A quoi pourrait bien servir un roi?

Quelques pays démocratiques ont encore un roi (ou une reine). Le fait est assez étranger aux mœurs helvétiques, mais il n’empêche que l’existence de cette figure emblématique contribue souvent à conférer une certaine solennité à la vie publique et peut-être à favoriser une relative bienséance de la population.

Mais politiquement, à quoi peut servir un roi ?

La question se pose particulièrement ces jours à propos de la crise espagnole. La situation de la péninsule est hautement inquiétante. La dérobade de l’Union européenne –  qui refuse toute médiation sous couvert de non-ingérence – ne surprend personne. Mais l’exemple catastrophique donné par l’intolérance absolue de Madrid devant ce qui révèle incontestablement un malaise profond enlève beaucoup de crédibilité aux rodomontades démocratiques des uns et des autres. On ne peut certes bafouer la constitution. On ne peut pas non plus refuser d’entendre la plainte de plusieurs millions de citoyens. Dans une telle situation un roi ne serait-il pas le « Nicolas de Flue » idéal ? C’est le roi de tous les Espagnols. Ce devrait être une figure paternelle offrant d’écouter les uns et les autres et d’essayer de les amener à se parler sans donner a priori raison ou tort aux uns ni aux autres mais dans un geste de respect aimant au-delà du juridisme pur.

Il faut évidemment, pour offrir un tel geste, une hauteur de vues et une crédibilité morale totale. Pourquoi ce silence assourdissant du Roi d’Espagne ?

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

4 réponses à “A quoi pourrait bien servir un roi?

  1. Effectivement, je me pose aussi la même question. Je me suis dit que si j’étais à la place du Felipe, je prendrais une initiative et je proposerais une réforme constitutionnelle pour créer des provinces autonomes, sous la couronne d’Espagne. Mais je me suis dit que s’il ne le fait pas il doit avoir ses raisons. Peut-être qu’il ne veut pas tirer dans les pattes de son premier ministre. Ou peut-être que ça ne serait simplement pas possible, politiquement, d’ouvrir la boîte de Pandore d’une réforme constitutionnelle. Donc il a dû se dire qu’à tout prendre l’option la moins dommageable était la fermeté. Difficile à dire.

    Ceci dit, nous autres Suisses sommes moins républicains qu’on ne pense. Nous avons servi les rois de France pendant des siècles, nos confédérés suisses allemands ont eu beaucoup d’admiration pour le Kaiser Guillaume II, on l’oublie. La mort de la reine Astrid à Küsnacht à profondément ému nos compatriotes. Le roi Baudouin de Belgique a été pleuré à chaudes larmes dans toute la Suisse. La bonne société lausannoise se pâmait pour la reine d’Espagne, quand cette dame vivait dans notre bonne ville. Le général Guisan à été adulé comme un vrai monarque. Enfin, nous avons reporté sur la sympathique famille Knie notre soif de beaux uniformes chamarrés, chevaux arnachés, princes et princesses de contes de fées. Même Stéphaknie de Monaco a été attirée comme un papillon par la brillante cour princière de Rapperswil. Au vrai, les Suissesses et les Suisses sont très démocrates, mais ils ont des âmes de midinettes.

  2. J’ai oublié dans ma liste quelques autres contes de fées intéressants.
    Les amours de notre compatriote Marina Doria, jolie championne de ski nautique, épousée chevaleresquement par le prince Victor-Emmanuel, qui s’est fâché pour ça avec sa famille et tout le Gotha, après qu’elle ait été gravement blessée dans un accident de voiture, son Altesse royale étant au volant. Victor-Emmanuel a été un précurseur dans le domaine des mariages avec des roturières. J’ai remarqué qu’il s’est acquis ainsi beaucoup de sympathie auprès dès midinettes suissesses qui ont noté qu’un autre aurait lâché sa bonne amie, mais lui, il l’a épousée.
    Il y a aussi les frasques du Shah d’Iran, dont nous n’étions pas peu fiers car nous le considérions un peu comme un compatriote, et d’ailleurs il l’était. C’est peut-être même çe qui l’a perdu: d’avoir cru que les idées apprises au collège du Rosey pourraient s’appliquer en Perse.
    Quant à Juan Carlos, il a tout de même été éduqué dans de bons collèges catholiques de Fribourg. Le roi Bumipol du Siam (Thaïlande) vient de mourir et lui il était à l’ENSR École Nouvelle de la Suisse Romande à Chailly. Tout Lausanne est en deuil. Et je conclus sur l’histoire la plus drôle, celle de notre compatriote Cendrillon Suzanne Aeby, issue d’une famille de boutiquiers (fruits et légumes) de la rue des Bouchers à Fribourg, désormais sultane Pengiran Anak Sarah de Brunei…
    Vraiment, la plus vieille démocratie du monde…

  3. La question du positionnement du roi face à cette crise est effectivement justifiée. En revanche, il n’émet non pas un silence assourdissant (ce qui serait probablement encore moins pire), mais soutient ouvertement le gouvernement de Rajoy (allocution du 3.10.17 suite au référendum). Son positionnement contre l’indépendance de la Catalogne s’explique très vraisemblablement par le fait que le présent royaume d’Espagne a été réinstauré par Franco pour le succéder; or, selon wikipedia, Franco a transmis 3 principes à respecter au roi Juan Carlos – père de l’actuel roi d’Espagne – incluant le maintien de l’unité d’Espagne, et plus particulièrement empêcher toute indépendance de la Catalogne et du Pays basque (https://fr.wikipedia.org/wiki/Francisco_Franco). Sachant la répression qu’a connue la Catalogne sous Franco, visant à annihiler complètement sa culture, il est compréhensible que les catalans ne se reconnaissent pas dans cette monarchie…

  4. Chère Madame,

    Il est si rare que je sois d’un avis différent du vôtre… que je me permets pour la première fois un petit commentaire.

    Les monarchies constitutionnelles sont garantes de l’unité de l’État et d’une certaine stabilité des nations dans lesquelles elles se trouvent. Sans la couronne britannique, l’Écosse ne ferait plus partie du Royaume-Uni, ni d’ailleurs l’Irlande du Nord. Sans le roi d’Espagne, la Catalogne serait déjà sécessionniste. Et que dire de la Belgique, qui ne tient ensemble que par son Roi ?

    Un monarque n’a en principe pas à intervenir dans la politique. Il provoquerait des troubles parlementaires et partisans, perdrait en crédibilité et affaiblirait la couronne. Je songe à Élisabeth II, qui a bien évidemment des opinions privées, qu’on devine (ou qu’on lui prête) sur les grand sujets ; le Brexit, le référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Mais elles ne filtrent jamais. Elles sont des secrets d’État. Même le Premier ministre ne les reçoit qu’au compte-goutte.

    Mais cela ne vaut que pour les temps calmes. Le Roi d’Espagne a dû sortir de sa réserve en raison de la gravité de la situation. Il s’est fermement prononcé en faveur de l’unité de son pays dans un discours à la nation du 3 octobre 2017, utilisant à l’endroit des indépendantistes les termes de “déloyauté inadmissible”, “comportement irresponsable ” et de “tentative inacceptable de s’approprier les institutions historiques de la Catalogne”.

    Le faste et les traditions sont en soi des expressions et valeurs qui tendent déjà à s’estomper. Hors cela, j’estime qu’il faut aimer et défendre les monarchies constitutionnelles qui ont survécu à l’Histoire, car les remettre en cause, c’est ajouter au désordre du monde et faire le lit des ennemis des frontières et des nations.

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