souhaitable. Mais elle n’en continue pas moins à refléter le portrait de celui qui l’utilise. C’est une préoccupation à garder à l’esprit quand on s’exprime, oralement ou par écrit.

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

6 réponses à “L’autoportrait par la langue

  1. Chère Madame Sandoz,
    Vous entamez ici une lutte des castes absolument nauséabonde. Vous, dont la profession consiste précisément à parler et à écrire, vous permettez de juger les gens sur les facultés oratoires et épistolaires. La langue ne devient-elle pas plus “obscure, brouillonne et vulgaire” parce qu’à l’heure d’Internet il y a beaucoup plus de gens qui peuvent s’exprimer que de votre temps ?
    Il m’est parfaitement égal que Pascal ait dit ” le style est l’homme même”. Rien n’est plus faux. On peut avoir du style, un vocabulaire très élaboré et être un escroc véreux ou être noir de cœur (tien ! voilà pour Boileau. Je suis toujours sidéré d’entendre les sophismes et les contre-vérités que des avocats peuvent sortir, souvent avec une grande élégance. Un “maître” par ci par là aide aussi à s’élever au-dessus de la plèbe.
    Je préfère de loin quelqu’un qui trébuche en parlant, mais qui parle du fond de son cœur et qui a quelque chose d’intéressant à dire. De plus, ces personnes que vous semblez mépriser ont des compétences professionnelles ou autres qui vous sont complétement étrangère. Est-il pertinent de vous juger sur votre capacité à faire une belle soudure au TIG ou à programmer un modèle numérique du climat ?
    Comme vous, je n’approuve pas l’usage de mots vulgaire ou des insultes et ce serait un beau succès d’arriver à convaincre leurs usagers de s’essayer au défi de les remplacer par leurs équivalents élégants.
    J’arrête ici car je dois retourner au mélange anglais et d’équations qui me permettent de gagner ma vie. D’ailleurs ces gens qui maîtrisent si bien notre langue sont-ils polyglottes ?

  2. Tout-à-fait d’accord.
    Je peux aussi relever aussi les mots du moment: du coup, genre, j’étais là…
    La phrase standard d’un jeune de 20 ans ressemble un peu à ça: “Tu vois genre j’étais-là bla bla bla, du coup genre voila quoi.”
    Les mots vulgaires sont aussi légion, mais peut-être moins fréquents que chez nos amis français.

  3. Autrefois on parlait de « prendre le temps » : Celui d’écouter, de penser, de réfléchir, de répondre… Aujourd’hui on le « gère » pour soi-même, ses employés, ses enfants, et son chien. La pensée de l’époque ne fonctionnait peut-être pas plus vite que la machine à écrire mécanique, sauf pour la secrétaire à la pointe qui épatait en faisant filer à toute vitesse ses doigts, bien moins vite que chacun le fait sur le clavier de son smartphone pour communiquer un simple rendez-vous, ses états d’âmes ou la liste des commissions. Pas de temps à perdre ! On le saisit immédiatement devant soi, à contre courant pour ne pas le laisser filer. Et le language ?.. Les abréviations, les omissions dans les phrases, s’adaptent parfaitement aux mouvements rapides de la langue anatomique. Mais le gain de temps gagné en amont est surtout offert à une pensée superficielle : « Voilà, j’ai déjà tout dit… » Et je ne pense pas que l’apprentissage du bien parler pourrait combler ce vide… Maintenant je songe aux mots vulgaires qui, selon votre avis, « n’enrichissent pas » la pensée… Laquelle de pensée ? Celle de l’auditeur, d’accord, mais pensez-vous qu’un effort de l’orateur pour paraître plus distingué le rendra plus propre ? Ne lui conseillez donc pas d’améliorer son image qui nous le révèle, afin de donner un meilleur éclairage à son discours savamment étudié. Je souhaite vous donner une illustration à ce sujet : Dans notre journal Le Temps ouvert aux blogs qui nous permettent de rencontrer des personnalités dans beaucoup de domaines, il en est un qui a surgit il y a trois semaines environ… Son auteur, président d’un parti à vocation durable, a choisi la tribune offerte pour commenter le blog controversé d’une personnalité scientifique paru peu avant. La porte lui a ainsi été naturellement ouverte dans un cadre sensiblement plus large que celui des simples commentaires de lecteurs. Je ne vais pas citer le contenu de « la critique » qui est toujours accessible, si ce n’est une des premières « argumentations » donnée en cinq mots : « Faut quand même pas déconner… » Alors vous voyez, ici dans notre journal que j’apprécie pour le style de ses rédactions, je ne désire pas donner une forme plus estéthique aux paroles que je cite. A chacun de se faire une opinion de la « richesse » d’esprit du créateur de ce blog. La language beau, propre et distingué se perd ? Je pense qu’il subsiste s’il reflète ce qu’on a en soi, et peut ainsi mieux donner sa valeur à un contenu qui mérite d’être communiqué. Pas l’inverse…

  4. On reproche à Mme Sandoz de réprouver la vulgarité du langage moderne, et de faire sienne l’expression de Pascal “le style, c’est l’homme même”. En fait on lui reproche de mépriser ceux qui ont un parler vulgaire. Mais la connaissant, je sais qu’elle ne méprisera jamais quelqu’un d’humble et de peu instruit, qui fait ce qu’il peut. Mais là où je la rejoins à 100%, c’est quand elle déplore la vulgarité et la pauvreté du langage chez des gens censés instruits. Dans certaines professions, autrefois élitaires, maintenant complètement prolétarisées, comme le Barreau, on trouve des gens ignares, prétentieux, sans orthographe, dépourvus de bon sens et d’honnêteté, intellectuelle ou non. Et depuis l’invention du copier-coller, leurs écrits sont de plus en plus pédants, longs, compliqués, et ils se montrent incapables de concision. Et mentionnons aussi l’ignorance encyclopédique de certains journalistes, qui inventent des mots ou n’ont plus d’orthographe, car ils sont aussi ignorants que leurs correcteurs automatiques.

  5. Madame,
    J’aime votre art de recentrer le débat et, par là même, de le susciter.

    Bien s’exprimer est une force, à l’égard de nos auditeurs mais aussi pour soi-même. Pour la compréhension du monde extérieur et de notre monde intérieur. Appauvrir l’expression est une sorte de malheur. Et ceci, sans aucun de jugement de valeur envers qui que ce soit.

    Merci pour vos avis judicieux.

  6. Madame Sandoz,
    Il est dommage que vous ne donniez pas d’écho(s) aux commentaires des personnes qui s’adressent à vous ou qui donnent une opinion qui puisse vous intéresser. Bien que le Blog ne soit pas une Table ronde au cours de laquelle on débat d’un sujet, les commentaires en cours prennent fin quand l’intiateur(trice) se tait, mais également démotive ceux ou celles qui sont disposés à participer. Est-ce un choix que vous avez fait ?.. Vous êtes en plein droit de répondre (oui) par le silence…

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