Consommatrices et consommateurs, faits comme des rats

Cette boutique d’habillement annonce des rabais «sur plusieurs articles». Le pantalon que je viens de choisir correspond à mon style, sa couleur est parfaite, il est de la bonne taille et son prix n’est pas ruineux, 119 francs. C’est dire que l’éventualité du rabais ne joue pas un grand rôle dans ma décision d’achat, néanmoins j’éprouve une petite satisfaction en constatant que la pastille verte collée sur l’étiquette donne droit à une remise de 30%.

– Vous avez un compte chez nous ?

– Non, et je ne veux pas en ouvrir un.

– Mais les rabais sont seulement pour nos clients. Et ça vous donne droit à un autre rabais de bienvenue de 15%, si vous décidez d’acheter un autre article.

– Je n’ai aucune intention d’acheter un autre article.

Silence. J’ai l’impression que je vais me faire arnaquer, moralement plus que financièrement, quelle que soit la suite que je donne à cette histoire.

– Bon, alors je dois faire quoi ?

– Oh, c’est tout simple, vous scannez le code QR et vous remplissez le questionnaire.

Manquait plus que le code QR, ce gendarme de nos vies qui, non content de décider si j’ai le droit d’aller manger une pizza, se mêle maintenant de mes achats vestimentaires. Je suis tellement agacée que je dois m’y reprendre à trois fois en présentant mon I-Phone au gendarme.

Je remplis le questionnaire en ligne, livrant à la boutique Machin toute une série de données commercialement intéressantes. Acceptez-vous de recevoir nos offres ? Non, je n’accepte pas. Page suivante. Aïe, pas page suivante, parce que je ne peux pas avancer. Pour ouvrir un compte de cliente à la boutique Machin, je dois accepter de recevoir ses offres.

– Je ne veux pas recevoir vos offres.

– C’est obligatoire.

Obligatoire ?! Je quitte le site, sors ma carte bancaire et informe la vendeuse que je vais payer le prix entier de 119 francs et basta. Plus grandiose aurait été le renoncement à l’achat, avec abandon du sac déjà prêt à la caisse et serment de ne plus remettre les pieds dans ce magasin – mais ce pantalon, il me plaisait vraiment trop.

 

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

5 réponses à “Consommatrices et consommateurs, faits comme des rats

  1. “sors ma carte bancaire ”

    Lol.

    Comme si l’émetteur de votre carte bancaire ne vendait pas vos infos.

    Pourquoi êtes-vous pour une régression de nos droits pour nous prémunir du dérèglement climatique, mais n’êtes pas pour le passe sanitaire qui aude à nous protéger d’une pandémie mondiale ? Je ne comprends vraiment pas. Pensez-vous que la lutte contre le réchauffement climatique se fera sans qr code et surveillance de la population ?

      1. “Manquait plus que le code QR, ce gendarme de nos vies qui, non content de décider si j’ai le droit d’aller manger une pizza, se mêle maintenant de mes achats vestimentaires”

        Vous exprimez votre faveur d’une drôle de façon.

        1. Mais cher monsieur, je fais de l’humour! On peut être entièrement favorable au pass sanitaire, c’est mon cas, et en avoir un peu marre de devoir le dégainer continuellement en s’identifiant. C’est comme les impôts, les limitations de vitesse ou plein d’autres choses qui peuvent parfois nous embêter un peu mais qui sont justes et nécessaires pour la collectivité.

  2. Depuis au moins 3 ans je n’achète plus de vêtements neufs et je m’en porte bien.
    J’évite du coup le stress et le virus de la dépendance occasionnés par ce genre de situation.
    Cordialement

Répondre à Yves Rolland Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *