Y a-t-il des droits inhumains?

Les commentaires de l’article de ce blog relatif aux rapports entre le droit national et le droit international ont dévié parfois sur la notion de « droits de l’Homme » que d’aucuns qualifient de « droits humains ». Cette dernière appellation, qui n’est qu’une sorte d’anglicisme (human rights), indice une fois de plus de notre soumission à la langue de l’économie et de la technique, est inexacte en français. Il n’y a pas de droits humains ou inhumains. Il est d’ailleurs presque toujours erroné de s’inspirer en français d’une terminologie anglo-saxonne dans les domaines juridiques, car le droit anglo-saxon diffère profondément du droit continental.

Si l’on veut échapper au malentendu « sexiste » que contiendrait, pour certains, l’expression « droits de l’Homme », il faudrait utiliser la formule « droits de l’être humain ». Cela serait en accord au demeurant avec la désignation germanique de « Menschenrecht ». Mais pourquoi renier l’appellation française historique ? On n’a pas trouvé de meilleur raccourci, en français, pour indiquer qu’il s’agit des droits fondamentaux de l’être humain, constitutifs de sa dignité et assurant le respect de sa personne. L’expression française « Droits de l’Homme », marquée au coin de l’histoire, a un sens parfaitement clair pour tout francophone non-analphabète. C’est la jurisprudence qui est inhumaine quand elle fausse le sens et la portée des droits de l’Homme en en faisant une lecture réductrice politique ou sexiste intitulée « droits humains ».

En quoi serions-nous légitimés à transformer les titres ou appellations historiques pour les mettre à la mode de l’ « aculture » en vogue ? La devise de la France devrait-elle devenir « Liberté, Egalité, Sororité et Fraternité » ? Au lieu de désapprendre aux gens les sens variés d’un mot, les partisans de l’égalité devraient les entraîner à se représenter immédiatement autant une femme qu’un homme sous un titre masculin. Personnellement, je m’y efforce. Ce réflexe-là est plus respectueux d’égalité que l’américanisation de la langue française.

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

10 réponses à “Y a-t-il des droits inhumains?

  1. C’est le B-A-BA: en français, la forme masculine est employée pour le neutre. C’est du moins ce que l’on nous apprenait à l’école, au temps lointain où les profs n’estimaient pas, comme ceux de maintenant, qu’enseigner la lecture et l’orthographe aux enfants, c’est les traumatiser…Et pour les féministes, généralement gauchistes, je les informe que dans la langue russe, pour la plupart des métiers ou des titres, il n’existe que la forme masculine, et que les femmes s’en accommodent très bien, à qui les gentils Lénine et Staline ont donné le droit (et l’obligation) de faire les mêmes métiers que les hommes, que ce fût dur physiquement ou pointu scientifiquement. Et l’excès le plus stalinien des féministes actuelles, c’est de vouloir introduire en français l’écriture inclusive, qui est une hérésie grotesque, violant le génie de la langue française, qui n’avait pas besoin de ça…

    1. Je félicite Madame Sandoz, notre bien-aimée blogueuse, d’avoir réussi à agréger sous ces colonnes le contingent des réactionnaires en voie de disparition qui n’ont à opposer comme argument que l’aversion du féminisme, socialisme, gauchisme, la haine des différences, des autres, du monde, …

      Heureusement que la Suisse se renouvelle, s’ouvre, se diversifie, se féminise. Que je voudrais avoir 20 ou 30 ans de moins !

  2. En effet. Quoique ! L’adjectif “humain” n’a pas le même sens que le complément du nom “de l’Homme”. Essayez de remplacer “de l’enfant” par “enfantin”. Le droit de l’Enfant n’est certainement pas enfantin. Mais il y a bien, tout de même, des « droits humains ». Le droit pénal, le droit civil, le droit international, le droit canonique, les multiples droits propres à chaque pays du monde sont tous des droits humains. Ceux-ci sont généralement d’inspiration saine. Mais il y en a qui ne le sont pas. Le droit de cuissage est un droit humain, tristement humain hélas, mais ce n’est pas un droit de l’Homme, même s’il semble plutôt réservé aux hommes. Il était encore en vigueur l’année passée à Hollywood.

    La tentative des tenants d’une langue épicène manque en outre sa cible. Le mot “humain” dérive du mot “homme”, et présente de ce fait le défaut prêté à “de l’Homme”. S’ils veulent pousser la cohérence, ils devraient aussi abandonner le pronom « on », qui lui aussi dérive directement du latin « homo ». L’écrivain François Conod a écrit une nouvelle où le mot « on » est systématiquement remplacé par le mot « fen ». Ce faisant, il féminise, ne neutralise pas.

