Covid-19 : il faut écouter les étudiant.e.x.s !

— article co-écrit avec minds

L’OMS tire la sonnette d’alarme sur les ravages occasionnés par la crise sanitaire sur notre santé mentale, en particulier chez les jeunes. Selon l’Organisation internationale du travail, 50% des jeunes de 18 à 29 ans sont actuellement sujets à la dépression et à l’anxiété. A Genève, l’association des étudiants en psychologie (ADEPSY) a publié un rapport d’enquête sur l’état de santé mentale des étudiant.e.x.s, dont les résultats illustrent nettement les constats des organisations internationales.

 

Le prix fort payé par la jeunesse

Depuis ce mois de janvier, les étudiant.e.x.s envoient des appels au secours sur les réseaux sociaux et auprès des gouvernements. Le hashtag #etudiantsfantomes a suscité 70 000 tweets en quelques jours. En Suisse, le compte Instagram @anxietudessuperieures.ch publie quotidiennement des témoignages d’étudiant.e.x.s sur leur santé mentale pour libérer la parole et échanger sur la détresse qu’ils et elles traversent.

Le soutien social est un des facteurs qui a la plus grande influence sur notre santé mentale. Le fait de savoir que l’on est écouté.e, aimé.e, estimé.e, valorisé.e, et que l’on fait partie d’un groupe social, a une très grande influence positive sur la santé physique et mentale. C’est un facteur de protection majeur contre le stress et les événements négatifs de la vie. Une analyse sur 11 pays européens a trouvé que le soutien social perçu était le déterminant le plus important d’une bonne santé mentale, au-delà de variables socio-économiques telles que le revenu, et de variables individuelles, comme par exemple le genre. La vie sociale est donc une composante essentielle de notre bien-être. Et c’est particulièrement vrai pour les jeunes en période d’études.

“Le manque de vie sociale fait que tout le long du semestre on ne vit pratiquement que des études, sans pouvoir réellement prendre du recul et se changer les idées. Par conséquent, on atteint nos limites psychologiques plus rapidement.”

 

Etudiant en Bachelor, cité dans l’enquête de l’ADEPSY

 

Le SOS des étudiant.e.x.s

Une enquête récente de l’ADEPSY (Association des étudiant.e.x.s en psychologie de l’Unige), menée auprès 509 étudiant.e.x.s de la section psychologie de la faculté, révèle que la plupart des étudiant.e.x.s ne se sentent pas en bonne santé mentale. Depuis le premier confinement à la mi-mars 2020 jusqu’à la deuxième vague mi-octobre, 82% ont indiqué que la pandémie avait eu un impact négatif à très négatif sur leur santé mentale.

 

Depuis la deuxième vague à la mi-octobre, les étudiant.e.x.s se sentent :

Le plus inquiétant est que 1/3 environ des 509 étudiant.e.x.s ayant répondu à l’enquête ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires ou avoir eu envie de se faire du mal au moins une “petite partie du temps” et 10% “une bonne partie à une grande majorité du temps”.

 

Les facteurs qui ont contribué à la dégradation de la santé mentale des étudiant.e.x.s :

 

“Il n’y a plus aucune séparation entre vie scolaire et privée. Ce mélange crée un déséquilibre et maintenant je n’arrive plus à me concentrer pour travailler et en même temps je n’arrive pas à me reposer. Certains enseignants sont bienveillants et font de leur mieux, mais ce n’est malheureusement pas le cas de tous. J’ai fini ma session d’examen et pourtant je suis incapable de me détendre, je suis exténuée et stressée en permanence. Un nouveau semestre va commencer à distance, mais j’ai l’impression d’être coincée dans quelque chose sans fin.”

 

Etudiante en Bachelor, citée dans l’enquête de l’ADEPSY

 

Le besoin urgent d’être écouté.e

Les étudiant.e.x.s  ressentent le besoin de verbaliser leur souffrance psychologique. Il y a un sentiment que les conséquences de la pandémie sur la santé mentale n’ont pas été suffisamment prises en compte par les gouvernements ainsi qu’au sein de l’Université. Le taux de participation record à l’enquête, ainsi que les témoignages récoltés montrent une volonté de reconnaissance des difficultés psychologiques et un besoin d’être écouté.e.x.s de la part des étudiant.e.x.s.

“Je trouve très compliqué de devoir fournir les mêmes performances que d’habitude alors que rien n’est plus comme d’habitude.”

 

Etudiante en Bachelor, citée dans l’enquête de l’ADEPSY

– Télécharger le rapport d’enquête de l’ADEPSY –

 

Alors que faire?

Une année s’est écoulée depuis la mise en place des premières mesures sanitaires en Suisse. Celles-ci ont permis dans l’urgence de limiter la propagation du nouveau coronavirus. Mais on commence aujourd’hui à percevoir leur impact sur le bien-être et l’équilibre psychologique à long terme. Face aux chiffres inquiétants qui ressortent de l’enquête de l’ADEPSY et des différentes sources disponibles, il apparaît aujourd’hui absolument nécessaire d’associer l’urgence de santé physique avec les besoins en santé mentale dans le discours et les mesures sanitaires et politiques.

Afin de protéger la santé mentale des étudiant.e.x.s tout en conservant au maximum les mesures de protection sanitaires, minds, Stop Suicide et l’ADEPSY préconisent les mesures suivantes :

  • Un retour aux cours en présentiel le plus rapide possible
  • Promouvoir la santé mentale et augmenter le soutien psychologique au sein de la communauté universitaire
  • Mettre en place des mesures pour prévenir les décrochages scolaires des étudiant.e.x.s
  • Ecouter les étudiant.e.x.s et prendre au sérieux les conséquences psychologiques du contexte à distance
  • Mettre en place, via le site web de l’Unige, un forum pour favoriser et valoriser la solidarité, et des groupes de parole par Zoom
  • Mieux communiquer notamment autour des modalités d’examen, afin de réduire l’incertitude
  • Si les cours à distance devaient se poursuivre, préférer des diffusions en direct par Zoom et des interactions sociales pendant le cours, plutôt que des cours enregistrés ou en différé.

 

 

Où trouver de l’aide en cas de besoin?

Parler et être écouté.e

 

Université de Genève

  • Santé et psychologie (consultation psychologique à tarif modéré)
  • Aides financières (aussi pour les étudiant.e.x.s de la HES-SO)
  • Bureau social
  • PSYLINE : ligne gratuite et confidentielle d’écoute et de soutien psychologique pour toutes et tous, membres de la communauté de l’UNIGE, du lundi au vendredi, de 11h à 20h (exceptés jours fériés) – composer le 022 379 92 00
  • Hotline psy pour les étudiant.e.x.s, en français, anglais, allemand et espagnol – composer le 022 379 74 41

 

Université de Lausanne

 

EPFL

 

Université de Neuchâtel

 

Université de Fribourg

 

Autres ressources

  • Actidote : application d’auto-assistance pour la promotion de la santé et la prévention de la dépression chez les étudiant.e.x.s (projet mené par le Pôle Santé et Psychologie de l’UNIGE, en collaboration avec le Centre Universitaire d’Informatique (CUI) et le département de psychiatrie des HUG)
  • Ecoute Etudiants : plateforme en ligne d’aide proposée par la Fondation FondaMental, avec le soutien de la Région Ile-de-France, pour faire le point, y trouver des clés et astuces sur la santé mentale.
  • ADEPSY : le rapport d’enquête en ligne
  • minds : promotion de la santé mentale à Genève
  • Stop Suicide : association en Suisse romande oeuvrant à la prévention du suicide des jeunes (15-29 ans)

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Léonore Dupanloup

Léonore Dupanloup est chargée de communication et de la prévention média pour l'association STOP SUICIDE. Depuis 2017, elle observe la médiatisation du suicide dans les médias romands et conseille et accompagne les journalistes pour favoriser un traitement médiatique approprié de cette thématique.

23 réponses à “Covid-19 : il faut écouter les étudiant.e.x.s !

  1. J’ai arrêté de lire lorsque j’ai lu “étudiant.e.x.s”, et je me suis dit que j’allais plutôt lire des articles en anglais.

    1. On est ravi de le savoir!
      Et bon débarras, il y’a suffisamment d’ignorants comme vous qui se sont exprimés dans les commentaires (comme vous pouvez le constater il n’y pas de point, pas besoin d’être inclusif quand on parle stupidité, là dessus c’est largement le masculin qui l’emporte 😉

  2. C’est vrai que le “étudiant.e.x.s” vole la vedette malgré la gravité de ce sujet très important (au fait que veut dire le x?). C’est d’ailleurs le 3 message qui ne parle que de ça…
    (Je tiens à préciser: je ne suis pas un boomer, mais je trouve déplorable cette façon de vouloir couper les ponts avec elle, alors qu’on a beaucoup plus de points en commun que de divergences…)

    1. Bonjour,
      Merci pour votre question ! L’ajout du “x” permet d’inclure les personnes qui ne s’identifient pas exclusivement au genre masculin ou au genre féminin.
      Les discriminations, qu’elles reposent sur l’identité de genre, l’orientation sexuelle ou encore sur l’appartenance culturelle ou religieuse, constituent un facteur de risque suicidaire important. C’est pourquoi il est essentiel de lutter contre, et cela passe notamment par l’utilisation du langage inclusif. Plus il sera employé, plus il apparaitra comme normal aux yeux des lecteur.ice.x, jusqu’à passer inaperçu !
      C’est regrettable que cette modification orthographique, sur la forme, soit encore parfois prise comme prétexte pour ne pas s’intéresser au fond d’un sujet.

