Le régime de Bologne, nuisible aux étudiants!

Le système d’études dit « de Bologne », en vigueur en Suisse depuis, en moyenne, une dizaine d’années, semble, en fin de compte, nuisible tant aux étudiants des Universités qu’à ceux des Hautes Ecoles Spécialisées (HES). Il n’est pas politiquement correct de le dire haut et fort, mais nombreux sont les enseignants ou les praticiens de tous bords qui le déplorent « en privé ».

La division des études en bachelor puis master a le double inconvénient de trop « théoriser » les études dans les HES, qui devraient être avant tout des écoles « professionnelles » à but pratique, et de rendre trop utilitaristes et banalement pratiques des études universitaires qui devraient être  plus théoriques, l’Université n’étant pas – sauf pour la médecine et éventuellement certaines sciences dures – une école professionnelle. Non seulement ce régime dit « de Bologne » nuit à la formation des jeunes en détournant le but réel des formations suivies, mais il a prolongé les études, coûtant ainsi inutilement plus à la société.

Il serait temps d’oser faire le point honnêtement sur le sujet.

La similitude recherchée entre les titres délivrés par toutes les « hautes écoles », quelles qu’elles soient, a, comme toujours quand on confond égalité et égalitarisme, faussé le résultat. Il semblerait que l’Allemagne n’ait pas cédé aux charme de Bologne à tout le moins en matière de formation musicale où ce système est nuisible, et que les Hôteliers déplorent, en Suisse et ailleurs, la transformation notamment de notre  Ecole Hôtelière en une HES. Les capacités des étudiants sur le terrain en seraient diminuées.

Il est juste, voire nécessaire, de valoriser les formations excellentes, qu’elles soient académiques ou plus « pratiques », mais il convient de tenir compte des spécificités propres aux différentes disciplines. L’excellence ne dépend pas des titres mais de l’adaptation de la formation aux réalités du terrain. Hélas ! On sait que, comme le système des crédits européens en matière d’études supérieures, qui n’est qu’un vaste « souk organisé », le système de Bologne permet de croire à l’égalité internationale des études. Tromperie que tout cela ! Et ce sont les étudiants qui en souffrent !

Le 11 août 2016

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

5 réponses à “Le régime de Bologne, nuisible aux étudiants!

  1. Billet intellectuellement décevant de la part d’un professeur qui, de surcroît, déplore que les études universitaires ne soient plus suffisamment théoriques.

    Cette tendance à mettre la faute sur l’Europe, Bologne, le “système”, etc. était jusqu’il y a peu réservée aux populistes de tout poil. On pourrait s’attendre à mieux venant de l’intelligentsia universitaire.
    Le problème ne vient pas du régime de Bologne, mais de l’incapacité de nos universités à s’adapter à un nouveau système. A titre d’exemple, il est peut-être utile de rappeler que dans certaines facultés des professeurs se sont écharpés pour savoir quelles branches allaient appartenir à la formation de base et seraient ainsi enseignées au cours du bachelor, et ce uniquement pour ne pas perdre leur influence au sein de l’institution. En conséquence de quoi, les étudiants se retrouvent confrontés à des programmes absurdes. Quant aux masters, il y avait (et, avec un peu de bonne volonté, il y a encore) une opportunité énorme pour les universités de proposer des formations d’excellence dans des domaines choisis, chaque spécialisation devant n’être proposée que dans une seule université de Suisse romande pour créer des pôles d’excellence (quitte à froisser certains égos). Mais une fois encore, c’est le confort des professeurs qui prime.

    Quant aux crédits ECTS, ce n’est pas le régime de Bologne qui est à blâmer, mais la concurrence absurde entre universités qui pousse certaines à accorder un peu trop généreusement des crédits et d’autres à ne pas reconnaitre certains crédits sous des prétextes élitistes. Pourquoi cette énergie n’est pas dépensée pour proposer les meilleures formations? La concurrence serait alors beaucoup plus saine.

    Un jour peut-être remettra-t-on la formation des étudiants et la recherche au centre des réflexions des professeurs… En attendant, il est bien plus facile et convenu de taper sur le régime de Bologne.

    1. “Populisme” est aujourd’hui le terme brandi par ceux qui préfèrent les mensonges d’état à l’honnêteté intellectuelle. Souvent les technocrates autoritaires qui pensent que lorsque la réalité et le gouvernement ne sont pas d’accord, c’est la réalité qui se trompe…

      Pour ma part, je ne pense pas qu’il soit populiste d’écrire “Il serait temps d’oser faire le point honnêtement sur le sujet.”.

  2. Le problème principal de Bologne est le nivellement par le bas. Il se calque sur le système médiocre américain très inférieur au système Suisse, Allemand, Hollandais, etc…
    Les ténors comme M. Aebischer n’ont jamais sourcillé devant cette dégradation et l’on même encouragée. Oui un système commun d’évaluation est justifié afin de reconnaître les compétences et permettre une mobilité. Mais pas à n’importe quel prix.
    J’ai pratiqué Caltech et Stanford. Tout de suite, l’on sait que nous sommes étrangers, non à notre accent mais à notre niveau de connaissances.
    J’ai une licence et un diplôme universitaire suisse, et je refuse que l’on dise que j’ai un Bachelor et un Master; ils sont inférieurs.
    Mais le phénomène de mode veut que les USA (que j’admire pour beaucoup de choses) soient la référence absolue. Oui on nous rabâche les oreilles avec les quelques bonnes institutions telles que Stanford, Yale, Harvard, MIT… Elles le sont, excellentes même. Car elles se sont hissées au niveau des universités européennes, et non pas l’inverse.

  3. [Correctif]
    Le problème principal de Bologne est le nivellement par le bas. Il se calque sur le système médiocre américain très inférieur aux systèmes Suisse, Allemand, Hollandais, etc…
    Les ténors comme M. Aebischer n’ont jamais sourcillé devant cette dégradation et l’ont même encouragée. Oui un système commun d’évaluation est justifié afin de reconnaître les compétences et permettre une mobilité. Mais pas à n’importe quel prix.
    J’ai pratiqué Caltech et Stanford. Tout de suite, l’on sait que nous sommes étrangers, non à notre accent mais à notre niveau de connaissances.
    J’ai une licence et un diplôme universitaire suisse, et je refuse que l’on dise que j’ai un Bachelor et un Master; ils sont inférieurs.
    Mais le phénomène de mode veut que les USA (que j’admire pour beaucoup de choses) soient la référence absolue. Oui on nous rabâche les oreilles avec les quelques bonnes institutions telles que Stanford, Yale, Harvard, MIT… Elles le sont, excellentes même. Car elles se sont hissées au niveau des universités européennes, et non pas l’inverse.

  4. Les deux commentaires précédents donnent des raisons différentes de mettre en doute le système de Bologne que celles mises en avant par Suzette Sandoz. Ces commentaires sont donc complémentaires, mais non opposés. — Permettez à l’économiste d’y aller d’une analogie : supposez qu’on veuille encourager la concurrence entre entreprises. Ce serait alors une curieuse idée que de vouloir les uniformiser…

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