Le Marignan du ballon

L’histoire est un perpétuel recommencement avec des fantaisies.

A Marignan, en 1515, des mercenaires suisses enrôlés dans des armées ennemies se battaient les uns contre les autres, mais pas pour leur pays, pour leurs employeurs respectifs. Le carnage final a incité les Suisses à réfléchir. Certains prétendent que Marignan est à l’origine de la neutralité suisse.

A Lens, en 2016, des Albanais, parfois frères, enrôlés dans des équipes de foot rivales, se sont battus les uns contre les autres, pour leurs employeurs respectifs, confondus avec des pays. Par bonheur, à la différence de ce qui s’est passé à Marignan, il n’y a pas eu de morts, ni même de blessés ; les supporters des deux équipes étaient au demeurant plutôt civilisés. On s’en réjouit. Mais que se serait-il passé si les mercenaires albanais avaient été employés par des Russes et des Anglais à Marseille ?

A vrai dire, les joueurs de foot internationaux sont malheureusement des mercenaires achetés et vendus au gré du marché, de leurs qualités professionnelles et des moyens financiers des employeurs. Et le nationalisme de mauvais aloi qui pervertit les équipes menace à tout moment de transformer le sport en un jeu sanglant du cirque. C’est d’une tristesse à mourir.

Chaque fois qu’un drapeau est hissé, qu’un hymne national est chanté, on éprouve une nausée. Combien de temps faudra-t-il encore pour que le football tire la leçon de Marignan ?

 

Le 14 juin 2016

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz

Suzette Sandoz est née en 1942, elle est professeur honoraire de droit de la famille et des successions, ancienne députée au Grand Conseil vaudois, ancienne conseillère nationale.

2 réponses à “Le Marignan du ballon

  1. Bonjour Madame,
    Voici un petit clin d’œil sur la portée politique du sport.

    Depuis les nobles jeux grecs et les moins nobles du Colisée, jusqu’aux récupérations modernes du troisième Reich ou de l’ex-URSS, cette activité initialement « saine de corps et d’esprit » a fait l’objet de récupérations tout azimut.

    Il est devenu évident que le sport d’élite (à distinguer du sport amateur local, lequel exacerbe pourtant lui aussi parfois des atavismes grégaires maladroitement gérés par l’exaltation éthylique) sert aujourd’hui non seulement le marketing mais surtout la propagande ultralibérale et capitaliste.

    Des milliers (au moins) d’ados africains, au grand désespoir de leurs mères, abandonnent l’école pour aller taper dans un ballon avec une probabilité de carrière sportive quasi nulle. Le désastre culturel conséquent permet « d’améliorer » la stabilité d’une organisation capitaliste internationale fortement inégalitaire et défavorable à ces nations africaines.

    La structure pyramidale de la compétition d’une « Coupe du monde ou d’Europe » met en scène les principes ultralibéraux et les inculque dans l’inconscient collectif.
    A partir d’un certain stade, on « élimine » le perdant. Il existe dans certaines compétitions des phases préliminaires dites éliminatoires, véhiculant une idéologie très empathique de l’exclusion.
    Le vainqueur final y apparaît comme un super-prédateur : « We are the champions ! ».

    Ces compétitions s’éloignent de l’esprit sportif (lequel ne fait déjà pas l’unanimité) pour servir l’apologie ultralibérale et l’idéologie de la compétition au détriment de la collaboration.
    L’aspect de collaboration y est d’ailleurs réduit à son strict minimum par l’exacerbation de l’individualisme, concrétisée par la croissance des mécanismes de « transferts interclubs » … même en cours de saison par la phase dite de « mercato », laquelle constitue une aberration sur le plan sportif.

    Quant aux stars sportives internationales, leurs gains sont simplement aberrants et la légalité de ces aberrations sociales sert de trophée à l’idéologie capitaliste dans sa lutte prédatrice contre la justice citoyenne.

    Cette idéologie s’infiltre dans les lois mêmes du jeu : le principe de partage (le match nul) est disqualifié en foot car il ne rapporte qu’un point alors que la victoire en rapporte trois. Il faut absolument un gagnant et un perdant.

    Cette étroite relation entre l’idéologie et la « théorie des jeux » n’est pas anodine.

    Voilà pour ce clin d’œil.
    Cordialement,
    pascal

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