      1. Imposer le langage inclusif, c’est imposer votre idéologie, rien de plus.
        Le fait que vous déduisez que les personnes réticentes à cette idéologie soient automatiquement des “boomers”, vous affirmez que l’emploi du langage inclusif peut potentiellement exclure ces personnes-là.

        1. Au contraire, comme son nom l’indique le langage inclusif prend en compte chacun et chacune. Si vous vous en sentez exclu, c’est par adhésion à une idéologie rétrograde et révolue, et c’est bien dommage !

      2. Merci pour les infos, je comprends un peu mieux… Reste que cette forme d’écriture (“étudiants.es.x” ), aussi inclusive soit-elle, reste très polarisante, et les débats sont loin d’être terminés là-dessus… Question de débutant: ceux qui ne s’identifient pas exclusivement au M ou au F ne peuvent-ils pas se passer du X puisqu’ils peuvent justement choisir entre les deux premiers?
        Je crois que le réel problème du X est qu’il ne s’intègre pas à la langue française: en effet, étudiantsx ne veut rien dire et n’existe pas, mais étudiants ou étudiantes oui. Le genre exclusivement neutre n’existant pas, c’est le masculin qui, selon le contexte, exprime la tantôt la forme neutre, tantôt la forme masculine mais là, je ne vous apprends rien!
        Il serait peut-être plus sage d’opter pour la langue épicène, qui est le meilleur moyen de contenter tout le monde: inclusive tout en respectant la langue…

        1. Entièrement d’accord. De plus, je trouve que le point pour séparer les différentes variantes rend la lecture très difficile. Un trait d’union, voire une barre oblique me semblent plus appropriés.

        2. Oui, malheureusement et comme le montrent les réactions en commentaire l’inclusivité est encore loin de faire l’unanimité… Le “x” prend aussi en compte les personnes qui ne s’identifient à aucun genre. En effet le genre neutre n’existe pas en français, mais c’est le cas dans bien d’autres langues ! Nos langages sont en constante évolution et il est dans la nature humaine de résister aux changements. Nous ne sommes pas encore habitué.e.x.s à voir des “.” et des “x”, mais ce n’est qu’en les utilisant que cela finira par sembler normal !

  3. Cette histoire de langage n’est pas une histoire de vieux vs jeune, mais des personnes issues des sciences sociales. L’entre-soi génère la croyance de représenter toute une génération.
    Je doute que les jeunes ingénieurs ont le temps de mettre des”.” partout.

    Je préfère l’élimination du masculin (histoire d’éviter la litanie du patriarcat) que de découpler le langage de l’écriture!

    En conclusion, si vous voulez faire passer un message, c’est le message qui compte, pas l’emballage. Donc, je vous suggère de nous épargner ces “.” et d’écrire en haut de la page que cela concerne tous les genres.
    Et comme vous êtes une femme, eh bien, écrivez sous la forme féminines. La littérature et la langue française vous en remerciera de ne plus la vandaliser avec les “.”

  4. Bonjour, si jamais pour compléter “Où trouver de l’aide en cas de besoin?”, l’Université de Fribourg dispose aussi du service Uni-Social (https://www.unifr.ch/uni/fr/organisation/acad/uni-social/prestations.html) et des aumôneries (https://www.unifr.ch/uni/fr/organisation/acad/aumoneries.html).