    Pour être tout-à-fait conséquents, les « neutralisateurs » devraient tenter “Droits de l’Anthrope”? Ce n’est pas un vilain mot, on le trouve dans philanthrope, et il a toujours été réservé à la définition de l’espèce, jamais du sexe mâle, contrairement au mot « homme ». Ils risquent toutefois de se heurter à l’opposition des antispécistes: pourquoi les animaux ne bénéficieraient-ils pas des mêmes droits que les anthropes?

  3. Bonjour,
    en tant que français, je me permet de faire une remarque sur la nouvelle devise que vous proposez. Elle n’est en effet pas sexuellement égalitaire. En effet tous les mots que vous utilisez sont féminins. Dans le cadre de l’égalité les références masculines et féminines devraient être en parfaite égalité. D’ailleurs le français devrait être modifié afin de créer un “article neutre” qui s’appliquerait à tous les mots non explicitement sexués, soit à quasiment la totalité des mots de la langue française.

    J’avoue, je pousse la logique “égalitaire” actuelle à son point extrême. Mais c’est aussi en le faisant qu’on se pose des questions sur le bien-fondé de la démarche. Car si l’égalité est un combat qui nécessite encore de nombreuses avancées, il ne faudrait pas non plus que cela se fasse au détriment de la pensée, de la réflexion, et de la liberté d’expression.

  4. «On n’a pas trouvé de meilleur raccourci, en français, pour indiquer qu’il s’agit des droits fondamentaux de l’être humain»

    Ah bon? Vous insistez pourtant, en fin d’article, sur «les sens variés d’un mot», en référence, si je comprends bien, à «Homme» ou «fraternité». Pourquoi alors ne pas considérer «humain» non pas uniquement sous l’angle «moral» – c’est-à-dire par opposition à «inhumain», comme le suggère le titre de votre billet –, mais simplement comme signifiant «relatif à l’être humain», justement. Dans ce cas, l’expression «droits humains» est parfaitement explicite, il me semble. Et il ne faudrait pas moins de mauvaise foi (ou d’illettrisme?) pour opposer les «droits humains» aux «droits inhumains», que pour opposer les «droits de l’Homme» aux «droits de la Femme».

    Je me situe moi-même plutôt du côté conservateur en ce qui concerne l’usage de la langue française (certains récents développements de l’écriture inclusive, pour rejoindre sur ce point le commentaire ci-dessus, me paraissant tout à fait absurdes et même contre-productifs), mais lorsqu’une solution est trouvée qui tend à favoriser l’égalité dans «l’inconscient collectif» sans nuire en rien à la lecture et à la compréhension, je ne vois pas de bonne raison de s’y opposer, et certainement pas par simple principe du statu quo.

  5. De toute façon la question est oiseuse puisque ni les droits de L’Homme ni les droits humains n’existent. En effet il n’existe pas d'”Homme” abstrait universel. la notion même de prétendus droits universels a été inventée par la philosophie des Lumières dans le but de faire croire qu’il existerait une “Humanité” et que le but de la politique consiste à l’unifier, c’est à dire à terme de mettre sur pied un gouvernement unifié pour tous les “Hommes” ou humains si vous préférez. Or il tombe sous le sens que tout cela n’est qu’une vue de l’esprit. C’est rigoureusement utopique et on s’en aperçoit bien aujourd’hui à cause des questions migratoires qui s’imposent au devant de toutes les préoccupations. Cela nous fait percevoir que jamais les problèmes ne pourront être résolus à l’échelon planétaire puisque dès qu’un peuple vivant sur un territoire se sent menacé par un afflux excessif d'”humains” venus d’ailleurs, cela a pour conséquence de faire tomber les gouvernements pour les remplacer par de nouveaux dirigeants appliquant le principe: chacun chez soi.

    Malheureusement on a édifié tout un château de cartes mondialiste – qui est en train de s’écrouler comme la tour de Babel – sur des principes faux, et tant qu’on n’aura pas démantelé l’ONU et toutes ses succursales, ainsi qu’abandonné des textes stupides comme la déclaration universelle des droits de “l’Homme”, il ne sera pas possible de revenir à la raison, ni de traiter les problèmes, ni de progresser. Il faut également réfuter en doctrine la notion même de droits universels d’un Homme imaginaire et remettre l’édifice conceptuel sur sa base. Actuellement le monde est à l’envers avec cette notion de gouvernance globale, rejetée par la terre entière, mais qui n’est que la conséquence logique de la philosophie erronée des droits de l’Homme.

    Il faut renoncer à cette philosophie fausse et rappeler que les droits n’ont de validité que dans la mesure où ils ont garantis par un état souverain, c’est à dire disposant d’un territoire, d’une culture et d’une tradition particulière. Et surtout ces droits sont opposables, enforceable en anglais, alors que des droits universels ne peuvent pas l’être et n’offrent donc aucune protection. En Suisse par exemple, pour des raisons historiques on a des libertés plus étendues que dans la plupart des pays y compris européens. Mais ce n’est pas pour autant que nous aurions le droit de prétendre imposer aux autres nos libertés qui ne correspondent pas forcément à leur tradition.

