Enfants et profession: briser les mythes

L’article que Le Temps du 17 avril consacre à Mme Kristine Braden, directrice générale de la banque Citi, a pour titre une citation de l’héroïne, à savoir : « Ici, en Suisse, on dirait presque que les femmes doivent renoncer à avoir des enfants pour faire une carrière. Mais c’est un choix horrible ». Et la journaliste d’expliquer que Mme Braben s’était mariée à 23 ans, installée à Hong Kong où elle est restée dix ans et a adopté deux enfants chinois avant de passer quatre ans aux Philippines. C’est alors qu’on peut lire la petite phrase : « Son mari, qui a choisi d’être infirmier en pédiatrie plutôt que médecin <<pour passer plus de temps avec les enfants>>, trouve du travail partout, mais c’est lui qui s’arrête de travailler lorsque les enfants arrivent ».

Il est bon que l’un ou l’autre des parents au moins consacre du temps à ses enfants : le passage ci-dessus aurait dû justifier un titre différent pour l’article, à savoir : « avoir des enfants, c’est, pour l’un ou l’autre des parents, renoncer à un certain moment à une carrière ». Pourquoi ne pas le dire, les enfants ne sont pas des œufs que l’on pond pour les faire couver par d’autres. Et les enfants demandent une certaine disponibilité des parents. Quand ils ont le bonheur d’avoir un père et une mère, on peut souhaiter que ceux-ci se mettent d’accord sur la manière de libérer de la disponibilité pour leurs enfants. La réalité veut toutefois, c’est vrai, que ce soient surtout les femmes qui s’organisent aux dépens éventuellement d’une carrière et ce, pour plusieurs raisons dont simplement le fait, parfois, que l’instinct maternel est encore plus fort que toute aspiration au succès professionnel.

Briser les mythes et encourager la réinsertion professionnelle : ce n’est pas le congé parental qui assure la disponibilité des parents pour l’éducation de leurs enfants, c’est l’état d’esprit d’une société par rapport à l’enfant. Notre société tend à considérer l’enfant comme une menace pour la carrière des femmes ou comme une preuve de  « surcapacité ». Il vaudrait beaucoup mieux oser dire qu’un enfant exige du temps de la part de ses parents, un temps que la mode actuelle aime mieux payer à des tiers (mamans de jour, crèches ou devoirs surveillés) que de voir les parents le donner. Si la société était respectueuse des enfants autant que des adultes, elle favoriserait avant tout la réinsertion professionnelle de celui ou ceux des parents qui auraient à un certain moment de leur vie, choisi l’éducation de leur enfant plutôt que le succès professionnel immédiat ; ces parents-là ont de ce fait acquis une expérience de vie, de patience, de capacité d’adaptation et d’organisation valant beaucoup d’années d’activité professionnelle lucrative. Mais il faudrait pour cela considérer les enfants comme des personnes et non pas surtout comme des preuves de succès féminin quand ils sont des ajouts à la carrière!

 

 

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

2 réponses à “Enfants et profession: briser les mythes

  1. Malheureusement le privilège pour un enfant de profiter de la présence d’au moins un de ses parents devient alléatoire en Suisse. Pour la classe moyenne se priver d’un deuxième revenu relève d’un choix rendu à bien des égards impossible par la cherté de la vie mais également à cause d’une frilosité des employeurs à aménager des temps partiels de travail dans leur entreprise. Pour la pluspart des cas on ne parle pas forcément de carriérisme. Je retourne ainsi la responsabilité sur les institutions afin de créer en Suisse un environnement favorable aux familles. Horaires scolaires, centres de soutiens, imposition, plages horaires sur la place de travail et congé parental pour les pères. Il serait temps que la manière d’entrevoir le devoir du citoyen, sa contribution à la société et son intégrité soit revu et perçu avec un oeil plus humaniste. Le labeur c’est bien, des enfants heureux et épanouis, c’est mieux!

  2. Je suis entièrement d’accord avec votre analyse, et cela fait du bien de vous lire !
    La difficulté de concilier le bien-être de ses enfants et une “carrière” professionnelle est totalement réelle, merci de le dire avec des mots si justes !

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