    Et une enquête intéressante: https://www.unifr.ch/uni/fr/organisation/acad/uni-social/how-are-you.html et aussi des recommandations sur le langage inclusif (https://www.unifr.ch/uni/fr/organisation/acad/egalite/langage-inclusif.html) même si ce n’était pas le sujet principale de l’article si j’ai bien compris…

    1. Bonjour,
      Je vous remercie pour ces ressources complémentaires pour Fribourg, elles sont ajoutées à l’article !
      J’ignorais que l’UNIFR avait aussi mené un sondage auprès des étudiant.e.x.s, je vais l’explorer attentivement.
      Et en effet, cet article n’est pas consacré à l’écriture inclusive, mais les liens que vous proposez seront très utiles aux personnes qui souhaitent en savoir plus 🙂

  5. Bonjour Madame,
    J’applaudis votre intervention, cet aspect de la santé est sous-estimé, voire négligé par nos gouvernements.
    Ceci-dit, on peut s’attendre à ce que votre écriture dite inclusive fasse réagir: elle est pour la langue de Molière aussi abjecte que contraire aux valeur que vous recherchez. Je continue de m’insurger contre une vision aussi étroite. Ce langage ne peut être inclusif s’il continue de définir des identités différentes, mouvement sans fin. Mes amis queer ne s’identifient pas au ‘x’, trop connoté par la pornographie. Jusqu’à où faut-il aller? Par ailleurs et surtout: comment peut-on accepter de réduire le genre à un appendice? Je suggère le lecteur avide d’approfondir ce sujet de relire l’excellent “ce sexe qui n’en est pas un” de Luce Irigaray, pour se rendre compte que c’est là un acte très phallocentrique: c’est admettre la confusion entre la racine des mots et le genre: cela équivaut à définir la racine comme masculine. En tant que mâle hétérosexuel féministe je voudrais alors un point avant le ‘t’: étudian.t.e.x.q…
    Je crains fort que la forme de féminisme dont est née cette idée ne se trompe de moyen – au risque de reproduire ce qui s’est passé dans la lutte pour l’égalité des chances qui, au lieu d’effacer des injustices, a renforcé les valeurs masculines de l’économie et conduit à un plus puissant nouvel assujettissement de la femme, comme l’a analysé si brillamment Shani Ornad dans “Motherhood, Work and the Failed Promise of Equality).
    Ce qui n’empêche que votre courage d’écrire ainsi a le mérite de catalyser ce débat 🙂

    1. Bonjour,
      Merci de partager votre point de vue ainsi que les références pour creuser ce sujet. Comme vous le soulevez, l’écriture inclusive fait encore beaucoup débat, et cela n’était pas le but de cet article. Votre commentaire et ma réponse seront donc la conclusion à ce débat, afin de laisser la place au sujet sur lequel l’article souhaite attirer l’attention : le mal-être des étudiant.e.x.s !

  6. Bonjour, je suis étudiant en filière de Bachelor informatique. Déjà, merci pour votre article.
    Je tenais à ajouter un commentaire qui traite du fond, parce que les autres personnes qui se contentent de râler sur l’écriture inclusive, ça me rend malade. On parle du mal-être d’une partie de la population, ça parle de points et de x en fin de mot qui dérangent. Soit, chacun ses problèmes, hein. Bref.

    J’espère vraiment, mais vraiment, que les universités et hautes écoles prendront le temps de tirer des leçons et les feedbacks des étudiant.e.x.s et du corps enseignant, parce que je ne souhaite pas cette situation à qui que ce soit dans le futur. Je me dis que les profs n’ont pas (eu) le temps d’adapter leurs cours à un format à distance, le changement était trop abrupt et je suppose qu’il y a déjà assez à faire normalement. Mais un truc que je peux dire, c’est que dans ma filière, faire des cours à la façon “magistrale”, ça marche pas. On apprend rien, vraiment rien, en restant planté devant un écran à écouter du blabla pendant 1h30, puis avoir 5 minutes de pause, puis de nouveau 1h30, sans aucune interaction. Si un.e prof devait lire ce commentaire, j’imagine que ça doit pas être facile pour vous non plus, qu’on est des adultes qui doivent se prendre en charge de nous mêmes, mais posez-nous des questions en cours, encouragez-nous à aller chercher les infos ou des tutoriels nous-mêmes, à nous entraîner de notre côté, ça aiderait pas mal.

    1. Merci pour ce témoignage touchant et pertinent. Parvenir à garder intactes votre empathie et votre compréhension pour ce que vit le corps enseignant, malgré cette situation pesante, c’est admirable et inspirant. Votre témoignage résume bien ce qui nous manque en cette période, que ce soit dans les études ou ailleurs : l’interaction, les échanges et le contact humain. En espérant que ce message sera entendu et mieux pris en compte dans les mois à venir !

  7. C’est terrifiant que la plupart des gens aient l’air plus effrayée par le langage inclusif que par les chiffres révélés dans cet article. C’est assez révélateur du manque d’empathie et de l’invisibilisation que doivent subir ces personne qui souffrent.

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