    Je propose de remplacer la notion de droits de L’Homme par celle de libertés publiques, qui est plus claire et montre bien que ces libertés ne sont pas universelles mais bien relatives au territoire d’un état donné, même si les libertés publiques sont effectivement à peu près les mêmes dans tous les pays civilisés modernes, qui sont une minorité dans le genre humain.

    Malheureusement cela sera très difficile de revenir à la raison, l’idée fausse des droits de l’Homme ayant été inculquée dans tous les crânes depuis des générations, la plupart en sont encore intoxiqués.

    1. On se réjouit d’avance de voir les Amérindiens aux USA ou les Aborigènes en Australie mettre en pratique vos théories et renvoyer chez eux ces populations venues d’ailleurs occuper à leur détriment des territoires sur lesquels ils avaient depuis longtemps établi leurs cultures et traditions !

  6. Réfractaire depuis toujours à tous les “isme” totalitaires, je pense que Droits de l’Homme, avec H majuscule, est un digne raccourci de Droits de l’être humain, donc ça me va et je ne me sens pas offensée en tant que femme. Il faut dire que mon père, homme du Sud de l’Italie, classe 1907, nous a élevées ma soeur et moi exactement comme notre frère et il nous a donné les mêmes possibilités (obligations !) dans les études. Ceci explique peut-être mon manque de frustrations et de hargne qui caractérise le nouveau féminisme.

  7. «Nemo», «hemo» ont, en latin, donné le mot «homo» signifiant «homme» ou «individu» et se dit aussi des femmes et des enfants. À noter que le pronom indéfini neutre «on» vient de «homo».
    Donc, le syntagme «droits de l’homme» n’a rien de sexiste.
    S’il est correct de parler de «blessures légères ou graves», il l’est moins de dire: des «blessés légers» construction qui s’apparente aux trop nombreux «blessés crâniens», «bouchers chevalins», «causerie vinicole» ou autres formations critiquables, à l’instar de «droits humains». On attend les «artilleurs lourds», les «informaticiens artificiellement intelligents» ou les «pompiers funèbres»!
    Autre exemple: quand il y a méprise sur la victime, ne dit-on pas «assassinat malencontreux», mais y a-t-il des assassinats bienencontreux? Soit heureux ou réjouissants? Curieuse mentalité!

    Les débats de société (initiatives et référendums) ont mis en lumière l’asymétrie des droits de l’homme, censés être apolitiques et anhistoriques: ils opposent l’individu et ses droits illimités (naturels) aux institutions imposant des droits limités (positifs), destinés à garantir la démocratie, la souveraineté et le consentement du peuple. Or, seul le principe d’appartenance à une communauté donne vie aux idées de liberté, de justice et d’égalité.
    En effet, les disciples des droits de l’homme tiennent des discours de compassion sur des enjeux importants, judiciarisent les rapports sociaux, donnent un soubassement moral aux revendications sociétales. L’universalisme (idéologie de la globalisation) et le subjectivisme (mon point de vue prévaut!) n’indiquent plus ce qu’il est bon d’être mais ce qu’il est juste de faire. «Dans ces conditions, la défense de droits de l’homme doit se borner à une attitude incantatoire, qu’on espère rendre performative (!): à force d’affirmer l’existence des droits, ils finiront bien par exister.» (A. de Benoist.) L’individu – comme l’État – est mû par ses désirs; la défense de ses droits revient à chercher la maximisation rationnelle de ses intérêts, entraînant une montée en puissance de l’arsenal juridique et un océan procédural.

    Le concept de «minorité» dans le domaine des droits de l’homme rappelle par ailleurs un autre concept, celui de «vulnérabilité», les minorités étant considérées comme des groupes vulnérables ayant besoin de protection. Cependant, des catégories sociales, notamment les femmes et les enfants, sont considérées comme vulnérables, pourtant ces catégories sont loin d’être minoritaires.

    Les modernes et «progressistes» se paient de mots et veulent des faits positifs, des lois et des théories scientifiques. Ils font profession de se guider sur les seules données du réel, comme peut le présenter une illustration, un film ou un signe. Croire que le cinéma ou les séquences de «cherry picking» ou picorage du Téléjournal sont des vues du réel est assez naïf. Au «mot» ils opposent «la chose». En optant pour la chose contre le mot, ils ignorent qu’ils ont pris position pour le «nominalisme» d’Ockam contre le «réalisme des universaux». Ils ne voient donc que la réalité qui les intéresse.

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