Le pire et le meilleur

A qui lui demandait un jour ce qu’il y avait de pire au monde, Ésope répondit : « La langue » et à qui lui demanda ce qu’il y avait de meilleur, il répondit : « la langue ». Langue de vipère ou paroles divines !

Peut-être que si on lui posait la même question aujourd’hui, Ésope répondrait : « le foot ».

Qu’y a-t-il de plus sympathique que la petite équipe locale d’enfants  qui tapent dans leur ballon, courent de tout leur cœur pour arriver à « shooter », se retournent rouges de fierté vers les braves parents au bord du terrain quand ils ont « mis un but » ?

Qu’y a-t-il de plus dégradant que ces équipes dont on mesure la « valeur marchande globale » comme on mesurerait celle d’un cheptel, et celle individuelle de leurs joueurs comme on marchanderait une bête de race? Que ces excités qui se sautent dessus, font des signes plus ou moins agressifs quand l’un d’entre eux a mis un but ? Que ces chauvins même pas folkloriques et parfois hargneux ?

L’image catastrophique du sport et de la compétition qu’offrent les mondiaux de foot ne peut que stimuler les jalousies, la goinfrerie financière, les rivalités haineuses. On en nourrit les nouvelles  jusqu’à plus soif. Vivement la fin ! Mais que reste-t-il  de l’idéal sportif et de la capacité d’effort et de discipline personnelle qu’il exige ?

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

Une réponse à “Le pire et le meilleur

  1. N’y a-t-il pas une ressemblance entre football professionnel et politique qui cèdent la logique des idées – si un muscle même cérébral peut en avoir – à celle des forces. «La politique n’est pas une activité sérieuse pour l’esprit» a-t-on pu lire. «La conjuration universelle du mensonge contre la vérité» a dit Talleyrand. Ou «Le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré», selon Paul Valéry. Le football a sa vidéo de contrôle montrant les gestes vicieux, malins ou fautifs; dans l’arène politique, la mode est à la dénonciation des turpitudes et mains baladeuses des notables. Dans les travées, Romain Gary («La promesse de l’aube») a sélectionné Filoche, «dieu de la petitesse, des préjugés et du mépris», à l’image du défenseur traditionnel qui laissait passer le ballon mais pas l’homme, campant toujours sur une ligne dure; et Totoche, «dieu de la bêtise et tête d’intellectuel primaire» devenu «ventre avant» sous les effets des cocktails et des apéros, mais toujours apte à faire bouger les lignes et, par sa position, prouvant que ce n’est pas en tournant le dos à l’action qu’on ne fait pas face au but! Que dire des «milieux de terrain», stratèges et créatifs, ne couvrant pas toujours la défense et parfois (ou souvent) peu efficaces à marquer des buts, surtout s’ils abusent de passes latérales au profit d’un jeu en profondeur?
    Las! Remercions tous les acteurs de la Commedia dell’Arte des distractions qu’ils nous procurent.

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